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Le président du Conseil régional de l'environnement Gaspésie-Îles-de-La-Madeleine, Steve Pronovost, juge que dix ans après le dossier de GRAFFICI, l'absence d'étude hydrogéologique sur l'ensemble du territoire gaspésien est "un manque flagrant", a-t-il expliqué à Geneviève Gélinas, maintenant formatrice en main d’oeuvre.
8 avril 2020 16 h 54

« Encore du chemin à faire »

Gaspé | Dans ce second numéro de GRAFFICI de 2020, l’équipe du journal revient, comme elle l’a fait en février, sur un des reportages qui ont marqué l’histoire de la publication. L’un des dossiers ayant généré le plus d’intérêt auprès des lecteurs a été publié en 2010. Il touchait le secteur du pétrole et il a été réalisé par Geneviève Gélinas, maintenant présidente du conseil d’administration de GRAFFICI. De 2000 à 2007, GRAFFICI était un journal culturel, avant de devenir une publication généraliste. Il a été mensuel jusqu’en 2015, avant de devenir bimestriel.

Lire la première partie du dossier : Avez-vous gardé votre fiole de pétrole?

Dix ans après la publication du dossier Pétrole : avons-nous le contrôle?, la situation a évolué mais « il reste encore du chemin à faire », estime le président du Conseil régional de l’environnement de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine (CREGÎM), Steve Pronovost.

Le dossier de 2010 pointait le manque d’information offerte : « il a fallu aller chercher les réponses pendant les dix années suivantes, dit-il. Tout le monde a appris : les élus et la population, les entreprises. »

« Côté élus, la Ville de Gaspé a pris les devants fin 2012 pour protéger son eau potable en adoptant un règlement qui instaurait une distance minimale entre sources et forages », rappelle M. Pronovost. Un règlement que Gaspé a d’ailleurs dû défendre en cour, tout comme Ristigouche Sud-Est contre Gastem, plus récemment.

Des citoyens se sont mobilisés, à travers divers groupes qu’ils ont créés, pour ensuite questionner, revendiquer et parfois même occuper des sites de forage, comme à Galt, près de Gaspé, en 2017 et 2018. « Sans ces mobilisations, le sujet passerait plus souvent sous silence », croit le président du CREGÎM.

« Même si, en 2010, les firmes actives en Gaspésie insistaient sur leur propriété québécoise, les relations avec le milieu laissaient parfois à désirer », juge M. Pronovost. Il se souvient notamment que l’enthousiaste président de Pétrolia, André Proulx, n’avait « pas toujours le tour ». « Les compagnies pétrolières ont appris à améliorer leurs communications », estime le président du CREGÎM.

Autre changement depuis 2010 : ces firmes québécoises sont passées à d’autres intérêts, parfois extérieurs. Pétrolia a fusionné avec la compagnie albertaine Pieridae. Junex est passée à Cuda, aussi basée à Calgary, avant que son actif québécois revienne à Ressources Utica, une firme domiciliée dans la province, mais dont l’actionnaire majoritaire est en Autriche.

Encore un cobaye

« La Gaspésie était un peu un cobaye dans le domaine du pétrole en 2010 et l’est encore », croit M. Pronovost. La région n’a toujours pas été l’objet d’une évaluation environnementale stratégique, au contraire d’Anticosti. Sauf pour les environs d’Haldimand, à Gaspé, l’étude hydrogéologique sur l’ensemble du territoire reste à faire. « Un manque flagrant », juge M. Pronovost.

Côté réglementation, « on a avancé mais pas suffisamment », ajoute le président du CREGÎM. « Les lois et règlements ont été mis à jour, il y a plus de restrictions, mais il reste un préjugé favorable envers les compagnies. Les bénéfices économiques souhaités font qu’on ne met pas trop de bâtons dans les roues des entreprises. Il y a un manque de courage politique. »

Transition énergétique

Un mot d’ordre a pris sa place peu à peu dans le discours public : la transition énergétique. « L’idée de diminuer notre dépendance au pétrole prend beaucoup de place. Pour les projets énergétiques, on se demande si on en a vraiment besoin. On se questionne sur les coûts et les bénéfices », illustre M. Pronovost.

La notion d’acceptabilité sociale a aussi pris de l’importance : « On en est plus conscients, mais elle reste à définir, selon de quel côté de la clôture on est. »

Le président du CREGÎM observe que le pétrole gaspésien est « moins un enjeu » puisque certains projets semblent être sur la glace. Une situation en partie due aux bas prix actuels du pétrole, analyse-t-il.

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