le Lundi 21 septembre 2026

POURQUOI LE HOMARD N’EST-IL PAS AFFECTÉ PAR LA DIMINUTION DE L’OXYGÈNE DANS LE SAINT-LAURENT?
Selon Denis Chabot, la faible teneur d’oxygène dissout dans les eaux du golfe du Saint- Laurent, aussi appelée hypoxie, n’est pas inquiétante pour le homard parce que le phénomène est limité aux eaux profondes, soit plus de 175 mètres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le spécialiste des effets de l’hypoxie sur la faune aquatique de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent n’a jamais étudié les effets sur le homard, étant donné que celui-ci n’est pas affecté par la diminution d’oxygène. « Les eaux situées à moins de 100 mètres de profondeur sont presque toujours très bien oxygénées, si bien que la question ne s’applique pas vraiment au homard du golfe du Saint-Laurent », confirme le chercheur.

Cependant, le homard serait plus sensible à la diminution d’oxygène si elle est accompagnée d’un réchauffement de l’eau. Mais, de l’avis de l’expert de l’Institut Maurice-Lamontagne, qui est l’un des plus grands centres de recherche de Pêches et Océans Canada, même si l’eau dans la zone où vit le crustacé se réchauffera au cours des prochaines années, elle ne deviendra pas létale pour lui.

Un endroit où l’hypoxie est une réalité pour le homard, dont l’espèce est la même que dans le Saint-Laurent, est le Long Island Sound, aux États-Unis, une baie située au nord du Connecticut, aux États-Unis, d’une longueur d’environ 150 km et d’une largeur de quelque 30 km.

« La cause est l’eutrophication, donc le rejet par l’homme de matières organiques ou d’éléments nutritifs dans l’eau, explique le scientifique. Ça permet une grosse prolifération de phytoplancton et, quand celui-ci meurt, il est décomposé par des bactéries, un processus qui consomme l’oxygène. » Selon M. Chabot, l’oxygène dans cette zone est devenu si rare en 1999 que sa diminution a causé une mortalité massive de homards.

LE HOMARD AIME LE RÉCHAUFFEMENT DE L’EAU
Le homard vit près des côtes et est pêché dans quelques dizaines de mètres d’eau. Comme celle-ci est en contact avec l’atmosphère, elle est à 100 % de saturation en oxygène. « Dans le golfe du Saint-Laurent, le homard aime le réchauffement, surtout sur la Côte-Nord, où il y a plus de homard maintenant qu’il y a 10 ans », observe Denis Chabot. Or, le golfe du Saint-Laurent ne risque pas d’atteindre des températures trop chaudes pour le homard au cours de ce siècle-ci, selon le chercheur. « Il n’y aura pas de problème avec la température ni avec l’oxygène dissout parce que c’est de l’eau peu profonde. »

LE HOMARD PLUS TOLÉRANT À L’HYPOXIE?
Le spécialiste des effets de l’hypoxie sur la faune aquatique de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent se réfère à une vieille étude portant sur la tolérance du homard à la baisse d’oxygène dissout dans l’eau réalisée par D. W. McLeese en 1956. « À environ 10 à 13 % de saturation en oxygène dissout, la plupart des homards étaient encore vivants après 24 heures lorsque l’expérience se déroulait à 15 ou 16 degrés Celsius. Mais la plupart étaient morts après 24 heures si la température était de 24 à 25 degrés Celsius. C’est typique des poissons et invertébrés marins : ils deviennent plus sensibles, donc moins tolérants quand la température augmente. Mais cette étude ne donne pas le seuil critique pour la survie à plus long terme. Ça fait du homard une bête quand même plutôt tolérante à l’hypoxie, bien que des tests avec des méthodologies plus modernes seraient requis. »

Une autre étude terrain réalisée en 1994 par Penelope Howell et David Simpson dans le Long Island Sound, au nord du Connecticut, démontre que le homard est plus tolérant à l’hypoxie que d’autres espèces de son environnement. Bien que l’abondance de homards était un peu réduite dans les sites les plus hypoxiques, cette espèce était parmi les plus tolérantes de celles étudiées.

L’ENNEMI DU HOMARD : L’ACIDIFICATION DE L’EAU
Si le crustacé n’est pas vulnérable à la diminution de l’oxygène, il pourra être éventuellement affecté par l’acidification des océans, un autre problème qui accompagne le réchauffement climatique. « De l’eau plus acide rend la tâche un peu plus difficile au homard pour construire sa carapace, explique le scientifique. À certains endroits du monde, l’eau est devenue tellement acide qu’elle est corrosive. Alors, elle gruge les coquilles et les carapaces. » Par conséquent, l’ennemi du homard du golfe du Saint-Laurent sera beaucoup plus l’acidification de l’eau que l’augmentation de la température et la diminution de l’oxygène dissout. « C’est un autre phénomène qui accompagne le réchauffement climatique, explique Denis Chabot. L’eau plus acide rend la tâche un peu plus difficile au homard et aux autres animaux pour construire leur coquille ou leur carapace. Donc, soit que l’animal a une coquille ou une carapace moins solide, soit qu’il doit dépenser de l’énergie pour la réparer. »

 

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SAINTE-ANNE-DES-MONTS | Travaillant pour Exploramer depuis plus de 17 ans, Mathieu Lemonde-Landry est le plus ancien employé du musée scientifique de la Haute-Gaspésie. Sorti de l’Université Laval en 2004 avec un baccalauréat en biologie en poche, le jeune scientifique a immédiatement été embauché là où il avait travaillé comme guide-interprète pendant les trois étés de ses études universitaires. Pour celui qui tenait à revenir en Gaspésie, c’est dans sa ville natale qu’il a réalisé son objectif.


