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16 novembre 2023 14 h 34

Guillaume Campion Vallée : grandir collectivement par la musique

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MONT-LOUIS | À l’âge de 10 ans, Guillaume Campion Vallée découvre la musique heavy metal. Il vend sa console Nintendo pour acheter sa première guitare. Une passion venait de naître et ne le quittera plus jamais. Le compositeur et artiste sonore de 36 ans de Sainte-Anne-des-Monts met aujourd’hui son talent et son expertise à contribution pour faire grandir la collectivité de la Haute-Gaspésie par la musique.

Après avoir suivi des cours de guitare pendant plusieurs années et une fois ses études secondaires complétées, le jeune homme obtient un double diplôme d’études collégiales (DEC) en musique, langues et traduction au Campus Notre-Dame-de-Foy, à Saint-Augustin-de-Desmaures, à l’Ouest de Québec

Avec son double DEC en poche, Guillaume revient à Sainte-Anne-des-Monts. Il a 20 ans. Il devient enseignant en musique au secondaire à l’école Gabriel-Le Courtois. Simultanément, il est professeur responsable des classes de guitare à l’École de musique Miransol.

Découverte du « cinéma pour l’oreille »

Sa rencontre avec Rémi Fraser de Sainte-Anne-des-Monts, qui venait d’obtenir un baccalauréat en musique électroacoustique, a été déterminante. « Il m’a parlé de musique faite avec des sons qu’on enregistre en studio de manière abstraite, sans partition. » Un nouvel univers s’ouvre alors à Guillaume Campion Vallée : « le cinéma pour l’oreille », comme certains se plaisent à l’appeler.

La musique électroacoustique consiste à enregistrer des sons provenant de différentes sources, que ce soit de la nature, d’instruments de musique ou d’objets quotidiens, qui sont transformés en studio. « Ça crée une musique qui se rapproche de l’art visuel abstrait, illustre le jeune homme. C’est autant du domaine des beaux-arts que de la musique. C’est souvent impressionniste dans les formes, les textures et les jeux. On sort de l’harmonie pour aller vers le côté textural de la musique. »

Après s’être acheté quelques disques de musique électroacoustique, il monte un « démo » (maquette) qu’il envoie à l’Université de Montréal, où il est admis au programme de baccalauréat en composition de musique
électroacoustique. Il poursuit ensuite à la maîtrise. Les sons instrumentaux et de la nature
constituent son matériel de base. La guitare intervient parfois dans le décor.

Pendant ses études, il rencontre Guillaume Côté, avec qui il forme un duo. Celui-ci deviendra ensuite une entreprise de création numérique appelée Trames. Guillaume Campion Vallée travaille aussi pendant six ans au sein de l’organisme Fusion Jeunesse à Montréal, pour lequel il anime des ateliers de musique dans des écoles. « J’ai toujours aimé faire des projets musicaux avec les jeunes, leur transmettre mon amour de la musique et les amener à exprimer leurs goûts ou leurs idées par la musique. »


Le compositeur et artiste sonore Guillaume Campion Vallée a choisi de revenir en Haute-Gaspésie pour contribuer à faire grandir la collectivité par la musique. Photo : Johanne Fournier

Distinctions

Guillaume s’inscrit à plusieurs concours. Parmi ceux-ci, il participe en 2010 au concours Jeu de temps/Times Play de la Communauté électroacoustique canadienne, où il obtient la quatrième place, ce qui lui permet d’aller présenter sa pièce devant public au Centro Mexicano para la Musica y las Artes Sonoras à Morelia, au Mexique. Il participe trois autres fois à ce concours, où il se classe notamment troisième en 2015.

Il est lauréat de plusieurs bourses et prix. Parmi eux, il reçoit en 2011 une bourse d’excellence académique de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. L’année suivante, il fait l’objet d’une mention spéciale du jury au concours Musica-Nova en Tchéquie.

En 2015, il remporte deux bourses qui le mènent à Berlin. La même année, le prix Marcelle lui est décerné pour son projet de maîtrise intitulé Littorale. Ce prix d’excellence rend hommage à l’une des pionnières du programme de composition électroacoustique de l’Université de Montréal, Marcelle Deschênes, originaire de Price, près de Mont-Joli.

Chansons folkloriques de la Haute-Gaspésie

Guillaume Campion Vallée avait entendu parler du répertoire de chansons folkloriques de Tourelle, mis en valeur en 1918 par l’ethnologue Marius Barbeau. « Je me disais qu’il y avait un trésor de folklore qui vient de chez nous et qui avait été oublié pendant 100 ans. » Le sujet devient le tremplin de son mémoire de maîtrise. De 2012 à 2015, il se consacre à ce projet qui se conclut par un documentaire électroacoustique.

« Je suis allé rencontrer des gens, dont l’ancien maire de Cap-Chat et passionné d’histoire, Augustin St-Laurent, qui m’a raconté l’histoire de Marius Barbeau qui arrive avec ses bobines de cire et qui enregistre 800 chansons. C’est comme s’il débarquait en Nouvelle-France; il parle de troubadours. C’était peut-être surfait, mais il y avait des personnages qui avaient des répertoires d’au-delà de 300 chansons folkloriques. Les plus vieilles remontaient à l’époque médiévale et à des mythes anciens. Les plus récentes dataient des guerres napoléoniennes. » En 2016, son projet est récompensé du premier prix Hugh-LeCaine du Concours des jeunes compositeurs de la Fondation Socan.

