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2 avril 2021 9 h 10

Résilience, ingéniosité et créativité; partie 1/3

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La pandémie de COVID-19 a bouleversé de façon significative nos quotidiens respectifs. Venue à la rescousse, la technologie s’est rapidement imposée comme la solution première afin de maintenir les liens sociaux, organiser des événements et poursuivre des activités professionnelles de la maison. La sphère virtuelle a toutefois pris le relais à de nombreux autres niveaux, parfois même de façon plutôt inusitée. Afin de souligner le premier anniversaire de la crise sanitaire, GRAFFICI vous présente des exemples de résilience, d’ingéniosité et de créativité. Vous découvrirez, dans cette série de textes, des Gaspésiens et Gaspésiennes qui ont choisi de se tourner, au cours de la dernière année, vers la technologie afin de ne pas laisser le virus gâcher leurs plans.

Obtenir sa citoyenneté canadienne, en direct de son sous-sol

CARLETON-SUR-MER | Une résidente de Carleton-sur-Mer, Aude Buévoz, a décroché, après neuf ans de démarches administratives, sa citoyenneté canadienne le 20 janvier dernier. C’est en direct de son sous-sol, via Zoom, que la Française d’origine a prêté serment à la reine!

Arrivée en Gaspésie en septembre 2011, la jeune femme originaire du petit village de Fréterive, dans le département de Savoie, a rapidement enclenché le processus afin de pouvoir demeurer en sol canadien à long terme. Après avoir obtenu sa résidence permanente en 2015, elle a déposé sa demande en vue de l’obtention de sa citoyenneté en juillet 2019; personne ne s’attendait alors à une pandémie mondiale. C’est plus d’un an plus tard, alors que les restrictions sanitaires se multiplient, qu’elle est convoquée afin de passer le fameux test menant à la citoyenneté. Devant son ordinateur, elle répond le 15 décembre 2020 aux 20 questions réglementaires évaluant ses connaissances générales sur le Canada; elle obtient d’ailleurs la note parfaite. « Tu passes ça chez vous, tout seul, devant une caméra ouverte pour qu’ils puissent vérifier si tu triches […]. Ils t’enregistrent et après, il y a quelqu’un dont le rôle est de te regarder passer ton examen. Moi, j’aimerais vraiment parler à la personne qui fait ça comme travail! », s’esclaffe la Néo-Gaspésienne.

À cinq jours d’avis, elle est ensuite conviée à la cérémonie durant laquelle elle sera appelée à prêter serment. Une trentaine d’autres personnes prennent part, en direct de partout au Canada, à cet événement protocolaire bilingue.

« C’est très drôle, parce qu’une personne lit le serment et tu dois le répéter. Ils doivent entendre que tu le répètes, donc tout le monde doit avoir son micro ouvert. Il y a donc 35 personnes qui parlent en même temps. C’est extrêmement cacophonique! », ajoute-t-elle. Tous ont aussi été appelés à chanter, à micro fermé cette fois, l’hymne national de leur nouveau pays, relate la professionnelle de 34 ans qui s’est prêtée au jeu.

Au terme de cette séance Zoom ayant duré presque deux heures, Mme Buévoz est officiellement devenue Canadienne; elle avoue qu’elle ne s’attendait pas à ce que le tout se concrétise de cette façon. Si le recours à la technologie lui a épargné temps et argent, elle note que l’expérience était néanmoins beaucoup moins humaine qu’elle aurait pu l’être.

« Les gens ne se parlaient pas entre eux dans la salle d’attente Zoom, alors qu’en temps normal, on aurait rencontré ces gens-là, on aurait parlé de nos parcours d’immigration. Probablement que ça aurait pu être beaucoup plus émotif pour des gens qui ont dû fuir leur pays et qui ont fait des démarches pendant je ne sais pas combien d’années, pour finalement obtenir leur citoyenneté », imagine-t-elle, néanmoins heureuse de cet aboutissement administratif.