Mathieu Lemonde-Landry est responsable de la collection vivante d’Exploramer. Photo : Johanne Fournier

« Pour moi, c’était important de revenir en Gaspésie pour travailler en biologie. La ville ne m’intéressait pas; me taper le trafic, c’était assez pour me décourager. Je n’avais pas envie de vivre dans ce monde-là. J’avais envoyé des CV tout le tour de la Gaspésie, puis c’est Exploramer qui m’a appelé. J’avais déjà un pied dans la boîte. Mais, je ne pensais pas nécessairement aller du côté muséal parce que j’ai un [baccalauréat] en bio avec une concentration en écologie animale. En sortant de l’université, je m’enlignais peut-être plus pour travailler en foresterie ou en gestion de la faune. C’est plus là-dedans que je regardais. »

Il faut dire que le poste pour lequel il a été embauché était devenu vacant au même moment où il a postulé à Exploramer. Il a eu la chance d’être formé par son prédécesseur, Steeve St-Pierre, avant qu’il quitte son poste. « J’ai aussi fait une semaine de formation au Biodôme de Montréal et une autre à l’Aquarium de Québec, raconte Mathieu. Les bases sont les mêmes, mais elles ne sont pas toutes applicables parce qu’ils ont des systèmes et des aquariums immenses. J’ai appris sur le tas et j’ai de bons contacts dans ces deux endroits et à l’Aquarium de Shippagan aussi. » Selon lui, ces contacts facilitent beaucoup les échanges.


Mathieu Lemonde-Landry effectue les analyses d’eau des aquariums d’Exploramer. Photo : Johanne Fournier

Rôle auprès des mammifères marins

Parmi ses contacts, Mathieu Lemonde-Landry peut aussi compter depuis quelques années sur l’expertise d’un professeur en médecine zoologique de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Stéphane Lair, qui est également le vétérinaire de l’Aquarium de Québec. « Il a une expertise assez poussée dans les organismes marins », souligne le scientifique gaspésien. D’ailleurs, cet automne, celui-ci devrait compléter une formation sur les nécropsies avec le réputé vétérinaire connu pour chercher les causes de mortalité des mammifères marins.

Mathieu est aussi délégué pour représenter Exploramer au comité de gestion du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins, dont le Dr Lair fait partie. « Exploramer donne un coup de main dans la mesure de ses capacités, indique-t-il. S’il y a une baleine ou un phoque échoué en Haute-Gaspésie, on est, en théorie, leur observateur. Si on n’est pas disponibles, ils ont un réseau de bénévoles partout en Gaspésie. Mais, ce n’est pas rare, s’il y a un échouage, que ce soit nous qui allions prendre des photos, identifier l’espèce et mettre des panneaux d’avertissement pour ne pas toucher ou ne pas déranger. »


Mathieu Lemonde-Landry prend la température de l’eau des aquariums d’Exploramer. Photo : Johanne Fournier

Un scientifique polyvalent

Les tâches du responsable de la collection vivante d’Exploramer consistent à prendre soin des animaux gardés en captivité au sein de l’institution qui comprend un grand nombre d’aquariums présentant différents écosystèmes du fleuve Saint-Laurent. « Je m’occupe autant des soins des animaux que de l’entretien et de la réparation des systèmes où ils vivent. Je fais le nourrissage, les traitements préventifs et curatifs, les suivis de santé, l’acquisition de nouvelles espèces, l’annihilation d’individus malades, blessés ou trop gros, que ce soit par l’euthanasie ou l’échange avec d’autres aquariums. On préfère le second au premier. » Exploramer abrite de 500 à 600 individus issus d’une quarantaine d’espèces.

Si la nature de son emploi ne l’amène pas à intervenir auprès de la clientèle, l’homme de 39 ans met tout de même occasionnellement à profit ses connaissances, qui sont réputées être d’ordre encyclopédique, pour former les guides-interprètes à l’intérieur du musée et lors des sorties en mer. « Ça fait 17 ans que j’accumule de l’information dans ma tête sur les différentes espèces. En les gardant en captivité, c’est bien de les connaître un peu! Je partage mes connaissances. Il y en a qui trouvent que j’en ai beaucoup. Mais, je suis plutôt modeste et je considère que j’en ai toujours à apprendre. »

Lorsque les étudiants quittent leur emploi pour leur retour en classe, le plus ancien employé n’hésite pas à venir en aide à l’équipe d’animation. « Ça m’amène à faire du plancher au besoin. Lors des sorties en mer, je forme les guides sur les manoeuvres de levée de casiers, sur la sécurité et à l’interprétation. » De cette façon, les guides-interprètes sauront ce qu’il y a à dire sur les espèces capturées. « On a chacun nos descriptions de tâches, mais ça reste qu’on est une petite équipe. Donc, on s’entraide. »


