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29 juin 2020 10 h 35

Un arbre, une personne, une histoire

Les arbres font partie de nos vies depuis le début de l’humanité. Ils étaient là bien avant nous, et ils y seront encore si les êtres humains viennent à disparaître un jour. Les dernières recherches indiquent que les arbres «communiquent» entre eux, une sorte de symbiose qui a changé la perception de bien des scientifiques. Pendant que certains dirigeants politiques encouragent bêtement la dévastation d’aires forestières vitales pour l’équilibre sur terre, d’autres replantent dès qu’ils le peuvent. Certaines personnes entretiennent des rapports très étroits avec un arbre spécifique. C’est le cas de Gaspésiennes et de Gaspésiens. GRAFFICI est allé à la rencontre d’amoureux d’arbres.

Un arbre et un homme presque centenaire : Phil Doddridge et son pommier sauvage

NEW RICHMOND | En 1968,Philip Doddridge et sa conjointe Edwina, ont acheté la maison de la sœur de «Phil», Cora, près du Rang 3 de New Richmond. Plusieurs arbres se trouvaient sur la propriété, dont un pommier sauvage particulièrement solide.

«Les arbres représentaient parfois un élément de mésentente entre mes parents. Le ménage que mon père faisait dans les arbres du terrain mettaient ma mère dans tous ses états. En vérité, certains   être coupés et mon père en replantait cinq pour chaque arbre abattu. La frustration de ma mère a atteint son comble quand mon père a coupé trois beaux peupliers Lombardi mais ils étaient devenus faibles et décrépits», évoque leur fille Nancy.

M. Doddridge, le dernier survivant gaspésien des prisons japonaises après avoir été capturé à Noël 1941, n’a toutefois jamais touché au pommier sauvage. En juin 2004 ,lors de l’inauguration du Musée militaire de New Richmond, Nancy Doddridge a raconté la petite histoire du gros pommier sauvage, un arbre qui a probablement presque le même âge que son père, 98 ans.

«Carole Lepoidvin, responsable de l’ouverture du musée, s’est demandé si ce ne serait pas une bonne idée de rendre hommage à chaque vétéran de Hong Kong encore vivant à ce moment, en plantant un arbre en leur honneur. Elle m’a rappelée pas mal plus tard pour me dire : «J’ai ton arbre». Elle était déçue un peu de l’allure de l’arbre mais il était parfait. C’était aussi un pommier sauvage. Je sais que c’est le type d’arbre que mon père aurait choisi. Il grandit près du musée. Je le distingue à chaque fois que je passe par là», raconte Nancy Doddridge.

Le pommier original est resté intact jusqu’au 5 juillet 2014, alors que la tempête Arthur a frappé. «Papa était à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est le seul arbre qui était endommagé à son retour, alors qu’une grosse branche était au sol. Ça lui donne une forme en Y mais il produit encore des pommes!», dit-elle.

Texte: Gilles Gagné


Phil Doddridge assure que son pommier a environ le même âge que lui, peut-être un peu plus.  M. Doddridge a eu 98 ans au printemps.  Il a été 44 mois prisonnier au Japon à la suite de la Bataille de Hong Kong.  Il a été capturé le 25 décembre 1941 et il a été libéré en août 1945.  Photo : Gilles Gagné

 

L’homme qui plantait ses arbres

SAINTE-ANNE-DES-MONTS | Lorsque j’étais plus jeune, mon père a eu la brillante idée de devenir l’homme qui plantait des arbres. À chaque naissance d’un petit-enfant, il plantait un arbre. Il était clair dans son esprit qu’il fallait planter des arbres fruitiers, symboles du renouveau de la vie, porteurs de la postérité.

L’endroit choisi ne tenait pas du hasard. Pendant plusieurs hivers, il y avait érigé la plus belle patinoire de toute la côte de la compagnie… avec des bandes et des lignes bleues et rouges. Hugues Gasse ne faisait pas les choses à moitié. Ses enfants y avaient joué. Ses petits-enfants occuperaient eux aussi le même espace.

