Des mots, des notes et des images
Carlos Ferrand chante la Gaspésie dans L’Aventurine
GUILLAUME WHALEN
PERCÉ | « Un chant, un hommage, une célébration, une aventure. » Le cinéaste québécois-péruvien Carlos Ferrand ne manque pas de mots pour exprimer son attachement pour la Gaspésie dans son dernier documentaire L’Aventurine qui ouvrira le 16e festival du cinéma documentaire Vues sur Mer de Gaspé. Véritable hymne à la péninsule, le film propose une traversée du territoire à la frontière de la connaissance et de l’émerveillement, inspirée notamment par l’univers du romancier Jules Verne, l’un des auteurs chers au cinéaste.
Ne souhaitant pas intellectualiser la démarche créative expliquant le geste cinématographique, Carlos Ferrand résume l’origine du projet simplement par un élan spontané mené par l’amour pour la Gaspésie. Sa caméra se tourne vers une galerie de personnages passionnés qui habitent et façonnent le territoire. Au fil du récit, ponctué de séquences d’animation et d’images d’archives saisissantes, le spectateur rencontre des bagueurs d’oiseaux à Forillon, des agriculteurs en quête d’autosuffisance, des acériculteurs mi’gmaq ou encore des passionnés de géologie oeuvrant pour la Sépaq.
« Il y a plus de 20 ans, j’ai eu un coup de foudre pour la région. Pour moi, la Gaspésie représente un endroit magnétique où la force de la terre est tellement vivante, tellement pressante, que ça happe, comme peut le faire le Machu Picchu. J’espère ne pas avoir l’air trop ésotérique! », exprime le cinéaste en référence au patrimoine minéral gaspésien qui raconte en effet une histoire vieille de plus de 500 millions d’années.
Ainsi, Carlos Ferrand déambule tel un pèlerin curieux avide de rencontres et visite plusieurs lieux emblématiques de la péninsule comme Percé, dont il évoque l’imaginaire littéraire et artistique, notamment à travers l’évocation du passage d’André Breton, où le chef de file du surréalisme séjourna en 1944 pour écrire Arcane 17.
Le chant du littoral
Au-delà de la guitare slide blues envoûtante qui ouvre et referme le documentaire, la musique irrigue le film par touches sensibles. Entre les récits et les images du territoire surgissent des chorales filmées sur la grève, où les voix humaines issues de la communauté gaspésienne se mêlent au vent et au ressac. Ces interludes musicaux portent la signature de la compositrice Mathilde Côté qui a bénéficié d’une grande liberté dans la création de ces séquences. Carlos Ferrand ne lui avait imposé qu’une seule contrainte, soit d’intégrer dans les chansons quelques mots de l’autrice Anne Hébert.
Ces passages choraux apportent une dimension supplémentaire bienvenue qui apporte une certaine grâce au film. « Je trouvais que ce choeur restait une belle façon d’incarner le collectif », explique Carlos Ferrand. Le cinéaste garde un souvenir lumineux de ces moments de création. « C’étaient des moments de pur bonheur. »
Sur les traces de Paul-Émile
Borduas dans l’Est-du-Québec Pour son prochain projet, le cinéaste, né à Lima et établi au Québec depuis plusieurs décennies, souhaite rester dans la région en plongeant dans une page méconnue de la vie du peintre et sculpteur Paul-Émile Borduas. Le film s’intéresse plus précisément à un voyage de l’artiste en 1938 dans l’Est-du-Québec, alors qu’il participe à une vaste enquête provinciale sur les arts domestiques, l’artisanat et le tourisme.
« En menant des recherches pour L’Aventurine, on a trouvé 900 photos prises lors de cette mission! », s’exclame le cinéaste. En effet, de ces négatifs égarés au fil du temps presque oubliés, seules quelques images issues de cette aventure avaient été publiées, laissant dans l’ombre la richesse de ce regard photographique porté par Borduas sur le territoire.
En parcourant ces centaines de clichés, Carlos Ferrand a été frappé par la richesse des scènes captées et par la sensibilité du regard de Borduas derrière l’objectif, et ce, bien avant qu’il soit associé au manifeste du Refus global et à l’aventure automatiste. Ainsi, ébloui par la puissance visuelle de ces archives et par la cohérence du regard du peintre, Ferrand souhaite aux côtés de son ami, le photographe Serge Clément, redonner vie à cette traversée de 1938 à travers les images retrouvées. Le projet en est toujours à ses balbutiements, actuellement à l’étape du financement.