Les guides-interprètes profitent parfois des vastes connaissances de Mathieu Lemonde- Landry pour parfaire leur formation. Photo : Johanne Fournier

Avantages d’être en Gaspésie

La pratique de sa profession en Gaspésie présente-t-elle une perspective différente de celle exercée en milieu urbain? « C’est sûr que, comparativement à Québec ou à Montréal, j’ai un accès relativement aisé à la ressource, que ce soit à l’eau salée ou aux organismes, répond l’aquariste. Par exemple, il y a deux ou trois ans, on a installé une prise d’eau en mer sur le bord du quai. Donc, quand j’ai à faire des changements d’eau, plutôt que d’acheter de grosses chaudières de sel, de prendre l’eau de l’aqueduc et de mélanger ça, je peux pomper directement en mer à l’année longue. Ça sauve beaucoup de coûts et de temps. »

Outre l’accès facile à l’eau de mer, la récolte de plusieurs espèces se fait aussi en milieu naturel, même si Exploramer privilégie les échanges. « Ça nous permet d’aller chercher des espèces comme les crabes et les étoiles de mer assez aisément, ce que les autres aquariums ont peut-être plus de difficulté [à faire]. Quand je capture plein de crabes, je peux leur en garder quelques-uns. C’est le gros avantage d’être en Gaspésie! »

Est-ce que le fait d’être né et d’avoir grandi en Gaspésie lui procure une longueur d’avance? « J’ai acquis beaucoup de connaissances sur notre milieu, estime le scientifique, qui précise cependant ne pas faire de recherche appliquée. Même si je suis natif d’ici, on connaît ce qu’on voit de la mer. Mais, il y a tellement d’inconnus! Même en ayant grandi ici, il y a bien des affaires que je ne connaissais pas. »

Mathieu adore échanger avec les citoyens plus âgés et les capitaines de bateau qui connaissent les espèces et le milieu marin, mais qui ne savent pas nécessairement les vrais noms. Les capitaines du bateau d’excursion d’Exploramer, le C.E. Marin, sont tous d’anciens pêcheurs. Quand Mathieu parle de certaines espèces, ils admettent parfois, selon lui, élargir leur culture. « J’aime bien partager mes connaissances et c’est un bon milieu pour ça. »

Si Mathieu Lemonde-Landry est né et a grandi en Gaspésie, sa mère est cependant originaire des Cantons-de-l’Est et son père, de Montréal. « Ils sont arrivés ici quelques années avant ma naissance pour travailler. Donc, je suis né à Sainte-Anne de parents néo-gaspésiens. »

CAP-CHAT | BioTEPP, dont l’usine de production est à Cap-Chat et dont le siège social est à Lévis, produit un pesticide biologique contre le carpocapse de la pomme, ce papillon dont les larves font un trou dans le fruit et y mangent l’intérieur. « Notre produit est aspergé dans les vergers pour que ceux-ci obtiennent de belles et bonnes pommes », explique Mélanie Gaudet. Les vergers du Canada et des États-Unis constituent le principal marché de l’entreprise de biopesticide. BioTEPP est en attente de son homologation pour pouvoir aussi exporter en Argentine. « C’est un marché intéressant puisque leur été est notre hiver », estime la chargée de projets. Que vient apporter l’ingénieure de 40 ans à l’entreprise qui compte une dizaine d’employés, en plus de deux scientifiques? « À part mon sourire, j’apporte un cadre scientifique, répond-elle en riant. Mon rôle est de faire la mise en place de procédés, de compiler les données, d’assurer le contrôle de la qualité en vue d’augmenter le rendement et de gérer les inventaires. Je quantifie ce qu’il y a à quantifier et je calcule ce qu’il y a à calculer. »

Depuis son arrivée, la scientifique a élaboré un système visant à rassembler tous les résultats. « J’adore ça. Je mène un projet à terme et il y en a un autre qui commence. C’est varié. Je me découvre une certaine polyvalence, notamment dans la gestion et la planification. » Mme Gaudet tient à préciser que « le cerveau derrière BioTEPP, c’est le docteur Harnaivo Rasamimanana », qui est le directeur de la recherche, du développement et de la production.


Mélanie Gaudet adore les montagnes de la Haute-Gaspésie. Elle projette d’ailleurs de gravir tous les monts du parc national de la Gaspésie. Photo : Johanne Fournier

Premier emploi de scientifique

Pour Mélanie Gaudet, il s’agit d’un premier emploi à titre de scientifique. « J’apprends plein de choses et je touche à tout! Mais, je suis un peu insécure. La biotechnologie, c’est quelque chose qu’il va falloir que j’apprenne. » Si elle n’a jamais travaillé comme ingénieure, c’est parce qu’elle était technicienne de laboratoire pour la firme papetière Rayonier de Témiscaming depuis 20 ans. « Après mon secondaire, j’ai fait un DEC [diplôme d’études collégiales] en génie chimique au Collège Boréal de Sudbury, en Ontario. Après, j’ai obtenu cet emploi à l’usine qui appartenait, à l’époque, à Tembec. Puis, je n’avais jamais arrêté depuis 2001. »

