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18 novembre 2021 11 h 41

Vivre l’art Chez Memie : de maison familiale à résidence artistique

Élise Fiola

Journaliste

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PERCÉ | Écrivaine et fondatrice des Éditions 3 Sista de Gaspé, Marie-Ève Trudel Vibert s’est lancé un nouveau défi en 2019 : créer sa propre maison de retraite artistique. C’est un bon départ pour l’éditrice qui a accueilli, cet été, les premiers visiteurs de sa résidence située tout près de Percé.

Il y a deux ans, la grand-mère paternelle de Marie-Ève Trudel Vibert quitte la maison où elle a élevé sa famille. L’entrepreneure et son mari, Gilles Chapados, ont alors vu en cette demeure l’opportunité d’aménager un lieu vivant qui invite à la création. Ils en font donc l’acquisition.

Depuis, l’ancienne maison familiale de Gertrude Sainte-Croix évolue tranquillement en un espace orchestré et imaginé par sa petite-fille. Cette dernière a officiellement baptisé sa maison secondaire « Chez Memie » en l’honneur de celle qui y a si longtemps habité. « C’est ma façon de la remercier parce que j’aurais beau lui dire mille mercis, ça se perd. Je voulais faire une action. »

La petite maison blanche modeste – mais riche en souvenirs – a entamé sa transformation. Isolation des murs, agrandissement de la petite salle de bain qui tenait jadis sous l’escalier et retrait du double plafond de la cuisine : les rénovations se font nombreuses pour remettre au goût du jour ce bâtiment datant de 1925.

Pour le moment, la résidence évoque un style « chalet » très épuré, mais ce n’est qu’une question de temps avant que la nouvelle propriétaire y répande ses couleurs et sa créativité. « Je pense que les gens vont aimer [la visiter] parce que ça va être un peu comme la caverne d’Ali Baba », prédit-elle, déterminée à ce que ces lieux la représentent.

Le couple espère être assez fier des changements pour ouvrir officiellement les portes de Chez Memie à la communauté artistique vers 2025. En attendant de créer un lieu qui correspond entièrement à ses attentes, le duo loue sporadiquement la résidence à certains artistes qui désirent y séjourner malgré les rénovations.


Parmi ses nombreuses idées, Marie-Ève Trudel Vibert souhaite ajouter une véranda éclairée à l’arrière de la maison. Photo : Offerte par Pierre-Luc Trudel Vibert

Héberger des moments particuliers

Évoluant dans l’univers littéraire, Mme Trudel Vibert s’inspire de ses propres expériences pour créer un environnement accueillant, propice à la réflexion et aux échanges. Bien qu’ils auraient pu décider de proposer leur hébergement aux touristes cet été pour récolter les fonds nécessaires aux rénovations, les entrepreneurs ont préféré ne louer que pour quelques semaines à des artistes.

Si elle admet que cette façon de concevoir la résidence pourrait paraître « déconnectée » pour certains, Marie-Ève Trudel Vibert perçoit que la location touristique irait en quelque sorte à l’encontre de la vocation des lieux. « C’est une maison où je veux qu’il se vive des choses, qu’il s’en crée et qu’après, on sache que ça s’est vécu ici. »

Celle qui est avide de rencontres humaines et surtout artistiques souhaite se faire un nom dans la communauté et le monde des artistes. Elle aimerait que sa maison devienne un lieu nourri d’histoires et d’expériences auxquelles elle aura peut-être la chance d’assister. L’éditrice veut offrir un lieu « capoté » à même de marquer les visiteurs.

La valeur d’un repère artistique

Ayant elle-même découvert sa plume lors d’un camp littéraire à Pohénégamook, la directrice générale, littéraire et artistique des Éditions 3 Sista a de grandes ambitions pour l’avenir de sa résidence. Elle s’inspire, entre autres, de
ce qu’elle préfère des retraites d’écriture : le plaisir d’entrer dans l’univers d’un autre.

Celle qui s’est improvisé deux séjours de création lors de la rédaction de son roman La fille de Coin-du-Banc croit que plusieurs variables, dont un lieu, peuvent alimenter son imaginaire. « Moi, je trouve que c’est à ça que ça sert, une retraite d’écriture. Tu n’es plus chez vous, tu te déracines, […] tu vis quelque chose, décrit-elle. Même dehors, [grâce au] terrain, il y a des expériences à vivre. »

L’autrice est d’avis que pour créer, il faut aussi savoir prendre du temps pour se libérer l’esprit. Elle envisage donc, Chez Memie, d’aménager des sentiers menant à des aires de repos pour profiter de la nature. La Gaspésienne imagine, entre autres, un quai sur la berge du ruisseau et un gazebo sur la montagne offrant une vue sur le barachois.

Celle qui est mère d’une fillette y trouve aussi un endroit calme qui permet des rencontres pour créer. Ayant pour projet de donner une suite à son premier livre, l’écrivaine est décidée : « je veux les écrire ici, mes neuf autres tomes. » Elle a déjà rédigé une partie de son second roman, La fille du bout du monde, entre les murs de Chez Memie.

Puisque son oeuvre est une autofiction, Marie-Ève Trudel Vibert prévoit recevoir les personnes qui inspirent ses romans sous son toit. Elle veut les écouter, pour connaître et mieux comprendre leurs histoires, ce qu’elle n’a pas eu le temps de faire avec son grand-père, décédé en 2014.

« Je veux les amener ici. Je veux les enregistrer et je veux les faire parler de leur vie pour connaître ce qu’ils ont vécu, précise-telle. Ça va être un lieu vivant. »

Des choix qui honorent le passé

Mme Trudel Vibert a bel et bien des idées de grandeur, mais elle désire néanmoins conserver l’essence et la mémoire de la maison qui lui a été transmise. Elle estime qu’il importe de prendre le temps de bien faire les choses. « C’est fragile; c’est un héritage », reconnaît-elle.

Elle a l’intention de faire des clins d’oeil au vécu des lieux, en particulier grâce à la décoration. « Je veux que la maison ne soit pas « raccord ». C’est un petit peu de chaque personne. » Pour chacune des chambres à l’étage, elle projette de créer trois univers différents qui représentent ceux qui y ont vécu le plus longtemps : sa grand-mère
affectueusement surnommée Gerty, sa tante Line et son père, Renaud.

Malgré les changements, les lieux conservent cette forte symbolique de l’histoire familiale. En montant à l’étage, l’habituée prévient tout de suite de pencher la tête pour éviter de se la fracasser sur le toit en angle. La propriétaire des lieux révèle d’ailleurs que la légende veut que les Vibert aient tendance à avoir le dos courbé inconsciemment pour cette raison.