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16 novembre 2022 11 h 54

Des mots, des notes et des images; partie 1/2

Gilles Gagné

Journaliste

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Curiosités de la pointe de la Gaspésie: Pascal Alain et Pierre Lahoud présentent des trésors souvent méconnus

CARLETON-SUR-MER | Les historiens Pascal Alain et Pierre Lahoud ont récemment publié l’ouvrage Curiosités de la pointe de la Gaspésie, un livre présentant en photos et en textes 100 lieux porteurs d’une histoire digne d’être connue par les Gaspésiens et les amants de la région.

Le livre, lancé à la mi-octobre, regroupe des lieux situés entre l’arrondissement Saint-Majorique, dans le Grand Gaspé, et Chandler, incluant Newport. Il suit de quatre ans Curiosités de la Baie-des-Chaleurs, qui était le cinquième ouvrage d’une collection, Curiosités, qui en compte maintenant 14. C’est d’ailleurs Pierre Lahoud qui dirige cette collection.

Pour se qualifier, les lieux doivent exister physiquement, ou ils doivent avoir existé. Il peut s’agir d’une maison, d’un monument, d’un pont, d’un phare, d’une île, d’une pierre tombale, d’une église, d’un cimetière, d’une particularité géographique, d’une usine, du nom particulièrement original d’un lieu, d’objets singuliers, d’une histoire se rattachant à un lieu, puisque les auteurs sont après tout… historiens!

Du presbytère de Saint-Majorique à la statue de Mary Travers, dite La Bolduc, en passant par le minuscule cimetière O’Hara, plutôt oublié au centre-ville de Gaspé, le Bourg de Pabos et l’usine Gaspésia de Chandler, des textes d’environ 400 mots racontent les curiosités de 100 lieux, dont certains vaudraient un livre à eux seuls.

Ce qui importe surtout à Pascal Alain et à Pierre Lahoud, c’est que ces endroits s’inscrivent dans le devoir collectif de mémoire et, dans certains cas, que des efforts soient entrepris pour les sauver.

« Le cimetière O’Hara à Gaspé se trouve entre la Caisse populaire et le Dixie Lee. Comme c’est noté quelque part maintenant, on peut penser qu’un effort de mise en valeur va se faire », précise Pierre Lahoud.

Pascal Alain avoue que la limite de 350 à 400 mots par texte est parfois déchirante. « J’ai un devoir de mémoire mais j’ai aussi un devoir de synthèse. Mon texte part souvent de 1200 mots et il passe à 400 », dit-il, rappelant que des considérations graphiques et d’équité entre sujets le forcent à ces compressions.

Pour les lecteurs qui veulent pousser la curiosité, les auteurs ont dressé une liste d’une vingtaine d’ouvrages de référence qui sauront leur être utiles.

Quand on demande à Pierre Lahoud, qui réside à l’île d’Orléans mais qui se passionne pour la Gaspésie, comment se fait le choix des curiosités, il concède que « c’est parfois très aléatoire. On le fait au cas par cas. Pascal fait une recherche et s’il trouve un détail intéressant, on le choisit. Parfois, c’est moi, sur le terrain, qui fait la découverte du détail qui devient l’élément déterminant. »

Il faut parfois creuser passablement pour trouver des images d’antan de lieux néanmoins remarquables. Ce fut notamment le cas de la Maison du pêcheur, restaurant réputé de Percé. C’est notamment là qu’a eu lieu une convergence de la jeunesse locale et venant d’ailleurs à compter de l’été 1969, et où les fondateurs de la cellule Chénier du Front de libération du Québec, les frères Paul et Jacques Rose, de même que Francis Simard et Bernard Lortie, ont jeté les bases de leur action politique. Cette action a notamment donné lieu à la Crise d’octobre en 1970.

« On n’avait pas de photos anciennes de la Maison du pêcheur. Il a fallu qu’on demande à Félix Rose, fils de Jacques, pour trouver quelques petits documents visuels », souligne Pierre Lahoud, qui a fourni l’essentiel des photos contemporaines.

Entre l’impression du livre et les jours suivant le lancement, deux curiosités, le Château Dubuc de Chandler et l’Auberge Gargantua de Percé, ont disparu, l’un emporté par la tempête Fiona et l’autre rasé par un incendie suspect. On comprend mieux l’importance d’appuyer le devoir de mémoire sur des documents comme cet ouvrage.