Aude Buévoz a été photographiée peu après la cérémonie de citoyenneté; on la voit ici arborant un chandail à l’effigie du premier ministre canadien, Justin Trudeau. Photo : Offerte par Aude Buévoz

 

De la solidarité et du soutien, comme avant

CARLETON-SUR-MER | Charles (nom fictif) l’admet sans détour : les Alcooliques anonymes (AA) lui ont « sauvé la peau ». Membre de ce mouvement de soutien international depuis plusieurs décennies, ce résident de la Baie-des-Chaleurs avait l’habitude des meetings en personne avant que la pandémie ne vienne tout chambouler. C’est désormais via Zoom que l’homme dans la soixantaine poursuit son combat contre la dépendance.

De deux à trois fois par semaine, l’homme qui désire conserver l’anonymat se joint à des réunions virtuelles aux quatre coins du Québec, de Sept-Îles à Montréal; la liste de toutes les possibilités figure sur le site Web des AA du Québec.

Qu’elles soient dédiées à des partages ou à des discussions thématiques au cours desquelles chaque participant s’exprime à tour de rôle, ces rencontres rassemblent des gens qui savent très bien par où il est passé. « On se sent accepté tel qu’on est, aimé, même si on ne se connait pas. On le sent », souligne-t-il.

Si le Gaspésien n’a pas bu une seule goutte d’alcool depuis qu’il est membre du groupe, il avoue traverser « des déprimes » à travers lesquelles ses confrères et consoeurs, qu’importe leur âge et leur provenance, lui sont d’une grande aide. Ces gens ont, sur son quotidien, un effet inestimable. « Ce qui fait qu’on reste, c’est qu’il y a une solidarité que je n’ai jamais vue ailleurs. Il n’y a pas de mot pour décrire l’entraide qu’on reçoit dans ce mouvement-là. C’est presque inimaginable », explique-t-iI, ému, au bout du fil.

Pour lui, la technologie a permis la continuité de cette solidarité, qui n’est en rien altérée par la distance physique entre les membres. Il est ainsi évident, pour ce bon vivant, que les plateformes comme Zoom devront continuer à être utilisées à long terme. « On ne pourra plus s’en passer. Les réunions physiques vont recommencer un jour et c’est le fun de se voir, mais avec Zoom, le message passe pareil. Même si on ne peut pas se faire de hugs [accolades] ou se donner la main, les échanges se font comme si on était en personne. L’énergie, elle est là quand même! »

Lorsque GRAFFICI l’a invité à témoigner de son expérience, Charles n’a pas hésité une seule seconde. Il souhaite rappeler que la pandémie n’est pas venue à bout du positif et que ceux qui ont besoin de soutien en recevront, quoiqu’il en soit. « Si ça peut contribuer à rejoindre un ou une alcoolique et à l’inciter à se joindre à nous, à trouver une solution à son problème, à sa souffrance, ça aura été utile. Quand tu arrives aux Alcooliques anonymes, ce n’est jamais parce que ça va bien. Au contraire ! C’est parce que tu es au fond du baril », conclut-il.


Si les rencontres en personne sont annulées en raison de la pandémie de COVID-19, les personnes ayant besoin de support pour combattre leur dépendance à l’alcool peuvent encore rejoindre le mouvement via des plateformes comme Zoom. Photo : Pixabay

 

Quand la technologie est source d’équilibre

GASPÉ | Depuis le début de février, une vingtaine de participants se connectent chaque semaine à une séance Zoom, afin de prendre part à divers ateliers de yoga, de méditation et de Pilates. Cette initiative du Cégep de la Gaspésie et des Îles, baptisée Les Mercredis Zen, est d’ailleurs sortie des murs du collège grâce à la technologie.

Voilà deux ans que l’espace zen, accessible tant aux étudiants qu’aux membres du personnel, a fait son nid dans la mezzanine de la salle d’études du campus de Gaspé.

