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8 juillet 2021 9 h 24

Incursion dans les archives du Musée de la Gaspésie : une mine de renseignements accessibles à tous (partie 1/2)

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GASPÉ | En franchissant les grandes portes vitrées du centre d'archives du Musée de la Gaspésie, on peut retourner des centaines d’années en arrière. Grandes et petites histoires de la péninsule y sont conservées parmi les centaines de milliers de pages qui y reposent. GRAFFICI présente ici un survol de quelques-uns des secrets que renferment les voûtes du musée.

« Si le monde savait tout ce qu’on a dans nos boîtes, la salle serait pleine », lance d’entrée de jeu l’archiviste de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Gaspé, André Ruest. Chaque jour, comme son homologue Marie-Pierre Huard, du Musée de la Gaspésie, il côtoie l’histoire qui se trouve dans les longues étagères beiges.

Parmi les documents des archives du Musée de la Gaspésie, on retrouve notamment une quantité impressionnante de registres de la compagnie Robin, Pipon et Cie, fondée en 1765- 1766 par l’homme d’affaires Charles Robin, ses deux frères et les frères Pipon, tous originaires de l’île anglo-normande de Jersey.

Dans les grands livres recouverts de cuir, on peut suivre l’épopée de la péninsule gaspésienne à partir de 1776, soit 10 ans après l’arrivée de la première compagnie jersiaise. Dans la précieuse collection du musée, on retrouve notamment les relevés des différents magasins de la firme Robin, qui a porté plusieurs noms en près de 240 ans d’histoire. Cette compagnie bâtit à l’époque d’importants liens commerciaux dont la morue salée et séchée constituait le pivot central, mais pas exclusif.

« En y jetant un coup d’oeil, on voit bien l’ouverture sur le monde de la Gaspésie dans ces années », explique l’archiviste du musée gaspésien, Marie-Pierre Huard, en feuilletant l’un des relevés du poste de Paspébiac. « C’est fou de savoir que quelqu’un a écrit ça en 1798, et que je le lis aujourd’hui », note-t-elle.

Angleterre, Italie, Brésil : la morue salée gaspésienne était exportée à travers les continents à coup de cales de navires remplies. Dans les grands livres, on retrouve toutes les commandes, les prêts et les achats de l’époque.

Le musée a également mis la main sur les registres des lettres envoyées par Charles Robin. Ce dernier, qui écrivait toujours dans la langue de son interlocuteur, mandatait un employé pour recopier toutes ses lettres, histoire de garder des traces de ses correspondances avec les capitaines, les marchands et les différents acteurs de l’époque. « Vous profiterez au premier temps favorable pour faire voile sur le navire Time and Chance pour le port de Lisbonne avec une cargaison de morue », écrit Robin à un capitaine.

Ces registres de correspondance permettent également de suivre les différents conflits mondiaux qui ont eu un impact sur la compagnie Robin, et donc sur l’économie gaspésienne. Le 10 novembre 1798, Charles Robin écrit qu’il « attend avec impatience une confirmation de la défaite de la flotte du Toulon et de la capture de Buonaparte », soit Napoléon Bonaparte.

Si Charles Robin espère l’arraisonnement de Bonaparte, c’est entre autres parce que le blocus maritime que l’empereur impose à l’Angleterre affecte significativement le commerce triangulaire Europe-Gaspésie-Antilles. Ces échanges ont été instaurés au fil des ans par son entreprise, dont le siège social et les plus grandes installations sont situés à Paspébiac. Robin devra néanmoins attendre 1815 avant que Napoléon soit capturé.

Le Musée de la Gaspésie a déjà commencé à numériser la collection de la compagnie Robin, qui constitue moins de la moitié de tous les registres de la firme. D’autres volumes sont notamment conservés chez Bibliothèque et Archives Canada ainsi que dans des collections privées. Quelque 230 000 pages ont été traitées au cours des dernières années, et elles devraient bientôt être disponibles pour la consultation sur le site du musée.

Dans les registres de correspondance de la compagnie Robin, on retrouve notamment un message reçu peu après la révolte des pêcheurs de Rivière-au-Renard, en 1909. Charles Lemarquand, le gérant du magasin, écrit au siège social de Paspébiac que « hier matin, deux des Cotton de l’autre bord de la rivière sont venus [lui] demander si [il] allait prendre leur poisson à 4 $ ». Il refusa, offrant aux pêcheurs 3 $ le quintal, le prix habituel. Rapidement, un attroupement de 150 personnes se forma autour du magasin, ce qui mena à la révolte.

De l’autre côté de l’allée à la BAnQ Gaspé, on conserve les archives juridiques de la péninsule, dont le procès des pêcheurs arrêtés lors de la révolte. « Nos deux collections se complètent très bien », lance André Ruest.


Charles Robin faisait recopier toutes ses lettres dans de grands cahiers afin de conserver des traces de ses correspondances. Dans celle-ci, on peut voir qu’il attend avec impatience la capture de « Buonaparte », soit Napoléon Bonaparte. Photo : Simon Carmichael


De grandes étagères beiges renferment les archives du Musée de la Gaspésie et de la BAnQ Gaspé. L’archiviste André Ruest y retire une boîte pour consulter des documents judiciaires. Photo : Simon Carmichael

Documenter l’histoire de tous les Gaspésiens

En plus de conserver les traces de la Gaspésie commerciale du passé et des grands procès de la péninsule [voir texte suivant], le Musée de la Gaspésie renferme une quantité inestimable d’archives qui valent le détour.

On y retrouve notamment le fonds La Bolduc, dite Mary Travers, offert par la fille de cette dernière, Fernande Bolduc. Ce fonds contient de nombreuses traces de la vie professionnelle, mais aussi personnelle de l’emblématique chanteuse gaspésienne. On peut notamment la voir en vacances sur la plage de Penouille, près de Gaspé, ou encore dans son camp de chasse de Newport.

Le Musée de la Gaspésie est d’ailleurs activement à la recherche d’archives de familles provenant d’un bout à l’autre de la péninsule. « Même si ça peut paraître banal, des photos de famille, de vieux bulletins, d’anciens papiers peuvent nous apporter une foule d’informations », note l’archiviste Marie-Pierre Huard. Récemment, des documents reçus ont permis au musée d’en apprendre davantage sur ceux qui habitaient l’île Bonaventure.

« On n’a pas besoin d’être un grand personnage pour être intéressant. Notre mission est de conserver l’histoire de toute la Gaspésie et de tous ceux qui y habitent », conclut Mme Huard.

Avec la collaboration de Gilles Gagné


Le Musée de la Gaspésie possède une importante partie des archives de la compagnie Robin, qui sont notamment renfermées dans des grands livres recouverts de cuir comme celui tenu par l’archiviste Marie-Pierre Huard. Photo : Simon Carmichael

Lire la partie 2/2 – Des archives sur les grands procès ayant marqué la Gaspésie