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Éditorial
20 novembre 2019 14 h 00

Il est temps de faire plus pour l’environnement

Gilles Gagné

Éditorialiste

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Carleton-sur-Mer | Une demi-douzaine de municipalités gaspésiennes ont participé le 27 septembre à la grande manifestation pour le climat, un effet initié par l’adolescente suédoise Greta Thunberg. Près de 600 personnes ont marché au rassemblement de New Richmond, et près de 500 personnes ont été mobilisées à Gaspé, si on tient compte des activités tenues au cégep.

À Montréal, environ 400 000 personnes se sont mobilisées en présence de Greta, qu’on peut désormais désigner par son seul prénom. On appelle ça un mouvement de masse, quand on tient compte des manifestations organisées tous les vendredis depuis des mois. Toutefois, il est permis de se demander : à quand un effet de masse favorable au climat?

Combien de personnes changent réellement leurs habitudes depuis quelques semaines ou quelques mois? N’est-il pas paradoxal de voir des centaines de véhicules mus par les carburants fossiles se stationner près des points de ralliement désignés pour les manifestations? À quand un mouvement spontané pour que ces rassemblements découlent du fruit d’un déplacement en transport en commun?

À quand une réflexion quotidienne sur la façon d’utiliser le moins souvent possible nos véhicules personnels, afin de limiter notre consommation globale de pétrole? Est-il nécessaire de prendre l’auto huit fois par jour quand on peut concentrer ses courses en un ou deux déplacements, en y pensant bien? Et si on y allait à pied, quand c’est possible, ou en vélo?

Et si la prochaine manifestation était exclusivement réservée aux gens s’y rendant en transport en commun? La Gaspésie n’est pas Montréal en matière de disponibilité d’autocars. En s’y prenant d’avance toutefois, en discutant avec les propriétaires d’autobus scolaires, les organismes de transport adapté et la Régie intermunicipale de transport Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, la RéGIM, il serait possible d’arriver à des résultats étonnants, et porteurs d’une réflexion collective plus durable.

Il est temps de faire plus afin de produire moins de gaz à effet de serre. En termes de hockey, il faut hausser notre jeu d’un cran.

Nous calculons généralement très mal le coût d’utilisation d’un véhicule personnel. Les organismes s’y connaissant en la matière suggèrent qu’il en coûte près de 50 cents par kilomètre parcouru. Ainsi, un citoyen partant seul de Bonaventure afin d’assister à une manifestation à New Richmond aura théoriquement dépensé 30 $ en parcourant les 60 kilomètres de l’aller-retour. On comprend qu’une contribution de 6 $ ou 10 $ à un propriétaire d’autobus aurait représenté une économie monétaire et environnementale.

Le paiement de compensations des émissions de gaz à effet de serre est ultimement un moindre mal. La vraie façon d’aider la planète, l’humanité en fait, c’est de réduire la sollicitation des ressources, dont les carburants fossiles.

Le même raisonnement s’applique à la récupération de matières, et à leur recyclage subséquent. Dans un contexte idéal, la réduction des emballages de plastique, de papier et d’autres substances difficilement récupérables devrait primer sur le remplissage du bac bleu. La consigne devrait s’appliquer au maximum de produits de verre, dans un contexte de ressources terrestres limitées.

Les citoyens doivent lancer le mouvement vers une société plus verte. Nous ne pouvons certainement pas compter sur nos supposés leaders politiques pour donner l’exemple, en tout cas pas ceux qui occupent des positions de pouvoir depuis plusieurs années.

Au Québec, le gouvernement de Jean Charest a préparé le terrain pour l’exploration pétrolière à l’île d’Anticosti, et le régime suivant de Pauline Marois a lancé les forages. Le gouvernement dirigé par Philippe Couillard a nommé David Heurtel au poste de ministre de l’Environnement, un geste dénotant une bien faible préoccupation écologique. M. Heurtel s’est distingué par une ineptie déstabilisante, ineptie que l’actuel ministre de l’Environnement Benoit Charrette veut empirer, si on se fie à ses récentes déclarations. Quand on pense que le troisième lien à Québec constitue un projet écologique parce que des autos électriques y passeront, c’est qu’on n’a rien compris, ou qu’on prend les gens pour des imbéciles.

Le gouvernement fédéral est aussi très loin de briller en écologie. L’ex-premier ministre Stephen Harper s’est livré à une déréglementation massive pour neutraliser les lois environnementales et satisfaire ses amis du secteur pétrolier. Le premier ministre actuel, Justin Trudeau, a enclenché quelques initiatives favorables depuis 2015, mais il a annihilé toute possibilité de bilan positif en achetant le pipeline Trans Mountain et en s’engageant à tripler sa capacité pour acheminer ailleurs, le pétrole le plus sale de la terre.

Un virage vert sous-entend la modification de certains éléments de vie nous procurant du confort. Privilégier le transport en commun dans nos déplacements sur de longues distances, malgré les déficiences de nos services d’autocar et de train, constitue une façon d’y arriver, tout comme le covoiturage. Le confort repose en grande partie sur des habitudes, et ces habitudes peuvent être changées. On peut même y voir un jeu, et ce jeu écologique mènera la société vers des économies de ressources et d’argent.

Ce leadership citoyen doit s’adresser aux entreprises les plus polluantes, celles qui ne paient pas pour les dégâts qu’elles causent. Les gens seraient surpris de voir à quel point un petit boycott lance un message limpide aux dirigeants de ces firmes.

L’aveuglement volontaire peut sembler confortable. Toutefois, le mur est là et il arrive de plus en plus vite. Plus nos oeillères se referment, plus le contact fera mal, le mur étant devenu invisible et plus inébranlable que jamais. Ce dur contact coûtera en outre beaucoup plus cher, socialement et économiquement, si nous ne prenons pas les moyens pour l’amortir.

Les grands oubliés des dernières décennies, ce sont les jeunes, nos jeunes, ceux qui ne pourront disposer du confort dont les plus vieux ont bénéficié, généralement aux dépens de la génération montante.

Les technologies existent pour amorcer le vrai virage vert et plus nous y consacreront du temps, de la concentration, de l’argent et de l’inspiration, plus tôt nous amorcerons ce virage. Nous le devons à notre jeunesse.

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