Le Gaspésien habite aujourd’hui à Vancouver, en Colombie-Britannique.
Le protagoniste, Elzéard Bouffier, un berger solitaire qui deviendra plus tard apiculteur, se lance à 52 ans dans une aventure profondément intime, mais paradoxalement collective. À chaque jour, l’homme choisit scrupuleusement 100 glands de chênes, d’hêtres ou de bouleaux, qu’il plantera méticuleusement dans des terres désolées, arides, désertiques. « Il avait jugé que le pays mourrait par manque d’arbres », résume à un moment le narrateur Philippe Noiret.
En trois ans, l’homme en aura planté plus de 100 000. À sa mort, s’il avait conservé la même cadence, il en aura semé plus de 1,1 million. Mais surtout, il avait redonné vie à la nature et, ultimement, aux humains qui l’habitent.
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Antoine Moses, originaire de Carleton-sur-Mer, a planté ses premiers arbres à l’âge de 17 ans. Il en aura bientôt 28. Ce qui était l’un de ses premiers emplois est rapidement devenu une passion, presque une épiphanie.
« Au départ, je le faisais pour la foresterie canadienne en ne sachant pas vraiment les impacts réels de cette foresterie sur l’environnement. Je me disais qu’au bout de la ligne, je le faisais pour les bonnes raisons. J’aimais ça et c’était comme faire du sport », explique-t-il à GRAFFICI lors d’un séjour en Gaspésie, en juin.
Depuis, il ne cesse de repousser ses limites, lui qui oeuvre dorénavant uniquement pour la restauration d’habitats. Le jeune homme a notamment établi deux records Guinness, dont celui du plus grand nombre d’arbres plantés en 24 heures, avec 23 060 (c’est un peu plus d’un arbre à toutes les quatre secondes). L’exploit a été réalisé en juillet 2021.
Le second est plus récent, en mai dernier, et s’est lui aussi échelonné sur une journée, mais cette fois au Kenya avec des palétuviers, un groupe d’arbres qui poussent dans les zones de mangrove. Il en a planté 47 460, faisant exploser l’ancienne marque de 30 000. C’est environ un arbre à toutes les deux secondes. « Ça ressemble à des asperges. Tu les plantes pratiquement dans la bouette et ça se fait super rapidement, sans pelle. C’est plat et sans roche alors c’est plus facile », explique-t-il humblement.
La mangrove se développe dans des zones côtières (estuaires, baies, lagunes, etc.) et sert de milieu de reproduction et de refuge à plusieurs espèces animales, dont plusieurs sont menacées. Une centaine de personnes ont travaillé en amont avec Antoine Moses pour la préparation du défi, comme son partenaire VeriTree dont la mission est de renforcer la restauration forestière et d’attirer des investissements dans la nature.
« C’était vraiment une expérience spéciale. On était avec les locaux et c’était zéro touristique. On allait travailler tous les jours avec eux et j’ai rencontré leurs familles. Culturellement, c’était très enrichissant. Pour eux, les mangroves, ça crée de l’emploi et c’est bon écologiquement pour la biodiversité. C’est vraiment une forêt fascinante et j’ai appris beaucoup. »
Le Gaspésien est demeuré sur place pendant deux semaines au total, dont seulement quatre jours pour se préparer à son défi.
Antoine Moses a planté jusqu’à maintenant plus de 2 millions d’arbres.
Vedette du Web
Ses exploits ont rapidement attiré l’attention d’une communauté assez impressionnante. Avant même la création de son entreprise AntoMos dédiée à la restauration des forêts, des célébrités comme Leonardi DiCaprio – fervent écologiste – avaient partagé ses vidéos sur le Web.
Antoine Moses avait plus de 4,1 millions d’abonnés sur ses réseaux sociaux au moment d’écrire ces lignes, principalement sur Facebook (près de 2 millions) et Instagram (environ 1,6 million). C’est autant que l’ex-joueuse de tennis Eugenie Bouchard et davantage que la chanteuse Charlotte Cardin.
Pour un planteur d’arbres, c’est gigantesque. Et le terme n’est pas utilisé de manière péjorative, au contraire. Le jeune homme a su se monter un auditoire considérable à coup de défis originaux et de records mondiaux. Son plus récent exploit au Kenya a fait la manchette jusque dans le Times of India.
« J’ai vu qu’il y avait un engouement énorme. J’ai fait des vidéos à 100 millions de vues; des mois à 300 millions. Je pense que j’en suis à plus de 1 milliard de vues dans la dernière année seulement », calcule-t-il.