Présenté en avant-première, L’Aventurine ouvrira le 16e festival du cinéma documentaire Vues sur Mer de Gaspé. Le documentariste, qui agira par ailleurs à titre d’invité d’honneur de l’événement, y présentera son film le 9 avril au Centre de création diffusion de Gaspé. Ensuite, le film prendra l’affiche dans certaines salles au Québec le 22 mai.

Le cinéaste québécois-péruvien Carlos Ferrand confie que le geste créatif derrière le film se résume simplement par un élan spontané mené par l’amour pour la Gaspésie. Photo : Catherine Van Der Donckt
Avec Ailleurs, l’auteur Roland Charbonneau signe un essai sur la beauté qui passe
GUILLAUME WHALEN
L’ANSE-PLEUREUSE | Où est « l’ailleurs » ? Celui qui élève la réalité en une réalité plus vaste, presque sublime, que l’on cherche lors d’une randonnée, dans la contemplation de l’horizon au-dessus de la mer ou même pendant une lecture? C’est la question que se pose le néo-Gaspésien Roland Charbonneau dans Ailleurs, essai littéraire contemplatif et philosophique paru au printemps 2025. Tout au long du livre, l’auteur cherche cet endroit, habité par une tension entre ce qui se vit et ce qui se rêve.
Parsemé de fragments de notes, de pensées fugaces griffonnées dans des carnets de randonnées et de citations littéraires capturées à la lecture de romans et de recueils de poèmes affectionnés, Ailleurs est construit en fragments, comme une série de réflexions, de visions et d’errances. L’auteur adopte un ton poétique, qui évoque presque celui d’un photographe littéraire tellement les paysages sont décrits avec beauté et lyrisme.
En revisitant ses souvenirs, surtout ceux vécus en dévalant les pistes de ski, Roland Charbonneau chemine des quartiers urbains de Montréal aux paysages de la Gaspésie, ou comme le dit l’auteur, des précipices animés intérieurs de la mélancolie aux flancs des montagnes arpentés. L’effet est celui d’une immersion dans un paysage intérieur autant qu’extérieur : les arbres bien dessinés, les « rameaux du sapinage », la véranda grise, les galets, autant d’images évocatrices qui apaisent.
« Où est l’ailleurs ? » interroge l’auteur. La réponse n’existe pas, et elle n’est pas nommable. L’auteur refuse d’en faire un lieu fixe, encore moins un idéal paradisiaque qui rappellerait, par sa perfection, un imaginaire religieux, tient-il à souligner. L’ailleurs, chez lui, demeure un concept mobile, un espace qui se construit au gré des randonnées, du ski, des lectures et de l’écriture.
Entre grâce fugitive et vertige intérieur
Ainsi, l’un des grands fils rouges du livre réside dans cette incapacité douce-amère à habiter pleinement le présent. Le narrateur vit, par exemple, un moment de grâce sur un quai et, presque simultanément, tout en ressentant cette connexion totale avec la beauté de la nature, il plonge dans sa tête, introspectif, déjà chagriné à l’idée que ce moment deviendra un souvenir.
« N’importe quel moment d’absolu sera par définition fini. On monte une montagne, on regarde le paysage en haut, on profite, mais il faut redescendre quoiqu’on en pense ou en dise; on ne peut pas rester là », témoigne-til. Autrement dit, vivre la beauté, et déjà la regretter. « Cette oscillation représente sans doute la grande tension dans le texte et dans une bonne partie de la littérature et des essais philosophiques », affirme le jeune auteur de 28 ans né aux États-Unis de parents suisse et québécois.
« On vit un quotidien qui parfois nous tombe dessus et qui peut sembler insuffisant. Alors on remercie ces épisodes de béatitude en randonnée, en voyage ou en lisant par exemple », confie-t-il. En effet, il explique dans son livre qu’une sorte « d’hébétude » l’afflige parfois, c’est-à-dire « une intuition d’une absence, du vide dans le plein du réel, ce qu’Yves Bonnefoy [écrivain et poète français respecté] nomme un gouffre au coeur même de la présence ». Si la mélancolie et la nostalgie parsèment les pages de l’oeuvre, l’auteur, qui est aussi professeur de littérature au campus de Gaspé, espère qu’elles ne sont pas maladives, dit-il avec le sourire.