Avec la pandémie de COVID-19 et les diverses restrictions sanitaires en vigueur, il est néanmoins devenu évident qu’aucune programmation ne pourrait s’y tenir. « Quand on a eu la nouvelle, les étudiants et étudiantes étaient à l’aise de faire ça à distance », explique la coordonnatrice de l’espace zen, Anne-Marie Lafortune.

Ainsi, six personnes-ressources, cinq étudiants formés et accompagnés pour le faire ainsi qu’une enseignante, offrent désormais des ateliers virtuels chaque mercredi. « Ce qu’on voulait, c’est d’offrir des moments de repos et de détente, mais aussi, dans un deuxième volet, d’outiller les participants pour leur permettre d’aller chercher des habiletés et des outils pour amener ça, après, dans leur pratique au quotidien », explique Mme Lafortune.

Si les vidéos de ce type se multiplient sur le Web, Mme Lafortune indique que la formule mettant de l’avant de jeunes formateurs motivés et motivants convainc d’autres étudiants de tenter le coup. « Quand c’est leur ami ou quelqu’un qu’ils connaissent qui donne l’atelier et que l’initiative provient d’un endroit qui est aussi leur milieu de vie, il y a soudainement un intérêt plus prononcé », résume celle qui est également enseignante d’anglais, langue seconde, au sein de l’institution collégiale.

Plus de possibilités

Les activités virtuelles, qui offrent notamment une plus grande flexibilité au niveau de l’horaire, ont été proposées gratuitement à ceux et celles qui fréquentent ou travaillent dans l’un des quatre campus collégiaux de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Mais ce n’est pas tout : grâce à la technologie, la programmation est également offerte à monsieur et madame Tout-le-monde. « On a des dames de Barachois qui embarquent et qui sont là. D’ailleurs, il y en a une qui fait tous les ateliers, matin, midi, soir. Elle a vraiment fait du mercredi sa journée zen », mentionne Anne-Marie Lafortune. La dame se réjouit de ce mélange créé grâce à l’utilisation de la plateforme Zoom. « Ça fait de beaux ponts intergénérationnels. »

La coordonnatrice de l’espace zen mentionne par ailleurs que l’ambiance est décontractée et favorable aux apprentissages lors de chaque rendez-vous, et ce, en dépit de l’usage de la technologie.

« On aurait cru que les gens qui se retrouvent à faire des poses de bretzel, des mouvements de yoga ou qui ont les yeux fermés en méditation seraient moins à l’aise. Au contraire, les gens laissent leur caméra allumée. Ça donne un esprit de communauté vraiment beau à voir », précise Anne-Marie Lafortune. De plus, ajoute-t-elle, cette façon de faire permet aux personnes ressources de mieux guider les participants à travers les différents apprentissages ainsi que les mouvements à exécuter.

Une programmation automnale hybride?

La formule actuelle revêt plusieurs avantages. Il n’est pas impossible, souligne Mme Lafortune, que l’activité soit de retour lors de la rentrée automnale, cette fois en version hybride. Ce sera le cas, évidemment, si le contexte sanitaire le permet à ce moment. « Post-pandémie, je crois qu’on va continuer à offrir des ateliers en présentiel, mais avec la possibilité d’être diffusés en simultané », prévoit-elle. Reste à fignoler certains détails, par exemple à déterminer si la portion virtuelle serait offerte en mode synchrone ou asynchrone, donc en direct ou via un enregistrement pouvant être visionné en différé.

L’activité se poursuit via Zoom jusqu’au 12 mai prochain. Les personnes désirant obtenir des détails peuvent s’informer sur la page Facebook Les Mercredis Zen – Cégep de la Gaspésie et des îles.


Les participants, qui n’ont pas à faire partie des membres du personnel ou de la communauté étudiante du Cégep de la Gaspésie et des Îles, peuvent suivre les ateliers gratuits des Mercredis Zen en direct du lieu de leur choix. Photo : Freepik

Lire Résilience, ingéniosité et créativité; partie 2/3

Lire Résilience, ingéniosité et créativité; partie 3/3