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7 février 2020 17 h 19

GRAFFICI a 20 ans en 2020!

Gilles Gagné

Journaliste

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Dans ce premier numéro de GRAFFICI en 2020, l’équipe du journal souhaite notamment rappeler à ses lecteurs qu’un petit groupe de jeunes adultes a fondé la publication il y a maintenant 20 ans. Tout au long de l’année, nous reviendrons sur des reportages qui ont marqué l’histoire de GRAFFICI et les artisans du journal évoqueront à quelques reprises des anecdotes sur ses premiers pas. GRAFFICI était de 2000 à 2007 un journal culturel, avant de devenir une publication généraliste.

Dans ce premier rappel de l’anniversaire de GRAFFICI, nous revenons sur l’un des dossiers ayant généré le plus d’intérêt auprès des lecteurs, le déséquilibre femmes-hommes en Gaspésie, c’est-à-dire le plus grand nombre de femmes que d’hommes dans la région. Le journaliste Gilles Gagné retrace le contexte l’ayant convaincu de suggérer le sujet à l’équipe du journal et certaines étapes préalables à la rédaction de ses textes.

En janvier 2009, il y avait déjà quelques années que certaines de mes amies célibataires déploraient le déséquilibre femmes-hommes en Gaspésie. Le nombre d’hommes célibataires semblait nettement inférieur au nombre de femmes, d’où la difficulté pour certaines femmes hétérosexuelles de trouver l’âme sœur dans la région. La fermeture entre octobre 1999 et août 2005 des trois grandes industries de la région, la mine et la fonderie de cuivre de Murdochville, de même que les usines papetières de Chandler et de New Richmond, avaient incité bien des hommes, jeunes et moins jeunes, très présents dans ces usines, à se diriger vers des installations similaires dans d’autres régions.

C’était ça ou réorienter leur carrière dans des secteurs connexes comme la construction, ce qui sous-entendait la mobilité inhérente au fait de passer d’un chantier à l’autre. Et si plusieurs d’entre eux avaient conservé leur résidence ici, fréquenter ces absents récurrents ne plaisait pas à toutes les femmes célibataires.

Je faisais alors partie de l’équipe de GRAFFICI surtout parce que j’écrivais l’éditorial depuis 2007. Au début de 2009, la rédactrice en chef et l’assistante rédactrice en chef de l’époque, Maïté Samuel-Leduc et Geneviève Gélinas, étaient en congé de maternité. Le journal étant mensuel en 2009, un rythme de production soutenu s’imposait pour livrer une publication réputée pour approfondir les sujets.

Des chiffres probants

Le directeur de l’époque, Frédéric Vincent, agit comme « rédacteur en chef pompier » en l’absence de Maïté et Geneviève, et il me demande de prendre dans mon giron une plus grande portion de rédaction de textes.

Frédéric cherche des sujets et je lui parle du déséquilibre femmes-hommes. Il trouve l’idée bonne et comme je suis assez débordé en raison de mes responsabilités pour d’autres journaux, je lui demande de faire une vérification préliminaire des chiffres de Statistiques Canada sur la démographie gaspésienne, chiffres qui incluent les Îles-de-la-Madeleine. Il m’appelle un peu penaud pour me dire que les chiffres ne sont pas concluants. Je regarde les chiffres à mon tour et je constate qu’au contraire, ils sont révélateurs. Frédéric est d’accord et on se lance.

Les statistiques du recensement de 2006 ne sont pas aussi éloquentes que les légendes voulant qu’il y ait quelques femmes pour un homme en Gaspésie, mais il est clair que dans certaines classes d’âge, pour 10 hommes, il y a jusqu’à 11 femmes. La disproportion hommes-femmes est indiscutable entre 26 et 50 ans. Chez les 35 à 39 ans, pour 1000 hommes, il y a 1120 femmes. C’est 11,2 % de plus. C’est très significatif.

Nous choisissons d’inviter certaines de mes amies célibataires chez moi, avec un excellent repas préparé par un traiteur. Les amies arrivent, elles s’assoient, je pose une ou deux questions et la discussion démarre. Elles en ont long à dire, sur les hommes, sur les femmes, sur la vie et à un moment donné, elles m’ont complètement oublié, ou à peu près. Je recule légèrement ma chaise par rapport à la table et je n’enregistre rien pour ne pas les incommoder. Je prends des notes à un rythme fou. Mes interventions sont minimes entre le début et la fin du repas. Les amies couvrent à peu près tous les points sans être sollicitées. Certaines d’entre elles m’avaient préalablement demandé d’utiliser un prénom fictif et j’avais accepté.

Une discussion de ce genre ou des entrevues individuelles sur un tel sujet génèrent bien sûr leur part d’étincelles, le terme que j’avais utilisé il y a 11 ans. Voici un bref rappel de ces étincelles :

  • « T’as pas de job en Gaspésie, tu peux en parler. T’as pas de chum, tu ne peux pas en parler. »
  • « Certaines femmes sont presque sur le point d’instaurer la polygamie. »
  • « J’ai essayé de paraître moins intelligente, moins indépendante (pour séduire). »
  • « Tu es mieux toute seule que mal accompagnée. »
  • « J’ai besoin du côté sensuel, de l’affection, de la sexualité. Si je pouvais me passer de l’intimité, de la complicité, de la sexualité, je serais bien. J’accepterais d’être seule. »
  • « Je veux avoir quelqu’un qui se connaît. Sois toi-même. N’essaie pas de te prouver. Les hommes ont de la misère à être vrais. »
  • « Je rêve de rencontrer un homme qui ne verra pas la mère en moi. »
  • « Je suis prête à passer ma vie seule. Je n’ai pas peur de passer ma vie seule. Je suis passionnée en tout. Je ne déménagerai pas pour rencontrer l’âme sœur […] On a (les célibataires) la chance d’apprendre sur soi, d’être à la découverte de soi. »
  • « J’ai l’impression que les hommes se cherchent des femmes malléables, soumises. »
  • « Je ne voudrais pas que ma maison soit habitée mais j’aimerais que mon cœur le soit. »
  • « Surprenez-moi! Regardez-moi dans les yeux! »
  • « J’ai une belle vie. Je fais les choses que j’aime. Mais quand Noël approche, je me fais demander comment je vis ça seule, sans enfant. Je suis solide mais j’imagine quelqu’un de fragile qui se fait poser ces questions et ça doit être très dur. »

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