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2 avril 2021 9 h 26

Des ententes plus souvent qu’autrement depuis 2001 ; partie 1/2

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Chaque année, la question revient dans l’actualité. Quel sera le prix versé par les transformateurs aux crevettiers de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé? Ces dernières années, la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec a été appelée à trancher la question, particulièrement depuis 2017, où une véritable partie de bras de fer a été livrée entre les camps. Regard sur cet important enjeu.

GASPÉ | Même si les conflits sur le prix fixé pour la crevette ont défrayé l’actualité ces dernières années, force est de constater, à la lumière des décisions de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (la Régie), que la grande majorité de la période couverte par le Plan conjoint des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé s’est conclue sans l’intervention d’un tiers.

C’est en novembre 2000 que l’idée germe de créer un regroupement de pêcheurs de crevette nordique. Le 22 novembre, Gilles Champoux, au nom de 13 pêcheurs, transmet à la régie une requête pour mettre en place un plan conjoint.

L’objectif, tel que décrit dans la décision rendue le 23 février 2001, est de favoriser la transparence et d’uniformiser les négociations entre les pêcheurs et les deux usines de transformation : Crevettes du Nord Atlantique de l’Anse-au- Griffon et Les Pêcheries Marinard de Rivière-au-Renard. À l’époque, l’Association québécoise de l’industrie de la pêche souhaitait que le Plan conjoint vise les six usines engagées dans la transformation de la crevette au Québec.

La Régie avait statué que le plan vise toute la crevette pêchée dans les zones Esquiman, Anticosti, Sept-Îles et Estuaire, ajoutant qu’il cible toute personne qui récolte de la crevette dans les zones pour être débarquée et transformée dans la ville de Gaspé. Par la suite, le plan a été amendé en 2002 afin d’y indiquer toute crevette débarquée au Québec, mais transformée à Gaspé.

2017 : année où plus rien ne va

Même si parfois, entre 2001 et 2017, les discussions n’ont pas toujours été faciles, une entente était finalement conclue (voir tableau 1). Mais un mur est frappé en 2017 alors que les négociations dérapent. Les pêcheurs resteront à quai plus de sept semaines avant de prendre le large, du jamais-vu dans l’industrie.

« Il y a déjà eu de l’insatisfaction. En 2016, on avait déjà commencé à ruminer ça, mais 2017, ça a déclenché le tout », souligne le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé (l’Office), Patrice Element.

Québec a dû procéder à la nomination d’un arbitre en mai pour faire débloquer la négociation. Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation de l’époque, Laurent Lessard, avait déclaré « être extrêmement sensible à la situation qui existe dans l’industrie québécoise de la pêche à la crevette ». Le ministre se disait heureux que les deux parties acceptent la médiation. « Je les invite à travailler sans relâche et avec toute l’ouverture dont je les sais capables, dans l’intérêt de leur industrie et au bénéfice des communautés qui en dépendent. »

Trois cents travailleurs d’usines et quelque 90 membres de l’Office, incluant les capitaines, demeuraient sur le carreau alors que le conflit persistait. La Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui représente les travailleurs de Marinard, avait demandé à Québec d’éviter ce scénario à l’avenir. La crise était devenue un enjeu communautaire. « Les gens s’approchaient du trou noir [cette période où une personne a épuisé ses prestations d’assurance-emploi et attend de reprendre le travail] et c’était et c’est toujours un enjeu. Il y a une certaine lassitude dans la population. ‘’Ils ne sont pas capables de s’entendre’’. Ce sont des choses qui restent », souligne M. Element.


La plupart des printemps depuis une vingtaine d’années, l’incertitude plane quant au moment du début de la pêche à la crevette, un facteur qui cause des tourments pour les propriétaires de bateaux, leurs membres d’équipage, les travailleurs d’usines et les propriétaires de ces usines, sans compter l’entourage immédiat de tout ce monde. Photo : Geneviève Gélinas


Source : Office des pêcheurs de crevette de la ville de Gaspé

Le 13 octobre 2017, l’Office déposait à la Régie une requête pour mettre en place un nouveau mécanisme de détermination des prix payés aux pêcheurs. Les deux objectifs principaux que l’Office poursuit sont d’abord de permettre aux pêcheurs d’obtenir un prix équitable pour leur produit, puis d’assurer le début des opérations de pêche à tous les ans le 1er avril, ce que tous les intervenants du milieu ont toujours affirmé considérer comme une priorité.

L’Office suggérait de suivre le modèle appliqué à Terre- Neuve qui fixe un prix au printemps, un second en été et un dernier à l’automne. La solution québécoise a plutôt amené la fixation des tarifs pour les périodes du début de la pêche au 30 juin et du 1er juillet à la fin de la saison (voir tableau 2).

En 2020, le début de saison a été retardé par la pandémie. En effet, personne n’était en mesure de déterminer comment les marchés allaient réagir aux impacts de la COVID-19. L’arbitrage a été nécessaire pour le début de saison, mais une entente avait été conclue entre le 1er juillet et la fin de la saison.

* Du début de la saison au 30 juin.
** Du 1er juillet à la fin de la saison
Source : décisions de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (archives)

Lire la partie 2/2 : Des ententes plus souvent qu’autrement depuis 2001.