Hockey féminin : le parcours de Laurence Porlier de Maria
MARIA | Il y a trois ans, dans une chronique intitulée Quand cessera l’expatriation de nos jeunes hockeyeurs ?, je vous exposais la tentation pour certains jeunes talentueux - ainsi que leurs parents - de quitter la région, dans certains cas dès l’âge de 12 ans, dans l’espoir de bénéficier des meilleurs produits, des meilleures ligues et des meilleurs programmes pour poursuivre leurs études et développer leur plein potentiel en hockey sur glace. Ces opportunités, de concilier le sport de plus haut niveau et les études, sont pratiquement absentes dans des régions comme la Gaspésie.
Laurence Porlier de Maria est l’une de ces jeunes hockeyeuses qui a connu un parcours assez exceptionnel, même unique pour une jeune gaspésienne, parcours qui l’a conduit jusqu’au hockey universitaire américain. La progression pour une fille dans le hockey est plus facile aujourd’hui qu’elle ne l’a déjà été. Elle et quelques autres hockeyeuses de notre région ont été assurément des pionnières qui ont ouvert la voie au développement du hockey féminin en Gaspésie.
Comme beaucoup d’autres, c’est sur la petite patinoire familiale située à l’arrière de la maison qu’elle a donné ses premiers coups de patins vers l’âge de trois ans. Une année plus tard, elle tenait son premier bâton de hockey. Sur cette petite patinoire, son frère ainsi que les petits voisins du quartier, sous la bienveillance de ses parents, ont créé un groupe sportif inclusif qui lui a donné le goût du hockey et lui a permis de faire ses premiers apprentissages.
C’est dans la catégorie atome (les appellations pour les catégories au hockey mineur ont changé depuis) que les vraies parties ont commencé. Il y avait bien une ou deux filles dans l’équipe, mais pas plus. Les garçons étaient en majorité ; si tu voulais jouer, tu devais t’y faire. Par la suite, la progression a été rapide. À sa deuxième année dans la catégorie pee-wee, elle quitte la région pour Rivière-du-Loup. Elle n’a que 12 ans et va vivre en famille d’accueil. Pour la petite anecdote, cette famille comptait un seul enfant à l’époque et elle en compte maintenant trois; Laurence est marraine du troisième! Comme quoi, dans un tel parcours, des liens forts peuvent se tisser.
Après avoir fait partie de différentes équipes du Bas-Saint-Laurent, elle a abouti dans le midget espoir masculin à Mont-Joli. À 15 ans, elle intègre l’équipe féminine du Québec qui l’amène aux championnats canadiens et ensuite aux Jeux du Canada, au cours desquels son équipe gagne la médaille de bronze.
En 2011, elle et d’autres membres de l’équipe du Québec participent au camp d’entraînement d’Équipe Canada. Elle y côtoie des joueuses comme Marie-Philippe Poulin, Mélodie Daoust et Anne-Renée Desbiens. Bien que ce fut une expérience très enrichissante, elle avoue que le calibre était très relevé et que la barrière de la langue ne jouait pas en sa faveur.

Laurence Porlier démontre lors de cette mise au jeu la même détermination qu’elle déploie dans la vie. Photo : Photo courtoisie
Par la suite, débute la grande aventure aux États-Unis. Pendant trois ans, elle intègre un programme de type prep school à la Brewster Academy de Wolfeboro, dans l’état du New Hampshire. Le prep school (un diminutif pour preparatory school) est un niveau de scolarité qui se situe entre le secondaire et l’université aux États-Unis. Ce passage scolaire prépare les étudiants à l’université, notamment au niveau des résultats scolaires et de certains programmes sportifs. N’entre pas qui veut dans ces établissements; les prérequis et les exigences sont élevés.
À 19 ans, elle joint les rangs du club Orange (à prononcer à l’anglaise) de l’Université Syracuse, dans l’état de New York. L’équipe féminine de hockey (il n’y avait pas de hockey masculin à l’époque) joue dans les rangs de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), dans la division 1. Laurence avoue que le campus universitaire, qui compte environ 20 000 étudiants et des classes nombreuses, était assez intimidant pour une jeune gaspésienne.
Les frais d’inscription aux universités privées américaines (comme celle de Syracuse) sont beaucoup plus onéreux que ceux des universités d’état.
Ces frais peuvent coûter jusqu’à 75 000$ US par année, même plus si on prend en considération les frais de scolarité et les autres dépenses, incluant le logement et la nourriture.
Les universités se financent grâce à des subventions, des fondations et des donateurs privés, de sorte que la plupart des parents dont les enfants participent à des programmes sportifs ne paient qu’une partie de ce montant. Pour sa part, Laurence a bénéficié d’une bourse durant ses années à Syracuse. De plus, certains sports comme le football et le basketball, qui se jouent dans des stades pouvant accueillir des milliers, parfois même des dizaines de milliers de spectateurs, sont très populaires. Les revenus générés par les admissions aux parties sont considérables et contribuent aussi à financer les programmes sportifs.
Comme membre d’une équipe sportive universitaire, les athlètes bénificient de beaucoup de privilèges : ils ont accès à des entraîneurs professionnels, à des équipements modernes, à des horaires adaptés et à bien d’autres avantages. Mais encore là, les exigences académiques et athlétiques (en début de chaque année) sont sévères : pour conserver ta place, tu dois te présenter au meilleur de ta forme.
Ma question à Laurence, aujourd’hui revenue vivre en Gaspésie : « Tout au long de ce parcours, tu ne t’es jamais ennuyée ou découragée?». Sa réponse, sans hésitation : « non!». Après une courte pause, elle avoue que oui, parfois, mais pas au point de l’empêcher de réaliser son rêve.
« À certains moments, j’ai eu des doutes, mais la patience et les efforts en sont venus à bout. » Elle le dit elle-même, ça n’a pas toujours été facile. Elle a dû, dans certaines circonstances, travailler plus fort que d’autres pour atteindre ses objectifs, que ce soit à l’école ou au hockey. Elle a toujours aimé les défis; elle se dit fonceuse pour tout. Encore récemment, il y a deux ans, elle ne faisait pas de course à pied et l’an dernier, elle a fait un marathon!
Le hockey a été une affaire de famille chez elle. Elle dit avoir reçu de ses parents un appui constant à tous les niveaux et à toutes les étapes de sa carrière. Leurs recommandations : « Continue en autant que tu aimes ça et dans la mesure du possible, termine ce que tu commences. » Elle leur en est très reconnaissante.
Qu’aurait-elle à dire à une jeune fille de 12 ans qui voudrait suivre ses pas ? « Le hockey m’a permis de rester concentrée sur mes études, d’avoir une bonne discipline, d’accroître mon estime personnelle et de développer un large réseau de contacts. »
Que ce soit au hockey, dans une autre discipline sportive ou un autre domaine, elle encourage les jeunes qui ont du talent à se rendre le plus loin possible. Son parcours a été parfois parsemé de sacrifices et d’embûches, mais il lui a apporté de grands bénéfices, ainsi que des aptitudes et des valeurs qui lui resteront pour toute sa vie!




