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15 septembre 2021 20 h 25

Quatre autres forêts gaspésiennes remarquables : chênes, thuyas, bouleaux et sapins en vedette

Gilles Gagné

Journaliste

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En plus de la ZEC des Anses, dans la MRC du Rocher-Percé, GRAFFICI s’est arrêté à quatre autres aires forestières d’un intérêt marqué, se distinguant généralement par la taille des arbres et parfois par la rareté des espèces en croissance dans ces lieux assez uniques. Cette sélection est loin d’être exhaustive. De plus, elle est parfois basée sur une relative accessibilité des lieux, afin de stimuler la curiosité à l’endroit de ces surfaces forestières.

MRC AVIGNON : DES CHÊNES ROUGES À L’ÉTAT NATUREL

L’ASCENSION-DE-PATAPÉDIA | On retrouve, à une trentaine de kilomètres de l’Ascension-de-Patapédia, une forêt où les chênes poussent en assez grand nombre à l’état naturel. Cette forêt est accessible par le chemin des Deux milles de la Patapédia, comme le désignent les gens de Matapédia et les Plateaux. En marchant 3 ou 4 kilomètres après en avoir roulé 26, il est possible de voir plusieurs jeunes chênes rouges, eux-mêmes situés à environ 3 ou 4 kilomètres supplémentaires de la rivière Patapédia.

En se rendant jusqu’au bord du cours d’eau, il est possible d’atteindre la Forêt rare de la rivière Patapédia, l’une des huit forêts de ce type répertoriées en Gaspésie. Il s’agit d’une sapinière à chênes rouges d’une superficie de près d’un kilomètre carré. Le professeur de foresterie Yvan Gagnon note que le chêne, comme le pin blanc, était l’essence la plus exploitée en Gaspésie jusqu’en 1850. Ces essences ont notamment servi en construction navale, jusqu’à leur quasi-extinction régionale. Elles se régénéraient bien après les feux. « [Maintenant,] on combat les feux; on empêche donc la prolifération des types de sols propices aux pins blancs et aux chênes », note-t-il.

Le chêne rouge pousse mieux au sud du Québec, mais le site Écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE) du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), mentionne à propos de la Forêt rare de la rivière Patapédia que « le microclimat relativement clément, qui résulte notamment de l’exposition au sud ou au sud-est de la pente, ainsi que les sols très minces à drainage rapide favorisent la croissance du chêne tout en diminuant la compétition créée par les autres espèces moins performantes sur ce type de sol. La dispersion du chêne rouge ne résulte pas de l’action du vent. Elle est généralement assurée par les petits mammifères, comme les écureuils, qui enfouissent les glands un peu partout, puis les oublient ».


Ces mordus de la forêt de Matapédia et Les Plateaux, Louis-Marie Rivard et Simon Fortin montrent le feuillage caractéristique des chênes rouges localisés en forêt publique, à l’Ascension, à quelques kilomètres à pied de la Forêt rare de la rivière Patapédia. Photo : Gilles Gagné

 

MRC DE BONAVENTURE : UNE BELLE DIVERSITÉ DE GRANDS ARBRES

NEW RICHMOND | La Forêt ancienne de la Petite Rivière Cascapédia est composée de peuplements d’un peu plus de 300 ans. Il s’agit d’une sapinière à bouleau jaune et à thuya. Elle n’a jamais été aménagée par les êtres humains et elle est restée à l’écart des grandes perturbations causées par les insectes, les feux de forêt et les chablis.

Elle a quand même subi à un degré limité le passage de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, ce qui a fait des trouées dans le couvert forestier. Ces trouées, en laissant passer la lumière, permettent aux arbres de taille inférieure ou intermédiaire « d’atteindre la strate dominante », peut-on lire dans la description du MFFP. Il s’agit donc d’une forêt inéquienne, c’est-à-dire caractérisée par des arbres de dimensions diverses.

Les arbres qui s’y trouvent sont moins imposants que dans certains autres peuplements gaspésiens, mais leur taille et la diversité des grands arbres sont quand même remarquables. Les thuyas ont régulièrement 300 ans d’âge et leur diamètre dépasse souvent 70 centimètres. Les bouleaux jaunes dépassent les 200 ans et leur diamètre atteint souvent 60 centimètres. Leur hauteur franchit régulièrement les 20 mètres. Les sapins n’ayant pas été affectés par la tordeuse dépassent légèrement les 40 centimètres de diamètre, à l’occasion.

L’endroit se situe à une demi-douzaine de kilomètres au nord du centre de ski Pin Rouge, à New Richmond. Quand la rivière est haute, il est préférable d’avoir un canot pour la traverser, en partant de la rive ouest. Il n’y a pas de chemin forestier récent assurant l’accès du côté est de la rivière. L’été, il est possible de traverser la rivière à gué à proximité de cette forêt ancienne.


