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Éditorial
3 septembre 2019 15 h 45

Nombreux défis pour les candidats électoraux

Gilles Gagné

Éditorialiste

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CARLETON-SUR-MER | L’élection fédérale renferme son lot de défis pour chacun des candidats des circonscriptions de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et d’Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia. Ces défis découlent d’actions de ces candidats, parfois de leur inaction et souvent du contexte défavorable créé par leur parti.CARLETON-SUR-MER

La députée libérale sortante de Gaspésie- Îles-de-la-Madeleine, Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national, a terminé son mandat en multipliant les annonces. Elle n’avoue pas que le contexte électoral dictait cette allure effrénée, expliquant que chaque été provoque cette panoplie d’annonces, les députés pouvant passer plus de temps dans leur circonscription.

C’est comme prendre les journalistes, leurs lecteurs et auditeurs pour des valises, mais elle n’aura pas été la seule dans l’histoire à déployer ces artifices pré-électoraux. Elle a toutefois terminé en force le 26 août en annonçant 45,8 M$ pour la réfection du chemin de fer entre Port-Daniel et Gaspé, portion sur laquelle le ministère des Transports du Québec, propriétaire de l’axe Matapédia-Gaspé depuis 2015, se traînait passablement les pieds.

Diane Lebouthillier aura mis du temps avant de donner son appui au réseau ferroviaire. On se rappellera qu’au cours de la campagne de 2015, elle avait dit privilégier l’autobus avant l’avion, et l’avion avant le train.

Elle avait alors bénéficié largement de la vague ayant porté Justin Trudeau et les libéraux au pouvoir. Cette année, le premier ministre est beaucoup moins populaire, et Mme Lebouthillier a dû se rendre à l’évidence: le chemin de fer constitue un outil de développement incontournable en Gaspésie, et il le restera. Elle a sûrement réalisé récemment que les citoyens tiennent à ce réseau ferroviaire. Elle aurait eu tort, dans un contexte électoral serré, où chaque circonscription québécoise vaut son pesant d’or, d’ignorer cet enjeu.

Le défi qui se présente à Mme Lebouthillier, c’est de faire oublier aux électeurs la perception qu’elle a davantage défendu son gouvernement ici qu’elle a présenté les revendications gaspésiennes à Ottawa. Sa lenteur à s’engager dans le dossier ferroviaire, sa faible position dans la nécessaire réfection du phare de Cap-des- Rosiers, et une position peu convaincante dans certains assouplissements promis mais non livrés en assurance-emploi ont miné sa situation.

Elle s’est rattrapée partiellement en avouant en avril que la Garde côtière canadienne était sous-équipée pour remplir ses mandats, après le cafouillage inutile ayant contribué à l’inondation du village de Matapédia les 20 et 21 avril. La Garde côtière a aussi failli lamentablement à la tâche de dégager des havres de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, afin que la saison de pêche au crabe des neiges ouvre tôt, pour minimiser les interactions ultérieures avec les baleines noires.

Les candidats des autres partis dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine doivent composer avec des défis différents. Maire de Saint- Maxime-du-Mont-Louis, Guy Bernatchez, du Bloc québécois, est relativement inconnu au sud de la péninsule et dans l’archipel madelinot. Son parti reprend vie depuis l’arrivée d’Yves- François Blanchet à sa tête, mais il pourrait manquer de temps.

Jean-Pierre Pigeon représente de nouveau le Parti conservateur. Son grand handicap demeure le même, faire oublier le bilan régional désastreux du gouvernement de Stephen Harper entre 2006 et la dernière élection, le type de bilan qui laisse un goût de cendres dans la bouche pour une génération

En neuf ans et demi, les conservateurs avaient fait chuter le nombre de fonctionnaires fédéraux de 28% en Gaspésie et aux Îles, de 257 à 186, souvent à des fins purement partisanes, en les transférant dans des circonscriptions votant du « bon bord ». Les conservateurs avaient dans le même intervalle haussé de 2,8%, ou 7100 personnes, le nombre de fonctionnaires au pays.

Le candidat du Parti populaire du Canada, Éric Hébert, un géologue de Murdochville, aura la tâche de faire oublier les futilités déclenchées par son chef Maxime Bernier.

Dennis Drainville, qui représente le Parti vert, 22 ans après avoir été candidat néo-démocrate dans la région, pourrait brouiller les cartes en venant gruger dans la majorité de Diane Lebouthillier, notamment chez les anglophones, et en obtenant des votes qui seraient normalement allés au NPD. En débat, cet ancien évêque anglican montrera sa capacité de rester près des préoccupations des gens.

Parlant du Nouveau parti démocratique, Lynn Beaulieu n’a certainement pas simplifié son début d’automne en décidant de défendre cette bannière. Elle doit composer avec l’incapacité de Jagmeet Singh de communiquer son programme malgré un côté sympathique, et elle doit aussi se faire connaître du côté sud de la circonscription, une grosse commande. Il est singulier de constater qu’il y a quatre ans, c’est un néo-démocrate, Philip Toone, qui défendait son siège.

Dans Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, le député libéral sortant Rémi Massé part avec une avance du simple fait que ses adversaires sont souvent des néophytes en politique fédérale ou en politique tout court.

M. Massé n’a rien cassé depuis 2015 et s’il a démontré une capacité d’écoute plus sensible que celle de Diane Lebouthillier, il a été lent à reconnaître le cafouillage de la Garde côtière à Matapédia. À sa décharge, il a accordé une attention assez soutenue aux communautés de Gesgapegiag et de Listuguj.

La candidate conservatrice Natasha Tremblay démarre sa campagne avec le même handicap que Jean-Pierre Pigeon, le lourd passé du régime Harper. Kristina Michaud, qui brigue la bannière du Bloc québécois, devra comme tout le monde percer dans la MRC d’Avignon. Âgée de 26 ans et ex-employée du député péquiste de Matane-Matapédia Pascal Bérubé, elle a montré jusqu’à maintenant plus d’assurance que ses adversaires.

Le défi sera immense pour le néo-démocrate Rémi-Jocelyn Côté, un ex-militaire devenu entrepreneur et conseiller municipal de Sainte- Luce, à l’autre bout d’une circonscription chevauchant deux régions administratives. Le Parti vert du Canada, avec James Morrison, le Parti populaire du Canada, représenté par Ross Carnahan et le Parti Rhinocéros, avec Mathieu Castonguay, pourraient avoir besoin d’un petit miracle pour jouer un rôle déterminant dans ce scrutin.

Quel que soit le parti au pouvoir, le palier fédéral s’est éloigné des citoyens depuis 35 ans, à travers les réformes de l’assurance-emploi, des compressions touchant Pêches et Océans Canada et les infrastructures de transport. L’électorat est conséquemment moins attentif lors d’un scrutin fédéral, ce qui peut donner des résultats plus volatils, comme en font foi les vagues néo-démocrate et libérale de 2011 et 2015 au Québec. Reste à savoir si une telle vague pourrait se répéter en 2019, et à qui elle bénéficierait.

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