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9 juin 2022 10 h 16

Des mots, des notes et des images : Éli Laliberté

Gilles Gagné

Journaliste

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MARIA | Le documentariste Éli Laliberté, de Maria, a lancé récemment son dernier film, Le coureur des bois et le Nutshimiu-innu, racontant l’histoire de Clément Lévesque, un homme vivant dans la région de Québec, et Jean-Guy « Tekuanan » MacKenzie, un Innu de Mani Utenam.

Clément passe quelques semaines par année en forêt à 160 kilomètres au nord de SeptÎles, cette forêt qui l’a fait rêver pendant les 35 années au cours desquelles il a travaillé dans un chantier maritime.

Jean-Guy passe encore plus de temps en forêt, plus au nord que Clément, à près de 420 kilomètres de Sept-Îles. Dans son cas, c’est un territoire qu’il a connu dès son enfance, le territoire foulé par des générations innues pendant des siècles.

Éli Laliberté avait rencontré Clément par hasard, il y a quelques années, dans le train de passagers reliant Sept-Îles à Schefferville, le train de la firme Tshiuetin. Il a effectué au début de 2020 le tournage du documentaire dans lequel il devait présenter les deux hommes, mais la pandémie l’a contraint à lancer la première partie du projet global illustrant seulement Clément, Un canot dans la neige, en 2021.


Le documentariste Éli Laliberté et Jean-Guy « Tekuanan » MacKenzie, avec une partie des bagages requis pour le tournage. Photo : Offerte par Unis TV

Il est retourné en forêt au début de 2021 pour tourner avec Tekuanan, et il a ensuite monté le projet tel qu’il devait être initialement, c’est-à-dire en montrant les deux hommes en forêt, chacun de leur côté puisqu’ils ne se connaissent pas.

« C’est rare en tant que documentariste de faire deux films avec un. C’est la COVID qui m’a fait produire ça de cette façon », souligne Éli Laliberté.

Il approfondit les liens qu’entretiennent tant Clément que Tekuanan avec le territoire, une notion qui le passionne.

« Depuis que je suis né, ma relation au territoire m’anime. Je regarde comment on se réenracine, quand on vient d’ailleurs. J’aimais Clément pour ça, comment il s’est approprié la forêt, lui qui ne vient pas de ce milieu. Pour Tekuanan, ou Jean-Guy, le Nutshimit est son territoire familial, où on retourne depuis des générations. C’était ça, le dernier film, l’idée de départ. Pour m’éloigner, j’ai fait intervenir ma voix, ma réflexion », explique le cinéaste.


Éli Laliberté et Clément Lévesque ont parfois couché sous la tente, par des nuits particulièrement froides. Photo : Offerte par Unis TV

L’approche des deux hommes est différente. « Clément fait tout à pied; son camp n’est pas loin du train, jusqu’où il peut aller en raquettes. Pour Tekuanan, il faut plus d’une journée pour transférer le matériel, en motoneige. On a parcouru le territoire en masse, on est arrêtés dans des lieux importants, on a fait la pêche. Pour lui [Tekuanan], ce n’est pas un territoire ordinaire. Je le sens plus en territoire familier quand il est dans le bois qu’à Mani Utenam », souligne Éli Laliberté.

« C’est fascinant de découvrir le territoire avec un Innu qui l’a fréquenté de l’âge de 8 ou 9 ans jusqu’à 21 ans, de septembre à juin. Je me sentais honoré. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui ont vécu ça. Ça a quelque chose d’un peu triste, marqué par une grande nostalgie. Cette connexion humaine avec le territoire disparaît tranquillement, des connaissances et la conscience de la connaissance qui te transforment. Dans Nutshimit, tu es isolé mais tu es plus humanisé parce que tu es en lien avec la nature et le territoire. Les cultures autochtones apportent cette profondeur », analyse le cinéaste.

Le coureur des bois et le Nutshimiu-innu peut être vu sur la plateforme Unis TV, sur laquelle il a d’abord été diffusé. Comme pour Un canot dans la neige, une distribution internationale est prévue.