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Éditorial
20 mai 2015 17 h 28

LA STRATÉGIE QUOI?

Thierry Haroun

Libre arbitre

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À la fin de l’hiver, le gouvernement de Philippe Couillard annonce en grande pompe
sa Stratégie maritime en brandissant la création de 30 000 emplois d’ici 2030 avec des
investissements de 1,5 G$. Tant qu’à faire des chiffres ronds : la Stratégie se serait étirée jusqu’en 2040 qu’on aurait promis 40 000 emplois. Les plans de marketing, c’est vraiment n’importe quoi parfois. Bref, on s’en reparlera en 2030, si on y est encore. Une parenthèse avant de poursuivre : on notera que Québec a déjà réservé 500 M$ et 12 000 emplois pour le Pôle logistique Vaudreuil-Soulanges dans le cadre de la Stratégie. Alors voyez ce qui reste pour toutes les autres régions, et ce, divisé sur les quinze prochaines années. Aussi bien dire que les municipalités maritimes ont davantage de chance de gagner quelque chose en achetant un billet de 649 avec extra que d’obtenir des sommes à la hauteur de leurs attentes au titre de la Stratégie.

Donc, tout ça pour dire que le gouvernement conservateur à Ottawa, friand de se débarrasser de ses infrastructures, a vu dans la Stratégie une occasion de passer à l’action. Le 24 avril, un vendredi, Ottawa annonce par voie de communiqué son nouveau Programme de transfert des installations portuaires appartenant à Transports Canada. Combien au fait ? Pas moins de 50. La plupart des ports sont situés dans l’Est-du-Québec, dont celui de Gaspé. Nous y sommes. En appelant le maire Daniel Côté le lundi suivant pour
obtenir son commentaire, il déclare être surpris et dit ne pas avoir été mis au courant
par les autorités compétentes. On ne s’étonnera pas d’apprendre que le maire n’est pas
intéressé à acquérir le port avec tout ce que cela implique sur le plan des  investissements et de l’entretien à long terme, de même que les responsabilités qui viennent avec. Que fait le maire ? Il renvoie la balle à Québec en souhaitant que la Stratégie maritime achète les installations en négociant le tout avec Ottawa.

Or, que dit le ministre responsable de la région, Jean D’Amour ? Il dit être à l’écoute.
Il parle bien, M. D’Amour. C’est un grand communicateur, il est toujours à l’écoute. Mais
plus il écoute, plus les infrastructures et les programmes régionaux disparaissent. Pas
besoin de préciser, on se comprend…

Or, si ce n’est pas Québec qui s’en porte acquéreur, l’autre étape du programme fédéral
est de le vendre au grand public, aux autochtones ou à l’industrie. En clair, c’est la privatisation du port de Gaspé qui s’annonce et ce n’est sûrement pas une bonne nouvelle pour les citoyens de l’endroit.

Chose notable. On rappellera que Le Devoir avait dévoilé en 2002 qu’Ottawa avait
décidé de surseoir à seulement 24 heures d’avis à la cession du port de Gaspé, prévue
pour le 1er mai 2001, à la société portuaire locale. Pourquoi? Le gouvernement fédéral
a pris cette décision pour deux raisons, avait expliqué au quotidien Georges Farrah, le
député fédéral d’alors de Bonaventure-Gaspé-Les Îles-Pabok. D’une part, « nous étions
en train d’élaborer une politique [ayant pour objectif que] nous conservions nos ports ».
Et d’autre part, si la cession avait eu lieu, cela aurait mis « en danger la pérennité et la viabilité du port à long terme parce que nous, à ce moment-là, on ne pouvait pas en
parler et on n’avait pas l’information définitive, on commençait à avoir des signaux très
clairs selon lesquels Mines Gaspé pourrait éventuellement fermer ses portes », avait-il
déclaré. Et savez-vous qui a été nommé en mai 2014 par le gouvernement Couilllard à
titre de secrétaire général associé, chargé du Secrétariat à l’implantation de la Stratégie maritime ? … Georges Farrah !

Bonne chance aux deux équipes.