Une profonde quête intérieure nourrie par la littérature
Il faut savoir que cet essai s’inscrit dans le mémoire de maîtrise en recherche-création de Roland Charbonneau alors qu’il étudiait à l’Université de Montréal : un exercice exigeant où l’auteur doit à la fois produire un texte littéraire et une réflexion portant sur l’esthétique de l’écriture. Avide lecteur, le professeur s’amuse à plonger dans les oeuvres des auteurs l’ayant fortement inspiré tels Ernest Hemingway, Gabrielle Roy et surtout Yvon Rivard et Yves Bonnefoy, les deux écrivains les plus présents dans son esprit.
Quant au style de Roland Charbonneau, le lecteur y reconnaîtra sans peine une sensibilité proche du mémorable Jacques Poulin, décédé à l’été 2025, dont le néo-Gaspésien partage l’imaginaire avec une écriture enracinée dans les lieux, sereine et qui invite au calme, toujours à la recherche d’un paradis perdu loin du vacarme du monde, comme celle retrouvée dans les excellents Les Grandes Marées ou Volkswagen Blues.
Il s’agit donc pour lui d’un nouveau geste artistique, car auparavant, il écrivait surtout de la fiction. Il avait d’ailleurs fait partie des 20 finalistes du Prix de la nouvelle Radio-Canada en 2017 pour Alma. Aussi, selon lui, Ailleurs s’inscrit dans une lignée forte au Québec : celle de l’autofiction, des récits de soi et des essais biographiques, « une mouvance très populaire ici depuis Nelly Arcan », soutient-il. À constater les parutions récentes d’ici dans les librairies, il a bien raison si on regarde du côté de La version qui n’intéresse personne d’Emmanuelle Pierrot, Amiante de Sébastien Dulude, ou encore la trilogie autofictionnelle d’Akim Gagnon – tous des livres qui ont rencontré un beau succès public et critique.
Au final, Ailleurs n’est pas un livre qui cherche à convaincre, mais un livre qui cherche à respirer, dont l’expression est toujours approfondie par une exigence de pensée. Il donne envie de sortir marcher, de lire davantage, de laisser la beauté faire son oeuvre, même en sachant qu’elle nous échappe, et surtout, de profiter des magnifiques montagnes de la Gaspésie, que ce soit en ski ou en bottines, pour trouver notre ailleurs personnel.

Essai littéraire contemplatif et philosophique paru au printemps 2025, Ailleurs est construit en fragments comme une série de réflexions, de visions et d’errances sur cette réalité presque sublime que l’on cherche en plein air ou plongé dans un livre. Photo :NOTA BENE
Wilbert Coffin, l’histoire qui ne veut pas mourir, pour se souvenir du prospecteur gaspésien
GILLES GAGNÉ
MARIA | L’auteur Sylvain Rivière a lancé récemment Wilbert Coffin, l’histoire qui ne veut pas mourir, 70 ans après l’exécution du prospecteur gaspésien, le 10 février 1956. Coffin avait été trouvé coupable en août 1954 à Percé de la mort de trois chasseurs américains en juin 1953.
Né en 1955, Sylvain Rivière n’était qu’un bébé quand Wilbert Coffin a été pendu à la prison de Bordeaux. Il était encore enfant quand il a découvert cette histoire.
« On écoutait les adultes parler de cette affaire, et ça sonnait comme si c’était de la parenté, la famille Coffin. On entendait parler de l’injustice de la cause, de quelqu’un qui ne pouvait pas se défendre, parce qu’il n’avait pas les moyens », dit-il.
Sylvain Rivière se sert abondamment d’images pour clarifier l’affaire. Il évoque des épisodes au cours desquels certains hommes ont avoué les meurtres, pour ensuite se rétracter. L’auteur s’attarde à « l’exception Philippe Cabot », un Gaspésien mort en 1998, qui s’en est vanté auprès de membres de sa famille dans les années 1990. Plusieurs rejetons de Philippe Cabot sont certains qu’il a tué les trois Américains.
