
Thème : Ailleurs
Prix :
1000 $ à gagner, soit 250 $ par catégorie en plus du coup de cœur du jury.
Les prix seront remis sous forme de chèque-cadeau à utiliser dans une librairie agréée de la région.
De plus, les textes gagnants seront publiés dans nos pages et sur notre site Web. Le journal GRAFFICI est tiré à 39 500 exemplaires et livré gratuitement par l’entremise de Postes Canada dans tous les foyers des cinq MRC de la Gaspésie.
Vous aurez donc la chance d’être publié dans un journal ancré dans le paysage gaspésien depuis plus de 20 ans et de côtoyer les articles de qualité rédigés par des journalistes chevronnés.
Catégories :
ADULTE
Créations individuelles (18 ans et +)
Nombre maximum de mots : 1000
FRANÇAIS LANGUE SECONDE
Créations individuelles ou collectives de personnes dont la langue maternelle n’est pas le français (tous âges)
Nombre maximum de mots : 1000
ÉTUDIANT
Créations individuelles ou collectives (17 ans et -)
Nombre maximum de mots : 500
*Pour cette catégorie, nous demandons à l’enseignant.e ou l’éducateur.trice d’envoyer un maximum de cinq œuvres par groupe.
Règlements
Le concours s’adresse aux résidents de la Gaspésie administrative
Style accepté
Récit (histoire véridique ou imaginaire)
Dates limites :
Vendredi 24 février : catégories ADULTE et FRANÇAIS LANGUE SECONDE
Vendredi 5 mai : catégorie ÉTUDIANT
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-Le titre de votre texte
-Votre nom et vos coordonnées complètes ainsi qu’un numéro de téléphone
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Seuls les textes acheminés en format Word, à l’adresse direction@graffici.ca, seront acceptés.
Participez en grand nombre, nous avons hâte de lire vos récits!
Pour consulter et imprimer notre affiche officiel : Affiche_Concours2023

Patrice Dansereau et Nathalie Clément, mari et femme, ont séjourné à Percé plusieurs fois chaque année pendant 40 ans avant de s’y installer à temps complet depuis l’ouverture en 2021 de leur librairie-papeterie-café, Nath & Compagnie. Un texte écrit à quatre mains.

Photo : Jean-Philippe Thibault
Nous nous souhaitons que les décisions et les actions qui auront été prises dans le passé profiteront à conserver l’authenticité et la vitalité culturelle qui existe aujourd’hui à Percé. Également, que la riche tradition culturelle qui s’est étiolée au fil du temps, pour laisser place au consumérisme, fasse renaître ce haut lieu de beauté, d’inspiration et d’oxygène culturel.
Y aura-t-il moins de touristes en raison de la conscientisation de l’impact écologique de nos déplacements? Probablement.
Alors, souhaitons que le petit village grandisse véritablement en évitant la tentation de devenir un produit au décor « walt-disneyen » destiné aux gens de passage: plein l’été et vide l’hiver.
Y aura-t-il plus de résidents permanents, en raison de l’exode citadine? Probablement. Alors que renaissent des écoles, des garderies, des lieux de travail stimulants, des maisons, des logements et des commerces de proximité intégrés aux besoins de la communauté.
Il y a déjà plein de choses en marche : création d’une école de permaculture, projet de recyclage de bâtiments historiques vétustes en centre de congrès (le Pratto et l’église), existence d’un festival de cinéma, d’une salle de spectacles, d’organismes communautaires dynamiques, voués à la santé, à l’éducation et aux arts visuels.
Il y a abondance de citoyens écrivains, vidéastes, artisans, architectes, peintres, sculpteurs, tourneurs de bois, bijoutiers, artistes en arts visuels, photographes, musiciens, historiens, muséologues et designers de toutes sortes.
Cette culture se poursuit à travers les arts gourmands : chefs cuisiniers, boulangers, cultivateurs, brasseurs, distillateurs, apiculteurs, artisans-fumeurs et on en passe!
Ici, la culture se poursuit dans la nature : aménagement et protection du territoire et des espèces.
En l’an 2040, nous serons des êtres encore plus dépendants de l’intelligence artificielle. Nous vivrons plus longtemps, serons plus en forme et mangerons mieux. Le travail comme nous le connaissons actuellement est déjà en mutation et cela s’accentuera davantage. Nous habiterons des maisons conçues par des architectes en vogue et construites en une journée par des imprimantes 3D. Il y aura moins de voitures.
Nous limiterons nos déplacements, because les changements climatiques. En guise de voyage, nous vivrons de plus en plus d’expériences sensorielles/artificielles qui nous projetterons ailleurs dans le monde. Nos quartiers et nos régions deviendront nos terres nourricières, nos univers. Nos communautés seront plus ouvertes à l’autre et nous partagerons davantage le bien commun. Nous aurons basculé de la culture du « je » à la culture du « nous ».
Nous nous souhaitons une meilleure cohabitation des cultures francophone, anglophone et amérindienne en Gaspésie.
Le passé est garant de l’avenir. En 1888, le peintre américain Frederick James a fait construire une villa qui n’a cessé d’accueillir des artistes en résidence. En 1944, le poète français, André Breton, s’est arrêté à Percé et son recueil Arcane 17 témoigne encore de l’inspiration du lieu. Nombre d’écrivains, peintres et artistes en tout genre se sont succédé à Percé depuis ces dates. Cette histoire devrait inspirer l’avenir.
Dès maintenant, nous sommes habités par la conscience du passé, du présent et du futur et c’est ce qui nous permet de poser de petits gestes en étant conscients des leçons du passé. Il importe de vivre aujourd’hui avec la conscience du passé-présent, pour aller vers demain.
Nous sentons que la communauté de Percé s’investit dans sa destinée et n’aura pas à regretter les gestes d’hier. Cette chanson des Beatles résonne en nous :
Yesterday came suddenly
I believe in yesterday
Hier, c’est aujourd’hui et aujourd’hui c’est demain.
Céline Breton, de Bonaventure, originaire de Pointe-à-la-Croix, directrice générale du Conseil de la culture de la Gaspésie.

