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5 février 2015 10 h 12

Exclusif CHNC — La CSST a émis 24 avis de correction au chantier de la cimenterie

Thierry Haroun

Collaboration spéciale

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Percé – Selon une enquête menée par CHNC, la CSST a émis entre juin et décembre 2014 24 avis de correction au chantier de la cimenterie McInnis à Port-Daniel. Autant d'avis qui n'étaient pas sans danger pour les travailleurs.

CHNC FM a épluché des dizaines de pages obtenues en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Au total, 24 avis de correction (ou dérogations) destinés aux entrepreneurs et autres sous-traitants qui ont travaillé au chantier de Ciment McInnis. Ces rapports s’échelonnent du 25 juin au 19 décembre dernier. Voici entre autres ce qu’on y apprend. L’inspecteur de la CSST constate lors d’une visite le 25 juin qu’à l’intérieur de la mini-poudrière un couteau métallique était présent à côté des explosifs brisants. De plus, alors que le travailleur « E » et son aide étaient à bonne distance du camion, la mini-poudrière était débarrée. Ce qui a mené à l’émission de deux dérogations qui ont été corrigées.

Le 16 juillet, l’inspecteur de la CSST se rend sur le chantier et adresse une remarque dans son rapport où il est dit notamment que considérant « les activités sur le chantier et la proximité des autres machineries et travailleurs, il sera impossible à l’employeur d’entreposer dans ses coffres, ses agents de sautage, bouillies et émulsion tout en respectant les distances d’entreposage tel que prescrit (par la Loi). En conséquence, la demande d’entreposage dans le camion est justifiée en autant que la procédure de travail soumise soit respectée ».

Le 8 septembre, le rapport de l’inspecteur constate que des travailleurs au service d’un sous-traitant effectuaient la pose de tuyau de béton de 1800 mm à l’aide d’une pelle mécanique. « J’ai (l’inspecteur) constaté que l’opérateur ne pouvait interpréter adéquatement la charte de levage de la pelle et ne connaissait pas le poids du tuyau qu’il était en train de manipuler. J’ai vérifié auprès d’un autre opérateur de la compagnie, et lui non plus ne connaissait pas la charte de levage de la pelle. À la lumière de ces informations, j’ai demandé à M. “G”de s’assurer que les opérateurs comprennent bien la charte de levage des pelles qu’ils opèrent ».

À propos d’explosifs

Plus loin on y lit que des travaux d’explosifs étaient en cours lors de la visite de l’inspecteur. Ce dernier constate que la circulation de camion de 30 et 50 tonnes se faisait à proximité d’un lieu de sautage avec des trous chargés en explosif sans périmètre délimité. D’autre part, ajoute l’inspecteur, dans le camion sept détonateurs étaient entreposés avec des explosifs sensibles au détonateur. Ces deux objets doivent être entreposés dans des compartiments séparés par une cloison en bois d’au moins 150 mm. De plus, « un couteau métallique trainait dans le camion avec les explosifs. Il a été retiré des lieux ». Par ailleurs, lors de sa visite dans le cadre des travaux du terminal portuaire, l’inspecteur constate qu’une boîte d’entreposage des bouteilles de gaz avait été installée. Les cylindres d’oxygène et de gaz inflammable n’étaient pas séparés par une cloison d’au moins 1,5 mètre et d’une résistance de feu d’au moins 30 minutes, ce qui été corrigé.

D’autres cas

« Des pièces de huit mètres pour les formes de béton sont appuyées sur des blocs de béton à l’aide de vérin. On ne connait pas la résistance et la capacité de l’installation » est une autre dérogation qui a été corrigée note-t-on dans le rapport du 10 octobre où une autre dérogation a aussi été corrigée et qui se lit comme suit : « Sur la plateforme de travail de silo de cru, des cylindres de gaz ne sont pas attachés. Le 31 octobre, l’inspecteur informe M. “G”’ des risques importants lorsqu’un panneau sous tension de 600 volts est laissé ouvert, même si l’on s’absente que 5 minutes. Il faut moins de temps pour qu’un travailleur s’électrise, » avise-t-il. Plus loin, l’inspecteur de la CSST remarque que lors de la montée de coffrage, le pied du travailleur s’est coincé entre le dessus d’un coffrage de porte et le plancher de la plateforme de coulage. Le travailleurs a eu quelques ecchymoses.

En novembre, il a aussi été constaté qu’au silo de scorie de ciment (clinker), l’employeur ne s’assure pas de mesurer le m de carbone qui peut s’accumuler à l’intérieur de l’abri extérieur des finisseurs de béton. Un cas qui a aussi été réglé. Et le 18 décembre, on note que sur la passerelle de la jetée, les tuyaux de transport du béton ne sont pas ancrés solidement.

Tout est réglé

Il est important de noter que toutes les dérogations émises par la CSST ont, pour la grande majorité, été corrigées sur le champ, confirme en entrevue le porte-parole régional, Maxime Boucher, en précisant que tous les avis de correction sont pris au sérieux. « De juin à janvier, notre inspecteur à visiter le chantier de la cimenterie une bonne dizaine de fois. Et les avis de correction observés ont été corrigés pratiquement sur le champ. Tous les avis sont pris au sérieux et on invite toujours les employeurs à travailler de concert avec les travailleurs afin de gérer les risques d’accident. » Maxime Boucher fait valoir que pendant l’hiver, « il pourrait y avoir des visites d’un inspecteur, mais la fréquence sera plus régulière lors de l’intensification des travaux prévus au printemps prochain ».

Ciment McInnis en fait une priorité
 
La santé et la sécurité des travailleurs sur le chantier de la cimenterie est érigée au rang des priorités de Ciment McInnis, affirme la directrice des communications, Maryse Tremblay. « Le dossier de la santé et de la sécurité au travail (SST) est un enjeu primordial et extrêmement important pour nous. D’ailleurs, les gens qui sont responsables de la SST sur le chantier sont des employés de Ciment McInnis. Et chacune des dérogations (émise) est un événement qui est important et que l’on souhaite éviter. Je suis contente que ces dérogations ont été (pour la grande majorité) corrigées sur le champ », tient-elle à dire. Elle précise enfin que ce dossier fait l’objet « d’une vigilance et on veut conserver un bon bilan sur le chantier. »