À l’automne 2007, elle s’est inscrite à l’École Polytechnique de Montréal en génie chimique où, pendant deux ans, elle a complété cinq sessions, en plus d’une autre de mise à niveau. Mais, c’était trop difficile d’être si loin de ses deux filles qui étaient très jeunes à l’époque. « J’ai plié bagage. Mais, c’était un projet que je chérissais, d’obtenir mon bac. Alors, j’ai pris les moyens pour le continuer plus près, cette fois, soit à 250 km de distance, plutôt qu’à 600 km. »

À l’âge de 30 ans, la femme originaire de Témiscaming s’est donc inscrite au baccalauréat en génie mécanique à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, qu’elle a terminé en avril 2017. « C’était important, pour moi, de montrer l’exemple à mes filles qu’il faut aller au bout de nos rêves. Avec de la persévérance, tout est possible. Il faut juste trouver les moyens ! » Puis, comble de bonheur, elle a rencontré son amoureux sur les bancs d’école. Depuis 2010, elle partage sa vie avec Patrick Bourgault, ingénieur en électromécanique. Maintenant, Mélanie Gaudet envisage de poursuivre des études en gestion à l’Université du Québec à Rimouski, probablement en septembre.


L’expertise de technicienne de laboratoire qu’a acquise Mélanie Gaudet est mise à profit chez BioTEPP. Photo : Johanne Fournier

Déménagement en Haute-Gaspésie

Après avoir postulé un peu partout, Patrick Bourgault a été embauché en octobre 2019 pour Inox Signature, une entreprise de Tourelle. Au printemps de l’an dernier, Mélanie Gaudet a quitté son emploi chez Rayonier pour venir retrouver son conjoint. Après avoir acheté « une petite maison bleue » qui donne sur la mer, elle est arrivée à Tourelle en mai 2020, où elle a décidé de prendre un moment d’arrêt pour passer du temps avec son fils de six ans, Marius.

« Par l’entremise de l’emploi de mon conjoint, BioTEPP a su qu’une bachelière en ingénierie arriverait en Haute-Gaspésie, puisque je venais rejoindre Patrick, raconte-t-elle. On a eu un premier contact par téléphone, alors que j’étais toujours au Témiscamingue, à l’hiver 2020. On m’a demandé un CV. BioTEPP a consulté mon CV. Puis, quand le moment est venu, ils m’ont convoquée en entrevue en présentiel à l’automne 2020. Je correspondais à leurs critères par mon bac, mais aussi par mon DEC, qui était très intéressant pour BioTEPP. »

En amour avec la Gaspésie

Outre le fait que sa cousine Chantale Gaudet soit pharmacienne à Gaspé, Mélanie Gaudet connaissait bien peu de choses de la Gaspésie. « On était venus faire le tour de la Gaspésie en août 2016, relate-t-elle. On a visité et regardé pour la première fois. On s’est attardés à la Haute-Gaspésie parce que j’aime les montagnes et mon conjoint aime la mer. Aujourd’hui, on a une maison en face de la mer et on a les plus beaux couchers de soleil! On voit et on entend des baleines. On voit de petits rorquals et des dauphins. Mon conjoint a même vu un requin! »

L’automne dernier, le couple d’ingénieurs a gravi le mont Albert et projette de se rendre au sommet du mont Jacques-Cartier. Les montagnes du parc national de la Gaspésie lui rappellent les paysages d’Irlande et d’Écosse, deux contrées qu’elle a visitées et pour lesquelles sa fascination ne s’est jamais estompée. « Il y a plein de sentiers pour faire de la randonnée pédestre. J’ai la liste des monts et je veux tous les faire! » Elle affectionne particulièrement les hivers de la péninsule. « J’aime la raquette et il y a plein de sentiers. » D’ailleurs, elle se promet
de participer un jour à la Traversée de la Gaspésie à raquette.

La mer, le vent, le poisson, la culture…

Mélanie Gaudet aime faire du kayak de mer. « Je me suis découvert une passion : photographier les phoques. » Chaque fin de semaine, une randonnée sur le bord de la mer fait maintenant partie de ses habitudes. Aussi, la famille Gaudet-Bourgault aime bien pêcher le maquereau au bout du quai de Sainte-Anne-des-Monts. Si son conjoint est moins friand de poisson, surtout si le goût est prononcé, Mélanie Gaudet adore.

La famille s’adapte aux traditions gaspésiennes. « On a mangé du homard à la fête des Mères », précise la maman de Maude, 20 ans, de Camille, 19 ans et de Marius, 6 ans. Par ailleurs, Mme Gaudet est tout aussi impressionnée par « la gastronomie très développée de la Haute-Gaspésie » que par le nombre d’artisans qui y travaillent le bois, la poterie et d’autres métiers d’art. « On apprend à les découvrir! » Pour la Néo-Gaspésienne, il est important d’encourager l’achat local. « Même si c’est plus cher, on va au poste d’essence et à l’épicerie les plus proches de la maison. On ne consomme que le café Mont Café, de la brûlerie de Cap-au- Renard. On l’apporte même dans nos familles et chez nos amis pour en avoir quand on y va! »