Photo : Fournie par Céline Breton
Les enfants arrivent à l’école et ils sont heureux de prendre part à leur nouveau projet de groupe : « la sculpture défiant le temps ». Non, nous ne sommes pas dans un film de science-fiction, nous sommes en 2040. L’école a bien changé, la créativité est une compétence recherchée et tous les efforts sont consentis pour permettre aux jeunes d’explorer afin de développer des humains collaboratifs et créatifs, qui seront capables de s’adapter à leur environnement et de relever les défis de demain.
Le théâtre, l’histoire, la musique, les sciences, la littérature, les mathématiques, la danse, l’alimentation, le slam, l’éducation physique, la culture biologique, la peinture et le cinéma font partie intégrante du cursus scolaire. Le tout est intégré à des projets collaboratifs où les jeunes doivent trouver ensemble des solutions. Le numérique est utilisé au service du savoir.
En 2028, lors de la grande réforme scolaire, un tournant marquant a été réalisé, redonnant aux arts et à la culture une place de choix dans les écoles. Les arts n’auraient dorénavant plus besoin d’être économiquement rentables, car ils sont la base d’une santé globale équilibrée. Ils font du bien à l’essence même de l’humain; ils répondent à ce besoin de réfléchir sur son humanité, à la questionner et à la faire évoluer.
Il aura fallu une pandémie pour comprendre que l’humain avait besoin de contacts humains, besoin de se rassembler pour mieux se regarder, mieux s’aider à progresser. Un déclic ou le bruit d’une fureur… plus rien ne pourrait plus jamais être comme avant.
Les années qui suivirent auront fait ressurgir une explosion de problématiques en santé mentale dévoilant toute la fragilité de l’humain et ses limites. On ne pouvait plus poursuivre vers cette course effrénée à la consommation. Si l’argent ne fait pas le bonheur, l’achat est un plaisir éphémère, une drogue qui engourdit, une dépendance aliénante du syndrome du voisin gonflable, mais qui ne nourrit pas le vide intérieur, ce grand trou noir qui finit par nous avaler. Un virage était nécessaire, un virage ayant pour base la santé globale de l’humain.
La Gaspésie, forte de ses créateurs et de ses travailleurs culturels, est rapidement devenue à l’avant-garde de ce nouveau virage. Nous étions habitués à faire face aux intempéries, à ajuster nos voiles pour nous ramener à bon port et à survivre au sous-financement en culture.
Inspirés des « porte-courage » de Jako, ce céramiste qui visite les écoles et qui donne des ailes aux enfants manquant de confiance, nous avons pris la vague pour construire l’avenir que nous voulions pour nos enfants, un territoire fort de toutes ses richesses vives où l’humain est au centre du bien-être collectif. Notre identité, imprégnée de nos paysages façonnés par la mer et faisant chanter nos parlures, est notre plus grande richesse. La culture est ici!
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 5/7 SOCIÉTÉ
Léane Leblanc, 16 ans, étudiante de Chandler venant de terminer sa quatrième année du secondaire et gagnante en mai du concours oratoire organisé par l’Espace René-Lévesque.

Photo : Karine Berger
Qui dit futur, dit changement et amélioration. C’est pourquoi ma première vision de l’éducation en Gaspésie dans quelques années se décrirait par un système scolaire qui voit au-delà des résultats académiques et qui est ouvert sur le monde ainsi que sur sa communauté.
Aujourd’hui, je trouve que l’école est trop centrée sur les évaluations. Les jeunes ont donc parfois tendance à les prioriser plutôt que de s’intéresser aux apprentissages.
En raison de la façon dont le découpage disciplinaire et les évaluations sont présentement organisés, le vrai objectif de l’école, qui est l’apprentissage, est souvent oublié. Après tout, la mission de l’école ne devrait-elle pas être de nous préparer à la vie? Le milieu scolaire ne devrait pas seulement être axé sur les résultats académiques, mais sur l’instruction, l’éducation et la sociabilité.
Bref, en 2040, l’école sera un endroit qui nous permettra, grâce à tout ce qu’elle renferme, de comprendre le monde dans lequel nous vivons, d’apprendre à vivre en société et également, d’apprendre à penser par soi-même. C’est pourquoi les modes d’évaluation et les programmes scolaires seront revus afin d’être davantage reliés aux besoins des futurs citoyens.
D’une part, des débats entre les étudiants et les enseignants seront organisés sur les grands enjeux de société, mais aussi sur des sujets actuels afin qu’ils partagent leurs connaissances et leurs expériences. Ces prises de parole apprendront aux élèves à se forger une opinion et à l’exprimer clairement et avec éloquence. Ils développeront ainsi leur esprit critique.
D’autre part, les apprentissages seront mis en relation avec la communauté. Les élèves effectueront plusieurs sorties scolaires pour visiter des monuments et des installations, ils réaliseront des partenariats avec les entreprises et diverses organisations, ils feront des classes vertes et participeront même aux tâches de l’école.
Finalement, avec la technologie à notre portée, pourquoi ne pas utiliser le téléenseignement pour échanger avec d’autres étudiants et enseignants provenant de différentes écoles en Gaspésie et ailleurs dans le monde? Ceci, non seulement afin de partager des méthodes de travail et d’enseignement, mais aussi pour en apprendre davantage sur d’autres réalités scolaires et d’autres modes de vie.
Par exemple, dans un cours d’éthique et culture religieuse, les étudiants d’une école auront la chance de communiquer avec un élève pratiquant une autre religion et qui fréquente un autre établissement scolaire. Cette situation sera beaucoup plus intéressante que de seulement lire ou visionner un documentaire sur le sujet.
De plus, certains cours non offerts dans nos écoles à cause de l’éloignement et d’un manque d’élèves ou d’enseignants pourront maintenant l’être grâce au téléenseignement. En résumé, en 2040, je rêve que l’éducation offerte en Gaspésie soit ouverte sur le monde et axée surtout sur l’expérience et le savoir humain.
Par Jean-Claude Plourde, membre du regroupement citoyen Solidarité Gaspésie, conseiller en management certifié et consultant en gestion et développement des organisations chez Gestio Nove.

Photo : fournie par Jean-Claude Plourde
Via l’Internet, les savoirs sont devenus de plus en plus accessibles et le monde est devenu plus transparent, rapide, interconnecté. Depuis 2022, l’université s’est adaptée aux mutations techniques, sociales et économiques portées par le numérique.
Actuellement en 2040, les experts du monde du travail, les décideurs politiques, les universitaires et les gestionnaires d’entreprises ont compris que le capital humain représente la principale richesse d’une région. Il s’est développé un immense marché de la formation en ligne (e-learning), qui a généré une grande concurrence entre les différents pourvoyeurs de services de formation, tant privés que publics. L’université a dû s’adapter.
Le passage d’une université traditionnelle à une université virtuelle s’est manifesté en Gaspésie par la création d’une agence universitaire qui a négocié, pour les étudiants potentiels auprès des institutions universitaires, des microprogrammes adaptés aux besoins des apprenants, des organisations civiles et des entreprises de la région. Cette agence dotée d’un conseil d’administration – comprenant des représentants du milieu des affaires, de jeunes diplômés, des syndicats, des citoyens, des enseignants et des organisations parapubliques – s’est entendue avec les universités traditionnelles sur des contenus permettant aux apprenants de maintenir les connaissances acquises lors de leur séjour en milieu institutionnel et, encore plus important, d’acquérir de nouvelles connaissances sur les nouveaux processus technologiques, d’affaires, politiques ou encore d’organisation sociale. En région, la formation continue est devenue un incontournable.
Cette université virtuelle offre des cours donnant accès à des évaluations et à des crédits, sans la nécessité de rencontre physique entre le professeur et les étudiants. À la base des programmes, une formation individualisée qui se fonde sur un parcours personnalisé adapté aux besoins et aux attentes de chaque apprenant. De cette manière, finies les formations longues, linéaires, ennuyeuses et rébarbatives. Les formations individualisées proposent des parcours ciblés sur les besoins personnels et professionnels qui permettent à l’apprenant d’être engagé et motivé tout au long du parcours d’apprentissage. Le défi relatif aux importants taux d’abandon qui avaient cours dans les années 2020 a été ainsi résolu.
Dans ce nouveau cadre, le formateur ne se définit pas seulement comme détenteur d’un savoir à transmettre; c’est davantage un facilitateur qui s’efforce de mettre en place et d’impulser un processus d’apprentissage. Le rôle de l’enseignant n’est pas de transmettre un savoir académique, un savoir pré-pensé, mais de proposer des possibles, d’organiser des scénarios d’apprentissage toujours renouvelés.
Pour l’agence universitaire gaspésienne, la recherche, composante constitutive d’une université, repose sur un modèle développé au cours de la dernière décennie. Elle se fonde sur un système de courtage de connaissances. Ce modèle particulier fait appel à des « courtiers mineurs » qui identifient les différents besoins de recherche tant sociaux qu’économiques pour la région. Ils invitent ensuite des chercheurs à postuler pour réaliser une recherche-action régionale avant de vulgariser et transformer ces connaissances en action de développement pour la région.
En Gaspésie, l’université est devenue un milieu ouvert. Elle possède beaucoup plus de fenêtres ouvertes que de portes fermées pour des raisons économiques ou encore de sécurité.
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 5/7 SOCIÉTÉ
Pascal Bergeron, 41 ans, de Nouvelle, porte-parole d’Environnement Vert Plus et coordonnateur de la démarche Nourrir notre monde Avignon.

