Chaque partie était un événement dans la place ; les estrades étaient pleines, même par de grandes chaleurs, il y avait des partisans intenses, des conteurs d’histoire et des personnages drôles ! On peut dire que l’après-midi, la religion du matin laissait sa place à une autre, celle du sport, et que les guerres de clochers se transportaient sur le terrain de baseball ! Une partie de baseball oui, mais aussi un prétexte pour le village de se voir et de se divertir, que tu aimes le sport ou non.
Évidemment, le rêve de tous les jeunes que nous étions, lesquels évoluaient dans la petite ligue locale dans des équipes comme les Cubs, les Expos ou les Pirates, était de pouvoir, un jour, jouer avec les grands.
Dans la première demie des années 1980, dans l’ouest de la Baie-des-Chaleurs, le baseball a décliné pour ensuite complètement disparaître et faire place au softball. On entend souvent le vocable balle-molle, mais le vrai terme est bien le softball, puisque ce sport est né aux États-Unis. C’est un sport plus accessible que le baseball ; la balle est plus grosse (plus facile à manipuler et à frapper), le terrain plus petit et, incidemment, les distances à parcourir, moins grandes.
À son tour, le softball a connu un creux de vague il y a une quinzaine d’années. Les joueurs vieillissants n’ont pas été remplacés faute de recrues en provenance des ligues pour les jeunes.
Ces années-ci, selon plusieurs observateurs, il n’y a jamais eu autant de softball dans notre secteur. En effet, on compte un nombre impressionnant d’équipes, jeunes et adultes, masculines et féminines, et ce, seulement pour le secteur de la Baie-des-Chaleurs. À titre d’exemple, l’Association du softball mineur de Maria, qui couvre également le territoire de Cascapédia-Saint-Jules et une partie de celui de Carleton-sur-Mer, compte une centaine de joueurs ! Et ce, même si le softball est défavorisé, comme beaucoup d’autres sports d’été, par la courte durée de la saison, le travail saisonnier des adolescents ainsi que les vacances des jeunes et des parents; toutes des contraintes qui affectent l’assiduité des jeunes aux entraînements et aux parties.
Pour Danny Hudon de Maria, un bénévole très engagé et certainement un des grands artisans du regain du softball dans notre coin depuis quelques années, ce succès s’explique de plusieurs façons. D’abord il y a, selon lui, une cohorte de jeunes parents dans la quarantaine pour qui les enfants ont grandi, et qui se remettent à la pratique du softball. Et comme mentionné précédemment, l’accessibilité au softball fait en sorte que plusieurs adeptes, qui n’ont jamais joué ou très peu, se laissent convaincre d’embarquer avec les vétérans.
Quant aux jeunes, les conditions de pratique leur sont favorables dans le cas du softball ; souvent, ils peuvent se rendre au terrain à pied ou en vélo, la surface de jeu est disponible le jour et côté équipement, un gant pour chacun, un bâton et une balle permettent d’initier une partie entre amis ! Conséquemment, le goût de jouer dans une ligue s’ensuit !
Il y a moins de sports d’équipe en saison estivale. Le softball en est un qui, en plus de faire valoir l’importance du jeu collectif et les stratégies des entraîneurs, permet aux joueurs de faire la démonstration de leurs habiletés individuelles au bâton, sur le losange ou au champ. Même si la compétition s’installe rapidement lors de certaines parties, beaucoup de joueurs estiment que, malgré cela, le softball demeure, somme toute, un sport civilisé.
La tenue de grands événements et les performances de nos équipes professionnelles favorites ont souvent une influence positive sur la pratique sportive. Est-ce à dire que le succès des Blue Jays de Toronto, ces années-ci, est pour quelque chose dans le regain de popularité des sports de balle ? Possible que oui. Attendons de voir quel sera l’impact, en 2028, du retour du softball féminin aux Jeux olympiques de Los Angeles !
Pour Danny Hudon, le développement du softball chez les jeunes dans notre région ne peut se faire sans l’affiliation au réseau fédéré québécois. « Actuellement, nous avons un travail très collaboratif avec Softball Québec. Leurs dirigeants apprécient notre mode de fonctionnement, qui est très inclusif et axé sur le plaisir d’abord. Ils nous citent régulièrement comme modèle. Ils sont étonnés de voir l’implication des parents et l’ambiance qui règne dans nos petites localités les soirs de parties, contrairement aux grands centres. »
Le softball mineur masculin au Québec se concentre dans trois principales régions : le Centre-du-Québec, Bellechasse et la Gaspésie. Pour le reste de la province, le baseball domine, surtout chez les garçons. Notre région voisine, le Bas-Saint-Laurent, offre plutôt du baseball aux jeunes.
Le softball mineur dans la Baie-des-Chaleurs, malgré son existence relativement récente, n’a pas tardé à se démarquer. Du côté événementiel, en 2025, se sont tenus à Maria les championnats provinciaux U15 (joueurs de moins de 15 ans). La Gaspésie était représentée par deux équipes : la Baie-des-Chaleurs ainsi que la région de Gaspé, lesquelles ont fait bonne figure compte tenu de la compétition très relevée. La qualité de l’organisation locale a ouvert la voie à la venue d’un autre évènement majeur, celui-là en 2026, soit la présentation des Championnats de l’Est du Canada U15, toujours sur le terrain de Maria, du 20 au 23 août. Ce tournoi, sans doute le plus important à être présenté en Gaspésie dans la discipline du softball, regroupera des représentants du Québec, de l’Ontario du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve, avec bien sûr une équipe locale.
Sur le plan individuel, Elliot Greene de New Richmond a été sélectionné, en 2025, comme lanceur pour l’équipe qui a représenté le Québec aux championnats canadiens tenus en Ontario. Sans complexe, le jeune homme s’est même permis un match sans point ni coup sûr ! Il fera partie de cette équipe encore cette année. Pour la petite histoire, les entraîneurs de l’équipe du Québec l’auraient recruté par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ! Le softball gaspésien n’a certainement pas fini de produire de jeunes talents…
Bon, même si, plus jeune, je voulais d’abord jouer au baseball, je n’ai pas eu le choix de passer, moi aussi, au softball ; un sport d’été qui m’a procuré du plaisir pendant de nombreuses années.
J’aime bien finir mes chroniques sur une note positive et vous lancer une invitation. Alors, au cours de l’été qui vient, passez donc faire un tour à un terrain de balle près de chez-vous ; allez-y pour encourager les joueurs, en particulier les jeunes. Vous assisterez souvent à un bon spectacle, vous ferez un peu ou peut-être même beaucoup de social et enfin, vous serez en mesure de constater, comme beaucoup le disent, que l’atmosphère d’un terrain de balle, par une belle soirée d’été, ça vaut vraiment le coup !
LE SOFTBALL AU QUÉBEC
- Softball Québec compte plus de 26 000 membres partout au Québec tant dans les disciplines de la balle rapide (moulinet), la balle lente (6-12) et la balle orthodoxe (balle-molle). L’organisme sans but lucratif comptait un total de 1871 équipes membres en 2024.
- Dans les années 1970 et 1980, le softball était considéré comme le sport de masse par excellence au Québec. Softball Québec estime qu’il y a potentiellement 60 000 joueurs dans la province et que ce potentiel est donc encore à développer.
- Le softball sera de retour aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028 chez la gent féminine, alors que le baseball prévaudra chez les hommes. L’équipe féminine canadienne avait d’ailleurs remporté la médaille de bronze en softball contre le Mexique lors des Jeux olympiques de Tokyo, le 27 juillet 2021.