Mélanie Gaudet s’adapte facilement à la culture des habitants de sa terre d’adoption. « Je trouve les Gaspésiens gentils. Chaque week-end, on découvre un nouveau village. Les gens sont hyper sympathiques. Après la COVID, on veut aussi aller visiter le Nouveau-Brunswick. »

Le climat de la Haute-Gaspésie, est-ce qu’on s’y adapte aussi bien? « J’aime la température ici, s’empresse de répondre Mme Gaudet. J’adore le vent! On est allés dans la Baie-des-Chaleurs et on a trouvé ça trop chaud. On préfère La Haute-Gaspésie. » La famille Gaudet-Bourgault adore l’air salin. « Maintenant, on dit que ça sent chez nous, souligne Mélanie. Lorsqu’on revient de l’Abitibi-Témiscamingue et qu’on sent la mer, on sait qu’on approche de chez nous ! »


La famille Gaudet-Bourgault dans le décor qui fait face à sa maison de Tourelle. 1re rangée : Marius. 2e rangée : Patrick, Mélanie et Camille. Photo : Offerte par Mélanie Gaudet

« Il y a cet attrait, dans les régions rurales, où on peut développer des liens intergénérationnels avec des gens qui ont des parcours de vie différents de nous, souligne Mme Guy. Dans les grandes villes, on se rassemble naturellement avec des gens qui font la même chose que nous. Dans les petites communautés, on n’a pas le choix d’être dans la mixité. Ça me nourrit beaucoup. »

Plusieurs chapeaux

Fondée il y a 13 ans, la compagnie Mandoline hybride est un organisme sans but lucratif qui porte plusieurs chapeaux, à l’image de sa fondatrice, Priscilla Guy, qui est à la fois artiste, chercheuse et commissaire. « Le premier mandat de Mandoline hybride est d’oeuvrer à la création, à la recherche et à la diffusion d’oeuvres artistiques qui convoquent souvent la danse, mais qui vont frayer avec d’autres disciplines artistiques, décrit-elle. On a fait des tournées au Québec et à l’international avec des projets de danse in situ. La compagnie me soutient aussi dans des projets de ciné-danse, cette rencontre entre la danse et le cinéma. »

Avec ce nouveau mandat de danse à l’écran est né le projet Regards hybrides. À Montréal, la compagnie n’avait pas accès à un lieu de résidences d’artistes et de performances artistiques permettant de créer en nature et d’accueillir des gens dans une formule différente de celle des salles de spectacles. C’est la raison pour laquelle Mandoline hybride a fondé Salon58 à Marsoui.

Avec Salon58 est apparu Furies, un festival de danse in situ. « La danse in situ se prête bien à des villages où on n’a pas les infrastructures pour accueillir de grands spectacles sur scène », explique Priscilla Guy. L’événement Furies a été présenté pour la première fois à l’été 2019. La deuxième édition, qui devait avoir lieu en 2020, a été reportée du 28 juillet au 1er août prochain.


Situé à Marsoui, Salon58 est un lieu de résidences d’artistes et de performances artistiques permettant de créer en nature et d’accueillir des gens dans une formule différente de celle des salles de spectacles. Photo : Offerte par Mandoline hybride

Pourquoi Marsoui?

« J’ai eu l’opportunité, à plusieurs reprises dans ma carrière, d’avoir des résidences dans des lieux ruraux, dont en particulier en Catalogne, raconte Mme Guy. Ça a transformé mon expérience de recherche et de création. Il y a quelque chose avec la nature qui est très aligné avec la création artistique en termes d’état d’esprit, de connexion avec le vivant. »

« Dans ma recherche d’un lieu pour faire des résidences d’artistes, il y avait plusieurs critères : être proche d’une communauté et d’un cours d’eau, être dans la forêt, avoir une maison avec trois ou quatre chambres, avoir un grand terrain, avoir des voisins, mais pas trop proches. En cherchant sur les sites de vente de maisons, je suis tombée sur cette maison de Marsoui. Je ne connaissais pas Marsoui.»

Public et financement

Le public de Mandoline hybride est très varié. « On a nos habitués de Marsoui qui viennent, indique l’artiste. Il y a aussi des gens de Mont-Louis jusqu’à Matane. Il y a des retraités qui sont revenus dans la région, des jeunes Néo-Gaspésiens qui habitent la région pour le travail ou pour des projets d’autonomie alimentaire. Il y a une mixité de publics. »

Mandoline hybride est principalement soutenue par différents programmes du Conseil des arts du Canada ainsi que du Conseil des arts et des lettres du Québec. Pour l’organisme oeuvrant en Gaspésie, le financement représente tout un défi, selon sa directrice générale et artistique. « C’est beaucoup plus difficile. Dans les petits villages, particulièrement en Haute- Gaspésie, il n’y a pas de soutien municipal, pas d’enveloppes pour les arts. Il n’y a pas de conseil des arts régional. »


L’événement Furies a été présenté pour la première fois à l’été 2019. La deuxième édition, qui devait avoir lieu en 2020, a été reportée du 28 juillet au 1er août prochain. Photo : René Faulkner

