le Dimanche 30 août 2026
le Mercredi 15 juillet 2026 15:44 | mis à jour le 16 juillet 2026 9:09 Sports et loisirs

La longue randonnée pédestre, une marche curative…

MARIA | C’est fascinant d’entendre l’expérience de personnes qui, un jour, ont décidé d’entreprendre, seules, de longues randonnées pédestres sur des centaines, voire des milliers de kilomètres!

La longue randonnée pédestre, une marche curative…
00:00 00:00

Éric Landry a parcouru en 35 jours les 650 km du Sentier international des Appalaches (SIA) du tronçon québécois.

Photo : Mélanie Cabana

Pour ceux et celles qui l’ont vu, vous serez d’accord avec moi que le film Wild de Jean-Marc Vallée illustre bien ce défi fort particulier que des marcheurs décident un jour de relever. Le personnage principal se lance, seule (Cheryl Strayed, interprétée par Reese Witherspoon), à la conquête du Pacific Crest Trail sur une distance de 1700 km, à la suite de graves problèmes personnels. Ce film est tellement bien fait que, juste en le visionnant, on est épuisé rendu au générique!

Mais pourquoi des randonneurs se lancent dans une telle aventure? Qu’est-ce qui peut motiver quelqu’un à se donner autant de misère? Pourquoi de si longues randonnées? Les raisons sont multiples et varient selon chacun; le besoin de faire le vide mentalement, de se déconnecter du chaos quotidien, de faire une introspection comme jamais auparavant, de plonger dans une espèce de méditation, de découvrir ses limites ou encore, cela va de soi, de se rapprocher de la nature sauvage.

L’automne dernier, j’ai rencontré un ami de l’école secondaire qui a parcouru le Sentier international des Appalaches, section québécoise (SIA-Québec), qui va de Matapédia jusqu’au parc national Forillon, à Gaspé. En m’entretenant avec lui, j’ai pu enfin avoir certaines réponses à mes questions sur ce qui pousse des marcheurs, comme lui, dans un tel défi …

Éric Landry, de Carleton-sur-Mer, a toujours couru, mais à la mi-trentaine, il a décidé d’interrompre la course à cause de malaises physiques. Il pensait qu’en continuant, il aurait des conséquences plus graves avec le temps. En fait, il s’est aperçu qu’il courait mal, comme il

Éric Landry a choisi de démarrer son périple le 1er juin, même si le SIA n’était pas officiellement ouvert.

Photo : SIA-QC

le dit lui-même. Peu avant la pandémie, il s’est remis à l’entraînement pour réaliser un premier défi, soit un semi-marathon. Actuellement, il s’adonne surtout à la course en montagne. En 2025, l’année de ses 65 ans, il décide de s’offrir en cadeau (!) de faire le SIA-Québec; il n’avait jamais fait plus d’une semaine de randonnée pédestre auparavant. Six cent cinquante km de randonnée en 35 jours, à 65 ans, comme il le dit : « Un anniversaire particulier exige une célébration particulière! ».

Un voyage de la sorte ne s’improvise pas. Éric mentionne sans surprise que Google a été un allié précieux dans sa phase préparatoire. Il a fait beaucoup de recherches en lien avec son projet et il a trouvé, en consultant les publications de Catherine Turgy, une grande source d’information et d’inspiration. On dit d’elle que c’est la plus grande randonneuse du Québec; son odomètre pédestre est élevé!

Partir trois jours, c’est une chose, en partir 30, c’en est une autre. Il faut être le plus léger possible. Chaque détail compte. Et comme Éric le dit, tu ne peux pas tout prévoir. C’est pour ça qu’il a fait une première excursion de quelques jours en juin, un genre de prétest, pour ensuite revenir au départ et reprendre par la suite. Le défaut de bien des randonneurs, c’est d’apporter trop de matériel et souvent, trop de nourriture. Pour sa part, il traînait entre 40 et 50 livres de bagages par jour. Ses repas, déshydratés, étaient disposés dans des caches ou livrés à des points de chute. Un régime amaigrissant ne faisait pas partie de ses objectifs de départ, mais néanmoins, il a perdu environ une demi-livre par jour!

Les nuits se passaient dans les abris aménagés par le SIA, qu’il faut réserver. Le sentier en est bien pourvu et ils sont de bonne qualité : ça fait partie de sa réputation. Chaque matin faisait place au même rituel; ça lui prenait une heure pour tout remballer le stock et ne pas laisser de traces de son passage.