« C’est une anthologie de 620 pages, une brique, et c’est à la fois un récit graphique. Quand tu lis ce qui a été écrit sur l’affaire Coffin, comme les livres d’Hébert [Jacques, journaliste, éditeur et sénateur, mort en 2007], c’est touffu, et on peut se perdre, parce que ça n’en finit plus. Moi, je l’ai découpé comme un scénario de film. J’ai inclus 300 photos, des coupures de presse. Tu as la date des images », décrit-il.
Le livre contient des photos inédites, dont des images de Wilbert Coffin en famille et des pièces à conviction du procès. On y voit aussi des télégrammes portant sur des articles de journaux, trouvés par hasard dans la gare de Matapédia en 2023.
Sylvain Rivière a intégré à son ouvrage le parcours emprunté par les chasseurs Eugene Lindsey, son fils Richard, 17 ans, et un ami, Frederick Claar, 19 ans. Partis de Pennsylvanie le 5 juin 1953, ils sont arrivés à Gaspé le 8. Ils passeront du temps lors des deux jours suivants avec Coffin, un fait admis par ce dernier.
Ils ne seront pas revus vivants après le 10 juin. Leurs corps seront retrouvés en juillet, le 15 pour Eugene Lindsay, et le 23 pour son fils et Frederick Claar.
« Coffin est campé dans ce tourment des années 1950, dominées par le joug du premier ministre Maurice Duplessis, qui est aussi procureur général du Québec, ou ministre de la Justice. Coffin était anglican, dans un Québec catholique, et il vivait en union libre avec la mère de son fils, ce qui était dénoncé par Duplessis. Il fallait un coupable rapidement pour satisfaire le lobby des chasseurs américains. Coffin prenait un coup, comme bien d’autre monde à l’époque. Il avait été trouvé en possession d’objets appartenant aux chasseurs. Mais voler n’est pas tuer », souligne l’auteur.
« L’enquête a été entachée de violence à l’endroit de Coffin, d’irrégularités, tout comme le procès, au cours duquel les jurés ont été autorisés à aller au cinéma », ajoute-t-il.
L’une des photos du livre, publié aux Éditions du Tullinois, montre le revolver sculpté dans un pain de savon que Wilbert Coffin a utilisé pour s’évader de la prison de Québec à l’automne 1955, peu avant sa date d’exécution, reportée à février 1956.
« Coffin est retourné volontairement en prison sur les conseils de son ex-avocat. Il espérait encore prouver son innocence. Un homme coupable retournerait-il en prison à quelques jours de son exécution? Ça m’apparaît évident que la réponse est non! », tranche l’auteur.
Sylvain Rivière espère voir Wilbert Coffin blanchi par le système judiciaire. « Mon verdict, c’est quand il est redescendu de la forêt après avoir rencontré les Américains [le 10 juin 1953], il devait être convaincu que les chasseurs n’étaient pas morts. Sans ça, il n’aurait pas volé les objets. Je souhaite naïvement qu’il se passe quelque chose dans ce dossier pas réglé. C’est remarquable, fabuleux, qu’on en parle encore, 70 ans après l’exécution. »
Le lancement du livre a eu lieu le 7 février, à Percé. Les hôtes de la soirée, Nathalie Clément et Patrice Dansereau, de la librairie Nath & compagnie, ont servi aux convives le menu pris par le prospecteur la veille de sa mort.

Wilbert Coffin, l’histoire qui ne veut pas mourir, est disponible dans les librairies gaspésiennes. Photo : Gilles Gagné
Le chanteur et guitariste Éric Dion lance un premier album solo
GILLES GAGNÉ
NEW RICHMOND | Faisant partie du paysage musical gaspésien depuis au moins 25 ans, le chanteur et guitariste Éric Dion a lancé son premier album solo le 27 février dans le foyer de la salle de spectacles Desjardins de New Richmond, sa ville. Accompagné par deux choristes et trois musiciens, il est sorti heureux de l’événement, comme les nombreux spectateurs.
« C’était vraiment bien. L’équipe de la salle de spectacles, Éric Normandin en tête, avait fait un bon travail. On avait des indices qu’il y aurait une bonne assistance : il y avait eu beaucoup d’appels à la salle pour avoir des informations, on voyait un engouement à propos de l’événement sur Facebook, et un bon travail avait été réalisé en amont avec les médias traditionnels. Je voyais aussi les amis partant de loin pour venir au lancement », explique le chanteur, faisant écho aux inquiétudes initiales de sa mère Jackie, soucieuse de voir le lancement passer inaperçu.
