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17 juillet 2020 9 h 18

Comment les Gaspésiens voient-ils l’après-pandémie? Partie 1/3

La pandémie de la COVID-19 cause bien des ennuis, petits et grands, à une partie importante de la population gaspésienne. Elle force aussi la réflexion. Combien de fois avons-nous entendu dire, depuis la mi-mars, que « le monde ne sera plus jamais le même » ? Le déconfinement des gens et le décloisonnement des régions suggèrent un possible retour à de vieilles habitudes, mais qu’en disent les Gaspésiennes et Gaspésiens ? GRAFFICI a demandé à des citoyens d’âge divers, de 10 à 83 ans, ce qu’ils pensent des formes diverses que pourrait prendre l’après-pandémie, que cette période survienne bientôt ou plus tard.

L’envie du retour à la normale

BONAVENTURE | « Bien, j’aimerais coller et voir mes amis et ma famille ! », s’exclame Jade Audet, dix ans, lorsque questionnée sur ce qu’elle souhaiterait voir arriver après la pandémie. « J’aimerais retrouver ma professeure et mes compagnons de classe, parce que j’avais vraiment la meilleure prof du monde avec la meilleure classe », ajoute-t-elle.

La jeune fille est une habituée des compétitions de natation et de hip-hop. Elle aime la vie, sa vie, celle qui a été perturbée par la pandémie de la COVID-19. « Après deux mois, j’en avais assez d’être tout le temps avec les mêmes personnes », avoue-t-elle.

Jade pense que le fait d’avoir été privée de sa vie sociale lui permettra de mieux apprécier le retour à la normale : « Je n’irais pas jusqu’à dire que je vais m’arrêter pour me dire que je suis chanceuse d’être à l’école, mais je vais être plus contente d’aller à l’école, de voir mes amis et ma famille aussi ».

Les voyages entrent aussi dans sa liste d’envies post-pandémie, que ce soit pour elle-même ou pour recevoir des visiteurs. L’annulation de la visite de son cousin Noah, vivant à Saint-Sauveur, la déçoit justement beaucoup. « J’ai vraiment hâte de le voir. Cet été, il était censé descendre pour la fête de ma mamie, mais ça ne va sûrement pas être possible avec ce qui se passe », déplore-t-elle.

Le déconfinement promet le retour d’activités que Jade a hâte de pouvoir reprendre, comme le magasinage et les visites à la bibliothèque municipale. Le plus important, toutefois, ce sont à son avis les contacts humains : « J’aimerais ça que les choses redeviennent clairement comme avant, quand on se tapait dans la main, qu’on se faisait des colles, pis tout ça . »

Texte de Lila Dussault


Jade Audet
Photo : Gilles Gagné

 

Des liens plus forts

CARLETON-SUR-MER | À 12 ans, Rafael Figueroa St-Onge pose un regard on ne peut plus lucide sur la pandémie de la COVID-19. Si la crise sanitaire a bouleversé des projets que le garçon de Carleton-sur-Mer avait longuement préparés et espérés, l’élève qui vient de compléter sa sixième année à l’école Bourg croit dur comme fer que les rapports humains s’en verront améliorés à plus long terme.

Présentation d’une pièce de théâtre dans laquelle il devait jouer trois rôles différents, voyage scolaire de fin d’année de trois jours à Québec, séjour familial en Équateur, son pays natal : plusieurs projets au programme du printemps et de l’été de Rafael sont littéralement tombés à l’eau avec l’arrivée du virus.

Malgré tout, ce dernier refuse de dramatiser la situation. Déjà adepte de dessin conventionnel, le jeune artiste a saisi, avec le confinement, une nouvelle occasion d’explorer sa créativité et de s’amuser en apprenant le dessin d’animation à l’aide d’un logiciel. « Je ne pense pas que j’aurais fait ça si je n’avais pas été en confinement », admet-il à GRAFFICI.

La période de confinement qu’il a vécue lui a aussi permis de passer du temps de qualité en compagnie de ses parents et de ses deux sœurs cadettes, Élise (cinq ans) et Anaïs (huit ans). Les jeux en famille ont ainsi pris une place plus importante. « Je vais me souvenir que ma sœur Élise voulait toujours, toujours,toujours jouer au même jeu de société », rigole le préadolescent.

Plus de temps, plus d’appréciation
C’est précisément, à son avis, la plus grande différence qu’a faite le coronavirus, c’est-à-diredonner aux gens l’occasion de faire des activités ensemble et de se retrouver. « Ceux qui ont passé le confinement en famille auront renoué leurs liens familiaux et ils aurontpeut-être envie de passer plus de temps ensemble après », croit-il.

