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5 septembre 2011 13 h 08

Coupe à blanc : les mots qui dérangent

Essayez pour voir de prononcer les mots «coupe à blanc» devant un forestier. Vous récolterez une grimace ou un sermon.

«Quand tu dis coupe à blanc, dans la tête des gens, c’est comme un désert», lance Rino Laplante, ingénieur forestier chez Temrex. Depuis 30 ans, il est dans le métier et il a vu les normes évoluer. Trop, à son avis, pour coller le même nom qu’à l’époque aux pratiques actuelles. La superficie moyenne d’une coupe à blanc a été progressivement réduite. La machinerie doit dorénavant rouler sur moins de 25 % du terrain, afin de protéger les semis et d’éviter de compacter la terre, d’où l’appellation de coupe avec protection de la régénération et des sols (CPRS), que les forestiers préfèrent.

Ni blanc, ni noir

Samuel Pinna, agent de recherche et de transfert de connaissance au Consortium en foresterie de la Gaspésie-Les Îles, est plutôt d’avis qu’il faut «appeler un chat, un chat». Une CPRS, c’est une coupe à blanc, dit-il, mais elle peut être une bonne ou une mauvaise chose selon les circonstances. «La clé, c’est de faire le bon traitement au bon endroit», nuance M. Pinna.
Par exemple, une sapinière ne vit pas très longtemps et se régénère bien après une coupe totale. Les milieux ouverts à la suite d’une coupe à blanc profitent aussi à des espèces comme le cerf de Virginie et l’orignal.

À l’opposé, c’est la plupart du temps une bien mauvaise idée de faire une coupe à blanc dans une forêt de feuillus. Certaines espèces auront du mal à revenir s’installer sur un terrain où tous les arbres ont été coupés. Autre problème dans les forêts coupées à blanc : la rareté du bois mort, important pour de nombreux groupes d’espèces, comme les pics, les insectes, les champignons et les mousses.

Dans un rapport récent, le Consortium qualifie de «très préoccupante» la situation actuelle dans les forêts résineuses gaspésiennes en regard du bois mort. Les coupes totales laissent très peu de chicots et d’arbres vivants (futur bois mort) sur les parterres de coupe, si on les compare aux forêts victimes de perturbations naturelles comme une épidémie de tordeuse ou un feu. Idéalement, il faudrait garder des arbres sur pied dans 100 % des CPRS de la Gaspésie, comparativement à 5 % actuellement, lit-on dans le rapport.

Comme un feu?

Certains forestiers justifient l’usage des coupes à blanc en expliquant qu’elles ressemblent à un feu de forêt, une perturbation naturelle dont les forêts ont besoin pour se régénérer. Or, en Gaspésie, «notre perturbation principale, historiquement, ce n’est pas le feu. C’est la tordeuse des bourgeons d’épinette, qui laisse des arbres debout et dont l’intensité varie», explique Hirondelle Varady-Szabo, agente de recherche et de transfert de connaissance au Consortium en foresterie.

Par ailleurs, la CPRS, présentée comme une amélioration comparativement aux coupes à blanc, crée de nouveaux problèmes. La machinerie, dorénavant concentrée sur des sentiers, creuse des ornières, par où l’eau de pluie est drainée trop vite. Et l’épinette blanche, une espèce en déclin en Gaspésie, repousse mieux dans un sol qui a été remué, et pourrait donc bénéficier du passage de la machinerie.