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Éditorial
27 janvier 2016 10 h 21

VOTRE JUPON DÉPASSE, MME LEBOUTHILLIER

Gilles Gagné

Éditorialiste

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La députée gaspésienne a vécu une expérience désagréable du 17 au 19 décembre quand elle est revenue dans sa circonscription pour les Fêtes. Il lui a fallu 48 heures pour se déplacer d’Ottawa à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Ce périple, qui a débuté en avion, l’a conduite d’Ottawa à Québec et aux… Îles-de-la-Madeleine, parce que le plafond nuageux ne permettait pas d’atterrir à Gaspé.

Elle a dormi aux Îles et l’avion est revenu à Québec au lieu d’atterrir à Gaspé le lendemain, le plafond nuageux constituant toujours un obstacle. Elle a attendu 12 heures avant de prendre le prochain autocar, le seul autocar par jour revenant en Gaspésie, de nuit.

Elle a été renversée à la vue de personnes âgées attendant l’autocar d’Orléans Express passé minuit. Elle est sortie de l’expérience « tellement “raquée” que j’avais l’impression que l’autobus m’avait passé sur le dos ».

Quelle leçon tire Diane Lebouthillier de sa mésaventure d’avant Noël? « On a besoin d’avoir un aéroport où les avions atterrissent en tout temps. On ne pourra jamais avoir du développement autrement. »

Elle fait fausse route. Tout le monde en Gaspésie souhaite bien sûr une amélioration des services aériens et, surtout, une baisse des tarifs. Toutefois, ce problème ne se réglera pas au cours des cinq prochaines années.

À mots à peine couverts, la députée fédérale disqualifie les aéroports de Gaspé et de Bonaventure. Il est clair que son jupon dépasse, lorsqu’elle souhaite que l’aéroport de Grande-Rivière devienne cet aéroport régional, un souhait qu’elle masque derrière la suggestion de réaliser une étude visant à trouver l’aéroport optimal.

Si les compagnies comme Air Canada Jazz et Pascan ont respectivement choisi Gaspé et Bonaventure, c’est parce que les clients s’y trouvent. L’aéroport de Grande-Rivière doit être maintenu et sa piste doit être améliorée, mais il serait utopique d’en faire un aéroport régional, au coût de dizaines de millions de dollars, sans volonté des transporteurs.

On peut aimer ou détester le train. Il n’en demeure pas moins que dans le contexte actuel, les deux autres moyens de transport en commun, l’avion et l’autocar, n’ont pas la capacité de le remplacer.

Dans le cas de l’avion, c’est avant tout une question d’excentricité des tarifs, mais aussi de confort. Même en conditions de billets abordables, nombre d’usagers potentiels ont tout simplement, et légitimement, peur de voler, en particulier dans des appareils de taille réduite. Le nombre d’usagers restera bas.

Dans le cas des autocars, Orléans Express offre à ses usagers des voyages de nuit en provenance de Montréal et de Québec. Ces conditions ne sont pas du tout adaptées aux personnes âgées et aux familles avec des enfants, notamment.

Dans un train, il est possible de marcher, de manger, de prendre une douche, de dormir dans un lit, même si ça coûte parfois assez cher dans ce cas, ou dans un siège. On peut travailler plus aisément sur rails que sur route, même si nos voies d’acier et de bitume pourraient être en bien meilleur état.

Malgré un service très moyen, découlant de décisions administratives douteuses de Via Rail, entre 27 000 et 29 600 personnes prenaient annuellement le train entre 2008 et 2011 inclusivement. C’est un service qui aurait attiré bien plus de monde s’il s’était fait dans le respect de la clientèle gaspésienne. Quand il était quotidien, avant le 15 janvier 1990, plus de 42 000 usagers le fréquentaient annuellement entre Montréal et Gaspé.

Le gouvernement fédéral a le devoir de faire arriver Via Rail au 21e siècle, comme le suggère actuellement la Coalition des Gaspésiens pour l’avenir du train. Et Mme Lebouthillier, malgré ses préférences pour l’autocar et l’avion, exprimées en campagne électorale, a le même devoir d’écouter ses électeurs et leur bon sens.

L’état des modes de transport en commun constitue présentement, et depuis longtemps, un frein au développement de la région. Des signes encourageants de diversification économique se manifestent depuis quelques années. La capacité de ces projets d’éclore plus rapidement dépend notamment de la fluidité du transport des personnes et des marchandises.

Les politiciens doivent accélérer le pas en ce sens. L’État québécois n’a impressionné personne depuis l’accession au pouvoir du gouvernement Couillard en venant en aide trop faiblement aux services d’autocar ou à l’amélioration du réseau ferroviaire gaspésien, qui lui appartient maintenant.

Une intervention réfléchie d’Ottawa en transport ferroviaire, ou en transport en général, mettra de la pression sur Québec pour agir plus significativement, pour le bénéfice des Gaspésiens. Diane Lebouthillier doit appuyer une solution tenant compte de la pluralité des modes d’acheminement de personnes et de biens.

Limiter les options au transport par autocar et par avion, c’est se placer en position de vulnérabilité, c’est laisser la possibilité aux transporteurs d’augmenter les tarifs, faute de concurrence. Nous n’avons pas besoin de ça.