Rayonnement pour Marsoui

Pour le maire de Marsoui, Mandoline hybride est la bienvenue. « C’est un plus pour l’art, estime Ghislain Deschênes. J’espère que ça va être connu encore plus et qu’ils vont réussir à attirer encore plus de monde chez nous! » Priscilla Guy constate une curiosité de ses collègues montréalais pour Marsoui. « Maintenant, tout le monde sait où est Marsoui, alors qu’avant, ils ne savaient même pas que ça existait! »

Née à Sherbrooke, Priscilla Guy a fait ses études collégiales en danse au Cégep de Drummondville. La ballerine qu’elle était depuis sa plus tendre enfance était aussi attirée par les arts plastiques. Elle a donc obtenu un baccalauréat en arts visuels de l’Université Concordia à Montréal, pour ensuite compléter une maîtrise en danse à Toronto. Depuis six ans, elle poursuit un doctorat en ciné-danse à l’Université de Lille, en France.


Directrice générale de Mandoline hybride, Priscilla Guy est aussi artiste, chercheuse et commissaire. Photo : Offerte par Priscilla Guy

Sainte-Anne-des-Monts : le marronnier qui disparaît avec son propriétaire

SAINTE-ANNE-DES-MONTS | Lorsque J. François Lepage a fait construire sa maison en 1954 à Sainte-Anne-des-Monts, il a planté un marronnier. Cet arbre, qui est devenu majestueux au fil des années, est mort en même temps que celui qui en avait pris un soin jaloux pendant 64 ans.

J. François Lepage, arpenteur-géomètre, était un amoureux de la nature et cultivait une affection particulière pour les arbres. Il était surnommé « l’homme qui plante des arbres », raconte sa fille Louise. Devenu fleuriste et horticulteur, il fonde son entreprise en 1968, tout en étant directeur de l’équipement à la Commission scolaire régionale des Monts.

«Situé tout près de la maison, le marronnier a grandi avec, nous, raconte Mme Lepage. Il a toujours fait partie de notre environnement. Il est devenu beau, grand et fort, avec la splendeur de ses fleurs au printemps et ses marrons l’automne, qu’on prenait plaisir à ramasser au sol.»

Il y a trois ans, Céline Dion a enregistré une chanson intitulée Sur la plus haute branche. «Pendu à la plus haute branche, parmi les fruits du marronnier, on dirait que tu te balances. Même si plus rien n’a d’importance, as-tu au moins trouvé la clé qui nous redonne notre enfance et nos fous rires d’écolier», chante la star, qui a des origines de Sainte-Anne-des-Monts par sa mère Thérèse.

Lorsque Louise Lepage, qui a pris la relève du commerce paternel, a écouté cette chanson, elle a senti l’émotion monter. «C’était la chanson pour mon père.»


Le vieux marronnier avant qu’il ne soit coupé.  Photo : Denyse Lepage

 

Mourir en même temps
J. François Lepage s’est éteint le 14 septembre 2018, à 94 ans. «Dans toute notre tristesse, nous avons fait jouer la chanson de Céline», se souvient Louise Lepage. Les paroles prenaient tout leur sens: «cette nuit, c’est le vent d’automne qui te bercera.»

Deux jours avant les obsèques, une grosse branche du marronnier a cédé sous les forts vents. Le lendemain, l’élagueur a constaté que le marronnier était trop vieux. Son centre étant pourri, il était trop abîmé pour survivre. «Il n’a pas eu d’autre choix que de le couper complètement, raconte avec tristesse Mme Lepage. Drôle de coïncidence!»

«Papa a été exposé un dimanche d’automne, relate-t-elle. À tous les gens qui sont passés au salon funéraire, nous leur avons donné un marron du marronnier à papa, en souvenir de lui et de l’histoire de son marronnier. Avant de quitter le salon et lors de son service religieux, la voix de Céline vibrait dans tout l’espace.»

«Tu vivras dans tous nos silences, au hasard des conversations. J’apprivoiserai ton absence, mais je ne dirai plus ton nom.»

«Notre marronnier, c’est un passage de notre vie qui est inscrit à tout jamais dans notre mémoire», dit Louise Lepage.

Moins de deux ans plus tard, la vie reprend. Le vieux marronnier a fait des petits et de jeunes pousses ont pris sa relève.

Texte : Johanne Fournier


Louise Lepage montre l’une des repousses du marronnier, ce qui prouve que la vie reprend ses droits.  Photo : Ginette Fraser

 

Un lien paternel

CAP-D’ESPOIR | La passion pour les arbres de Doris Bourget vient de son enfance. Son père avait acheté un petit domaine ancestral anglais, en Gaspésie, ceinturé d’arbres, dont des cerisiers. Elle a pris des repousses du domaine familial de cette sorte d’arbre il y a cinq ans pour reproduire cette même ceinture d’arbres sur son terrain.

Le cerisier est particulièrement important pour elle: il la ramène directement à son enfance. «C’est mon arbre fétiche. Le cerisier, c’est le symbole de mes souvenirs d’enfance. Je le trouve tellement beau, tant durant sa période de floraison qu’avec ses petits fruits rouges, qui apparaissent en plein milieu de l’été, et qui m’ont toujours fait penser à des petites boules de Noël. Lorsque j’étais jeune, mon père avait planté plusieurs cerisiers devant la maison. L’amour des arbres, c’est lui qui nous l’a transmis, à mes sœurs et moi.»