Pascal Alain et Pierre Lahoud devraient boucler d’ici deux ou trois ans le troisième ouvrage touchant la péninsule, les curiosités du côté nord de la Gaspésie.

On peut trouver Curiosités de la pointe de la Gaspésie dans les librairies de la péninsule.


Pierre Lahoud et Pascal Alain ont récemment lancé Curiosités de la pointe de la Gaspésie, portant sur 100 lieux situés entre Saint-Majorique et Newport. Photo : Gilles Gagné

 

Signes vitaux, de Marie-Andrée Fallu, sur les expériences marquantes d’infirmières

CARLETON-SUR-MER | Lancé juste avant l’été, Signes vitaux, un livre portant sur les expériences les plus marquantes de 30 infirmières et infirmiers, rend hommage aux gens pratiquant cette profession à travers des épisodes vécus un peu partout au Québec, dont en Gaspésie, lieu d’origine de l’autrice Marie-Andrée Fallu.

Les infirmières et infirmiers ont vécu toutes sortes d’embûches depuis quelques décennies, qu’il s’agisse de
vagues de compressions laissant croire que l’État québécois en avait de trop, il y a 25 ans, aux lacunes organisationnelles qui surchargent leur horaire, notamment. L’autrice a voulu présenter une autre image.

« L’objectif, c’est de rendre hommage à ces personnes. Dans l’actualité, on entend des choses négatives, comme le temps supplémentaire obligatoire, le fait qu’elles ont moins de soutien, plus de patients à leur charge avec la pandémie. Je pensais qu’il était temps de leur donner une tape dans le dos. Présenter une image favorable était aussi important pour quelqu’un qui voudrait faire ce métier », explique Mme Fallu, qui est originaire de Nouvelle.

Après Moi, soldat, qu’elle avait cosignée avec Kaven Daigle, et Coeur policier, un succès de vente remarqué, elle et son éditrice Sophie Aumais ont discuté du prochain ouvrage.

« On avait parlé du personnel médical lors des premières rencontres, puis la maison d’édition a suggéré de parler des infirmières et infirmiers. Les gens de ma maison d’édition m’ont dit : “C’est ton style”. Pourtant, écrire, ce n’était pas un projet de vie pour moi », raconte Marie-Andrée Fallu en riant.

Elle a fait de longues entrevues avec les 30 sujets qu’elle a rencontrés en personne ou en mode FaceTime, en enregistrant leurs propos. Elle a néanmoins écrit les textes à la première personne.

« En écrivant de cette façon, je veux les mettre en lumière, oui, leur travail, mais surtout eux. Je commence à être rodée avec cette méthode. J’ai le réflexe de choisir ce que le lecteur veut savoir, je vais chercher l’information complémentaire, je me l’approprie. Chaque personne interviewée a relu son texte. Quand ils relisent leur histoire, ils ont l’impression de se la faire raconter. Certaines infirmières m’ont dit: “J’ai pleuré”. Je fais approuver les textes parce que, parfois, quand elles me parlaient, elles sautaient des petits bouts, dans les termes, ou des étapes de soins », explique l’autrice.

Elle a déniché les infirmières d’abord en utilisant les médias sociaux, et en se servant des premières réponses pour « recruter », dit-elle.

« J’avais besoin de personnes venant de différentes régions, de différentes cultures, de différents départements, de dispensaires, de prisons. Je me suis servi de contacts faits quand j’ai écrit Coeur policier pour trouver un infirmier en milieu carcéral, par exemple », précise Marie-Andrée Fallu.

Elle retire beaucoup de satisfaction de ces entrevues. « Je suis profondément intéressée par l’humain, par cette bibitte-là. Tout me captive. J’en suis émue, je ne suis pas blasée. C’est un réseau hors de mon milieu de travail. Ça me fait découvrir d’autres professions. »

Marie-Andrée Fallu a réservé une belle place à Amanda Quitich-Ottawa, une Atikamekw de Manouane qui a partagé son temps entre son secteur natal et Gesgapegiag au cours des dernières années. Olivier Roy, infirmier de Gaspé travaillant à Murdochville et comptant à son actif des années de pratique dans le Nord québécois, de même que Lucette Poirier, infirmière retraitée de la Baie-des-Chaleurs, y présentent aussi des témoignages remarquablement touchants.


L’autrice Marie-Andrée Fallu a réservé une belle place à deux infirmières et à un infirmier originaires ou ayant travaillé en Gaspésie. Publié aux Éditions de l’homme, le livre est disponible en librairie. Photo : Paul Ducharme

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