Photo : Gilles Gagné
Difficile de rêver la Gaspésie de 2040 en faisant abstraction des trajectoires décadentes des écosystèmes qui nous supportent. Faute de pouvoir rêver en couleur, essayons en noir et blanc.
En 2040, l’ensemble des quelques îlots restants de forêts anciennes bénéficie d’une solide protection, notamment en raison de la création de plusieurs aires protégées. La population de caribous reste basse mais en constante augmentation depuis l’arrêt complet des coupes forestières dans son aire de répartition et l’application de mesures sévères de sauvegarde, avec l’appui du public. La modification de pratiques de foresterie assure une dominance de forêts matures et permet d’autres activités en forêt, comme la récolte de champignons sauvages, tout en permettant des prélèvements ligneux répondant aux besoins de la région et de la province. L’exportation n’est plus nécessaire au maintien d’emploi dans le secteur.
La pêche de subsistance peut s’exercer pour toutes les espèces à condition que les stocks le permettent. Des techniques de pêche moins invasives ont permis le rétablissement de certaines espèces de poissons mais la chute du taux d’oxygène dans les eaux du Golfe a condamné plusieurs espèces marines. Malgré le plus grand respect dont bénéficient les cétacées, les populations se rétablissent difficilement.
La montée du niveau des mers menace des pans de la 132 que le ministère des Transports du Québec peine à reconstruire, quand il y parvient. Tout le monde connaît les rudiments de la voile et s’en sert à l’occasion pour ses déplacements. Les activités quotidiennes se déroulent pour la vaste majorité à distance de marche ou de vélo.
Certainement, la région a réorganisé toutes les sphères d’activités en priorisant le maintien d’écosystèmes productifs et diversifiés et le bien-être de la population générale plutôt que des intérêts pécuniaires singuliers. Ça inclut un marché immobilier et un système alimentaire nourricier à l’abri des soubresauts des boursicoteurs et autres spéculateurs.
La Gaspésie a su prendre acte des bouleversements à venir maintenant et agir en conséquence. Comment? Par la mise en place des processus décisionnels innovants, notamment en environnement.
Par exemple, tout procédé ou projet ayant une empreinte massive sur l’environnement peut faire l’objet d’un jury citoyen décisionnel, à sa demande. Les jurys se composent de citoyen(ne)s sans intérêt partisan, c’est-à-dire tirés au sort, en provenance de toute l’étendue géographique où se répercutent les impacts du projet, qui déterminent l’expertise nécessaire à la délimitation des enjeux et à la prise d’une décision éclairée. Une sorte de BAPE décisionnel auquel on a donné un droit de veto.
La protection environnementale offerte par le jury met à l’abri des sautes d’humeur politiques des écosystèmes qui peuvent se détruire en quelques années, mais qui prennent des décennies, voire des siècles à se rétablir pleinement. Le jury a refusé l’établissement de plusieurs nuisances industrielles. Celles acceptées doivent rendre des comptes publiquement et périodiquement sous peine de révocation de leur autorisation.
Adrienne Cyr, native de la Baie-des-Chaleurs où elle est revenue vivre, complète son mémoire de maîtrise en Aménagement du territoire et développement régional à l’Université Laval. Celui-ci porte sur l’adaptation aux risques côtiers en contexte de changements climatiques.

Photo : Gilles Gagné
Ma fierté et mon appartenance à la Gaspésie sont directement liées à mon amour pour le territoire. Un territoire dont j’aime les courbes, les couleurs, l’abondance des ressources et la diversité des communautés. Un territoire que l’on façonne et que l’on voit se transformer au fil des années, au gré des décisions qui sont les nôtres et des aléas qui nous échappent.
Rêver la Gaspésie de 2040 sous une loupe environnementale implique une réflexion sur notre façon d’habiter et d’user du territoire. Elle implique aussi une prise de conscience des défis qui nous attendent quant à notre adaptation aux changements climatiques. Les tempêtes de décembre nous les rappellent avec efficacité lorsqu’elles emportent des segments de route 132 en guise de souvenir.
En vue des 18 prochaines années, j’imagine qu’on habite le territoire de façon plus éclairée : que nos choix en matière d’habitation, de transport ou encore de consommation intègrent une considération pour nos collectivités et notre
environnement. Laissant libre cours à mes fantasmes les plus fous, j’imagine qu’on redonne progressivement au bord de mer sa liberté de vaquer aux aléas côtiers. Qu’on s’ancre plus à l’intérieur des terres, au profit d’un littoral qui profite à tous et à toutes. En d’autres mots, que la résistance à l’érosion des côtes laisse place à la connaissance des risques, à leur acceptation et à notre retrait progressif.
J’imagine qu’on peuple plus densément nos coeurs de village. Qu’avec une offre plus abondante et abordable en logements, on se donne la possibilité de réduire nos distances quotidiennes qui séparent nos habitations de nos lieux de travail et de nos activités. J’imagine qu’on ait accès à des moyens de transport variés. Non seulement que le train passe (ce serait déjà ça), mais qu’il devienne une option de transport intermunicipal. Que les petites voitures, les déplacements actifs (à pied, à vélo, à trottinette, name it), le transport en commun et le covoiturage deviennent la norme. J’imagine, enfin, que l’on préserve les plus vastes étendues de notre territoire au profit de la nature elle-même.
Rien de bien radical, remarquez. La densité, les transports alternatifs à l’auto ou encore la préservation des milieux naturels font partie des discours publics et des solutions proposées pour répondre aux défis environnementaux actuels et à venir – oui, même dans les plus petites municipalités. D’ici 2040, j’aspire à ce qu’on vive le territoire en prenant appui sur une réflexion collective. Le rêve individuel devient le rêve d’une collectivité vers une occupation durable – ou peu importe comment on la qualifie – d’un territoire qui fait notre fierté.
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 5/7 SOCIÉTÉ
Par Jean-Philippe Thibault, co-rédacteur en chef de GRAFFICI.

