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17 juin 2012 20 h 33

Cimenterie : un projet fortement attendu à Port-Daniel

Alors que les trois MRC du sud de la Gaspésie ont officiellement appuyé le projet de cimenterie à Port-Daniel, des groupes environnementalistes demandent à ce qu’il soit soumis à une évaluation du Bureau d’audiences publiques en environnement. Qu’en pensent les résidents de Port-Daniel ? GRAFFICI.CA a passé une journée dans la municipalité.

Le soleil brille sur la petite localité de l’est de la MRC du Rocher-Percé en cette chaude matinée de printemps. À l’entrée du village, côté mer, une dizaine d’hommes retapent un bâtiment laissé à l’abandon depuis quelques années. Ces travailleurs mettent en œuvre le projet de Rolando Segura, un cuisinier originaire de Montréal et d’Anick Langlois-Mayer, de Port-Daniel, qui ouvriront bientôt un restaurant et un pub.  

M. Segura prépare ce projet depuis plus d’un an. C’est en décembre 2011 qu’il a entendu parlé pour la première fois de la cimenterie. «Les gens d’ici m’ont dit de ne pas trop y croire, car ils en entendent parler depuis 40 ans. Mais de toute façon, j’ai choisi Port-Daniel pour la beauté de son paysage alors, cimenterie ou pas, je crois au potentiel de l’endroit», dit-il, en faisant visiter son futur restaurant.

Se lancer en affaires dans ce village est un pari risqué. Ici, l’économie tourne au ralenti et la situation du marché du travail est peu reluisante. L’Institut de la statistique du Québec indique d’ailleurs que la MRC du Rocher-Percé, dont fait partie Port-Daniel, affiche le plus bas taux de travailleurs du Québec (53,2%).

L’arrivée potentielle de la cimenterie est-elle une bonne nouvelle ? «Ça donnerait un sérieux coup de pouce au démarrage du restaurant. Les travailleurs viendraient déjeuner, dîner et je pourrais même faire une cantine mobile pour eux», prévoit déjà le cuisinier, flairant la bonne affaire.

Selon le promoteur de la cimenterie, Gisement McInnis, le projet, évalué entre 500 et 700 millions de dollars, pourrait créer jusqu’à 160 emplois. Une possibilité qui «réveillerait un village endormi» soutient Anick Langlois-Mayer, la future propriétaire du pub. «Il y a déjà eu de la vie ici, avec des bars, des restaurants, deux salles de cinéma et une salle de quilles. Maintenant, il ne se passe plus rien», raconte celle qui est née à Port-Daniel.  

Pas à n’importe quel prix

Même si les deux jeunes entrepreneurs accueilleraient favorablement la venue de la cimenterie, ils ne souhaitent cependant pas que Port-Daniel devienne un village industriel. Et ils craignent que le terminal maritime de 500 mètres prévu dans le projet ne vienne gâcher la principale attraction de leur entreprise, la magnifique vue sur la mer. «Ça prend des emplois, de l’économie, mais en même temps, il faut essayer le plus possible de conserver la beauté de la place», souligne Mme Langlois-Mayer.

Confiance

Alors que plusieurs citoyens de la Baie-des-Chaleurs font preuve de beaucoup de méfiance envers le promoteur et les élus qui appuient le projet, les citoyens rencontrés à Port-Daniel tiennent, pour la plupart, un discours différent.

C’est le cas d’Alain Blais, qui a dû vendre au total 72 acres de ses terres situées sur le gisement de calcaire sur l’Anse McInnis, à l’ancien promoteur, Guy Rousseau, et au nouveau, Gisement McInnis. «Je suis très satisfait. Il n’a pas d’activité depuis un bon moment dans le coin. Et c’est ce genre de projet qui va faire revenir nos jeunes», déclare-t-il.

M. Blais, qui ne cache pas que la perte de ses terres familiales lui a fait un pincement au cœur, fait totalement confiance au promoteur et juge qu’une évaluation du BAPE et des rencontres publiques ne sont pas nécessaires. «Le promoteur promet d’utiliser les meilleures technologies pour minimiser les impacts sur l’environnement et je le crois», dit-il, sans équivoque.  

Selon lui, le comité de suivi, composé notamment d’élus municipaux, du Conseil régional de l’environnement, de pêcheurs de homard, du ministère du Développement durable et de l’Environnement et du promoteur, est suffisant pour s’assurer que le projet soit bien encadré par les intervenants du milieu.

Les élus ont aussi confiance

Le conseil municipal de Port-Daniel ne s’est toujours pas officiellement positionné sur le projet de cimenterie. Par contre, le maire, Maurice Anglehart et plusieurs conseillers municipaux, appuient publiquement sans réserve l’initiative de Gisement McInnis.

«Même si le conseil n’a pas adopté de résolution officielle d’appui à la cimenterie, je peux vous dire qu’il s’agit d’un projet rassembleur pour les élus», admet le conseiller Tony Langlois.

Ce dernier estime que Port-Daniel a aussi droit à du développement économique et s’explique mal la réaction des groupes environnementalistes. «Les élus provinciaux et fédéraux ont délaissé le sud-est de la Gaspésie depuis la fermeture de la Gaspésia au profit du secteur ouest. Ici, il n’y a rien qui bouge. Nous sommes dans un marasme économique énorme. Nous avons besoin de ces emplois», lance-t-il vigoureusement.

Sur le plan environnemental, M. Langlois préfère faire confiance au promoteur, plutôt que d’exiger une évaluation du BAPE. «Le BAPE ne changera pas les lois actuelles. Le promoteur nous dit qu’il respectera de hauts standards en environnement et c’est au comité de suivi et au ministère de l’Environnement de s’assurer que ce soit fait. Jusqu’à preuve du contraire, je leur ferai confiance.»