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22 septembre 2020 14 h 11

Dans le binoculaire de Jason Willett (suite)

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Les mots sciences et Gaspésie sont rarement évoqués dans la même phrase. Pourtant, plusieurs personnes résidant dans la région mènent des carrières fascinantes dans ce domaine. GRAFFICI débute, dans cette édition, une série de textes portant sur des Gaspésiens et Gaspésiennes qui se distinguent par leurs connaissances pratiques et théoriques en sciences. S’il sera évidemment question de sciences pures, nous ferons également une place aux sciences sociales. Comme pour les disciplines, l’âge des personnes interviewées variera passablement. Enfin, il y aura des diplômés, mais aussi des autodidactes. C’est d’ailleurs avec un autodidacte que nous débutons cette série.

Un hommage rarissime

La collection du parc national de Miguasha compte près de 20 000 fossiles; plusieurs ont d’ailleurs été découverts par Jason Willett, qui a l’œil pour les déceler. S’il ne tient pas un palmarès exhaustif de ses trouvailles, il y en a une qui revêt une importance singulière pour le technicien de laboratoire. En effet, M. Willett a mis la main, en octobre 2003, sur un nouvel animal terrestre. C’est lors d’une simple patrouille que l’employé, alors dans la jeune vingtaine, a repéré un millipède fossilisé de 44 millimètres très bien conservé. En dépit de ses connaissances déjà vastes en la matière, celui-ci se rappelle très bien avoir été incapable de l’identifier. «Quand je trouve quelque chose que je ne comprends pas ou que je n’ai jamais vu, c’est généralement quelque chose de très intéressant », confie-t-il sans la moindre prétention.

Le mille-pattes, qui rappelle le millipède actuel Polydesmus, a d’ailleurs été baptisé Zanclodesmus willetti en l’honneur du Gaspésien. « Je me sens privilégié que le nom de Willlett soit associé à un fossile. C’est une chance que peu de gens ont. Même les grands paléontologues ont rarement cet honneur et la personne qui fait la découverte du fossile sur le terrain est rarement récompensée de cette façon», précise-t-il. Le fossile du millipède en question est à ce jour affiché bien en vue à l’entrée de la salle d’exposition du parc national.

Une passion partagée

Environ 35 ans après lui, les enfants de Jason Willett marchent dans ses traces: ses deux filles et son garçon, âgés de quatre à neuf ans, sont «devenus des trouveurs d’agates et de fossiles exceptionnels ». Le trio arpente en effet les plages et s’émerveille de ce dont elles recèlent; leur mère étant archéologue, le sens de la découverte semble inné chez eux. « Ils fouillent dans la boue, ils trouvent des roches, des morceaux de poterie et des vieilles affaires. Des choses comme ça, à la maison, on en trouve dans la laveuse ! », lance le papa en riant.

Jason Willett sait pertinemment que ces petits moments peuvent donner lieu à de réelles passions, de celles qui forgent un destin. Mais, il n’est pas du genre à forcer quoi que ce soit, sachant trop bien que les plus belles carrières
se dessinent parfois sans plan.


Voici Jason Willett à l’œuvre, devant son binoculaire. Il a en main un burin à air comprimé, l’outil qui lui permet d’extraire les fossiles de leurs sédiments. Son travail en est un extrêmement précis et méticuleux : chaque geste posé est en effet définitif.  Photo : Roxanne Langlois

Lire la première partie de l’article