Photo :Fournie par Jean-Philippe Thibault
Si l’idée d’amener la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) en Gaspésie peut sembler un peu saugrenue à première vue, elle ne l’est peut-être pas autant qu’elle n’y semble.
Jetons tout d’abord un oeil aux 60 équipes qui composent actuellement la Ligue canadienne de hockey (LCH). En y regardant bien, on peut repérer la présence de quelques petits marchés qui ont bien su tirer leur épingle du jeu dans les dernières années, dont le Titan d’Acadie-Bathurst.
La formation du Nouveau-Brunswick a remporté le 100e tournoi de la Coupe Memorial en 2018, devenant du même coup la meilleure formation au pays. La population de Bathurst selon le plus récent recensement? À peine plus de 12 000 personnes. C’est le plus petit marché de toute la LCH.
Le deuxième est celui de Swift Current, en Saskatchewan, avec ses 16 750 habitants. L’équipe locale – les Broncos – a été couronnée championne de sa ligue en 2018, surpassant ses homologues de Calgary, Edmonton, Vancouver, Saskatoon et Winnipeg. Elle a, elle aussi, déjà mis la main sur la Coupe Memorial, cette fois en 1989. Deux exemples de réussite pour des organisations qui évoluent dans des villes de moindre envergure.
Et quelle est la population de Gaspé actuellement, ville la plus populeuse de la région? Environ 15 000. La Gaspésie en général a certes connu un déclin démographique pratiquement ininterrompu depuis des décennies, mais la tendance s’est inversée lors des deux dernières années, alors que chaque MRC a fait le plein d’entre 200 à 300 habitants. Si le retour du balancier se continue, l’aspect populationnel tient la route. La LHJMQ n’a d’ailleurs pas de seuil limite, seulement « un bassin de population pour soutenir une équipe », selon le directeur des communications de la ligue, Maxime Blouin.
La plus épineuse question reviendrait probablement à savoir où élire domicile. Si Gaspé a été citée précédemment, son aréna peut difficilement accueillir une équipe de la LHJMQ de par sa capacité et sa vétusté.
Il faudrait alors plutôt se tourner vers Chandler, la deuxième plus grande ville de la Gaspésie, avec ses 7500 habitants. Cette dernière a l’avantage d’avoir le plus grand amphithéâtre de la région, qui peut accueillir entre 3000 et 3200 personnes. En comparaison, le Centre régional K.-C.-Irving de Bathurst a une capacité de 3524 spectateurs. L’aréna de Chandler a aussi subi une cure de rajeunissement de 3,5 millions récemment.
Officiellement, un amphithéâtre de la LHJMQ devrait pouvoir offrir 5000 sièges, incluant les loges corporatives. Pour les Tigres de Victoriaville et les Foreurs de Vald’Or, c’est plutôt 3500. Il y a donc une certaine latitude de ce côté.
Le souci majeur se situe ailleurs pour Chandler. Tous ces joueurs-étudiants doivent de temps en temps aller sur les bancs d’école, le plus souvent pour compléter leur formation générale au collégial.
Ce qui nous ramène à Gaspé, qui peut compter sur un campus du Cégep de la Gaspésie et des Îles. Rappelons aussi que la ville a dans ses cartons un projet de centre multisports flambant neuf. La première mouture de l’infrastructure visait plutôt les 1000 places dans les gradins, ce qui est insuffisant dans notre projet. La Ville se lancerait-elle dans l’aventure si elle trouvait un financement adéquat? L’idée est lancée.
Chose certaine, les deux MRC de la pointe gaspésienne sont aussi friandes de hockey l’une que l’autre. Lors de la première saison complète de la Ligue de hockey senior Desjardins de la Gaspésie, les Corsaires de Forillon ont attiré en moyenne 765 spectateurs par rencontre à Rivière-au-Renard. Non loin, les Vikings du Rocher-Percé en ont quant à eux enregistré environ 750 à la billetterie de Grande-Rivière. Pour du hockey senior, c’est considérable. Certains
se rappelleront aussi les bonnes années du Gaillard de Chandler. Les matchs présentés durant le temps des Fêtes attiraient plus de 4000 personnes. Dans les circonstances, on peut extrapoler et estimer que, comme à Bathurst, la foule répondrait à l’appel pour une équipe de la LHJMQ.
On peut aller plus loin et penser qu’en bon citoyen corporatif, General Electric, qui a acheté en 2016 l’usine de pales LM Wind Power, serait un commanditaire majeur. On imagine déjà un partenariat exclusif pour y vendre les bières de Pit Caribou.
Il y a loin de la coupe aux lèvres. Néanmoins, le retour du balancier démographique et les succès ailleurs dans la LCH permettent d’y croire. Ne manque à peu près plus qu’à trouver le nom de l’équipe. Des idées?
Les conditions pré-requises pour une équipe de la LHJMQ*
• Coût d’une concession d’expansion : 5 millions de dollars
• Coût d’une concession appelée à déménager : variable en fonction du prix demandé par le vendeur
• Aréna : capacité de 5000 sièges incluant les loges corporatives
• Besoin d’installations adéquates: vestiaires d’équipes et d’officiels, galerie de presse pour accueillir les médias écrits, la radiodiffusion, la webdiffusion et la télévision
• Budget : faire la démonstration qu’un budget de dépenses moyen est d’environ 2,5 millions de dollars
• Revenus : 60% doivent provenir de la vente des billets et des loges corporatives, et 40% de la vente des commandites et des produits dérivés
• Éducation : prévoir des établissements scolaires pour le secondaire et le cégep. Pour l’université, le tout se fait par correspondance ou en mode virtuel dans plusieurs équipes
• Population : pour soutenir une équipe de la LHJMQ en matière d’assistance
• Médias : présence de journaux, de radio et de télé
*Source LHJMQ
Sarah Servant, de Sainte-Anne-des-Monts, est mère de deux enfants et enseignante depuis 2013. Elle est aussi une artiste et une bénévole engagée dans son milieu.