Éric a choisi de partir le 1er juin, même si le SIA n’était pas officiellement ouvert. Ce temps de l’année lui permettait d’éviter, en partie, les inconvénients causés par les mouches, les grosses chaleurs, les fougères ainsi que les framboisiers. En contrepartie, il savait que les ruisseaux seraient plus hauts que tardivement en été. Avant son périple, il craignait trois types de mésaventures : le premier étant de se faire piquer par une tique, le second de s’ébouillanter (faire bouillir de l’eau est nécessaire tous les jours) et troisièmement, de se faire sérieusement mal en glissant ou en tombant. Finalement, c’est la tique qui a gagné, une seule fois, mais heureusement sans conséquence grave. Une autre fois, un ours est venu rôder autour de son abri dans le secteur du parc Forillon. D’ailleurs, sa clochette pour éloigner les ours était tellement efficace qu’elle éloignait presque toute la faune; pour preuve, il n’a vu aucun orignal durant toute sa traversée! Toutefois, Éric avait sous-estimé le facteur humidité, ce qui s’est avéré une véritable embûche et ce qui lui a coûté ses solides bottes!

Ses plus grosses journées de marche, (selon lui plutôt faciles), dépassaient les 30 km alors que sa plus petite, de 8 km, a été tout le contraire; elle comportait un gros dénivelé et parfois, il se retrouvait dans la boue jusqu’aux genoux… Il a marché seulement trois jours en compagnie d’une autre personne, sinon il a été seul pour l’ensemble du trajet, tout en faisant quelques rencontres au hasard. Il n’avait pas prévu tenir un carnet de bord, mais une personne qu’il a croisée l’a convaincu de le faire, ce qui a été salutaire pour lui. Il me dit qu’habituellement, les randonneurs marchent six jours et prennent une journée de repos. Ils en profitent pour sortir du sentier, aller en ville, décompresser, faire des achats et … parler à du monde!

De nos jours, les appareils électroniques (GPS, etc.) et les applications font partie des longues randonnées. Étonnamment, le signal pour le cellulaire est disponible sur la grande majorité du SIA-Québec. Cette particularité faisait en sorte que sa famille pouvait le suivre presque en temps réel!

Des anecdotes, il en a des tas à raconter, assez pour faire une conférence sur son voyage; c’est ce que je lui suggère d’ailleurs. Il a rencontré Joey Harvey, qu’Éric a affectueusement surnommé Tarzan, lequel randonnait les pieds nus sur le sentier avec une surcharge de bagages! À un autre moment, un jeune a voulu lui éviter des chutes : « Non, ne descends pas le mont Nicol-Albert, tu risques de tomber ».

Ne vous faites pas d’illusion! Ce genre de défi n’est pas fait pour tout le monde et les âmes sensibles doivent s’abstenir. Certaines portions des sentiers de longues randonnées sont souvent dans un mauvais état et il est utopique de penser que le personnel restreint (rémunéré ou bénévole), puisse venir à bout de leur entretien, parce que c’est une corvée sans fin. La réalité est que les conifères cassent, il y a des chablis, de la vase dans les coulées, des éboulis et le sentier est repoussé par endroits. C’est sans compter tous les autres inconvénients comme la chaleur, l’humidité, les mouches, la solitude, etc. Mais, paradoxalement, Éric a vécu ce que plusieurs ont déjà ressenti : ne plus vouloir s’arrêter à la fin…

Mais toi Éric, l’as-tu fait ton voyage intérieur, ton introspection, que je lui demande à plusieurs reprises au cours de notre entretien? Il me répond : « Le sentier est difficile, même très difficile parfois. Ton esprit, tu l’occupes à regarder où tu mets les pieds, à prendre garde aux obstacles et à garder l’équilibre. Les défis techniques ne laissent pas toujours place à la réflexion ».

J’insiste. « En marchant si longtemps Éric, en solitaire et en pleine nature sauvage, il doit bien y avoir un moment où tu as eu une sorte de révélation, une illumination ou une pensée profonde? » Il hésite un instant et enfin, il me dit : « Je me suis rendu compte que tout est relatif en rapport avec la souffrance. Vaut-il mieux être un itinérant en pleine forêt gaspésienne, avec ce qu’il faut pour subsister et être en contact avec ses proches en cas de problème, ou encore en être un au centre-ville de Montréal? ».

Effectivement, ces longues randonnées pédestres ont le don de remettre les choses en perspective pour les humains que nous sommes.

Respect de la vie privée

En acceptant de partager certaines informations de navigation avec nous, vous nous aidez à nous améliorer et à vous offrir une meilleure expérience.
Activez les catégories que vous souhaitez partager, merci de votre aide!
Nécessaires au fonctionnement du site web.
  • Google Analytics
  • Vidéo
  • Google Ads
  • Facebook Pixel
  • Conversion Linker
  • Google Tag Manager