Autre avantage stratégique du site choisi: peu importe l’endroit où il se trouvait, il avait sa petite canopée familiale à portée de vue. Depuis la fenêtre de La Boutique, son atelier de menuiserie ou encore du bureau, sa petite véranda fenestrée, papa pouvait admirer son œuvre.

Il est passé de la parole aux actes quand sa première petite-fille est née à l’aube du printemps de 1989. Méthodique, il l’a fait pour chacun de ses huit autres petits-enfants. Il en était si fier.

Papa n’est plus, mais les arbres sont toujours bien ancrés sur le terrain de notre maison familiale où maman vit toujours du haut de ses 81 ans. Aujourd’hui, elle admire par ses fenêtres les arbres de chacun de ses petits-enfants chéris.

Les arbres plantés par l’amour de sa vie ont une très grande signification pour elle surtout dans cette période si particulière que nous vivons.

Qui aurait dit qu’après tout ce temps, leur présence aurait une telle importance? Papa avait-il flairé que sa plantation deviendrait un jour la seule façon de voir grandir ses petits-enfants, confinement oblige?

Il était fort, mon père! Sa petite forêt familiale est une métaphore. Les petits-enfants poussent. L’une d’elles porte maintenant ses propres fruits.

Le plus vieil arbre a maintenant 31 ans, le plus jeune a 11 ans. Cet été j’ai aussi le projet de planter un arbre pour souligner le dixième anniversaire du départ de papa. On le déposera en plein cœur du jardin pour qu’il veille sur les autres. Peu importe de quel bord le vent soufflera, il pourra toujours voir les siens. J’imagine que ça confirme une autre grande vérité paternelle: un fruit ne tombe jamais loin de l’arbre où il a poussé.

Texte fourni par Dany Gasse


En 1989, Hugues Gasse a planté pour sa petite-fille Vanessa le premier de neuf arbres mis en terre pour chacun de ses petits-enfants.  Sa fille Dany, en mortaise, et les autres membre de la famille regardent les arbres grandir et entretiennent la petit forêt.  Photo fournie par Dany Gasse

 

Un survivant

CAP-AUX-OS | Wilma Zomer, une Torontoise d’origine néerlandaise qui est tombée en amour avec la péninsule il y a maintenant près de 37 ans, est à l’origine de la défunte Société d’horticulture et d’écologie de Gaspé, dont la Maison aux Lilas de l’Anse-au-Griffon a pris le relais.

Elle a un lien tout particulier avec un pin blanc qu’elle a planté devant sa maison. «J’avais toute une ligne de pins blancs, vers 1983. Il n’y avait pas d’arbre à mon arrivée, et je voulais avoir des arbres nobles qui allaient habiller le terrain.»

À sa grande consternation, ces derniers ont souffert d’une maladie apparemment causée par les insectes. «La plupart de mes pins blancs sont tous morts, sauf celui-là. Il a été malade, mais a survécu, car à son pied j’ai planté un sureau, qui est un insecticide naturel.»

L’arbre a ainsi guéri. «Maintenant, il est immense et magnifique. C’est le seul survivant de toute une ligne de pins. Il représente la survie contre les épreuves. De plus, les pygargues l’adorent».

Wilma Zomer connaît l’agréable sensation de serrer un arbre: «le terme tree hugger est un peu péjoratif, on l’associe aux environnementalistes et aux hippies, mais j’ai déjà tenté l’expérience en hiver, de serrer un arbre et c’est vrai que cela procure un bien-être. Au Japon, c’est une coutume très répandue. La dernière fois que j’ai serré un arbre, l’hiver, j’ai cru sentir la sève monter. Ou peut-être était-ce le bruit des arbres, je ne sais plus…».

Texte: Geneviève Patterson


Le pin blanc devant la maison de Wilma Zomer mesure près de 45 pieds. Cet arbre peut aller jusqu’à 150 pieds. Nul doute qu’on ait choisi cette sorte d’arbre pour construire des mâts de navires, à l’époque.  Photo : Wilma Zomer

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