Photo : Fournie par Sarah Servant
Dans un avenir parfumé de rêverie et d’un peu d’utopie, je ne peux qu’imaginer une Gaspésie dont les communautés s’animent et s’engagent. Dans cette vision, les Gaspésiens de tous âges occupent leur territoire.
Les cris et les rires des enfants qui passent en un coup de vent, motivés par un jeu imaginaire ou par un ballon en fuite, ne sont plus que dans nos cours d’école. Les enfants jouent, bougent et grouillent ensemble et partout. Ils le font réellement et souvent. Les enfants se donnent rendez-vous et leurs ricanements se font entendre partout.
Les amateurs de tous âges et de toutes catégories s’amusent et s’assument. Les nouveaux sportifs côtoient les athlètes et les artistes créent ensemble en divers lieux. L’art, l’écriture et les sports deviennent thérapie courante. Les conseils, les compétences et les connaissances s’avèrent monnaie d’échange. On bouge partout et on exploite nos espaces et nos saisons. La performance laisse place à la bienveillance.
Les citoyens s’impliquent naturellement pour créer des occasions de rassemblements pour souligner les fêtes, les saisons ou les récoltes. Comme lors des célébrations d’Halloween, nos rues deviennent lieux de festivités. On les occupe, on les anime et on s’y retrouve simplement ou de façon grandiose. On se donne rendez-vous pour partager nos talents ou pour bouger ensemble.
Dans cette Gaspésie du futur, nous dévions notre regard vers l’autre, vers la plage et l’air frais. On troque la lumière bleue pour celle du soleil. Les adultes sont conscients des modèles qu’ils sont. Ils font le modelage d’habitudes de vie saines et simples. Tous s’outillent pour entretenir leur bien-être.
S’émerveiller devant un univers musical, s’étonner d’un talent artistique ou s’épanouir dans la création rythment nos routines. Des cercles de lecture et d’écriture se multiplient tout autour de la péninsule. On écrit ou on crée pour se donner la parole, pour s’entendre soi-même et pour se comprendre. En créant, on se retrouve et se découvre.
Dans un avenir gaspésien parfumé de réalisme, pour que nous devenions tous acteurs et non spectateurs, l’accessibilité serait bien différente. Pour que la péninsule devienne plus active, plus créatrice, plus assumée, plus impliquée et habitée, les offres d’activités seraient multipliées.
Les enfants auraient tous un accès égal et simple aux sports et aux loisirs. Des endroits proposeraient du matériel usagé ou à faible coût pour bouger et créer. Les villes investiraient dans des équipements qui seraient disponibles pour tous. Les revenus d’une famille ne seraient plus un frein pour s’épanouir et se dépasser. Dévaler les pentes, défendre un but de hockey, jouer du violon, pêcher le saumon ou apprendre l’aquarelle deviendraient des profils accessibles à tous.
Dans cette Gaspésie, même si les enfants d’aujourd’hui n’étaient pas tous les grands athlètes ou les artistes de demain, cela importerait peu.
Les bénéfices ne se compteraient plus. Ils se contempleraient dans les regards des enfants outillés à devenir les artisans de leur propre bien-être
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 5/7 SOCIÉTÉ
Par Félix Atencio-Gonzales, documentariste et journaliste à Listuguj, un Inca vivant chez les Mi’gmaq depuis 35 ans.

Photo : Gilles Gagné
Mes rêves d’enfant étaient guidés par ma curiosité pour les étoiles et les planètes que j’observais depuis les collines de mon village, Rancas. À une altitude de 4300 mètres dans la Cordillera des Andes, elles semblaient toutes à portée de main. Je voulais devenir astronaute.
Un jour, ces rêves ont changé quand ma famille a déménagé à Lima, la capitale du Pérou, où les Autochtones sont victimes d’un racisme violent et quotidien. Ce racisme a façonné mes rêves. Les étoiles seront toujours là, mais sur Terre, j’ai commencé à rêver de changer le monde pour que les gens respectent simplement ma culture, mes valeurs, ma couleur de peau et ma langue. Je voulais devenir journaliste.
Mon parcours, depuis Rancas, en passant par Lima, m’a conduit à travers le continent et s’est arrêté en Gaspésie. À chaque escale, j’ai rencontré des Autochtones engagés à changer la situation dans laquelle la colonisation les a coincés. Les gens m’ont raconté leurs luttes. Ils m’ont parlé de morts, de blessés, de prisonniers politiques, des droits niés, de terres volées et j’ai même failli laisser ma peau sur la route. J’ai recueilli ces témoignages entre le Chili et les Secwepemc, en Colombie-Britannique, et de là jusqu’en Gaspésie.
Quand je voyage en Gaspésie, j’entends leur langue partout : Matane, Paspébiac, Gaspé, Pabos, Chic-Chocs, Miguasha, Cascapédia… et quelquefois, je suis appelé à expliquer l’histoire des Mi’gmaq dans la région. J’ai même dû le faire chez la juge de la citoyenneté lors de mon examen. Elle prévoyait une réponse écrite dans son livre quand elle m’a demandé : « Qui a découvert le Canada? » Ma réplique l’a surprise : « Personne… les Autochtones étaient déjà ici ». Après un long silence et un regard sévère, elle a continué avec d’autres questions.
Ici à Listuguj, où j’habite, j’ai été témoin de la lutte des Mi’gmaq sur plusieurs fronts, tant sur les routes que sur la rivière ou lors de tables de discussions, de même que dans leurs écoles pour enseigner et garder leur culture et leur langue.
Quand l’arrêt Marshall a reconnu les droits des Mi’gmaq à la pêche commerciale, j’ai été embauché par la communauté pour coordonner leurs opérations. J’ai connu de bons alliés et j’ai aussi connu des opposants à la présence des Mi’gmaq dans l’industrie, comme il y en a encore. Conscient de l’avenir, j’avais pris le temps d’aller dans des écoles pour parler des Mi’gmaq aux enfants et aux jeunes du cégep, car je savais qu’ils allaient se rencontrer sur les quais ou chez l’épicier, où les pêcheurs de Listuguj se ravitaillent avant d’aller en mer.
Depuis que j’habite la Gaspésie, j’ai été témoin de plusieurs chapitres de l’histoire entre les Mi’gmaq et les Gaspésiens. J’aimerais que les enfants d’ici, et d’ailleurs, aillent au bout de leurs rêves et qu’ils et elles, avant ou après 2040, ne soient pas obligés de les changer pour lutter contre des injustices, historiques ou récentes.
Par Geneviève Gélinas, ex-journaliste et présidente du conseil d’administration de GRAFFICI.

