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7 juillet 2022 10 h 30

Des mots, des notes et des images : article 1/2

Gilles Gagné

Journaliste

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Mes couleurs de la Gaspésie et de l’Acadie

par Irène Grant Guérette

NOUVELLE | Irène Grant Guérette a lancé le 18 juin à Nouvelle l’original ouvrage Mes couleurs de la Gaspésie et de l’Acadie, un livre de près de 120 pages contenant son histoire personnelle, mise dans le contexte historique global au fil de 82 ans de vie bien remplie. En prime, cette peintre autodidacte agrémente son livre d’une centaine de ses oeuvres, de quelques photos et de croquis.

C’est qu’elle a suivi un parcours particulier, Irène Grant Guérette. Née à New Carlisle d’une mère gaspésienne d’origine acadienne et d’un père néo-écossais venu travailler au chemin de fer, elle a été élevée au sein d’une famille comptant neuf enfants, une famille aux larges horizons.

Elle raconte évidemment son enfance à New Carlisle, des années teintées de quelques séjours en milieu hospitalier pour régler des problèmes orthopédiques. Elle aime les arts, mais en raison du temps consacré à ses études pour devenir infirmière, à Québec, elle doit mettre le couvercle sur cette marmite créatrice pendant un certain temps.

En 1967, après avoir rencontré Raymond Guérette, Néo-Brunswickois d’origine partageant sa vie depuis ce temps, le couple s’installe à Saint-Jean, au sud de la province.

S’amorce alors une longue lutte pour doter Saint-Jean d’une école pour la minorité acadienne de cette ville industrielle. Elle réussit en 1976. L’école qu’elle et son équipe fondent compte 20 élèves, comparativement à 730 en 2019. Il n’est pas étonnant qu’Irène Grant Guérette ait reçu l’Ordre du Canada en 1987 pour son engagement dans la cause du français au Nouveau-Brunswick!

Dans les années 1990, elle est régulièrement talonnée par sa soeur, la peintre Élise Grant Khol, qui lui demande : « Irène, quand commenceras-tu à peindre? »

Élise, décédée en 2013, se souvenait de leurs beaux jours à l’Académie Notre-Dame, leur école à New Carlisle, alors que les soeurs Grant brillaient dans les cours d’art.

Le vent tourne vers la fin des années 1990, alors que Francis Jerome, de Gesgapegiag, demande à Élise de donner des ateliers de peinture aux jeunes autochtones. Irène accompagne sa soeur pour raconter des légendes qui sont susceptibles d’inspirer les dessins des jeunes.

« Un jour, il n’y a qu’un seul jeune, Andrew, 11 ans. Je dis à Élise que je vais aller prendre une marche. Andrew me demande : ‘‘Pourquoi tu ne viens pas peindre?’’ Je lui réponds que je ne sais pas peindre. Il me dit : ‘‘Assis-toi; je vais te montrer!’’

C’est ainsi qu’à travers la simplicité exprimée par un jeune parlant habituellement peu, mais que rien n’arrête, Irène Grant Guérette peint d’abord tout un après-midi, avec Andrew, sans voir le temps passer. Il est devenu le déclencheur. Elle transforme plus tard une chambre de la maison en atelier.

Élise conseille à Irène de ne jamais prendre de cours mais de suivre des ateliers de créativité, ce qu’elle fait, dans l’État de New York. Élise assure sa soeur qu’elle réalise des tableaux d’art naïf, une remarque qui plaît à Irène mais qui ne la convainc pas totalement que ses toiles se qualifient pour qu’on les désigne comme de l’art.

Il a fallu une rencontre à North Hatley, où se tient un événement réputé d’art naïf, avec la spécialiste Jeannine Blais, une personne sévère, peu encline aux concessions, comme le découvriront les lecteurs, pour dissiper tout doute. Avec les années, madame Grant Guérette exposera en France, au Nouveau-Brunswick et au Québec, au Musée de la civilisation et au … Concours international d’art naïf de North Hatley!

Quant à l’idée de livre, elle découle d’un échange avec Rita Arsenault, une amie proche depuis 75 ans!

« Il faut montrer tes toiles au plus de monde possible », a insisté Rita Arsenault, il y a un peu plus de deux ans, lors d’une tempête de neige en début de pandémie. La conversation entre les deux amies a débouché sur l’idée d’un livre avec commentaires sur plusieurs des scènes illustrées, un projet que madame Arsenault a suivi d’étape en étape. Elle en signe la préface.

Depuis qu’elle sait ce qu’elle fera quand elle sera « grande », sa révélation artistique survenue à 55 ans, Irène Grant Guérette dit « avoir voulu valoriser mon milieu, exprimer mes sentiments, rejoindre les gens. Je m’amuse à tous les jours. »

Le livre, publié par les Éditions GID, est disponible sur demande dans la plupart des librairies et il est vendu par Liber, à New Richmond.


Irène Grant Guérette a l’impression de faire de l’art depuis qu’elle s’exprime à travers ses toiles. Photo : Gilles Gagné

 

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