Le spectacle F s’exporte à Québec
GASPÉ | Les billets du spectacle F présenté en mai à Gaspé se sont vendus comme des petits pains chauds. Les premières notes n’avaient pas encore résonné dans l’enceinte de l’amphithéâtre que déjà une supplémentaire avait été planifiée.
La barre était haute, mais les réactions ont été unanimement dithyrambiques. « Ç’a été un peu au-delà de nos attentes. Ç’a été accueilli comme on l’espérait, mais surtout comme ça le méritait au niveau du message », note d’emblée la cheffe de choeur Guylaine Fournier, rejointe par GRAFFICI en direct de la France.
Le spectacle F dénonce la violence faite aux femmes sous toutes ses formes (physique, psychologique, sexuelle et économique, notamment), mais aussi d’autres réalités comme le colonialisme et le racisme. La sixième lettre de l’alphabet renvoie à plusieurs idées : femmes, fortes, féministes, féminicides, fuir, frapper, fusil ou encore fleur, avec la rose comme symbole qui accompagne la création. Il s’agit d’un clin d’oeil à la chansonthème de la marche Du pain et des roses composée par Hélène Pedneault et Marie-Claire Séguin en 1995.
Sur les planches, de grands succès – surtout francophones – chantés par un choeur de 100 femmes avec près d’une cinquantaine de comédiennes, figurantes et musiciennes de tous les horizons, de 7 ans à près de 80 ans. Jeannine Fournier assure la mise en scène et la direction artistique.
De la Gaspésie à Québec
Ce qui devait être un événement quasi ponctuel aura toutefois une seconde vie, avec deux représentations dans la capitale nationale au Palais Montcalm, les 18 et 19 octobre. Une militante bien connue qui était à Gaspé pour le spectacle du 5 mai a poussé en ce sens : Françoise David.
« Après le spectacle, elle a demandé à ma soeur ce qu’on faisait après la troisième et dernière représentation. On lui a avoué qu’on allait ramasser nos affaires et mettre ça dans un container, tout simplement, mais elle nous a répondu que le message était tellement bien tourné et touchant que ça pouvait vraiment faire changer les choses », explique Guylaine Fournier.
Sauf que n’organise pas un spectacle avec 150 personnes qui veut. Techniquement, le concept est difficile à exporter. « Faire la Marche mondiale des femmes en 2000 aussi c’était compliqué pis on l’a faite », leur a répondu Françoise David du tac au tac.
La réponse a touché la cible en plein coeur. D’autant plus que toutes les 10 minutes, une femme dans le monde est tuée par un proche, rappelait l’an dernier l’ONU.
« Quand on naît femme, on vient au monde avec une prise. On a plus de risque de se faire tuer. Juste pour ça, ça vaut la peine de se lever comme les femmes le font. Nos artistes nous disent qu’elles veulent continuer à s’impliquer pour passer le message, toujours dans l’idée d’essayer de sauver la prochaine femme », note la cheffe de choeur.
Avis aux intéressés, les billets s’écoulent tout aussi bien à Québec qu’en Gaspésie. La représentation du samedi 18 octobre affiche déjà complet. Au moment d’écrire ces lignes, près de 75 % des billets avaient trouvé preneur pour celle du lendemain.
La salle Raoul-Jobin s’est en fait remplie en 47 heures. Sans aucune publicité. « Ils pensaient que leur billetterie était hackée [piratée], lance en riant Guylaine Fournier. À part pour Simon Leblanc, le directeur des opérations n’avait jamais vu ça en 20 ans! »
Les deux représentations à Québec pourraient par ailleurs ne pas être les dernières. Idéalement, des mécènes délieraient les cordons de leur bourse pour permettre à cette vaste distribution de pouvoir être vue plus largement. Pour l’instant, les artistes paient les frais de leur sortie dans la capitale de leur poche.
« On ne peut pas toujours demander ça à nos artistes. Ne plus faire ce spectacle parce qu’il est trop lourd à voyager, ça serait dommage. On aurait besoin d’une aide financière, mais on ne s’attend pas trop à en avoir … »
« Ceci dit, on ne pense vraiment pas que ce sera les deux dernières représentations. On travaille actuellement pour que ce soit produit en France avec une grande partie de l’équipe et un choeur monté là-bas. Ça fait son chemin et ça résonne au-delà de Gaspé. F, ça ne sera pas juste un titre de spectacle. Ça va devenir un mouvement », conclut Guylaine Fournier.

Environ 150 femmes sont sur scène pour le spectacle F. Photo : Jeannot Rioux