Photo : Simon Bujold
Chez moi, il y a une tondeuse à gazon qui démarre quatre fois par été, un ensemble à raclette qui a servi une fois en 10 ans et une perceuse qu’on dépoussière aux deux ou trois ans…. En 2040, j’aurai aussi deux grandes chambres vides à l’étage, puisque mes enfants auront quitté la maison. Et plus de temps libre, ceci expliquant cela.
Je ne suis pas la seule à vivre dans cette abondance. Grâce au niveau de vie et au filet social dont nous bénéficions au Québec, c’est le cas d’une bonne partie de la population.
En contrepartie, nos réflexes de partage se sont émoussés. Pourquoi aller quêter les tournevis du voisin quand on peut en acheter? Suis-je la seule à me sentir gênée au moment d’emprunter un objet ou de demander un service? À voir mes offres de prêt ou d’aide rarement saisies? À avoir l’impression de devoir, autant que possible, me débrouiller seule, sans déranger mon prochain? Avec comme conséquence que mon prochain se débrouillera sans moi à son tour.
Et pourtant. Mes demandes sont toujours bien reçues. Je perçois alors dans les yeux de mes bienfaiteurs et bienfaitrices le même plaisir que j’éprouve moi-même à rendre service ou à partager.
En Gaspésie, nous saluons les inconnus croisés sur la rue et nous laissons nos portières déverrouillées… Nous profitons d’un degré enviable de confiance et de sécurité : un terreau parfait pour pratiquer l’économie du partage, celle qui permet de « prêter et partager nos ressources au moyen de réseaux de confiance ». Ne laissons pas ce concept à Uber et à Airbnb : mettons-le en pratique au quotidien, entre voisins, collègues, amis et connaissances.
Pénurie de logements et de main-d’oeuvre, ruptures des chaînes d’approvisionnement… les défis auxquels les Gaspésiens – et tous les Québécois – font face pourraient être atténués par le partage de nos espaces, de nos biens, et parfois, de nos bras et de nos savoir-faire.
Un autre argument, et sans aucun doute le plus important, milite en faveur du partage. Pour ménager la planète, nous devons réduire radicalement notre consommation. Dès maintenant, pas en 2040.
En prime, je fais le pari qu’avoir autour de soi des gens qui « nous en doivent une » et à qui « on en doit une » rendra la vie plus douce.
En 2040, j’espère donc avoir moins d’objets dans ma remise, mais qu’ils en sortent plus souvent. Et pourquoi pas, accueillir des colocataires dans mes grandes chambres vides.
En 2040, si l’on possédait moins et que l’on partageait plus, il me semble que tous les Gaspésiens et Gaspésiennes seraient plus riches.
Alors, la prochaine fois que vous aurez besoin d’un ensemble à raclette…
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
Francine Poirier, de Bonaventure, détentrice d’un baccalauréat en récréologie et d’un DEP en secrétariat; deux formations suivies en fauteuil roulant.

Photo : Simon Bujold
D’entrée de jeu, je vous dis que je suis une personne handicapée; je ne peux le cacher: je me déplace en fauteuil roulant. Je précise que je n’ai jamais eu honte d’être une personne handicapée et que je n’ai jamais songé à le nier ou le cacher. C’est un fait. Point.
Souvent lors de dépôts de lois ou de projets entourant les soins palliatifs, on entend l’expression « mourir dans la
dignité ». Mais avant de mourir dans la dignité, peut-on vivre dans la dignité? Selon le dictionnaire Larousse (2018), une des définitions de la dignité est le « respect envers une personne » mais également le « sentiment que quelqu’un a de la valeur ». Le respect de la personne, donc de sa dignité, est nécessaire pour le maintien d’une bonne santé mentale. Présentement, la Gaspésie ne traite pas avec dignité les personnes handicapées, tant celles qui demeurent dans la région que celles qui sont de passage.
Je considère que j’ai autant de valeur que ma voisine qui n’est pas en fauteuil roulant. Celle-ci n’a pas besoin de vérifier l’accessibilité d’un lieu avant de se déplacer. Moi, à l’instar des autres personnes en fauteuil roulant, si. Et malgré mes vérifications, il n’est pas rare de me retrouver face à un manque d’accessibilité. Ce serait bien de ne pas avoir à faire ces démarches. Je me sentirais respectée, et bienvenue, en tant que cliente dans tel ou tel commerce.
Parfois, des actions concrètes découlent de bonnes intentions. Les intentions sont bonnes mais … pas les actions. J’en ai vu des rampes d’accès qui se terminent abruptement dans la gravelle ou face à une porte qui ouvre par l’extérieur ou directement au pied d’un escalier qui mène au restaurant. Sans parler des endroits où je ne peux carrément pas aller! Et être confrontée à ces situations à répétition est dur pour ma santé mentale.
Aussi touristique que soit la région, celle-ci ne traite pas tous ses visiteurs de la même façon; il y en a qui sont traités
avec plus de dignité que d’autres. Les personnes handicapées, et en particulier celles en fauteuil roulant, qui viennent visiter la région sont souvent confrontées au manque d’accessibilité des lieux touristiques et d’hébergement. C’est cette catégorie de visiteurs qui est la moins respectée dans sa dignité. Ne pas pouvoir suivre ses amis ou sa famille lors d’une visite faute d’accessibilité ou devoir coucher ailleurs que le groupe avec lequel on voyage constitue, selon moi, une atteinte à la dignité de ces personnes.
Je rêve que la Gaspésie des prochaines décennies respecte la dignité de tous ses habitants, et de ses visiteurs. En 2040, la Gaspésie sera un modèle pour tout le Québec en termes de respect de la dignité des personnes.
Robert Arsenault, de Bonaventure, travailleur social retraité, comptant 25 ans d’accompagnement de personnes souffrant de troubles sévères en santé mentale, dans un processus de réinsertion sociale. Il a aussi travaillé pour développer de l’hébergement.

Photo : Gilles Gagné
En avril 2020, quand tout le Québec (et le reste du monde) vivait dans la peur d’être envahi par un visiteur invasif
et mal connu, la COVID-19, je m’apprêtais à entreprendre la saison des sucres dans ma cabane toute neuve, fraîchement construite de mes propres mains.
Comme la plupart des personnes, j’étais sujet à l’angoisse, voire même à la panique quand ce loup étrange et peu coutumier rôdait furtivement dans nos alentours. Face à ce danger à la fois imminent et incertain, je pris la décision de ne laisser entrer le stress qu’à très petites doses dans mon habitacle où l’odeur des sous-bois et des vapeurs d’eau d’érable occupaient déjà tout l’espace.
Ainsi, j’ai pu traverser ce premier printemps de pandémie sans trop de séquelles psychologiques.
Depuis toujours, j’ai choisi de vivre au coeur de la nature, au rythme des saisons.
Chez moi, depuis plusieurs années, j’ai laissé les arbres s’approcher de ma maison, juste assez pour ne pas trop sentir l’effet des vents dominants. Surtout les vents de la peur et de l’anxiété, les pires selon moi. Les arbres sont aussi des remparts.
Ici, en Gaspésie, pays de mer, de rivières et de montagnes à perte de vue, cela est possible. À la condition bien sûr, de ne pas se perdre soi-même de vue.
Nous sommes entourés de richesses qui ne demandent qu’à nous accueillir, nous soigner, nous guérir.
À côtoyer la nature, on devient plus humble, on descend vite de son piédestal. En marchant sur la terre à bois de mes
ancêtres l’hiver dernier, je vis un majestueux cèdre percé à trois endroits à des profondeurs allant jusqu’à 10 centimètres, par un grand pic des bois. Me voyant approcher, il s’est retiré à l’écart, le temps que je m’éloigne un peu. Ce cèdre hébergeait en son centre des vers qui le rongeaient par en dedans et menaçaient son existence. Cet oiseau piqueur les lui a enlevés et permis d’entreprendre sa guérison. Quelqu’un m’a déjà dit que l’on appelle cet oiseau « le guérisseur des arbres ».
Tout travaille autour de nous, en interconnexions, pour que la vie renaisse et se perpétue.
L’automne dernier, en faisant mon bois de chauffage, j’ai coupé un gros bouleau qui accompagnait un groupe de trois
érables, pensant dans ma tête de cartésien que ces derniers allaient donner encore plus d’eau au printemps suivant. Eh bien, ce fut le contraire qui arriva. Les deux érables les plus rapprochés du bouleau n’ont rien donné, rien.
Des spécialistes en foresterie ont découvert ces dernières années que les arbres communiquent entre eux, s’entraident donc par le moyen de systèmes racinaires très complexes créés en grande partie par des champignons. Sachant cela, je me suis demandé si mes deux érables étaient en deuil (pour vrai!). Peut-être avaient-ils voulu me punir de leur avoir enlevé leur ami, leur compagnon de vie. Qui sait? Mon souhait bien humble et un peu égoïste, je le reconnais, est qu’au printemps prochain, ils m’aient pardonné.
Pour lire la suite du dossier :
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
Thomas Martens, de Bonaventure, directeur du Site du banc de Paspébiac, Gaspésien depuis 22 ans et historien d’art et d’architecture, originaire d’Allemagne.

