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7 juillet 2022 12 h 35

Dossier rêver de 2040 : partie 7/7 Transport

C’est le temps des vacances et en cette période estivale, GRAFFICI s’est permis de rêver en imaginant ce que pourrait être la Gaspésie de 2040. Des collaborateurs de tous les horizons partagent leur point de vue sur une foule d’enjeux qui, espérons-le, pourraient se concrétiser dans les prochaines années. Bonne lecture et bon été!

DEMAIN ÉTAIT HIER

Thomas Martens, de Bonaventure, directeur du Site du banc de Paspébiac, Gaspésien depuis 22 ans et historien d’art et d’architecture, originaire d’Allemagne.


Photo : Fournie par par Thomas Martens

Monsieur B. était content. Après une nuit dans la voiture-lit, un copieux déjeuner dans la voiture-restaurant et une petite heure passée au wagon-bureau bien branché, le train était arrivé à l’heure à Carleton-sur-Mer. Avec un train de nuit et un train de jour, le corridor reliant les grandes villes québécoises et les côtes du golfe du Saint-Laurent était maintenant bien desservi. Content d’avoir pu travailler dans le train, il se sentait bien préparé pour la conférence qu’il allait donner plus tard. Ainsi, après l’escale au Cégep, Monsieur B. continuait pour Gaspé où il allait poursuivre sa tournée de conférences.

Plus de 200 ans après que la première locomotive eut poussé sa vapeur noire dans le ciel québécois de l’été 1836 entre Saint-Jean et La Prairie, les locomotives étaient aujourd’hui toutes électriques et sillonnaient le pays en carboneutralité. Les effets désastreux de la crise climatique avaient fait ressortir les avantages combinés du rail et de l’énergie électrique, puisée à même les ressources hydriques et éoliennes du pays, disponibles en abondance.

La Gaspésie en profitait, et à bon droit, constatait Monsieur B. avec satisfaction. Longtemps négligée, la région profitait aussi du potentiel du port en eau profonde de Gaspé et donnant sur le golfe, plus facilement navigable que le fleuve et maintenant rebranché au vaste réseau ferroviaire nord-américain. Certes, le train n’avait toujours pas gagné beaucoup en vitesse, mais le paradigme avait changé aussi : la vague du slow travelling avait finalement gagné le Québec et l’abandon de la vitesse à tout prix avait fait revenir en force le train, mais aussi la navigation commerciale par voiliers assistés de moteurs électriques solaires, devenus aussi efficaces que leurs prédécesseurs propulsés au fioul immensément polluant.

En débarquant du train à Gaspé, Monsieur B. esquissait un petit sourire un brin nostalgique en pensant au retour de l’histoire. Historien chevronné, il pensait au vaste empire de production et de distribution de morue salée-séchée basé à Paspébiac qui avait déjà emprunté les mêmes chemins et les mêmes modes de navigation – mais 200 ans
plus tôt. Ces navires de l’une des plus vieilles compagnies canadiennes qui sillonnaient jadis l’Atlantique à partir de la Gaspésie jusqu’au Brésil et l’Europe le faisaient en parfaite carboneutralité, mais de façon tout aussi efficace qu’aujourd’hui. Il constata que l’on avait appris des bons coups et des erreurs du passé, mais qu’il restait à espérer qu’il n’était pas trop tard pour en tirer des leçons pour la pérennité de la planète.

DEHORS LES INCOMPÉTENTS!

Gilles Gagné, co-rédacteur en chef de GRAFFICI.


Photo : Simon Bujold

Au printemps 2003, je suis allé en Finlande, principalement pour suivre trois travailleurs de l’usine Gaspésia de Chandler en formation auprès de la firme Metso Paper. La modernisation de la papeterie de Chandler a malheureusement avorté en 2004. Mon séjour en Finlande a toutefois été révélateur.

Au-delà de la présence de 12 campus universitaires répartis dans ce pays de 5,5 millions d’habitants, soit 3 millions de moins qu’au Québec, la disponibilité, l’étendue et le coût modique des moyens de transport a constitué l’aspect le plus saisissant du séjour.

Peu avant mon départ de la péninsule, j’apprends qu’un Gaspésien travaille comme directeur de production d’une usine de Bombardier à Rovaniemi, ville de 35 000 habitants du cercle polaire, à 900 kilomètres de la capitale, Helsinki. Je joins donc Jean-Yves Leblanc pour aller le voir et je lui demande s’il faut réserver un billet de train ou d’avion avant de quitter la Gaspésie. Il m’assure que le transport en Finlande est accessible et abordable en tout temps.

Rendu à Jyvaskyla, lieu du siège social de Metso Paper, j’achète un forfait ferroviaire pour le lendemain. J’ai droit à trois déplacements à travers le pays, pour 120 euros, soit environ 200 $ à l’époque ou 290 $ en 2022, couchette et déjeuner compris! Je parcourrai 2000 kilomètres avec ce billet!

Je pars un lundi soir pour Rovaniemi, j’arrive le mardi matin, je passe la journée avec Jean-Yves Leblanc et mardi soir, il me reconduit à la gare, d’où je compte me rendre au chantier maritime Kvaerner d’Helsinki, pour un rendez-vous mercredi matin.

Le finnois étant assez hermétique, je me trompe en consultant l’horaire. À la gare de Rovaniemi, mon train passe lentement devant nous. Je l’ai raté. J’ai la gorge nouée. Dans mon esprit, mon rendez-vous d’Helsinki est gâché. M. Leblanc m’indique qu’il y a un autre train deux heures plus tard, et que ce convoi regagne une heure sur le train précédent. Je pourrai visiter le chantier maritime en arrivant une heure en retard.

Mon hôte me dit : « Allons voir à l’aéroport, vérifier le prix du prochain vol. » Je suis incrédule. Combien en coûterait-il pour parcourir 900 kilomètres entre Rovaniemi et Helsinki, à quelques heures d’avis? Je n’ai pas pris l’avion parce que le vol du lendemain matin ne me donnait aucun avantage, côté temps. Mais il coûtait environ 140 $, pas 700-800 $ pour un trajet équivalent ici!

Pendant mon arrêt à Helsinki, je suis renversé de voir des douzaines de traversiers relier la capitale à autant de destinations européennes.

Je me souviens d’avoir songé, à 43 ans, que je ne verrais pas de mon vivant, même à 100 ans, au Québec et dans ma Gaspésie, une organisation de transport local et interurbain aussi développée qu’en Finlande en 2003.

Je rêve donc au congédiement de tous les incompétents gérant les transports au Canada et au Québec pour assister en 2040 à l’immense rattrapage nous permettant d’arriver en Gaspésie là où était la Finlande en 2003!


La gare centrale d’Helsinki, d’où l’auteur de ce texte a notamment pu apprécier l’efficacité du transport en commun finlandais. Photo : depositphotos.com

 

Pour lire la suite du dossier :

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 1/7 CULTURE

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 2/7 ÉDUCATION

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 3/7 ENVIRONNEMENT

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 4/7 SPORT ET LOISIRS

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 5/7 SOCIÉTÉ

DOSSIER RÊVER DE 2040 : PARTIE 6/7 SANTÉ