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6 septembre 2013 0 h 37

La décision de Via Rail de fermer les gares est immuable

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MONT-JOLI – Lors d'une rencontre devant une salle bondée à Mont-Joli jeudi, la réponse d'un dirigeant de Via Rail a été catégorique : la société d'État maintient sa décision de fermer une dizaine de gares dans l'Est-du-Québec.

Le directeur régional pour l’Est du Canada et chef du transport de Via Rail, Marc Beaulieu, a été accueilli par le député fédéral de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, son homologue de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin et le maire de Mont-Joli, Jean Bélanger, dont la gare fermera, à l’instar d’une dizaine d’autres au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Avant d’écouter les questions et commentaires provenant de la salle, le représentant de Via Rail a vanté les mérites de la société d’État fondée en 1977. Selon Marc Beaulieu, les atouts reposent notamment sur le confort, la productivité et l’accessibilité pour les passagers à mobilité réduite. Il a mentionné que le transport ferroviaire était un choix écologique, estimant qu’un train équivalait à 180 voitures.

« Notre désir, c’est de continuer à desservir le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, a-t-il rappelé à quelques reprises. Nous n’avons aucune intention d’arrêter. » 
La suppression des services découle d’une malheureuse décision d’affaires, a-t-il souvent répété.

« Ce tronçon est passé de 250 000 passagers dans les années 1990 à 125 000 dans les années 2000, a-t-il justifié. On a perdu 50 % d’achalandage, ce qui nous a amenés à réduire nos dépenses. Je vous rappelle que nos budgets d’opération sont adoptés par le gouvernement. Il faut donner des services qui sont ajustés à l’achalandage. On ne vise pas seulement le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick. On a réduit aussi nos services dans le sud-ouest de l’Ontario. Tout ce que je peux vous dire, c’est de prendre le train et d’encourager les gens à le prendre. »

Des citoyens et élus de partout dans l’Est

En soulignant qu’il s’était levé à 3h du matin pour prendre part à la rencontre, le maire de Port-Daniel-Gascons, Maurice Anglehart, a ouvert la période de questions. Il a fait part de son indignation par rapport à la suspension du service entre Matapédia et Gaspé. Plutôt impassible, Marc Beaulieu lui a confirmé que le transporteur cesserait la liaison le 17 septembre.

En lui précisant qu’il avait fait 10 heures de route aller-retour pour venir à sa rencontre, le maire de Grande-Rivière, Bernard Stevens, dont la gare est fermée depuis deux ans, a demandé que Via Rail puisse maintenir le transport en autocar entre Matapédia et Gaspé, comme cela se faisait depuis un certain temps. « La réponse est non, a enchaîné M. Beaulieu. Le 18 septembre, il n’y aura plus de services. On n’est pas un service d’autocar, mais de train. »

Une citoyenne s’est insurgée contre la compression des services dans ce corridor. « Comment pouvez-vous vous permettre de couper le transport vers la huitième merveille du monde, qui offre les plus beaux attraits touristiques? », a demandé Viviane Potvin. « C’est vrai que la Gaspésie est une merveille, a acquiescé le représentant de la société d’État. Mais les grossistes nous ont abandonnés. »

Déception chez des employés de Via Rail

Le chef de gare de Mont-Joli depuis 1983, Denis Aubert, a présenté à son employeur une série de mesures pour éviter la fermeture de la station. Le député Caron, qui a rappelé qu’il est un utilisateur régulier du train, s’est porté à la défense de l’employé. « Vous voyez l’agent de gare seulement comme un vendeur de billets, alors qu’il aide à charger et à décharger, aide les clients pour leurs bagages, dont les personnes à mobilité réduite, tout en accueillant les clients, a-t-il dit en s’adressant au dirigeant de Via Rail. Là, il y a des gens qui vont attendre le train dehors, à moins 20 ou moins 25! »

« On a déjà des modèles de gares en Ontario où ça va très bien, a répliqué Marc Beaulieu en dirigeant son regard vers la salle, d’où la grogne pouvait se faire sentir. En appelant avant au numéro sans frais, vous pouvez savoir à quelle heure exactement le train entre en gare. On est une société très fière d’offrir un excellent service à la clientèle et on va continuer à le faire, même si vous semblez ne pas nous croire. »

Des témoignages émotifs

L’ancienne députée provinciale de Matapédia et candidate à la mairie de Mont-Joli a livré un témoignage empreint d’émotion, en arborant l’uniforme de son père, un ancien employé du train. « On était fiers de vous avoir dans le décor, mais plus maintenant, a lancé Danielle Doyer. Vous dites que c’est important pour vous d’offrir le service, mais ce n’est pas vrai. Aussi, vous n’êtes pas concurrentiels. En autobus, ça coûte deux fois moins cher. Le savez-vous, ça, M. Beaulieu? Donnez un service qui a du bon sens et les gens vont prendre le train. »

Son adversaire d’élections a reproché à la direction de Via Rail de ne pas avoir suivi les recommandations du ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty. « Il vous avait recommandé de faire des changements dans la haute direction, mais vous avez décidé de couper dans les services, blâme Laurent Lajoie. Les régions ont toujours eu besoin de ce service sur le plan économique. Vous ne visez pas les bonnes cibles. »

Le député Fortin a rappelé que la ville de Mont-Joli a été construite autour de la gare. Le maire de Mont-Joli a d’ailleurs demandé à Marc Beaulieu si la date de fermeture prévue le 25 octobre était définitive. « Donnez-nous plus de temps », a imploré Jean Bélanger. Le porte-parole de la société ferroviaire s’est montré inflexible.

Le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone, a demandé une rencontre avec le président et chef de la direction de Via Rail, Marc Laliberté. On lui a confirmé qu’elle aurait lieu dans les prochains jours.

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