À la même époque, la regrettée cinéaste Nathalie Synnett écrivait un documentaire portant sur les chants et les contes historiques de la Haute-Gaspésie. Guillaume agit alors comme conseiller au contenu historique. Puis, avec Mathieu David Gagnon, il remplit le rôle de concepteur et de compositeur sonore.

Par la suite, les projets relatifs au répertoire de contes et de chansons de la Haute-Gaspésie se multiplient. Avec Guillaume Côté, il conçoit la composition sonore du parcours du Jardin du souvenir de Sainte-Anne-des-Monts. Un code QR explique l’inspiration de chacune des sculptures de bois flotté réalisées sur le thème du folklore de la Haute-Gaspésie.

Les deux Guillaume font aussi la conception, la recherche et la restauration de 1400 documents d’archives sonores de la station d’écoute interactive de la Société d’histoire de la Haute-Gaspésie. Une refonte de ces archives est disponible sur fabliau.ca. « Un fabliau est une courte histoire, explique Guillaume Campion Vallée. Il y avait des fabliaux dans le répertoire de Marius Barbeau. C’est une petite mine d’or du folklore de la Haute-Gaspésie! »


Guillaume Campion Vallée a conçu la composition sonore du parcours du Jardin du souvenir de Sainte-Anne-des-Monts, en collaboration avec Guillaume Côté. Un code QR explique l’inspiration de chacune des sculptures de bois flotté réalisées sur le thème du folklore de la Haute-Gaspésie. Photo : Johanne Fournier

Trames

Les deux associés de Trames ont travaillé ensemble pendant huit ans. « On a fait un paquet de projets interactifs et d’installations muséales en lien avec le son », précise l’artiste annemontois.

Ils ont notamment monté le projet Archipel. « L’idée était de documenter, par le son, les accès au fleuve et à l’eau sur l’île de Montréal », explique le compositeur gaspésien. Ils ont réalisé un documentaire de 30 minutes et un site web sur le thème (projetarchipel.com). Les deux comparses ont présenté ce projet au festival Longueur d’ondes de Brest et au Toronto International Electroacoustic Symposium.

Trames a réalisé d’autres projets pour des municipalités, des musées et des organisations. « On a aussi fait beaucoup d’ateliers de création sonore dans les écoles », ajoute Guillaume Campion Vallée. L’entreprise a également réalisé une plateforme de création sonore appelée Écho (plateformeecho.ca). « C’est un outil de création sonore documentaire, précise-t-il. On l’a proposé aux écoles et aux centres de services scolaire et il y a eu une bonne réponse. »

Grandir collectivement par la musique

En 2020, la pandémie se déclare. « Je me retrouve à travailler seul dans mon appartement à Montréal », se remémore le compositeur gaspésien. Il décide donc de passer l’été chez ses parents à Sainte-Anne-des-Monts, d’autant plus qu’avec une connexion Internet, il pouvait travailler à distance. Il continue à faire des balados, des captations, du mixage, de la production sonore. Au même moment, il accepte d’enseigner la guitare pour l’École de musique Miransol. Il choisit alors de revenir vivre en permanence dans son alma mater.

« En 2021, le Garage à musique arrive dans ma vie, poursuit-il. C’est coorganisé par l’École Miransol et le Centre de pédiatrie sociale de la Haute-Gaspésie. On offre 400 heures par année d’ateliers de musique gratuits à une centaine de jeunes de 10 à 17 ans de la Haute-Gaspésie. On les amène à socialiser, à prendre confiance en eux et à se développer à travers la musique. L’objectif n’est pas tant de les former comme musiciens ou instrumentistes que de les amener à prendre plaisir et à grandir collectivement en faisant de la musique. »

« On a autant de jeunes qui sont performants, qui fonctionnent bien à l’école ou qui ont des cours de musique privés que de jeunes pour qui c’est plus difficile, qui n’ont pas la chance d’avoir accès à des cours privés, continue-t-il. Ils se côtoient et font des projets ensemble. Souvent, ils se connaissent, mais ne se tiennent pas ensemble à l’école. Au Garage à musique, ils jouent ensemble. La mixité sociale qui se crée est fabuleuse! »

Guillaume s’est d’abord joint au Garage à musique comme professeur de guitare. Aujourd’hui, il en est le coordonnateur. Si les services sont offerts à Mont-Louis, Sainte-Anne-des-Monts et Cap-Chat, il souhaite aussi développer le concept dans les écoles primaires de Tourelle et de Marsoui, où il n’y a pas de cours de musique.

Bouscueil

Le trentenaire oeuvre actuellement à un projet de mini-album. Le projet Bouscueil est soutenu par une bourse de l’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de la Gaspésie du Conseil des arts et des lettres du Québec. « Je fais beaucoup de prises de son dans la nature en Gaspésie. C’est mon inspiration principale. On a un bel environnement sonore. On a de belles oasis que j’appelle des ‘‘sanctuaires de son’’ ».

Pour ce projet, l’artiste a participé à une résidence de création de sept semaines à Banff, en Alberta. « Ça a donné le coup d’envoi du projet pour commencer à composer, à trouver de nouvelles avenues créatives. » Il a aussi réalisé une résidence d’artiste d’une semaine au Salon58 de Marsoui, qui a donné naissance à l’une des pièces de son mini-album.