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Le journaliste Gilles Gagné et Rébecca Dumais, qui faisait partie du groupe de femmes s'étant confié à GRAFFICI, en 2009, jettent un coup d'oeil 11 ans plus tard sur l'édition de mars du journal, dans lequel elle faisait part des conséquences du déséquilibre femmes-hommes en Gaspésie. Aujourd'hui, Rébecca vit en couple avec Yves Arbour et ils sont les heureux parents d'un garçon de quatre ans.
7 février 2020 17 h 15

Onze ans plus tard : Rébecca Dumais a trouvé le bonheur… en Gaspésie!

Gilles Gagné

Journaliste

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Dans ce premier rappel de l’anniversaire de GRAFFICI, nous revenons sur l’un des dossiers ayant généré le plus d’intérêt auprès des lecteurs, le déséquilibre femmes-hommes en Gaspésie, c’est-à-dire le plus grand nombre de femmes que d’hommes dans la région. Le journaliste Gilles Gagné retrace le contexte l’ayant convaincu de suggérer le sujet à l’équipe du journal et certaines étapes préalables à la rédaction de ses textes

Lire la première partie du dossier

Rébecca Dumais avait participé au « souper de filles » de GRAFFICI en janvier 2009, l’une des deux participantes à avoir accepté d’être identifiée. Elle avait quitté pour Montréal en 2006 pour trouver l’âme sœur, tout en ponctuant son exil de séjours dans la Baie-des-Chaleurs pour réaliser quelques contrats.

Elle est pourtant revenue en Gaspésie en 2010 après des séjours à Québec et dans la métropole, sans avoir trouvé un chum, et le cœur un peu écorché par une relation s’étant terminée en queue de poisson.

« C’était fini. J’avais passé tout droit. Je ne vivrais pas en couple. J’étais découragée », raconte-t-elle dix ans plus tard.

C’était sans compter une rencontre en 2012, avec le concours d’amis. Yves Arbour avait deux ans de plus et ils avaient fréquenté la même école secondaire. Elle se souvenait de lui. « Il faisait le bouffon. » Yves lui a d’abord dit qu’il n’avait pas de souvenir d’elle, avant de décrire sa façon de marcher. Il se souvenait donc…

« Il m’a contactée sur Facebook. Nous avons échangé pas mal. Nous sommes ensemble depuis 2014. En 2012, il partait travailler à l’extérieur. Il était donc le prototype du gars avec qui je ne voulais pas sortir, parce qu’il avait son lieu de résidence ici mais qu’il quittait pour travailler. C’est difficile de trouver, de rencontrer quelqu’un comme ça, qui est toujours en mouvement. Il travaille pour la Garde côtière. Il part pour deux semaines à la fois, mais c’est parfois plus long. L’été, il travaille à Gaspé, et l’hiver à Sorel », raconte-t-elle.

Mais ça fonctionne! « On a eu un enfant un an après le début de notre relation, un petit gars qui a maintenant quatre ans », dit Rébecca.

Quelle était la différence entre les grandes villes et la Gaspésie? « En partant, il y a un manque de diversité de gars en Gaspésie, parce qu’il y a moins de monde. Les gens sont moins « organisés » en ville, avec des soupers de couples où tu es moins à ta place quand tu es seule. Mais si tu as zéro ami à Montréal, tu ne feras pas plus de rencontres dans le quotidien », analyse-t-elle.

Bref, elle se retrouve en couple, heureuse, avec un homme qui était passé inaperçu alors qu’ils fréquentaient l’école Aux Quatre Vents!

« Je fais partie des statistiques du monde qui me tapait sur les nerfs lors du souper de GRAFFICI il y a 11 ans », résume-t-elle en riant.

Et onze ans plus tard, que disent les chiffres?

Onze ans après cette rencontre, la réalité statistique de la Gaspésie a peu changé, quant à l’équilibre femmes-hommes, si on s’en remet à StatCan, l’ancien Statistique Canada, et elle s’est améliorée sensiblement si on consulte les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Qui croire? C’est sans doute un dossier en soi. La vérité se situe peut-être dans l’évolution des deux ou trois dernières années.

Les données de StatCan datent du recensement de 2016 publié en 2017. Elles commencent à dater sérieusement, à l’aube du prochain recensement. Chez les gens âgés de zéro à 14 ans, il y avait plus de garçons que de filles, 5740 comparativement à 5510, soit 230 gars de plus, mais assez nettement plus de femmes que d’hommes chez les 15 à 64 ans, soit 28 445 comparativement à 27 930, pour une différence de 515.

C’est chez les 65 ans et plus que la tâche de trouver un ami de cœur pour les femmes célibataires hétérosexuelles doit être assez corsée, parfois. Il y a 12 165 femmes et 10 520 hommes. C’est un écart de 1645 personnes soit de 7,25 %. C’est beaucoup.

Depuis 2009, StatCan rapporte un changement notoire dans la classe d’âge de 35 à 39 ans. Alors qu’il y avait nettement plus de femmes que d’hommes dans ce groupe il y a 11 ans, soit 11,2 % de plus, il y avait 30 hommes de plus en 2016, soit 2295 comparativement à 2265 femmes. C’est 1,32 % de plus. On peut appeler ça un revirement.

Il est à noter que les chiffres de l’ISQ pour 2018 dépeignent une situation assez différente de celle de StatCan deux ans plus tôt. Alors que StatCan évalue à 44 190 le nombre d’hommes et à 46 125 le nombre de femmes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, pour 1935 femmes de plus, l’ISQ situe cette différence à 643 femmes de plus en 2018. Encore là, qui croire?

Il faut aussi rappeler que StatCan a probablement sous-évalué significativement la population de Listuguj lors du recensement de 2016.

Le vénérable organisme fédéral a indiqué que la population de la plus grande communauté autochtone de la Gaspésie avait chuté de 33,5 %, de 1865 à 1241 personnes, entre 2011 et 2016, alors que tout le monde y vivant a assisté à une hausse de la clientèle scolaire, des enfants en service de garde et des besoins en logement. Une autre entité fédérale, le ministère des Affaires autochtones et du Nord canadien fonctionnait en décembre 2015 avec une donnée de 2063 résidents. C’est 822 personnes de plus que le résultat du recensement.

La situation sera à surveiller en 2021, de même que ses effets sur l’équilibre femmes-hommes.

Enfin, selon l’ISQ, la proportion femmes-hommes au Québec serait globalement semblable à celle de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Il y a 101 femmes pour chaque groupe de 100 hommes.