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17 mars 2015 17 h 22

L’ESPACE RENÉ LÉVESQUE AU CŒUR DE LEUR RETRAITE

Karyne Boudreau

Rédactrice en chef

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MARIA – En entrant dans la maison de Hélène Leclère et Louis Bernard à Maria, une maison pensée et dessinée par eux, je découvre d’abord une vue splendide sur la baie et un intérieur lumineux, à l’image de ces deux médecins retraités qui ont décidé de s’investir totalement, depuis 2010, dans la réalisation de l’Espace René Lévesque qu’ils souhaitent de tout cœur voir se réaliser à New Carlisle « avant de mourir », lance spontanément M. Bernard lorsqu’on lui parle d’échéance pour le projet.

C’est que ce lieu en devenir destiné à honorer l’homme et le politicien, dans son village natal, est actuellement en manque criant de fonds malgré les efforts soutenus du couple.

« On a envoyé 1000 lettres personnalisées à des médecins qu’on a plus ou moins connus en feuilletant le répertoire professionnel. Ça nous a entre autre permis cette année de ramasser plus de 88 000 $ », signale M. Bernard qui a pris la présidence de la Fondation de la maison René Lévesque en 2012, à la mort de l’initiateur du projet Éric Gourdeau, et qui est appuyé dans sa tâche depuis, par sa compagne de vie.

« C’est pas compliqué. Il nous manque 1,5 M$ », estime Mme Leclère. « Tout ce qu’on a derrière nous : le terrain, le concept (réalisé par Médialog), le site Internet… Tout est payé. »

De plus, grâce à un programme de mécénat du gouvernement, l’organisme a un placement de 500 000 $, de l’argent placé à long terme, pour assurer la pérennité du site, une fois qu’il sera construit. « Ce n’est pas de l’argent qu’on peut utiliser pour construire, mais pour le faire fonctionner. On va pouvoir récupérer 160 000 $ pour la construction prochainement, mais les 500 000 $ sont placés à vie », précise Mme Leclère.

« Avec l’aide du défunt CLD (Centre local de développement) qui a fait un excellent travail d’ailleurs, on prévoyait aller chercher 800 000 $ de subventions dans des programmes réguliers qui n’existent plus malheureusement, ce qui va nous retarder d’un an au moins », déplore M. Bernard.

« Tout était planifié. Si on avait eu l’argent, on commençait ce mois-ci à construire pour ouvrir l’été prochain. Pour nous, ce qui est un peu désespérant, c’est que tout ce qu’on pouvait faire est fait. Tout est prêt », ajoute Mme Leclère.

DE LA MAISON À L’ESPACE…

Monsieur Bernard raconte à GRAFFICI.CA l’histoire du projet initial d’Éric Gourdeau, un ingénieur forestier de formation qui devient, en 1961, conseiller spécial du ministre des Richesses naturelles René Lévesque. Il sera des conseillers clés qui permettront une des grandes oeuvres de M. Lévesque, la nationalisation de l’électricité.

« M. Gourdeau trouvait que ça n’avait pas de bon sens qu’on ne fasse rien avec la maison d’enfance de René Lévesque. Alors, en 2009, est née la Fondation de la Maison René Lévesque. Mais le propriétaire de la maison n’a pas voulu vendre, alors on a fini par orienter le projet autrement, d’où l’idée de développer l’Espace René Lévesque qui prendra place sur un terrain face à la mer non loin du Manoir Hamilton», raconte M. Bernard.

C’est à la fin de 2010 que M. Bernard, nouvellement retraité en Gaspésie, est approché par M. Gourdeau pour « avoir quelqu’un qui est sur place, en Gaspésie ».

« C’est vrai que c’est un projet qui a commencé à l’extérieur, mais tous les dividendes vont être pour la Gaspésie et ce sont aujourd’hui des Gaspésiens qui s’en occupent », dit Mme Leclère.

« Faut que les Gaspésiens s’approprient le projet. Les argents qu’on va aller chercher, c’est pour investir à New Carlisle », renchérit M. Bernard.

« J’ai toujours admiré René Lévesque. C’était un grand démocrate qui a voulu développer le Québec et la fierté des Québécois. C’est un modèle de détermination et de respect. René Lévesque a toujours été respectueux de l’autre et a toujours voulu amener l’autre à se dépasser », dit M. Bernard.

« Dès que je suis arrivée au Québec, j’ai fait partie du mouvement souverainiste, comme militante et j’ai toujours admiré la probité de cet homme là et cette facilité qu’il avait de communiquer avec les gens sans jamais être racoleur et sans jamais les diminuer », ajoute Mme Leclère.

M. Gourdeau, avant de décéder, avait comme idée de faire un sentier pédestre avec des stations évoquant surtout la vie politique de René-Lévesque.

« On est parti de ce projet-là et on en a gardé de bonnes choses. Il a cependant évolué, explique Mme Leclère. On est allé chercher des subventions pour développer le projet avec Médialog. »

Ledit projet, comportant huit stations et un accueil, propose une promenade avec M. Lévesque, à la découverte de toute sa vie. « Les stations correspondent aux diverses étapes de sa vie, beaucoup plus centrées sur la découverte de l’homme et pas seulement du personnage politique, explique Mme Leclère. Ce qui est magnifique dans ce projet-là, c’est qu’il y aura beaucoup d’extraits sonores de M. Lévesque lui-même. C’est lui qui nous parlera. De lui, d’un événement qui aura marqué sa vie. »

Ce vendredi 20 h à la salle de spectacle de New Richmond, aura lieu un spectacle bénéfice intitulé Homme debout.