Son père est décédé quand elle avait 11 ans. «Le cerisier est donc pour moi romantique, réconfortant et très précieux. C’est mon lien paternel.»

À la suite de dommages causés par un champignon, Mme Bourget a perdu tous ses cerisiers matures, mais par ramification, elle a réussi à faire pousser des bébés cerisiers. «C’est rare que l’on réussit à faire pousser un arbre de cette manière. En l’ayant accompli, cela représente à quel point la vie est précieuse et fragile. Les cerisiers peuvent se multiplier facilement sur un terreau bénéfique, mais peuvent disparaître d’un coup. Il y a un parallèle à faire avec ce qu’on vit sur terre actuellement.»

Finalement, personne ne la verra tailler un arbre. «J’aime le fouillis romantique, naturel. Avant de planter un arbre, j’analyse la situation. Il faut qu’il soit planté comme s’il avait toujours été à cet endroit.»

Texte : Geneviève Patterson


Doris Bourget aime le fouillis naturel et romantique de ses arbres, dont celui de ses cerisiers.  Photo : Doris Bourget

 

 

Des arbres uniques et sentimentaux

GASPÉ | Le paysage bucolique de la péninsule regorge de nombreux trésors naturels. Les arbres en font partie, et plusieurs Gaspésiens leur vouent une attention, voire un attachement bien particulier. L’arboriculteur certifié Samuel Pina, de Douglastown, est l’un d’eux.

Il connait de nombreuses histoires sur les arbres dans la MRC de La Côte-de-Gaspé, comme celle de l’orme d’Amérique géant, situé au début de la montée Morris, à Rivière-au-Renard.«

Il a déjà eu deux têtes collées l’une sur l’autre. L’une a cassé – on voit la cicatrice au pied de l’arbre-mais celle qui reste est splendide,» dit-il. Dans les années 1950-1960, l’orme était l’arbre majoritaire en Amérique, tant dans les zones urbaines que rurales, mais des vagues de maladies exotiques et un champignon, transmis par le scolyte américain de l’orme, en ont éradiqué plusieurs. Quatre-vingt-dix pour cent des ormes ont disparu.

«Cet arbre est majestueux par sa forme: on dirait un brocoli géant, explique M. Pina. Par sa beauté et sa part d’ombre, il a souvent été planté près des granges, pour offrir de la fraîcheur aux bêtes. Il en reste encore près de la rivière St-Jean. Il impressionne par ses capacités de survie, sa résistance. En ce temps de pandémie, on ne peut que s’en inspirer!»

ses arbres préférés sont… des arbres morts. Il y en a deux sur son terrain. «
J’ai deux énormes mélèzes. Je suis incapable d’en faire le tour avec mes bras. Ils sont morts depuis quelques années, d’une mort subite, par la foudre ou en raison des changements climatiques. Un arbre mort, c’est la vie, c’est la biodiversité. Ils nourrissent les insectes, les lichens, les mousses, les bactéries… Les hiboux y fabriquent leurs nichoirs. Ils sont indispensables à
la biodiversité.»

Nos arbres étaient présents lors de la venue de Jacques Cartier, rajoute Samuel Pina.«

Ils sont parmi les espèces vivantes les plus intelligentes: ils s’adaptent plus facilement aux changements que les animaux. Ils sont capables de les manipuler, en leur donnant des fruits, dont ils iront semer les graines ailleurs. Ils communiquent entre eux, produisant un insecticide naturel pour se prémunir des dangers. Ils créent des fleurs, que les insectes butineront et ainsi, ils se reproduisent et se dispersent. Sans arbres, il n’y a pas d’oxygène, donc
pas de vie humaine. Ils subissent et se régénèrent. Ils sont bien ancrés au sol depuis tant d’années, ils appellent au respect.»

Texte: Geneviève Patterson


Samuel Pina dit bonjour à son arbre à tous les jours.  Photo : Geneviève Patterson

 

LOI DE LA VILLE DE GASPÉ CONCERNANT LES ARBRES
À l’intérieur des périmètres urbains identifiés dans le Plan de zonage, il est possible d’abattre des arbres s’ils sont morts, malades (risques de contamination pour les arbres voisins), ou s’ils représentent un danger pour les personnes, les immeubles ou pour la réalisation d’un projet de construction. Tout arbre ne répondant pas aux critères mentionnés au paragraphe précédent peut être abattu, mais conditionnellement à ce que ce dernier soit remplacé par un autre arbre d’un diamètre minimal de cinq centimètres, et mesuré à 30 centimètres du niveau du sol. Des critères dans le Règlement sur les plans d’implantation et d’intégration architecturale peuvent permettre, lors de certains projets de construction ou de rénovation, d’exiger la plantation ou la conservation d’arbres sur le terrain. La Charte des paysages est disponible sur le site web de la Ville de Gaspé: https://ville.gaspe.qc.ca/services-municipaux/urbanisme-et-amenagement-du-territoire/charte-des-paysages

Texte : Geneviève Patterson

Fête du bois flotté: à partir des contraintes naissent des opportunités

SAINTE-ANNE-DES-MONTS | La coordonnatrice de la Fête du bois flotté, Marilyne Lachance avoue que la crise sanitaire causée par la COVID-19 demande aux organisateurs de l’événement phare de Sainte-Anne-des-Monts un travail de réflexion colossal. « À partir des contraintes, qu’est-ce qu’on a comme opportunités qu’on n’a pas habituellement? » Tel un leitmotiv, cette question guide les organisateurs de la Fête dans les actions à entreprendre pour présenter, cet été, des activités différentes.

