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19 novembre 2021 8 h 08

SOMMES-NOUS EN TRAIN DE CONSTRUIRE LES ÉGLISES DE DEMAIN ?

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MARIA | C’est bien connu, il y a trop d’églises dans notre région et même ailleurs au Québec. De fierté du village à une certaine époque, ces lieux de culte sont aujourd’hui devenus des bâtiments trop grands et trop coûteux en entretien, compte tenu du nombre de pratiquants. Des choix s’imposeront d’ici peu …

Au cours des dernières années, plusieurs municipalités gaspésiennes ont restauré ou remplacé à grands frais leurs arénas, ou patinoires couvertes, alors que d’autres s’apprêtent à le faire. La question qui se pose : avons-nous trop d’arénas dans notre région, compte tenu de la population et des usages? La réponse n’est pas si simple.

D’abord, il y a la démographie. La diminution de la population, ainsi que son vieillissement, n’augurent rien de bon pour des équipements de loisir dits lourds comme les arénas. Ces tendances devront être prises en compte comme un facteur majeur dans l’exercice de planification pour la réparation ou le remplacement de ces équipements.

On peut invoquer toutes sortes de raisons pour vouloir conserver son aréna (vouloir attirer des jeunes familles, dynamiser le milieu, accroître le sentiment d’appartenance, et le reste) mais on ne peut faire abstraction de la démographie régionale; moins de monde, moins d’utilisateurs, moins de revenus. Comparativement à d’autres territoires du Québec, nous avons en région un nombre d’habitants par aréna qui est faible. Alors qu’en ville on peut compter un aréna par tranche de 10 000, 25 000 ou même 50 000 personnes, ici, on peut parler de moins de 5 000 personnes par aréna pour certaines sous-régions gaspésiennes.

Évidemment, les particularités du territoire, avec des municipalités et villes dispersées autour de la péninsule sur de longues distances, font en sorte qu’un usager n’est pas intéressé de faire 100 kilomètres pour pratiquer son activité sportive et que chacun veut son aréna le plus près possible de son domicile. On peut comprendre. S’il y avait moins d’arénas, personne ne serait susceptible de s’y rendre à 6 h ou 22 h, même si c’est courant en ville. Tout le monde veut les meilleures heures, les meilleures journées.

Il y a ensuite l’offre des activités de loisirs. Celle-ci s’est considérablement développée au cours des années et les sports pratiqués à l’aréna font face à plus de concurrence de nos jours. Sports de gymnase, sports aquatiques, sports de glisse et activités de plein air sont toutes des possibilités que les clientèles peuvent s’offrir maintenant, comparativement aux générations précédentes. On est loin de l’époque où toute la famille ou presque fréquentait l’aréna. De plus, même si le hockey occupe encore une place importante dans le coeur des Gaspésiens, ce n’est pas une raison pour maintenir des arénas à tout prix. Il faut voir plus loin; un aréna est là pour plusieurs décennies.

Ces tendances, la baisse de la population, son vieillissement, ainsi que la concurrence des autres activités devront être considérées comme des facteurs majeurs dans l’exercice de planification pour la réparation ou le remplacement de ces équipements.

Comme la plupart des équipements de loisir public, les arénas sont déficitaires. Cependant, dans leurs cas, les montants sont beaucoup plus substantiels. Est-ce que les municipalités et villes pourront encore longtemps éponger des déficits d’exploitation de 200 000$ ou 300 000$ par année et parfois même plus pour maintenir ouverts leurs arénas? On peut faire toute une panoplie d’activités de loisir avec tout cet argent.

Aussi, à défaut de rentabilité financière, les dirigeants doivent fournir tous les efforts pour rentabiliser socialement leurs arénas en s’assurant qu’un maximum d’activités s’y tiennent. À cet effet, des communautés s’en tirent mieux que d’autres avec des taux d’occupation respectables et une bonne diversité d’activités presque toute l’année.

Si c’était à refaire, si on pouvait retourner dans le temps et que la région faisait un vrai exercice de planification pour la dispersion des arénas sur le territoire, est-ce qu’il y en aurait autant? Aux mêmes endroits? Construits de la même façon, avec les mêmes caractéristiques et les mêmes usages? Avec une forte dose de courage politique et de concertation régionale, il est pensable que le portrait des arénas dans notre région serait différent.

Études d’avant-projet, consensus régional ou sous-régionaux, ententes intermunicipales avant la construction et non après; toutes ces actions stratégiques auraient pu changer le paysage gaspésien des arénas. Peut-on parler d’un rendez-vous manqué? C’est bien beau les subventions, mais elles sont accordées pour la construction et non pas pour le fonctionnement des arénas, qui reposent sur le pouvoir de taxation des municipalités, des tarifs aux usagers, des commanditaires et autres sources de revenus.

Je n’ai rien inventé, j’ai souvent entendu cette expression; sommes-nous en train de construire les églises de demain en parlant des arénas? L’avenir nous le dira… D’ici là, ce serait bien que ceux qui ont à régler leurs dossiers de réparation ou de remplacement de leurs arénas s’appuient sur des décisions réfléchies, rationnelles et durables.