« Pourquoi on fait le spectacle, c’est que c’est un travail harcelant de chercher de l’argent tout le temps et pour se faire plaisir on a décidé que cette année on faisait une activité. Comme, il y a trois ans, on a fait une exposition patrimoniale à New Carlisle : le New Carlisle de l’enfance de René Lévesque, explique Mme Leclère. On a demandé l’aide de Philippe Garon qui fait la mise en scène et on lui a demandé que ce soit des artistes gaspésiens et un spectacle festif. Que ça ne soit pas nostalgique, mais rassembleur, énergique et surtout… GASPÉSIEN », de conclure la dame.

À PROPOS D’EUX

Hélène Leclère est native de la Normandie. Jeune diplômée en médecine, elle a décidé en 1968 de venir au Québec. « Je suis arrivée le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste ou [Pierre-Elliot] Trudeau avait été “brassé”. Tout le monde était outré que la police était entrée dans la foule. Moi je venais de vivre le printemps 68 [comme étudiante en France] et je n’en revenais pas qu’il existait au monde un endroit où l’on pensait que la police n’était pas faite pour rentrer dans la foule », se souvient Mme Leclère.

Cet été-là, Mme Leclère a fait un voyage sur le pouce au Québec et en Gaspésie. « J’ai adoré le rapport avec les gens! (…) Finalement, deux ans plus tard, j’ai décidé de venir au Québec pour m’installer ».

En 1971, à son arrivée, c’est Robert Bourassa qui est au pouvoir. « J’étais interne à l’Hôtel Dieu quand il y a eu les grosses grèves et que des chefs syndicaux ont été emprisonnés. C’était un Québec en pleine effervescence! Pour des gens des vieux pays, comme moi… c’était… tout était possible. J’ai immigré dans des conditions idéales. Je suis arrivée toute seule, diplômée en médecine (…) je suis entrée dans la vie active tout de suite et je suis, je crois, très très bien intégrée », dit-elle, sourire en coin.

Louis Bernard est né à Maria en 1938 « Juste avant la guerre », précise-t-il. Il a fait son cours classique à Gaspé et il est passé par le grand séminaire « comme tout bon garçon de l’époque, j’ai essayé la soutane, mais ça ne m’allait pas du tout », raconte celui qui a fini, lui aussi, par faire médecine.

« Au départ, je pensais revenir pratiquer en Gaspésie, mais j’ai décidé de me spécialiser en pédiatrie et j’ai passé deux ans à Boston (de 1968 à 1970)  et suis venu à l’Université Laval et au CHUL pour y enseigner et y pratiquer en pédiatrie. »

UN « JEUNE VIEUX COUPLE »
« On est un jeune vieux couple », lance Mme Leclère. Ils étaient collègues à l’Université Laval quand la conjointe de M. Bernard est décédée il y a 15 ans. Dans les années qui ont suivi, ils ont décidé de vieillir ensemble. À eux deux, ils ont 5 enfants « qui sont des adultes maintenant, Louis a même sept petits-enfants. Moi je n’en ai pas mais, tout ça, c’est une seule famille », dit la dame.

« Depuis plusieurs années, des gens appelaient Louis pour acheter son terrain à Maria. En bon Gaspésien, Louis disait : “je vais y penser” et, quinze jours après, il rappelait et disait non. Après quelque temps, j’ai dit : « il doit bien être intéressant ce terrain-là! » On est venu et on a vite décidé qu’on allait faire une grande maison d’été, pour les vacances. On a mis deux ans à réaliser le projet. Et quand on est venu y habiter, on n’en est plus repartis ».

Depuis qu’il est de retour à Maria, M. Bernard s’implique beaucoup dans sa communauté. Il siège au conseil d’administration de l’Hôpital de Maria et s’est impliqué au sein du Musée de la Gaspésie. Il a été conseiller municipal de Maria et a trois livres à son actif présentant l’histoire et le récit de la vie de gens de Maria, dont son grand-père Vignault et sa grand-mère Guité.

M Bernard a rencontré René Lévesque une fois. C’était à Gaspé, en 1984 : « Au 450e de Jacques Cartier, j’y était et, à ce moment-là, René (Lévesque), alors premier ministre (il l’a été de 1976 à 1985), Gérard D. Lévesque (natif de Port-Daniel et député de Bonaventure de 1956 jusqu’à son décès en 1993) était chef des libéraux dans l’opposition et Michel Lemoignan qui a été chef de l’Union nationale (né à Grande-Rivière et député de Gaspé de 1976 à 1981, il a dirigé le parti en 1980-1981). Ces trois là étaient des anciens de Gaspé, trois qui ont été chefs de leur parti dans les même années, pis ils étaient là, en même temps », se souvient M. Bernard avec émotion.

Quelle belle rencontre!

Plus de détails sur le spectacle Homme debout ici

Site internet de la Fondation ici