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30 janvier 2014 10 h 12

Cimenterie : Des oppositions féroces

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PORT-DANIEL-GASCONS — Si elle est bien accueillie par les milieux économiques et politiques de la Gaspésie, la participation financière du gouvernement du Québec dans le projet de cimenterie de Port-Daniel ne fait pas l'affaire de tous.

Lafarge crie à la concurrence déloyale

Le directeur de la cimenterie de Saint-Constant, propriété de Lafarge Canada, Alex Wojciechowski, s’oppose farouchement au financement public du projet de cimenterie de Port-Daniel et craint par la même occasion des pertes d’emplois dans la région de Montréal au profit de la péninsule.

 

Les révélations de La Presse d’hier selon lesquelles Québec financera à hauteur de 350 millions de dollars ce projet d’un milliard de dollars du promoteur Ciment McInnis, sont reçues comme une gifle par l’industrie du ciment. C’est ce que laisse entendre M.Wojciechowski, en entrevue téléphonique qui y voit là une annonce électoraliste et qui conférera par la même occasion un « avantage financier déloyal » à Ciment McInnis. « On est convaincus que ce financement représente un avantage économique déloyale dans le marché du ciment au Québec. Et à moyen terme, ce qui va se produire, c’est un déplacement des emplois de la région de Montréal vers la Gaspésie », craint Alex Wojciechowski qui juge par ailleurs que ce financement va déstabiliser le marché québécois du ciment, mais aussi celui de la Nouvelle-Angleterre.

 

« Écoutez, les cimenteries du Québec exportent en Nouvelle-Angleterre. Donc, si la cimenterie McInnis exporte vers la Nouvelle-Angleterre, ça va affecter ce marché aussi », note Alex Wojciechowski qui tient à dire que « ses employés sont inquiets ». On rappellera que Lafarge Canada a fait des représentations auprès du cabinet de la ministre déléguée à la politique industrielle, Élaine Zakaïb afin de convaincre son gouvernement de ne pas financer Ciment McInnis. Le 26 novembre dernier, Lafarge adressait une lettre à la ministre Zakaïb dans laquelle on peut lire : « La capacité d’utilisation, pour l’année 2012, des usines des États du Maine et de New York était de 57 % et de 50 % pour la Pennsylvanie. Ces usines, ainsi que celles du Québec, servent les marchés de la Nouvelle-Angleterre et du Centre des États-Unis. Si le marché américain ne pouvait absorber cette nouvelle source d’approvisionnement, Ciment McInnis serait forcé d’écouler son ciment sur le marché québécois à un pourcentage bien au-delà du 15 % actuellement projeté (par Ciment McInnis). L’impact sur la cimenterie de Lafarge serait, à ce moment, encore plus catastrophique ».

 

Les Métallos en colère

Par ailleurs, le Syndicat des Métallos, qui représente les employés de l’usine de Saint-Constant  demande une rencontre d’urgence avec la première ministre, Pauline Marois craignant que l’investissement n’entraîne des centaines de pertes d’emplois dans des cimenteries déjà existantes. « Il y a de la colère. Nos gens sont insultés d’avoir appris ça dans les médias. Et c’est clair que le gouvernement et Pauline Marois vont particulièrement nous entendre dans les semaines à venir! » a fait valoir le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Daniel Roy, que nous avons joint par téléphone.

 

Les métallos craignent que l’investissement entraîne des centaines de pertes d’emplois dans les autres cimenteries du Québec. « Ça sent l’électoralisme à plein nez. On n’a rien contre la création d’emplois, mais si ça entraîne des pertes d’emplois de l’autre côté, on fait juste brasser de l’air. […] On attendait des études pour montrer que cela n’affecterait pas les emplois déjà existants… On les attend toujours », estime le directeur québécois du syndicat, Daniel Roy.

 

Ce dernier s’inquiète pour l’avenir des 150 travailleurs de Ciment Québec à Saint-Basile-de-Portneuf, des 135 employés de Ciment Lafarge à Saint-Constant et des ouvriers qui assurent la livraison de béton à Montréal. Le syndicat fait valoir qu’une crise de surproduction sévit à l’échelle mondiale et voit d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouveau joueur au Québec. Les métallos ne croient pas Ciment McInnis, qui prétend viser le marché extérieur.

 

Critique des verts

 

Des groupes écologistes de la Gaspésie jugent irresponsable le soutien accordé par Québec au projet de cimenterie. Éco-Vigilance Baie-des-Chaleurs, qui réclamait des études indépendantes pour mesurer les impacts, estime que l’aide financière du gouvernement est un calcul politique. Le porte-parole, Michel Goudreau, fait valoir que l’État québécois est mal placé pour investir dans le projet. Ce dernier évalue que le gouvernement se place dans une situation de « conflit d’intérêts » avec l’argent des contribuables. « On parle d’un investissement de sa part et en même temps, il doit s’assurer que ce projet respecte l’environnement et les populations concernées », dit-il.

 

Le président d’Environnement-Vert plus, Bilbo Cyr, critique la gestion environnementale du dossier par le gouvernement Marois. Ce dernier répète que des audiences publiques auraient été la « moindre des choses », alors que la cimenterie pourrait générer des émissions de gaz à effet de serre de 1,75 M$ de tonnes par année, selon la direction. « C’est frustrant. Un projet industriel de cette ampleur-là, au Québec, en 2014, ça doit passer par un BAPE », martèle-t-il.