La sortie le 23 octobre de la chanson Les matins fragiles, en format simple, avait préalablement attisé la curiosité des amateurs de musique. Avant la mi-mars, cette chanson avait fait son chemin dans les 40 meilleures chansons du palmarès québécois, atteignant alors le 22e rang!
De nouveaux équipiers
Bien connu comme la moitié du groupe Dans l’shed, l’autre moitié étant André Lavergne, Éric Dion voulait composer trois « extraits radio », des chansons susceptibles de jouer dans les stations populaires. Sans en faire une obsession, il a pris les moyens d’y arriver en s’adjoignant Éric Blanchard, avec qui il a souvent travaillé depuis 2019.
« J’ai pensé à Éric parce que j’ai travaillé avec lui sur son album, fait à ses 50 ans. Je me suis dit que je pourrais faire ça moi aussi. Je voulais le faire avec lui. Je lui ai fait confiance. Il est donc présent dans toutes les chansons, incluant ces trois-là, les extraits radio. En haut de 3 minutes 30 [secondes], ça ne marche pas, mais je n’ai pas fait de compromis sur le contenu, à part la durée », explique-t-il.
Il a composé la première chanson de l’album, Lac Cascapédia, loin de son studio, simplement en la fredonnant.
« Bon, j’ai la première chanson de mon projet! C’est ce que je me suis dit. C’est un lieu de la Gaspésie, comme Motel de l’Anse, à L’Anse-à- Beaufils, Rue Berry, ma rue. C’est un album très personnel. Ce que je crois comprendre, c’est que plein de monde se reconnaît. Je m’en suis fait beaucoup parler, quand la première chanson est sortie à la radio », souligne Éric Dion, un professeur d’histoire de formation, qui a laissé l’enseignement il y a quelques années pour se consacrer à la musique.
L’origine du vent, le titre de l’album, a été enregistré au studio de Martin Hogan, à L’Anse-à-Beaufils. C’est aussi Martin Hogan qui a réalisé le mixage sonore, une première pour lui, et « certainement pas une dernière », prédit Éric Dion.
« François Pierre Poirier a fait les synthétiseurs. Martin Hogan a de l’expérience avec les textures pop et cette expérience a servi dans Le ruisseau triste, l’un des extraits radio. J’avais fait beaucoup de préproduction dans mon studio. J’ai fait beaucoup de ménage avec Éric Blanchard. Le travail en studio a pris la forme de trois sessions avec Éric, chez Martin, puis François-Pierre s’est joint à nous. Est ensuite arrivée Mariloup Brière-Berthelot, avec sa voix, d’abord pour Rue Berry. Puis, je me suis dit : “Il faut la faire chanter dans d’autres chansons”. Et c’est ce qui est arrivé », raconte Éric Dion.
Y aura-t-il une tournée de promotion? « Il y aura une tournée. L’album vient de sortir. Nous présenterons quelques shows cet été. Je ne peux pas en parler. Au printemps, je participerai à la Vitrine du ROSEQ. Je travaille avec la boîte JSmile, de Judith Brindamour et Yves Larammée. C’est un cycle qui pourrait prendre un an et demi à deux ans », conclut Éric Dion.
L’album est disponible sur la page Band Camp d’Éric Dion, physiquement ou numériquement, au magasin AudioStop de New Richmond, et il sera vendu lors des spectacles à venir.

Éric Dion et le groupe formé pour le lancement a interprété toutes les chansons de l’album L’origine du vent lors du lancement, le 27 février. Photo : Gilles Gagné
Trois-Toupies-des-Chiens, plus qu’une histoire de pêches commerciales
GILLES GAGNÉ
CARLETON-SUR-MER | Près de 45 ans après son premier ouvrage, l’auteur gaspésien Gilbert Dupuis a lancé à la fin de 2025 le récit Trois-Toupies-des-Chiens, dont la trame constitue un alliage entre le déclin des stocks de morue et les conditions propices à la survie, voire de l’épanouissement d’un village menacé de fermeture.
L’auteur originaire de Pabos, ingénieur de formation ayant fait carrière à Rimouski, en était à son 11e titre depuis 1981, incluant des livres pour enfants.
