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21 décembre 2011 11 h 55

Ces entreprises qui en profitent

Elles sont moins visibles que les fabricants de pales ou de tours d’éoliennes. Mais à leur manière, ces entreprises participent au développement éolien de la Gaspésie, du Québec et même d’ailleurs, tant avec leurs cerveaux qu’avec leurs muscles.

Gervais Poirier peut se vanter d’employer des «hommes-araignées». Ce ne sont pas des super-héros, mais ils sont néanmoins très utiles quand un bris survient sur une pale ou une tour d’éolienne. «Le promoteur a alors le choix entre faire venir une grue ou un homme-araignée. Qu’est-ce qu’il choisit, vous pensez?», lance M. Poirier, directeur général de Techéol, basé à Sayabec dans la Matapédia.

Cinq des 35 employés de Techéol sont ainsi formés pour bricoler suspendus au bout d’une corde. Les 30 autres s’occupent aussi d’entretenir des éoliennes, dans des conditions moins acrobatiques.

M. Poirier estime que «l’opportunisme» de ses fondateurs a permis de lancer Techéol en 2007, puis de la faire prospérer. Richard Poirier et Frères, l’entreprise de sa famille à Sayabec, installait l’électricité dans les parcs de Baie-des-Sables et L’Anse-à-Valleau au milieu des années 2000. «On s’est aperçus qu’une entreprise ontarienne venait faire l’entretien des éoliennes, rapporte M. Poirier. On s’est dit : pourquoi pas nous? On n’est pas plus fous qu’eux autres!»

En 2009, Techéol a décroché une part de lion : un contrat de trois ans pour entretenir la majorité des éoliennes de marque GE installées en Gaspésie et dans la MRC de Matane.

De Murdoch… à l’Ontario

L’Ontario et le Nouveau-Brunswick : ce sont les nouveaux horizons d’Activa Environnement, une firme de New Richmond qui compte une dizaine d’employés. Le domaine éolien fournit au moins 60 % de ses contrats à Activa, calcule la biologiste Julie Dugas. Les employés préparent notamment des études environnementales ou des demandes de permis pour des promoteurs de parcs.

Activa n’aurait probablement jamais décroché de contrats liés à l’éolien hors-Québec si elle n’avait pas d’abord inventorié les oiseaux sur l’emplacement des projets de Murdochville, au début des années 2000, convient Mme Dugas. «C’était une belle carte de visite. Ça nous a permis de nous faire connaître et valoir auprès des promoteurs.»

Une fière chandelle au contenu régional

Rien n’obligeait les promoteurs des parcs de Murdochville à engager des Gaspésiens, mais plusieurs entreprises de la région s’y sont fait la main. Par la suite, lors du premier appel d’offres d’Hydro-Québec pour de l’énergie éolienne, le promoteur devait dépenser 60 % du coût de son parc en Gaspésie ou dans la MRC de Matane. Dans les appels d’offres suivants, cette proportion a diminué à 30 %.

Le Groupe Ohméga de Gaspé doit une fière chandelle à ces obligations de contenu régional. L’entreprise a une nouvelle corde à son arc depuis 2006 : un département d’informatique industrielle actif dans l’éolien, où travaillent 10 des 50 employés. Ils installent des systèmes de contrôle et d’acquisition de données dans les parcs.

Les premiers clients d’Ohméga ont été Cartier Énergie Éolienne, puis Northland Power, soumis à l’obligation de 60 %. «À  l’origine, je pense qu’on nous a retenus à cause du contenu régional», déclare Martin Boulay, ingénieur chez Ohméga. Aujourd’hui, ça reste un atout [d’être en Gaspésie], poursuit-il, mais on n’en a pas du tout parlé pendant ma dernière négociation. C’était compétence pour compétence.»

Le carnet de commandes d’Ohméga est déjà bien rempli en 2012. Les employés installeront les systèmes dans trois parcs hors-Gaspésie : au Massif du Sud dans Bellechasse, à Saint-Rémi en Montérégie et dans la Seigneurie de Beaupré. L’expertise acquise leur permet de rêver au Plan Nord. Parce qu’une éolienne et un convoyeur de minerai ont beau être différents, ils se ressemblent au plan des systèmes de contrôle, remarque M. Boulay.

D’autres domaines à investir

Christian Babin, président du créneau éolien ACCORD, voué au développement éolien en Gaspésie, est d’avis que l’éolien a tenu ses promesses économiques. Pas seulement à cause des Fabrication Delta et Marmen (tours) ou LM Wind Power (pales), mais aussi de tous ces emplois «invisibles» occupés par des employés d’entreprises existantes, qui ont su tirer leur épingle du jeu.

Selon M. Babin, un domaine reste à investir : la fabrication de sous-composantes, des pièces d’éoliennes essentielles mais plus discrètes que les pales, les tours ou les nacelles. Attention : la compétition dans ce secteur est mondiale, avertit M. Babin. «Il faut rentrer, dès le départ, avec la qualité, un bon prix, et la quantité, dit-il. C’est difficile, mais c’est faisable.»

M. Babin prêche par l’exemple. Sur son bureau de travail, il montre une lourde plaque d’acier couverte de cylindres en alliage de métaux. C’est un prototype de plaquette de freins pour des éoliennes de grande puissance (plus d’un mégawatt), qu’il développe avec trois associés. «Pour une éolienne de grande puissance, ça prend le même genre de freins que pour un TGV ou un Airbus», dit-il.

Les plaquettes installées sur les éoliennes nord-américaines viennent d’Europe. «Ce n’est pas normal qu’on soit rendu avec plein d’éoliennes ici et que les plaquettes viennent d’ailleurs, lance M. Babin. Ça peut être produit moins cher au Québec, où les coûts d’énergie sont plus bas, et où ça coûterait moins cher de transport, en plus de raccourcir les délais de livraison.»

M. Babin est convaincu qu’il existe beaucoup d’autres opportunités de ce genre. Une employée du créneau ACCORD planche d’ailleurs sur une «cartographie» de l’éolienne. L’opération vise à identifier toutes les sous-composantes et les services nécessaires avant, pendant et après l’érection des parcs éoliens. Le but : allumer les entrepreneurs gaspésiens et québécois sur des occasions d’affaires pour leurs entreprises.