Le Gaspésien estime aussi que les personnes qui n’ont pu fréquenter certains amis ou profiter de la présence de membres de leur famille auront pris la mesure de l’importance des autres dans leur quotidien. Il pense d’ailleurs que l’après-COVID sera marqué par une plus grande appréciation de ceux qui nous entourent  : « On ne s’en rend pas toujours compte quand on a l’habitude de les voir souvent, mais quand on est coupés de nos liens, on réalise combien les gens que l’on aime sont importants pour nous ».

Se prendre en main
Rafael estime que de nombreuses personnes ont profité de la pandémie pour adopter de nouvelles habitudes, par exemple pour « se prendre en main et être plus écologiques ». Il est très conscient, aussi, qu’une partie de la population a davantage encouragé les commerçants locaux. « Malheureusement, je pense que certains vont revenir à ce qu’ils étaient avant, mais peut-être qu’il y en aura qui vont réaliser que ce qu’ils faisaient pendant la pandémie était mieux », s’encourage-t-il. Quoi qu’il en soit, le garçon est convaincu que l’on continuera d’entendre parler de cette période « pendant longtemps, longtemps, longtemps ». Pour sa part, ce dernier gardera en mémoire cet épisode aussi historique que mémorable  : « C’est une chose que je pourrai dire à mes enfants. J’ai vécu la pandémie de 2020 ! »

Mais avant de penser à l’âge adulte et aux changements qui s’opéreront en raison du virus, Rafael songe surtout à l’été qu’il vivra  : il espère faire du vélo de montagne à profusion et, en respectant les règles de distanciation en vigueur, voir ses amis. La liste est longue : Antoine, Noah, Clément, Henri, Elliot, Romain…

Texte par Roxanne Langlois


Comme plusieurs, Rafael a dû trouver de nouvelles façons d’être créatif et de s’amuser pendant la pandémie. Souvent assis dans cette chaise, dans la cour arrière de sa maison, le jeune artiste a appris les bases du dessin d’animation à l’aide de sa tablette graphique.
Photo : Roxanne Langlois

 

Après la pandémie : des retrouvailles grandioses

GASPÉ | La musique et la nature ont soutenu Noé Bélanger pendant les trois derniers mois de confinement. À presque 16 ans, ce résident de Gaspé pense que le manque de culture et de vie sociale de ce printemps rendra les retrouvailles avec ses amis et les événements gaspésiens encore plus réjouissants.

« On va se trouver plus chanceux de tout ce qu’on peut faire. L’année prochaine, quand il va y avoir des festivals de musique, on va être encore plus contents parce qu’on va les avoir manqués, cette année. Ça va faire des retrouvailles grandioses ! », prévoit-il.

L’adolescent se considère d’ailleurs privilégié d’avoir eu accès à une grande cour et à une forêt pendant qu’il complétait sa 4e année secondaire à distance. À son avis, les derniers mois pourraient même faire prendre conscience aux gens qu’on a une belle région et que c’est plus avantageux qu’on peut le penser de vivre loin les uns des autres.

Mieux soutenir les artistes
Pour ce jeune musicien qui souhaite poursuivre ses études en guitare jazz au Cégep de Saint-Laurent, la réflexion sur l’après-pandémie se porte surtout sur le rôle de l’État : « J’ai l’impression que notre gouvernement, pendant la crise, a reçu beaucoup d’éloges comparativement au gouvernement précédent. La différence, pour moi, c’est que le gouvernement intervenait beaucoup plus socialement et moins économiquement. »

Après la crise, il souhaiterait donc voir émerger un État québécois plus interventionniste qui soutiendrait mieux la culture. « Dans les derniers mois et les dernières années, on a vu beaucoup d’artistes prendre la parole pour dénoncer le fait qu’ils n’étaient pas assez rémunérés. […] Si (leur) musique est en ligne et que tout le monde la consomme, ce n’est pas juste qu’ils n’aient pas de rémunération adéquate », fait valoir l’adolescent.

Le jeune compositeur est d’ailleurs de ceux qui croient que la pandémie installera un changement dans la société par les histoires collectives qu’elle aura créées : « Tout le monde va s’en souvenir, tout le monde va avoir quelque part dans sa mémoire un petit bout de ça. »

Ce dont il se souviendra, lui, est imprimé dans les quelques vers d’une chanson composée en plein confinement et qu’il prévoit interpréter avec sa formation musicale Irène, dont les mélodies sont disponibles sur Instagram (irene_musique)

Prisonnier de mon confort
Ma vie défile au ralenti
Je vois les jours couler dehors
Ma page blanche devient grise

Texte de Lila Dussault


Noé Bélanger souhaite poursuivre ses études en jazz guitare au Cégep de Saint-Laurent.
Photo : Lila Dussault

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