« Le départ de Trois-Toupies-des-Chiens est venu à la suite d’une question que m’a posée mon épouse, originaire de Bonaventure. “Pour quelle raison la morue ne reviendrait pas, comme elle était présente dans les années 1950?” La question était bonne. La morue était une espèce abondante dans les années 1940-1950. Ça a commencé comme ça, ce récit. Je ne voulais pas faire une revue scientifique. Je voulais conjuguer ça avec la revitalisation des villages. On prend comme base une action collective, on agit avec des membres de la communauté, pas seulement des élus », aborde Gilbert Dupuis.
« J’ai demandé à des journalistes si ça existait, une chronologie du déclin de la morue, de l’an 1000 jusqu’à nos jours, du moins jusqu’aux décisions de Pêches et Océans Canada d’imposer des moratoires. Ça fait mal de mettre le doigt sur l’une des causes du déclin, la surpêche. Il y a depuis longtemps eu inadéquation entre l’effort de pêche et les efforts de conservation de l’espèce. On a mis beaucoup d’efforts pour être efficace, dans le monde des pêches, assez pour en arriver à une situation qui porte un nom, l’effet Allee », ajoute l’auteur.
Cet effet Allee a été déduit par un scientifique américain du nom de Warder Clyde Allee qui, dans les années 1930, a observé que certaines populations animales en décroissance pouvaient atteindre un seuil en bas duquel elles ne se régénèrent pas, parce que leur densité était trop faible. « On se retire : l’espèce décline sans arrêt », résume Gilbert Dupuis.
Science assaisonnée de sociologie
S’il ne voulait pas faire une revue scientifique, l’auteur a tout de même consulté des scientifiques.
« J’ai eu la collaboration des biologistes de MPO [ministère fédéral des Pêches et des Océans]. J’ai écrit un chapitre où une biologiste propose des mesures de rétablissement du stock. La surpêche est la cause historique et les phoques sont la cause actuelle, parce qu’il n’y a plus de morue; ils empêchent le rétablissement du stock », tranche Gilbert Dupuis.
Il a intégré dans le récit des notions élémentaires de sociologie, de vie en société, d’action des personnes donnant vie à son oeuvre. C’est un côté développé après avoir lu considérablement sur l’histoire des villages. Il voit un trait commun dans les communautés qui s’en tirent mieux.
« Si on est plus autonome, c’est la garantie qu’on va continuer. La vie personnelle [de ses personnages] est mêlée à la survie du village. Les mots-clés, c’est qu’il doit y avoir beaucoup de consultation. C’est la souveraineté du village. Si on augmente l’autonomie, c’est une garantie que le gouvernement ne pourra pas nous parler de fermeture », analyse M. Dupuis, finaliste du prix Robert-Cliche en 1987 pour La Marcheuse.
À Trois-Toupies-des-Chiens, on a instauré un jardin communautaire, pas tant pour combler les besoins alimentaires de la population que pour renforcer l’esprit communautaire, dit-il.
« Les citoyens remettent sur pied un entrepôt frigorifique communautaire. C’est le congélateur qui sert de lien entre les habitants. Il y a un dispensaire 2.0, avec une infirmière à temps partiel comme dans le Nord. Dans ce récit, il y a quelqu’un qui filme toute l’histoire de la lutte de cette communauté. C’est pour documenter l’histoire, pour dire que c’est déjà arrivé, fermer un village », note l’auteur, sensible à la notion de présentisme, cette caractéristique revenant à oublier l’histoire, à penser que seules les dernières années comptent.
Publié aux Éditions de la Francophonie, Trois-Toupies-des-Chiens est vendu dans les librairies gaspésiennes.

Gilbert Dupuis a publié 11 livres depuis 1981. Photo : Photo fournie par l’auteur
La fascinante histoire de Percé : suite et fin
JEAN-PHILIPPE THIBAULT
PERCÉ | Il y a moins d’un an, Jean-Marie Fallu lançait La fascinante histoire de Percé — Tome 1 : Le royaume de la pêche. Comme le titre l’indique, l’ouvrage se concentrait à retracer la grande fresque sociale et économique du village dans ses limites de l’époque — du pic de l’Aurore au cap Blanc — sous l’angle des pêches.
