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2 décembre 2014 13 h 20

La SCFG à la croisée des chemins

NEW RICHMOND | Le sort de la Société du chemin de fer de la Gaspésie sera en grande partie joué entre maintenant et la mi-janvier, alors que les administrateurs et les utilisateurs tentent de trouver une formule d’exploitation future qui satisfera les éventuels bailleurs de fonds.

La Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) s’est placée sous la protection de la loi sur la faillite et l’insolvabilité le 21 novembre afin d’empêcher ses créanciers de saisir des éléments d’actif et de restructurer son exploitation.

Toutefois, le retrait par Investissement-Québec de la garantie de marge de crédit de la SCFG, une situation qui a incité l’institution financière Desjardins à geler cette marge, a enlevé beaucoup de marge de manoeuvre au syndic Lemieux et Nolet, de même qu’à la direction de la SCFG.

Par exemple, il a fallu l’intervention d’un client du service de marchandises pour assurer que les locomotives de la SCFG soient approvisionnées en carburant. Deux employés ont également travaillé sans salaire entre jeudi et le début de cette semaine afin que ce service de marchandises soit assuré à Nouvelle, à New Richmond et à Caplan durant cette période. De plus, la paie de tous les employés de la SCFG n’a pas été déposée le 27 novembre.

Les clients interpelés

« La solution passe par un rapprochement de la Société du chemin de fer avec ses clients. Ces clients font en fait partie de la solution. Ils ont participé à des réunions depuis la semaine passée et ils seront représentés d’une façon ou d’une autre dans la gestion future de la Société », explique Éric Dubé, président de la SCFG.

Il précise que le retrait d’Investissement-Québec de la garantie de marge de crédit « est une procédure normale, d’après ce que j’ai appris ».

D’autre part, il croit que le rôle des maires dans l’administration de la SCFG sera considérablement réduit.

« On n’est pas des spécialistes. Je découvre des choses tous les jours (depuis son accession à la présidence, en février). C’est un monde fascinant (…) Est-ce qu’on a fait des erreurs? Oui. Je fais un cours 101 en chemin de fer et j’en vois des erreurs », précise Éric Dubé.

Les principaux utilisateurs de la SCFG sont Temrex de Nouvelle, de loin le plus gros expéditeur de marchandises avec 1 800 wagons de copeaux et de bois d’œuvre par an, Rail GD et Fabrication Delta, toutes deux de New Richmond, et deux expéditeurs de grain de Caplan. En tant qu’utilisateur potentiel du chemin de fer à partir de 2016, la direction de Ciment McInnis participe aussi aux pourparlers visant à trouver des solutions pour la SCFG.

Créances de 1,2 M$

Selon Éric Dubé, les créances de la SCFG totalisent environ 2 M$ présentement et Transport-Québec doit une somme de 750 000 $ pour des travaux déjà réalisés, ce qui ramène les créances à un peu plus de 1,2 M$. Ces chiffres sont en date du 28 novembre. Le syndic travaille toujours à explorer les livres de la SCFG.

Éric Dubé admet qu’il y a quelques jours, la SCFG est passée près d’une faillite avec vente d’actif à la pièce, l’inverse de la restructuration ordonnée, prévue lors du recours à la protection du tribunal, le 21 novembre.

Il concède aussi que les changements à venir sont imposés en grande partie par Transport-Québec, en raison de l’insatisfaction à l’endroit de certaines décisions de la SCFG. Pour le moment, il préfère ne pas s’étendre sur cet aspect des problèmes du transporteur.

Le rôle du MTQ

Transport-Québec, le ministère ayant constitué le seul bailleur de fonds de la SCFG en matière de réfection des infrastructures depuis que le gouvernement fédéral a cessé de participer à ces tâches en 2011, joue un rôle discret, mais prépondérant dans ce que pourrait devenir la SCFG si elle n’est pas démantelée.

« Ils ont réussi à me convaincre que les maires ne devaient pas jouer un aussi grand rôle dans l’avenir de la Société (…) Je voudrais continuer. Le chemin de fer est primordial dans l’avenir économique de la Baie-des-Chaleurs, parce que pour le moment, c’est là que se concentre le trafic », souligne Éric Dubé.

« Notre objectif à court terme consiste à trouver un financement intérimaire de 500 000 $. Si on arrive à faire dégeler la marge de crédit, nous aurons accès à 200 000 $ additionnels. Pour le moment, je pense qu’il n’y a pas de problème pour aller jusqu’à la mi-janvier. Il faut aussi tenir compte du fait que les revenus entrent toujours. Nous avons reçu un important paiement du CN pour le transport de marchandises, mais il a été gelé la semaine passée. La restructuration sera un travail à faire par étapes. Pour le moment, nous avons déjà procédé à des mises à pied, afin de réduire notre personnel au strict minimum », explique Éric Dubé.

Des écueils depuis 2013

Lors de l’été 2013, la direction de la SCFG avait approuvé l’épandage de sel sur la voie ferrée afin de contrôler la végétation. Cette situation avait occasionné une dysfonction de quelques signaux lumineux et sonores à des passages à niveau, forçant l’arrêt des trains de Via Rail en août.

Via Rail a remplacé ses trains par des autobus jusqu’à ce que ce transporteur public suspende son exploitation à l’est de Matapédia en octobre, en attendant d’avoir une garantie portant sur la sécurité de l’assise ferroviaire, principalement les ponts.

L’état de ces ponts constitue une source de préoccupation majeure pour la SCFG depuis décembre 2011, alors qu’une étude a révélé qu’il faudrait 93 M$ en cinq ans pour sécuriser l’ensemble des infrastructures ferroviaires pour une période de 25 ans. Depuis, des mises à jour de cette étude ont propulsé cette donnée à 103 M$, puis à 107 M$.

La Société du chemin de fer de la Gaspésie a déposé au cours de l’été 2014 quelques propositions pour réduire la facture et raccourcir l’échéancier. Un plan de deux ans propose de réaliser des travaux de 35 M$ à 45 M$ en mettant l’accent sur la portion Matapédia- New Carlisle-Port-Daniel. Un scénario de 70 M$ étend la réfection jusqu’à Gaspé, mais avec une capacité de charge réduite pour les wagons de marchandises au-delà de Port-Daniel.

En attente d’un verdict de Québec

Jusqu’à maintenant, le gouvernement du Québec ne s’est pas prononcé sur ces scénarios. Pour la première fois depuis au moins 2007, Transport-Québec n’a pas accordé de fonds pour la réfection des infrastructures de la SCFG, après avoir notamment débloqué 27 M$ pour 2012 et 2013.

Le ministre responsable de la Gaspésie, Jean D’Amour, a répété maintes fois depuis mai que l’État québécois souhaite une participation du gouvernement fédéral dans la réfection du tronçon ferroviaire gaspésien.

 

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