Pour plusieurs, ses vidéos sont un vent de fraîcheur à l’heure où certains créateurs de contenu font souvent l’apologie du consumérisme, voire carrément du vide dans le pire des cas. Pas tous, évidemment, mais ceux qui font véritablement oeuvre utile sont davantage l’exception que la norme.
« C’est peut-être parce que c’est quelque chose qui donne espoir; qui est accessible et que tout le monde peut comprendre, répond Antoine Moses lorsque questionné sur la viralité de son contenu.
Et à peu près tout le monde est affecté par des sinistres ou de la déforestation dans leur pays. Le fait de remettre la vie à la terre, ça donne le goût de participer. Mes vidéos sont aussi intemporels et sans frontière. Souvent, je parle à peine et donc tout le monde peut se reconnaître. »
Le principal intéressé est bien conscient de l’impact de ses vidéos sur ses abonnés. Mature, il a vite compris que derrière ses statistiques mirobolantes se cachaient une conséquence pernicieuse.
« Quand on y pense, on vole un peu l’attention des gens. Si je fais 100 millions de vues, j’ai accaparé le temps de tous ces gens qui me la donne, note-t-il sagement. Je ne veux pas voler l’attention des gens pour faire de l’argent sur leur dos; je trouve ça un peu malhonnête. Oui je dois vivre de ça, mais le temps, c’est la ressource la plus importante qu’il y a. La façon d’en profiter, c’est de pouvoir le faire avec une bonne raison derrière, et pour moi, c’est la plantation d’arbres. C’est la seule façon que je vois de capitaliser sur l’attention des gens. Je ne bashe [critique] pas sur les autres créateurs qui font autre chose, mais pour moi, c’est ça. »
En mai, Antoine Moses a battu un record du monde en plantant au Kenya 47 460 palétuviers en 24 heures.
Un défi majeur
Antoine Moses habite maintenant à Vancouver. Il a récemment fait le trajet d’un océan à l’autre pour planter des arbres dans chacune des 10 provinces du pays en 10 jours. Il a débuté son aventure en en plantant une centaine sur un terrain privé dans la ville de Golden, à l’extrémité orientale de la Colombie-Britannique, avant de s’élancer de plus en plus à l’est jusqu’à Terre-Neuve, où il a terminé sa route le 10 juin.
« Mon objectif est un peu de capitaliser avec le fait que je fais des millions de vues sur les réseaux sociaux, parce que je ne monétise pas vraiment mes plateformes. Tous les revenus que je pourrais faire vont à travers mon programme de plantation. C’est la seule façon dont je me sens à l’aise de prendre l’argent de compagnies ou d’individus. Tout ce que je fais, c’est que des entreprises ou des individus qui veulent planter des arbres en me voyant faire sur les réseaux sociaux peuvent contribuer à travers ma compagnie. Ensuite, je m’associe avec des organismes et des entreprises pour planter ces arbres là pour restaurer le Canada. »
Son prochain défi pourrait être encore plus spectaculaire. Si les astres s’alignent, il aimerait un jour planter en 50 jours des arbres dans les 50 états américains, indique celui qui fait également de l’ultra-trail et qui sera sur la ligne de départ le 15 août au Mont-Tremblant pour participer au 80 km (il a déjà mérité trois podiums en quatre occasions à l’Ultra-Trail Harricana, dans Charlevoix).
L’objectif ultime
À ce moment-ci de la lecture, la question que tout le monde se pose est la suivante : combien d’arbres plantés depuis ses débuts? La réponse : plus de 2 millions.
« J’en plante beaucoup moins maintenant parce que je focusse sur des projets qui vont avoir une histoire, précise-t-il. Mon objectif ultime, c’est de lever des fonds pour financer 25 millions d’arbres. Je veux avoir un impact réel plus grand que ce que je peux faire moi-même, donc trouver des partenaires et faire le plus de bruit possible pour qu’on ait un résultat réel pour nous, collectivement. C’est l’empreinte que je veux laisser et c’est pour ça que je me donne le plus possible là-dedans. C’est ma manière d’avoir un impact. »
Le Gaspésien compte ainsi faire son métier encore longtemps. « C’est ma vie. Je n’ai pas l’impression de travailler. C’est une passion et ça me permet de voyager, de voir de nouvelles forêts à tous les ans. Je suis vraiment heureux là-dedans et je ne voudrais jamais arrêter. La planète nous donne tellement, il faut lui redonner. »
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Si Elzéard Bouffier plantait méticuleusement ses 100 arbres par jour, Antoine Moses est tout le contraire en plantant frénétiquement les siens. Différentes approches, même résultat. C’est tout simplement l’avers et le revers d’une même médaille, comme le disait le capitaine forestier dans l’oeuvre de Back. « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux. »