Photo : Fournie par par Thomas Martens
Monsieur B. était content. Après une nuit dans la voiture-lit, un copieux déjeuner dans la voiture-restaurant et une petite heure passée au wagon-bureau bien branché, le train était arrivé à l’heure à Carleton-sur-Mer. Avec un train de nuit et un train de jour, le corridor reliant les grandes villes québécoises et les côtes du golfe du Saint-Laurent était maintenant bien desservi. Content d’avoir pu travailler dans le train, il se sentait bien préparé pour la conférence qu’il allait donner plus tard. Ainsi, après l’escale au Cégep, Monsieur B. continuait pour Gaspé où il allait poursuivre sa tournée de conférences.
Plus de 200 ans après que la première locomotive eut poussé sa vapeur noire dans le ciel québécois de l’été 1836 entre Saint-Jean et La Prairie, les locomotives étaient aujourd’hui toutes électriques et sillonnaient le pays en carboneutralité. Les effets désastreux de la crise climatique avaient fait ressortir les avantages combinés du rail et de l’énergie électrique, puisée à même les ressources hydriques et éoliennes du pays, disponibles en abondance.
La Gaspésie en profitait, et à bon droit, constatait Monsieur B. avec satisfaction. Longtemps négligée, la région profitait aussi du potentiel du port en eau profonde de Gaspé et donnant sur le golfe, plus facilement navigable que le fleuve et maintenant rebranché au vaste réseau ferroviaire nord-américain. Certes, le train n’avait toujours pas gagné beaucoup en vitesse, mais le paradigme avait changé aussi : la vague du slow travelling avait finalement gagné le Québec et l’abandon de la vitesse à tout prix avait fait revenir en force le train, mais aussi la navigation commerciale par voiliers assistés de moteurs électriques solaires, devenus aussi efficaces que leurs prédécesseurs propulsés au fioul immensément polluant.
En débarquant du train à Gaspé, Monsieur B. esquissait un petit sourire un brin nostalgique en pensant au retour de l’histoire. Historien chevronné, il pensait au vaste empire de production et de distribution de morue salée-séchée basé à Paspébiac qui avait déjà emprunté les mêmes chemins et les mêmes modes de navigation – mais 200 ans
plus tôt. Ces navires de l’une des plus vieilles compagnies canadiennes qui sillonnaient jadis l’Atlantique à partir de la Gaspésie jusqu’au Brésil et l’Europe le faisaient en parfaite carboneutralité, mais de façon tout aussi efficace qu’aujourd’hui. Il constata que l’on avait appris des bons coups et des erreurs du passé, mais qu’il restait à espérer qu’il n’était pas trop tard pour en tirer des leçons pour la pérennité de la planète.
Gilles Gagné, co-rédacteur en chef de GRAFFICI.

Photo : Simon Bujold
Au printemps 2003, je suis allé en Finlande, principalement pour suivre trois travailleurs de l’usine Gaspésia de Chandler en formation auprès de la firme Metso Paper. La modernisation de la papeterie de Chandler a malheureusement avorté en 2004. Mon séjour en Finlande a toutefois été révélateur.
Au-delà de la présence de 12 campus universitaires répartis dans ce pays de 5,5 millions d’habitants, soit 3 millions de moins qu’au Québec, la disponibilité, l’étendue et le coût modique des moyens de transport a constitué l’aspect le plus saisissant du séjour.
Peu avant mon départ de la péninsule, j’apprends qu’un Gaspésien travaille comme directeur de production d’une usine de Bombardier à Rovaniemi, ville de 35 000 habitants du cercle polaire, à 900 kilomètres de la capitale, Helsinki. Je joins donc Jean-Yves Leblanc pour aller le voir et je lui demande s’il faut réserver un billet de train ou d’avion avant de quitter la Gaspésie. Il m’assure que le transport en Finlande est accessible et abordable en tout temps.
Rendu à Jyvaskyla, lieu du siège social de Metso Paper, j’achète un forfait ferroviaire pour le lendemain. J’ai droit à trois déplacements à travers le pays, pour 120 euros, soit environ 200 $ à l’époque ou 290 $ en 2022, couchette et déjeuner compris! Je parcourrai 2000 kilomètres avec ce billet!
Je pars un lundi soir pour Rovaniemi, j’arrive le mardi matin, je passe la journée avec Jean-Yves Leblanc et mardi soir, il me reconduit à la gare, d’où je compte me rendre au chantier maritime Kvaerner d’Helsinki, pour un rendez-vous mercredi matin.
Le finnois étant assez hermétique, je me trompe en consultant l’horaire. À la gare de Rovaniemi, mon train passe lentement devant nous. Je l’ai raté. J’ai la gorge nouée. Dans mon esprit, mon rendez-vous d’Helsinki est gâché. M. Leblanc m’indique qu’il y a un autre train deux heures plus tard, et que ce convoi regagne une heure sur le train précédent. Je pourrai visiter le chantier maritime en arrivant une heure en retard.
Mon hôte me dit : « Allons voir à l’aéroport, vérifier le prix du prochain vol. » Je suis incrédule. Combien en coûterait-il pour parcourir 900 kilomètres entre Rovaniemi et Helsinki, à quelques heures d’avis? Je n’ai pas pris l’avion parce que le vol du lendemain matin ne me donnait aucun avantage, côté temps. Mais il coûtait environ 140 $, pas 700-800 $ pour un trajet équivalent ici!
Pendant mon arrêt à Helsinki, je suis renversé de voir des douzaines de traversiers relier la capitale à autant de destinations européennes.
Je me souviens d’avoir songé, à 43 ans, que je ne verrais pas de mon vivant, même à 100 ans, au Québec et dans ma Gaspésie, une organisation de transport local et interurbain aussi développée qu’en Finlande en 2003.
Je rêve donc au congédiement de tous les incompétents gérant les transports au Canada et au Québec pour assister en 2040 à l’immense rattrapage nous permettant d’arriver en Gaspésie là où était la Finlande en 2003!

