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Éditorial
3 avril 2026 9 h 36

Un exercice nécessaire pour la Haute-Gaspésie

Gilles Gagné

Éditorialiste

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Dans quelques mois, le Québec vivra sa prochaine campagne électorale. Il serait judicieux qu’un débat sain soit tenu afin de régler une fois pour toutes certains problèmes dont l’acuité apparaît inhérente à la Haute-Gaspésie.

Ces problèmes sont parfois présents dans d’autres MRC du territoire ou du Québec, mais souvent à des degrés moindres. Accepter leur répétition en Haute-Gaspésie reviendrait à démontrer d’une part un flagrant manque de solidarité et, d’autre part, cela reviendrait à ouvrir la porte à leur généralisation.

En 2025, les services d’obstétrique à l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts ont été fermés pendant 133 jours. C’est 36,4 % de l’année. C’est aussi, à deux jours près, cinq fois, oui, cinq fois plus qu’en 2024, alors que les 27 jours de découverture frappaient déjà l’imaginaire.

C’est un manque de personnel, la plupart du temps un manque d’infirmières spécialisées en obstétrique, qui mène à cette impasse forçant les femmes à accoucher à Matane, à 85 kilomètres de Sainte-Anne-des-Monts, mais à 160 kilomètres de L’Anse-Pleureuse. Il faudrait six infirmières et l’hôpital ne peut compter que sur une infirmière locale formée en la matière.

Le problème subsiste depuis plusieurs années. Il a atteint une acuité extrême en 2025 parce qu’il a été négligé antérieurement. L’année 2026 est également mal engagée à cet égard. Il semble pourtant raisonnable de penser que des solutions existent et qu’elles doivent être envisagées par les autorités nationales de la santé, que ce soit Santé Québec ou le ministère du même nom.

L’exemple du Nunavik

Au Nunavik, le Nord québécois, les femmes accouchent généralement dans leur communauté, ou tout près, à moins de complications nécessitant un transfert vers un établissement du « sud ». L’État québécois a déployé les moyens nécessaires pour offrir ce service de proximité et personne ne conteste cette attention.

Alors pourquoi ne pas accorder une attention aussi considérable aux citoyennes de la Haute-Gaspésie? Pourquoi ne pas s’assurer de former des infirmières locales en obstétrique ou de faire voyager des infirmières de « dépannage » dans l’attente d’une résolution de problème à long terme?

Même si les infirmières mobiles ne sont probablement pas aussi nombreuses en obstétrique qu’on le voudrait au Québec, si on réussit à fournir le Nunavik, il doit être possible de fournir une MRC. C’est donc une question de volonté, en fait, de manque de volonté.

C’est surtout un très mauvais calcul global. Accoucher près de chez soi est une condition de base pour créer un milieu de vie attrayant, comme s’assurer d’un nombre suffisant de places en services de garde. Ce dernier point constitue un autre domaine dans lequel la Haute-Gaspésie ne reçoit pas sa part.

Les lacunes caractérisant ces deux services, l’obstétrique et les services de garde, compliquent avant tout la vie des femmes, donc de la moitié de la société, et la moitié devant plus souvent qu’autrement se débrouiller avec la majorité de la charge mentale des familles.

L’impact réel

Les manquements de l’État québécois en matière d’obstétrique et de services de garde en Haute-Gaspésie nuisent à sa capacité d’attirer de nouveaux arrivants, incluant des Gaspésiennes et Gaspésiens d’origine ayant passé des années à l’extérieur, et de les garder.

Pourtant, la Haute-Gaspésie a fait plus que ses devoirs en matière de recrutement démographique depuis des années. De 2023 à 2025, ce secteur a accueilli entre 225 et 250 nouveaux arrivants. Au fil des dernières années, il s’y est constitué une communauté de 120 personnes originaires d’Afrique.

C’est un accomplissement remarquable! C’est une richesse à protéger. C’est plus qu’un bassin de main-d’oeuvre. C’est un afflux de sang neuf qui anime une société, qui assure une partie de son avenir, qui peut avoir un effet d’entraînement social, économique et culturel.

Si on entrave cet élan en raison de la spirale descendante causée par des vides obstétriques et de services de garde, on court-circuite le développement de la Haute-Gaspésie et par extension, celui de toute la région. On l’a déjà dit et on ne sait plus quel ton adopter pour le rappeler : une chaîne n’est jamais plus forte que le plus faible de ses maillons. C’est applicable à la Gaspésie, et ce l’est aussi au Québec!

Le manque d’hébergement pour personnes âgées constitue un autre problème tirant la Haute-Gaspésie vers le bas. Ce devrait pourtant être un droit assez fondamental pour une aînée ou un aîné de passer sa retraite tout près de chez elle ou de chez lui, après avoir contribué à bâtir la société. Cette difficulté, quand elle n’est pas aplanie, contribue aussi à l’érosion démographique.

Récemment, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes, la nouvelle mairesse de Mont-Louis, Annie Bélanger, une infirmière de surcroît, a rappelé que c’est « la responsabilité du gouvernement de nous fournir ces soins de santé-là », des propos rapportés par Radio-Canada. Elle avait auparavant fait référence aux lacunes d’obstétrique, de services de garde et d’attention aux personnes âgées.

Avec calme et aplomb, elle a aussi rappelé qu’il est temps qu’on se penche sur la capacité fiscale des petites municipalités à fournir les contributions exigées de l’État, 20 % par exemple, comme part de la communauté pour obtenir certaines subventions.

La capacité des villages à verser ces contributions est essentiellement plombée par le peu d’attention généralement consacrée à l’érosion démographique au fil des décennies par les gouvernements centraux.

Le manque d’attention caractérise aussi l’extrême lenteur de l’État québécois à débloquer des fonds, par exemple les 59,5 millions de dollars annoncés le 30 avril 2024 pour la sauvegarde du caribou, alors que la Haute-Gaspésie aurait déjà dû bénéficier de sommes structurantes pour développer des solutions innovantes et réalistes en la matière. Le manque d’imagination des gouvernements en la matière est minimalement désolant.

Annie Bélanger et son entourage ont tenu une marche en marge de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, en espérant que cette marche « marquera le début d’une série d’actions qui mèneront à l’obtention d’un statut particulier pour la Haute-Gaspésie ».

Ce statut particulier a déjà été évoqué. Il est maintenant plus que temps de l’instituer. Il serait surprenant, mais pas impossible, que le gouvernement de la Coalition avenir Québec le décrète, parce que ce serait avouer que les huit ans au pouvoir ont été un échec dans le cas de l’aide à la Haute-Gaspésie.

Mais qui sait? Un échec avoué serait peut-être à moitié pardonné.