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14 septembre 2022 12 h 57

Des mots, des notes et des images 1/3

Gilles Gagné

Journaliste

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Bertin Leblanc lance Éléments de langage, portant sur les coulisses de la Francophonie

NEW RICHMOND | Vivant en France depuis un peu plus de 20 ans et ayant vécu des expériences assez uniques comme journaliste et relationniste de presse, le Gaspésien Bertin Leblanc a lancé le 12 août à New Richmond le roman graphique Éléments de langage, cacophonie en Francophonie. Le livre raconte son passage comme porte-parole de Michaëlle Jean entre décembre 2016 et octobre 2018.

Ex-journaliste, ex-gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, on s’en souviendra, a vécu quatre années assez mouvementées comme Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Bertin Leblanc a été embauché à la suite d’une démission, son prédécesseur étant blasé par son emploi de porte-parole.

Bertin Leblanc a vécu sa part de tempêtes à gérer lors de ses deux ans avec Michaëlle Jean, quelques-unes des pires frondes venant des médias québécois. La « crise du piano » venait d’arriver, et il a commencé son mandat en gérant la « crise de l’appartement ». Dans les deux cas, on reprochait à la Secrétaire générale d’avoir commandé des réparations « somptuaires », 20 000 $ pour le piano et 500 000 $ pour l’appartement.

D’une façon généralement humoristique, et assisté avec brio par les dessins d’un jeune illustrateur, Paul Gros, Bertin Leblanc raconte comment des crises ayant caractérisé les deux dernières années du mandat de Michaëlle Jean ont été vécues de l’intérieur. Il se penche notamment sur la méthode utilisée par certains médias pour déformer la réalité, en particulier celle touchant l’appartement de fonction de la Secrétaire générale.

« J’ai décidé de traiter ça avec humour, parce que l’humour permet la modestie, elle permet d’écrire sans se prendre au sérieux. Et puis, la vérité est parfois complexe à établir », précise l’auteur.

« Michaëlle Jean a fait des choses, certes, et corriger le tir est extrêmement difficile quand une impression est donnée », ajoute-t-il pour décrire ce qu’il a vécu de l’intérieur.


Le trait de dessin de Paul Gros est simple et efficace. On reconnaît ici Michaëlle Jean à son bandeau et Bertin Leblanc à ses lunettes miroir. Photo : Gilles Gagné

Bertin LeBlanc a rapidement réalisé que son expérience comme porte-parole de l’OIF intéresserait éventuellement une partie du public.

« L’idée du livre m’est venue assez vite durant mon mandat à l’OIF. Je suis d’abord et avant tout journaliste et voir de l’intérieur une crise médiatique et politique m’a semblé rapidement un excellent sujet de reportage. J’ai donc eu très vite envie de décrypter ce moment et de le partager. Je trouvais aussi intéressant de présenter l’autre côté de la médaille. La vérité, ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. Pendant cette aventure, j’ai été frappé par la violence des attaques contre la Secrétaire générale. En prenant du recul et en écrivant ce roman graphique, j’ai tenté avec humour d’expliquer un certain nombre de choses qui n’étaient pas audibles à l’époque. Comme le dit si bien Brel, “l’humour est la forme la plus saine de la lucidité”. La bande dessinée s’est donc imposée rapidement pour raconter ces deux ans de galère; c’est une façon de dire des choses graves et importantes, il me semble, mais sans trop se prendre au sérieux », insiste-t-il.

Il ne s’agit nullement d’une oeuvre autorisée, même si certaines des épithètes accolées à la Secrétaire générale lors des crises de 2016 à 2018 étaient empreintes de « racisme et de misogynie », et qu’elles auraient pu inciter l’auteur à y aller en douceur, ce qu’il n’a pas fait.

« Il n’y a pas eu de permission demandée à Michaëlle Jean. Elle était d’abord “dubitative” lorsque je l’ai informée du projet quelques semaines avant la sortie du livre. Après s’être habituée à la caricature, elle a apprécié le livre, trouvant la démarche assez saine finalement », précise Bertin Leblanc.

Loin de se cantonner uniquement dans l’univers immédiat de cette dame, l’ouvrage raconte aussi les tractations et les coulisses diplomatiques, de même que l’hypocrisie qui en suinte régulièrement. Éléments de langage est notamment assez incisif à l’endroit du président français Emmanuel Macron et du premier ministre canadien Justin Trudeau, qui ont joué un rôle majeur lors de la non-reconduction de Michaëlle Jean pour un deuxième mandat comme Secrétaire générale de l’OIF.

Bertin Leblanc a initialement tenté de trouver une maison d’édition québécoise pour son roman graphique. Il se demande si quelques gros joueurs ont influencé cet état de fait. « Je n’ai pas trouvé d’éditeurs québécois intéressés, et pas d’illustrateurs non plus. La démocratie, on a l’impression que c’est acquis. Il y a une concentration de la presse potentiellement embêtante ici. Québecor a une présence très forte », conclut-il.

On peut trouver Éléments de langage, cacophonie en Francophonie, publié par la maison La Boîte à bulles, dans les librairies de la Gaspésie, dont Liber, de New Richmond.


Bertin Leblanc a lancé Éléments de langage, le 12 août à New Richmond. Le terme « éléments de langage » désigne les mots utilisés pour préparer les communications officielles de l’Organisation internationale de la Francophonie. Photo : Gilles Gagné

 

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