La gare centrale d’Helsinki, d’où l’auteur de ce texte a notamment pu apprécier l’efficacité du transport en commun finlandais. Photo : depositphotos.com
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DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE
DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION
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DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS
#2 Rose Matton de Maria, secondaire 1
Dans ma bulle, à travers le temps Une bulle. Je suis prisonnière d’une bulle. Qu’est-ce qui m’arrive? Je tape frénétiquement sur la paroi avec mon poing. Rien à faire. Elle semble indestructible. À travers ma prison, j’aperçois une scène troublante : à proximité d’une grande école, des élèves d’environ mon âge tremblent à cause du vent d’automne. Ils s’agglutinent autour d’un cadavre qui gît par terre. Par son habillement, il me semble qu’il s’agit d’une concierge. Des enseignants accourent en criant. Sans que je n’y puisse rien, ma bulle me rapproche irrésistiblement du drame. J’entends alors des bouts de la conversation des élèves:
– « Il paraît qu’elle a fait un arrêt cardiaque! »
– « Elle était quand même vieille. »
– « Pauvre elle…elle a eu une vie difficile à ce qu’on dit. »
Mais… ?! Personne ne me voit? Je suis pourtant juste à côté d’eux! Je me lève et bouge dans ma sphère flottante pour attirer l’attention des élèves. Toujours rien. Vraiment, personne ne me voit! Aaaah !
Alors que les gens s’activent autour de la dépouille, je perçois un phénomène étrange. Je vois une succession de scènes se projeter au-dessus du corps de la femme. Je crois que ces séquences sont littéralement des fragments de la vie de la concierge, parce qu’elles mettent en évidence une dame plus jeune qui lui ressemble beaucoup : cette femme renonce à une carrière prodigieuse de comédienne; elle brûle aussi tous ses manuscrits de roman; elle tourne le dos à des amis qui veulent l’aider; plus âgée, elle refuse l’aide de médecins, alors qu’elle semble souffrir de graves problèmes de santé. Tiens, je ne vois plus ses souvenirs.
Un détail me frappe…Impossible !!! Cette dame a une cicatrice sous l’oeil, comme moi. Elle a aussi les cheveux noirs et les yeux bruns, comme moi! Je remarque un tatouage sur son bras, disant « Il n’y a pas d’espoir ». Mon esprit roule à toute allure. Le fait que je sois dans une bulle, ma rencontre avec cette défunte femme et mes visions de son passé misérable ne seraient-ils pas liés? Je comprends alors que je peux me promener dans le temps, au fil de ma vie, mais ce n’est pas moi qui contrôle ce pouvoir qui ressemble à une malédiction. Comment est-ce possible? Pourquoi je ne m’en suis pas aperçue plus vite? Je m’en moque, si je suis destinée à devenir comme cette concierge, moi dans le futur, je préfère faire quelque chose de bien de ma vie! Je vais faire les bons choix!
Non! la bulle s’assombrit jusqu’à ce que je ne puisse plus voir à l’extérieur! La seule chose que j’ai le temps d’apercevoir avant d’être emportée à mon époque, c’est la phrase tatouée sur son bras, « tu as réussi ».



#1 Séphorah Paquin de Sainte-Anne-des-Monts, 14 ans, secondaire 1
Bulle, bulle, bulle
C’était le matin. Sous l’eau, la Baie-des-Pierres-de-Lune était remplie d’une frémissante excitation. Les préparatifs de la fête de la reine des sirènes étaient à leur comble. Toute la population rayonnait de joie à l’idée d’un remerciement ou un sourire de la part de leur bien-aimée impératrice. Les citoyens décoraient joyeusement leurs maisons tandis que les enfants décoraient la place publique et le bullier, “arbre-à-bulles”, sujet de gloire de tout le royaume.
Soudain, les trompettes retentirent. Dans un élan de joie, la foule s’amassa autour du château. Les portes s’ouvrirent et la reine glissa hors de son palais. « Aujourd’hui est un grand jour », déclara-t-elle. « Pour la première fois depuis 100 ans, le bullier porte des fruits. En guise de remerciement pour votre dévouement démontré à travers cette fête, je distribuerai à chacun de vous l’un de ces fruits. Puissiez-vous apprécier la douceur de son nectar ». Des cris de joie jaillirent de la foule. Tous firent la file pour recevoir un de ces merveilleux fruits. La fête fut un succès!
La journée touchait à sa fin lorsqu’une grande ombre mystérieuse survola la place publique! La panique et les cris se propagèrent dans la ville. Rapidement, un filet de pêcheur descendit et s’accrocha aux branches du bullier! Tous retinrent leur souffle.
À la surface;
-Que se passe-t-il, Gérard?
-Je crois que le filet est coincé!
-Avance le bateau pour voir…
Sous l’eau;
L’ombre se remit en mouvement, menaçant d’emporter l’arbre tant chéri. « Il l’emporte! » s’écria un vieil homme, s’élançant pour retenir l’arbre déstabilisé. Tous suivirent son exemple et se ruèrent sur l’arbre-à-bulles, le tirant de toutes leurs forces. Les enfants se précipitèrent pour sonner la cloche d’alarme et alerter toute la ville. La reine vit leur malheur et nagea à leur secours avec tous ses gardes. L’arbre vénéré était sur le point de se déraciner quand la reine arriva. Elle s’activa rapidement à défaire les branches du filet et sauva le bullier de son étreinte. Le peuple joyeux poussa des exclamations de joie: “Vive la reine!”
Mais à peine ces démonstrations de joie entamées, le filet remontant attrapa l’impératrice. « À l’aide !!! », s’écria-t-elle affolée. Dans un grand remous d’écume et de vagues, la reine disparut à la surface de l’eau.
À la surface;
-Euh… Raymond?
-Oui Gérard?
-Crois-tu aux sirènes?
-Mais non! Pour qui me prends-tu?
-C’est qu’il y en a une dans le filet…
-Quoi ?!? Tu me niaises?
-Ben non! Regarde.
-HA!
Sous l’eau;
« Nous sommes des minables », déclara tristement un garde. « Pauvre reine! » « Mais il est encore temps de la sauver! », affirma un autre. « Il y a un canon à vortex-bulle derrière le château! » Les gardes nagèrent à l’arrière du palais et revinrent avec le vieux canon ensablé. Ils le positionnèrent sous le bateau et le chargèrent de bulles que les citoyens leur fournirent, puis ils l’actionnèrent. Le canon fit un trou si grand dans la coque que le bateau coula. La reine était sauvée! « Je préfère l’air en bulle! », leur dit-elle.
À la surface;
-Raymond?
-Oui?
-Ils ne nous croiront jamais!
-Je sais.




Respect de la vie privée