Dans la Forêt ancienne de la Petite-Rivière- Cascapédia, les grands arbres ont des proportions moins spectaculaires que dans d’autres forêts du même type, mais la variété et l’étendue de ces peuplements de bouleaux, de sapins, d’épinettes et de thuyas étonnent des randonneurs comme Pierre Bernier et Wendy Dawson. Les pentes y sont fortes. Cet écosystème se situe de plus à quelques centaines de mètres de la Forêt ancienne Jacques-Cyr, sur l’autre rive de la branche ouest de la rivière. Photo : Gilles Gagné

 

MRC DE LA CÔTE-DE-GASPÉ : DES ARBRES PARMI LES PLUS IMPOSANTS DU QUÉBEC

PETITE-VALLÉE | Bien qu’elle ne soit pas la cédrière renfermant le plus grand nombre de thuyas occidentaux, la forêt adjacente aux lacs de la Pourvoirie Beauséjour, une entreprise de Petite-Vallée, constitue une excellente initiation pour ceux qui veulent voir des arbres immenses. La rumeur, difficile à vérifier, suggère que certains des 10 plus grands arbres du Québec s’y trouvent.

L’un des deux thuyas les plus spectaculaires mesure 2,6 mètres à son diamètre le plus grand. Tout près, un autre cèdre n’ayant pas une forme parfaitement ronde, comme plusieurs autres arbres de cette espèce, se distingue par une circonférence de 1268 centimètres, plus de 12 mètres. Sa vue, et celle de certains de ses congénères, donne l’impression d’être au pays des géants.

Trois personnes avec les bras tendus ne font pas le tour du plus gros spécimen. En fait, il faudrait au moins deux autres volontaires pour couvrir cette circonférence. L’âge de cette aire forestière assez restreinte s’établit à 650 ans, selon une évaluation remontant à plusieurs années, précise le propriétaire des lieux, Réal Blouin, qui possède aussi la Pourvoirie Beauséjour.

« On a mesuré des thuyas de plus de 1000 ans au Québec. La grosseur n’est pas directement liée à l’âge, parce que cet arbre de 1000 ans n’est pas un gros cèdre. La taille est plus reliée à la productivité du site », analyse le professeur de foresterie Yvan Gagnon, pour démystifier les thuyas.

L’humidité caractérise le site de Petite-Vallée, même quand le ruisseau qui coule parmi les troncs de thuyas est à sec. Le sol de cette portion de forêt est meuble [mou], comme c’est souvent le cas des cédrières.

La forêt de la Pourvoirie Beauséjour est facile d’accès en empruntant la route menant vers les lacs de l’entreprise. Comme il s’agit de terres privées, il est préférable, par courtoisie, d’appeler à la pourvoirie, dont les clients aiment bien la tranquillité des lieux.


Les randonneurs Madeleine Bouffard, René Fillion et Alice Bergeron présentent un rapport humain intéressant et éclairant au sujet de la taille des thuyas de Petite-Vallée. Photo : Gilles Gagné

 

MRC DE LA HAUTE-GASPÉSIE : LES TROIS MERVEILLES DU LAC MARSOUI

MARSOUI | La Forêt ancienne du lac Marsoui est constituée d’une sapinière à épinette blanche montagnarde constituée de trois aires distinctes. Elle contraste avec les autres forêts présentées par GRAFFICI, en ce sens qu’elle n’est pas dominée par des arbres géants. Elle couvre une forêt qui part du creux des vallées et qui monte jusqu’à une altitude de 900 mètres, aux confins du parc de la Gaspésie.

Cette aire a réussi au fil des siècles à éviter les perturbations naturelles comme les feux, les épidémies et les vents violents, de même que les aménagements découlant des activités humaines. C’est en ce sens un écosystème « vierge », selon la description du MFFP. Il est remarquable que la tordeuse des bourgeons de l’épinette ne s’y soit jamais rendue. C’est « en raison des conditions climatiques fraîches et humides défavorables à cet insecte », selon le rapport
du ministère.

Il s’agit d’une structure inéquienne, c’est-à-dire marquée par des arbres de tailles diverses. « Cette dynamique rappelle un peu celle de la forêt feuillue ancienne où les arbres semblent mourir puis tomber de façon individuelle, contrairement à ce qui se produit généralement dans la sapinière où les arbres ont plutôt tendance à tomber en groupe », toujours selon le ministère. Cette forêt ancienne est accessible par le biais d’un vaste réseau de chemins forestiers.


La Forêt ancienne du lac Marsoui se distingue en ce sens qu’elle est constituée de trois aires distinctes de sapinière à épinette blanche montagnarde. L’altitude diffère passablement entre le bas et le haut de ces sapinières. Photo : Louis Fradette

 

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