Rien de plus normal pour une monographie de Percé, considérant que l’endroit a été le berceau de l’industrie de la pêche à la morue au Québec avec 500 à 600 marins-pêcheurs à ses débuts. La création de la seigneurie de l’Isle Percée en 1672 marquait un point tournant avec la sédentarisation des premiers Européens en Gaspésie.
Ce Percé est toutefois révolu et a bien changé avec le temps. Aujourd’hui, le village est connu de par le monde comme un lieu de convergence pour les touristes. La pêche a tranquillement été détrônée par un autre secteur d’activités. « L’odeur des frites remplace de plus en plus celle de la morue », relate un article du Soleil paru le 15 août 1963 à propos du visage de Percé qui s’ancre de plus en plus dans le tourisme estival.
« Le tourisme se développe au moment où la pêche décline », résume Jean-Marie Fallu, rencontré quelques jours avant le lancement officiel de son livre qui s’est tenu au pavillon des Grandes marées, au coeur de Percé.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Quelques décennies plus tôt, Percé était plutôt le repère des artistes qui, souvent, faisaient du pouce pour se rendre jusqu’en Gaspésie. Ce sont ces deux angles de la culture et du tourisme que l’historien dépeint aujourd’hui dans La fascinante histoire de Percé — Tome 2 : L’irrésistible paysage.
« En fait, au départ, c’était supposé n’être qu’un seul livre, mais il faisait plus de 800 pages. Alors l’éditeur a décidé de le scinder en deux », explique l’auteur.
L’idée aura été bonne pour Les Éditions GID puisque quelque 1200 copies du premier tome avaient trouvé preneur au moment d’écrire ces lignes ; une réimpression a dû être faite. L’ouvrage a été un des meilleurs vendeurs de l’éditeur l’an dernier.
Recherche pointilleuse
Encore une fois, Jean-Marie Fallu a pu compter sur l’aide de sa conjointe Chantal Soucy, ethnomuséologue derrière la création du musée d’art populaire La promeneuse d’oiseaux à Percé.
Le résultat est un volume de 414 pages, avec à la clef pas moins de 430 images et encadrés, sans compter 305 photos et illustrations, dont une trentaine d’oeuvres d’artistes imprimées en couleur. Un dessin à l’encre du rocher Percé par Plume Latraverse, une acrylique de Tex Lecor ou une toile contemporaine de Mylène Henry en font notamment partie.
« Pour bien rendre l’esprit de ces créations, il fallait les publier en couleur et l’éditeur a heureusement accepté », se réjouit Jean-Marie Fallu.
Celui-ci a d’ailleurs collecté plusieurs témoignages d’artistes pour bien s’imprégner de l’ambiance de ces années où Percé était le centre artistique de la province. Robert Charlebois et Claude Dubois lui raconteront plusieurs anecdotes intéressantes, notamment. Percé inspirera plusieurs autres artistes, dont André Breton, Paul-Émile Borduas et Georges Dor, pour n’en nommer que quelques-uns qui se retrouvent dans les pages de l’ouvrage.
« Dans les années 1950, ce qui était hot pour les poètes et les beatniks, c’était d’aller à Cape Cod où il y avait une vie artistique intéressante, précise l’historien. Mais là, avec le centre d’art de Suzanne Guité en 1956, ils commencent à faire de Percé leur rendez-vous estival. Tout le monde qui grattait la guitare descendait sur le pouce à Percé. Pour eux, c’était l’endroit le plus exotique au Québec. »
L’ouvrage fait aussi une belle part, dans sa première partie, aux institutions hôtelières du village au fil du temps, aux campings et aux nombreuses boutiques qui ont jalonné l’histoire de Percé. On y retrouve entre autres une photographie particulièrement frappante prise par Owen Bouchard de l’incendie de l’hôtel de Jean-Ernest Guité.
Bref, Jean-Marie Fallu et sa conjointe ont retourné pratiquement toutes les pierres pour livrer ce deuxième tome, fruit de 15 ans d’efforts et de recherches. La fascinante histoire de Percé — Tome 2 : L’irrésistible paysage est d’ores et déjà en librairie.

Jean-Marie fallu conclut son histoire de Percé avec ce deuxième tome en moins d’un an. Photo : Jean-Philippe Thibault



