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2 avril 2021 9 h 17

Émigrer au Canada, loin des grandes villes – Dossier famille 1

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La Gaspésie présente un bilan migratoire interrégional de plus en plus intéressant. Dans l'imaginaire collectif, il est souvent question du retour des jeunes ou moins jeunes pour alimenter ce solde migratoire de plus en plus prometteur. Il y a aussi des arrivées. De ce nombre, il y a des personnes qui entraînent dans leur sillage des parents ou des amis, pour gonfler le nombre de nouveaux arrivants. GRAFFICI présente ici trois exemples d'arrivants ayant battu le sentier pour des proches, qui deviennent à leur tour des ambassadeurs pour la région.

SAINTE-ANNE-DES-MONTS | « Sainte-Anne-des-Monts nous fait un peu penser à El Jadida, la ville où on habitait au Maroc », note Mohamed. « Juste un peu plus froid ! », nuance Ghizlane avec un sourire en coin. Il y a un an, le couple et ses deux enfants sont venus rejoindre la soeur de cette dernière dans cette ville de la Haute-Gaspésie, après 10 ans de démarches.

« Ma soeur nous a dit qu’on devait absolument venir ici, que c’était la meilleure place où habiter et que les gens étaient très gentils et accueillants. Elle avait raison ! », lance d’emblée Ghizlane Machmech. Si peu de nouveaux arrivants choisissent d’emblée Sainte-Anne-des-Monts pour atterrir, c’était une décision naturelle pour la famille.

« Pas question d’aller dans les grandes villes. On a déjà fait notre part ! », explique Mohamed Senhaji. Pendant des années, ils ont habité à Casablanca. « Les villes, c’est froid, les gens ne se saluent pas, tout le monde est stressé et pressé. Ici, c’est tout le contraire », ajoute-t-il.

Dès leur arrivée dans la péninsule gaspésienne, la famille de quatre s’est sentie comme chez elle. « Ma soeur avait tout préparé, on avait un logement prêt, des vêtements, on est vraiment chanceux. Elle nous attendait depuis longtemps! », explique Ghizlane, qui dit avoir dû « mettre sa vie sur pause » pendant 10 ans pour pouvoir se permettre les coûteuses et longues démarches d’immigration.

Ayant travaillé longtemps en hôtellerie, Mohamed souhaitait ouvrir un restaurant marocain à son arrivée dans la communauté gaspésienne. Ghizlane et lui ont suivi un cours en démarrage d’entreprise pour bien s’y prendre. Finalement, témoin du manque de ressources dans les établissements de santé dans la région, Mohamed a décidé de se lancer dans des études en soins infirmiers. « Ma belle-soeur m’a convaincu que l’hôpital était le meilleur milieu pour moi. Il y a beaucoup de besoins et beaucoup de travail », expliquet- il. Ghizlane, elle, complète une formation en comptabilité.

Une intégration complète, malgréla pandémie

Arrivée au Canada à peine quelques semaines avant la fermeture des frontières, la famille a dû s’intégrer dans la communauté gaspésienne en pleine crise sanitaire. « Malgré tout, la pandémie a presque été positive pour nous », juge Mohamed. « On en a profité pour finir la paperasse, inscrire les enfants à l’école, s’assurer que tout était en règle. » Bien entendu, le confinement a tout de même compliqué l’arrivée et la mise en place d’un réseau de contacts, toutes les activités d’accueil étant suspendues. Les deux enfants du couple, Yahya, 9 ans, et Marie, 7 ans, ont tout de même pu bien s’intégrer à leur classe.

« La pandémie nous a privés des activités d’accueil, mais nous avons eu de la chance, puisque ma soeur et son conjoint étaient là. Ça nous a tout de même permis de découvrir un peu le coin. La nature, la montagne, la plage, c’est magnifique », rapporte Ghizlane. « Mais même avec le virus, on sent les caractéristiques des gens d’ici. Ils ont toujours un sourire, ce sont toujours de belles rencontres », ajoutet- elle. « Ma belle-soeur nous l’avait dit qu’on n’aurait pas de problèmes d’intégration ici! », se réjouit Mohamed.

La langue a été le principal défi lors de l’arrivée, note Ghizlane. Même s’ils avaient tous les deux un bon niveau de français, l’utiliser dans la vie de tous les jours et bien comprendre les subtilités du Québec ont été ardus. « On avait peur de ne pas s’intégrer facilement et d’avoir un choc de la langue.

Quand je suis arrivée, je ne comprenais presque rien, disons que c’est très différent des Européens ! », s’amuse Ghizlane, qui a commencé à bien comprendre ses voisins après deux ou trois semaines. « Finalement, on s’est rapidement adapté et on l’a même adopté », explique Mohamed. « Maintenant, ce sont nos enfants qui ont l’accent gaspésien ! », conclut-il en riant.


Ghizlane Machmech, son mari Mohamed Senhaji et leurs deux enfants, Yahya et Marie, accompagnés de Hayat Machmech (deuxième à partir de la gauche) devant le paysage de la Haute-Gaspésie. Photo :Offerte par Ghizlane Machmech.

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