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22 juin 2020 12 h 51

Concours d’écriture du journal GRAFFICI

En février dernier, le journal GRAFFICI relançait son concours d’écriture sous le thème « Plus haut que les flammes » avec comme présidente d’honneur l’écrivaine Louise Dupré. Comme nous avons reçu des textes dans deux des quatre catégories et que nous désirons vous en partager le plus possible, voici ce mois-ci le texte gagnant et la mention spéciale dans la catégorie « Adultes ». Considérant les mesures prises en lien avec le coronavirus, l’événement littéraire prévu à Paspébiac pour le samedi 18 avril a été reporté à une date ultérieure. Merci aux participant(e)s, aux bénévoles et aux organisations qui ont rendu possible cette initiative. Bonne lecture!

Le gagnant dans la catégorie « ADULTES »

Mathieu Gagnon de Cap-Chat

The Ring of fire

Le moteur gronde comme une bête affamée. À chaque torsion de la poignée des gaz, la bête rugit en vibrant avec une puissance mécanique grisante. Les ailes bleues cousues sur le coat de cuir du motard rutilent sous le feu des projecteurs. Un homme marche vers le motard en parlant dans un walkie-talkie, il s’arrête et fixe le motard. La tête, enfermée dans un casque blanc orné d’étincelantes ailes bleues, il donne le signal. L’homme à la radio se met à crier dans le petit appareil un étrange mantra : « C’est un go, il est prêt! Allumez ça! C’est un go, il est prêt! Allumez ça! C’est un go, il est prêt… » Les projecteurs de la rampe s’allument. Le motard reste immobile, il attend sur sa monture. Au bout de la rampe un anneau de flamme s’allume, la foule manifeste bruyamment son étonnement. Le motard, de coups de poignet vifs, fait rugir sa moto et commence à s’avancer tranquillement vers la rampe. Au pied de la structure, coiffé d’un mortel anneau de flammes, il lève la main pour saluer la foule. La masse de spectateurs lui répond par une vague de cris frôlant l’hystérie. Le motard fait un demi-tour énergique avec son engin qui se cabre sur plusieurs mètres, donnant une troublante apparence de vie à la moto. Il est temps de prendre son élan. Il roule jusqu’au bout de la piste. Là, prudemment, il retourne sa monture mécanique. Cette fois c’est la bonne. S’il réussit ce saut, tout sera fini. Fini la bouteille et les lendemains de veille avec un éléphant assis sur la tête. Fini, la cigarette et les quintes de toux qui sonnent comme un char qui veut pas partir l’hiver. Fini les appels aux enfants, avec comme bruit de fond le son des camions, dans une cabine téléphonique sur le bord route. Fini les nuits à l’urgence et les tours d’ambulance pour tenter de rafistoler un corps cassé. Fini le temps perdu à imaginer des cascades de plus en plus risquées pour vendre un show dépassé. Fini les problèmes de clutch, de brake et de roue croche. Fini les nuits loin de ma chérie à me coller sur des filles à louer à TV. Fini le mal de reins, de genoux et de mains. Fini les fins de mois à me sauver des créanciers pis à chercher de nouvelles astuces pour trouver du cash à emprunter… Si je réussis ce saut-là, tout est fini! Une rampe, un anneau de flammes, 13 chars, un anneau de flammes pis une autre rampe! Si je réussis ce saut-là, tout est fini! Faut juste foncer, le gaz dans le fond, pis sauter plus haut que les flammes! Plus haut que les flammes, plus haut que la ferraille, plus haut que les gouffres que l’on creuse entre nous et les autres, plus haut que nous.

Un homme s’approche du motard, immobile sur son missile à deux roues, réacteur allumé : « Ça va Charley? ». Au son de la voix familière, le motard sort de sa torpeur. La foule en silence attend. Le motard embraye sa monture et tord l’accélérateur. La moto émet un long son strident et lancinant entrecoupé par les changements de vitesse et fonce vers la rampe. Si je réussis ce saut-là, tout est fini…

I fell into a burning ring of fire
I went down, down, down and the flames went higher
And it burns, burns, burns
The ring of fire, the ring of fire

 

MENTION SPÉCIALE

Valérie Allard de Cap-au-Renard

Feu-fleuve

Faible est la lueur
Quand le ciel est lourd
Et qu’il menace par en dedans
Que les huards volent bas
De leur brouillard plumage
Font frissonner les charbons ardents

Et toi, viens-tu t’asseoir près des flammes
Montre voir
Si tu peux encore tenir le cap
Tes lucioles en réverbère dans le noir

J’entends pourtant les brindilles
Comme des criquets sous tes pas
Mais quand tu te penches le poids des peurs
Te lézarde
Les lichens intérieurs

Parfois l’embrun m’embrouille aussi
Me garde le caillou sous les flots
Ma tête récif plie sous le sable
Anesthésier tous les maux

Le feu échappe toutes ses promesses
Si la foi trépasse ce soir
S’éteindra sur la grève
Toute trace de l’espèce

Rajouterais-tu des petites flammèches
Avec tes yeux de rorqual bleu
Pour endormir nos vieilles angoisses
Sur les lits de braises faibles
Et visser la lucidité des ténèbres
Dans les grands rêves qui trébuchent encore

Dans mon espoir quelques tisons
Quitter le chablis des désarrois
Et remonter les ambitions
Comme amphibiens dans la rivière

Plus de cachet ni de cachot
Dénudée par les nuées d’oiseaux
Les fous de Bassan torpilles du vent
Et bercer chaque soir
Le petit fleuve
Qui partout en nous s’étend

Tire-toi une bûche, une étincelle
Pour s’attiser l’humanité
En cordes de bois mal accordée
L’humilité dans les ossements

Voilà que tu tends la main
Pleine de pleine lune
Et nous tricote des étoiles filantes
En réconfort
Les châles de nos grand-mères
Brillants dans la grande voûte
Les craintes, naufrages et racontars
Filetés pour disparaître dans les trous noirs

Renaitre des cendres
À chaque ressac
Malgré les ombres qui errent
Les vagues reviennent sans cesse
Se briser l’échine
Sur les hanches des falaises

Mêlés aux larmes
Du limon dans nos yeux rieurs
Et de larmoyants germes d’espérance
Allongent leur thalle de laminaire

Plus rien à compter
Sinon les cœurs à rebours
Et les levers de soleil
Comme levain quotidien
Il est minuit moins quart
L’azur triomphe lumineux
Les lendemains ne se laisseront plus jamais
Mourir à petit feu

Au fait, dis-moi
Quel genre d’ancêtre seras-tu?

 

 

Les membres du jury : Brigitte Lavallée, Lucienne Soucy et Alvina Lévesque, représentantes du Cercle littéraire La Tourelle.

Pour lire les textes de la catégories élèves du secondaire https://graffici.ca/actualite/les-gagnants-du-concours-decriture-du-journal-graffici/

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