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9 décembre 2014 11 h 39

Apprendre à devenir maire

MARIA ET NEW RICHMOND - La vocation d'élu municipal ne s'apprend ni dans les livres, ni sur les bancs d'école. Son apprentissage se fait sur le terrain, un jour à la fois. Et pour de nombreux maires de la région, les 12 derniers mois riment avec formation continue, autant sur le plan personnel que professionnel. GRAFFICI.CA s'est entretenu avec deux d'entre-eux.

À l’automne 2013, Christian Leblanc et Éric Dubé avaient mûri leur réflexion. Formulaires en main, ils ont déposé leur candidature pour devenir premier magistrat de leur municipalité respective, Maria et New Richmond. Le premier n’avait aucune expérience en politique municipale, tandis que le deuxième cumulait une dizaine d’années en tant que conseiller.

Quelques surprises

Si leur rôle correspond « en grande partie » à la vision qu’ils s’étaient faite avant de se lancer à la conquête de l’électorat, les jeunes maires reconnaissent qu’ils avaient « sous-estimé » certaines réalités.

Siégeant sur le conseil municipal pendant une décennie, M. Dubé connaissait bien « la machine » et les fonctionnaires de la ville, mais ignorait la charge du volet « développement économique » de New Richmond. « Quand tu es conseiller, tu n’es pas assis dans la chaise du boss. Je n’étais pas dans les dossiers économiques au “day to day”. Tout ce qui concerne la négociation avec les entreprises, les citoyens corporatifs, je ne connaissais pas ça », mentionne-t-il, ajoutant cependant « adorer ce défi ».

Au-delà de ce rôle bien spécifique, le maire de New Richmond s’avoue surpris de « sa capacité de régler » des problématiques locales. Ce dernier donne en exemple une récente demande citoyenne concernant la pose de lumière de rue, dans un secteur sombre de la route 132. « Ce n’était pas un caprice de leur part. Le père de famille était inquiet pour son gars qui attendait l’autobus. J’ai mis de la pression sur Hydro-Québec. Le délai a été long, mais les citoyens ont finalement obtenu gain de cause. Je les ai accompagnés là-dedans. Comme politicien de proximité, on peut faire la différence », constate celui qui a œuvré dans le milieu agricole pendant plusieurs années.

Sans expérience en politique, Christian Leblanc met les bouchées-doubles depuis un an pour apprivoiser son nouveau rôle. Ce dernier admet qu’il n’avait pas réalisé l’ampleur de l’implication à l’extérieur des limites de son village, lorsqu’il s’est présenté à la mairie de Maria.

« Actuellement à la MRC, il y a une volonté de travailler en équipe, qui demande davantage d’implication des maires. J’ai aussi été nommé président du Centre local et développement et, avec toutes les réformes de Québec, ce n’est pas évident comme réalité », raconte-t-il, avant d’admettre avoir « mal évalué » ce volet avant de faire le saut en politique. « C’est très prenant, mais j’adore ce travail. En fait, je ne m’attendais pas à aimer ça autant », dit le conseiller en orientation de profession.

S’adapter ou s’essouffler

Éric Dubé et Christian Leblanc s’entendent pour dire qu’un maire ne doit pas compter ses heures, qu’il soit « officiellement » à temps plein ou à temps partiel. Et que le tourbillon des affaires publiques peut rapidement prendre le dessus sur leur espace personnel. « Au début, tu prends tout à cœur, tu ne veux pas dire non à personne. Dans les premiers mois, je ramenais de l’ouvrage à la maison. La ville prenait un peu trop de place. À un moment donné, je me suis dit non : quand j’arrive chez moi, c’est pour ma vie personnelle, ma blonde, alors je veux être présent à 100 %. Et ça, c’est probablement l’un des plus grands défis de ma dernière année », raconte M. Dubé, qui doit s’absenter au moins deux à trois soirs par semaine pour le travail. « Au moins, je n’ai plus de jeune enfant. Ils ont 22 et 24 ans. Je n’ai pas de couche à changer ni de bottes à attacher, ça aide », affirme-t-il.

Néanmoins, M. Dubé prend son rôle familial à cœur. « Avant d’être maire, je suis père de famille », tient-il à mentionner. « Il faut être capable de faire la part des choses. Récemment, mon fils a dû se rendre à Québec pour une opération aux yeux. Pour moi, c’était important de l’accompagner, alors j’ai dû manquer le souper-bénéfice pour Pin Rouge. C’est un choix, mais je crois que les citoyens peuvent comprendre », estime-t-il.

Pour sa part, le maire de Maria dit avoir mis de côté ses activités professionnelles et de nombreux loisirs pour se concentrer sur son travail de maire. « Au départ, je m’étais dit naïvement que cette situation allait durer un an, suite à quoi je pourrais me libérer un autre espace professionnel. Mais je me rends compte que la mairie va prendre plus de place que je pensais », mentionne-t-il.

Celui qui est aussi connu dans le secteur en tant que musicien ajoute que son engagement en politique a été le fruit d’une réflexion avec sa conjointe. « C’est devenu un choix de couple et ce serait un choix de famille si j’en avais une. L’important, c’est de garder la communication. Ce serait facile de se perdre », admet-il.

Et comme son collègue Éric Dubé, M. Leblanc affirme que la coupure entre la vie privée et le rôle de maire est un défi de taille. « Au-delà de l’occupation, il y a la préoccupation. Il faut se protéger, se créer ses espaces personnels. J’y arrive, mais ce n’est pas évident », précise-t-il, ajoutant s’être récemment abonné au gymnase pour l’aider à « maintenir » un certain équilibre et renouer avec l’activité physique. « C’est l’une de mes résolutions que je veux appliquer. Il y a beaucoup de rencontres, de déjeuners, de repas au restaurant, alors c’est certain qu’après un an, on le ressent », affirme-t-il en riant.

Combien d’heures?

Le maire de Maria est officiellement à temps partiel, mais son nombre d’heures travaillées par semaine s’élèvent la plupart du temps entre 21 et 40 heures, sans compter les lectures de documents à la maison ou les fins de semaine. De son côté, Éric Dubé peut compter sur un poste à temps plein. Il dit consacrer en moyenne entre 50 et 60 heures à son travail à la mairie.

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