« On a du temps, estime Mme Lachance. Avec ce temps-là, comment on va pouvoir amener la culture à la population? C’est l’une des priorités, même si ça ne pourra pas être dans la version telle que les gens l’ont toujours connue. Qu’est-ce qui est le plus fort de la Fête? »

L’art sculptural et le patrimoine historique de la Haute-Gaspésie sont certes des piliers sur lesquels l’équipe de la Fête bâtira les activités. « On n’annule pas vraiment la Fête, précise la coordonnatrice. C’est simplement qu’elle ne sera pas présentée dans toute son intégralité et dans tout son déploiement. (…) La Fête du bois flotté, cette année, va rayonner quand même. »

Donc, la coordonnatrice garantit que des événements se tiendront, cette année, sous le thème du bois flotté. « Ce n’est pas tout à fait finalisé, mais on va être en mesure de produire quelques petits événements. La majorité sera sur le Web. Mais, on n’exclut pas l’idée de faire des événements sur place avec les contraintes, tout en respectant les normes sanitaires. »

Planifier 2021
L’avantage de la situation, selon Marilyne Lachance, est le temps accordé à pouvoir déjà planifier la programmation de 2021. « On pourrait peut-être utiliser cet espace-temps pour créer de petits laboratoires de recherche et voir avec la population comment on peut l’impliquer davantage. C’est agréable d’aller voir des concerts ou une exposition de sculpture. Mais, peut-être que tout le monde peut s’impliquer aussi en participant. Il faut essayer d’aller chercher cet angle-là dans notre réflexion. »

Même si la Fête du bois flotté ne sera pas présentée dans sa forme habituelle cet été, Marilyne Lachance n’appréhende pas une rupture avec le public. « Il n’y aura peut-être pas beaucoup d’activités un peu partout au Québec.  Donc, les gens vont avoir besoin de culture et d’activités pour créer des liens. Je pense que la Fête du bois flotté va, dans ce sens-là, réussir. »


Unique au Québec, la Fête du bois flotté est un festival pendant lequel des sculpteurs réalisent leurs oeuvres à partir de bois récupéré sur le rivage, tout en s’inspirant d’une chanson ou d’un conte provenant du patrimoine folklorique de Sainte-Anne-des-Monts. Photo : Johanne Fournier

 

Le Festival en chanson garde le feu allumé

PETITE-VALLÉE | Après deux incendies qui, il y a deux ans, ont détruit le Théâtre de la Vieille forge et l’Auberge Lebreux, les organisateurs du Festival en chanson de Petite-Vallée sont résilients. Ce n’est pas la COVID-19 qui les empêchera de garder le feu allumé avec le public. Des spectacles et le camp en chanson en ligne ainsi que l’amélioration des installations pour la saison 2021 sauront assurément conserver le lien avec les festivaliers. C’est ce qu’en pense le grand manitou du Festival, Alan Côté.

« Je suis très optimiste. Le monde va tellement avoir hâte de lâcher les caméras et de sortir! Ça ne m’inquiète pas trop. On continue à le nourrir, notre public. » À preuve, deux spectacles ont été présentés sur Facebook.« Ce sont des spectacles gratuits, mais on paie les artistes », précise le directeur général et artistique du Festival en chanson. Parmi les auteurs-compositeurs-interprètes, nommons Michel Rivard, Daniel Boucher, Lou-Adriane Cassidy ainsi que des artistes locaux et régionaux.

L’organisation planche aussi sur un scénario qui sera dévoilé ultérieurement. « Il y a plein de trucs qu’on va faire, mais pas nécessairement des spectacles, décrit M. Côté. On va raconter notre histoire sous une forme différente. J’ai un plan pour la Saint-Jean-Baptiste. Il faut le proposer à la Direction de la santé publique pour avoir l’autorisation. » En organisant des activités visant à encourager les artistes, l’organisme pourra continuer à bénéficier de subventions et même de suppléments, assure Alan Côté.

Continuité du soutien financier
Si l’événement se tire relativement bien d’affaire, c’est grâce aux programmes de soutien financier gouvernementaux. « Les mesures du gouvernement permettent qu’on ait nos salaires, qu’on puisse garder nos employés, se réjouit Alan Côté. Ça s’annonce aussi bien pour qu’on puisse réengager nos employés saisonniers. On pense à l’après, on pense à s’améliorer pour le futur, comme de leur faire faire des coussins et toutes sortes d’affaires pour améliorer le confort de nos clients. » Pour Alan Côté, ces emplois aident le milieu. « C’est l’économie des villages! »

Un autre élément qui assurera la survie du Festival repose sur les commanditaires qui verseront leur contribution financière, même si l’événement ne sera pas présenté cet été. « Hydro-Québec, c’est l’entièreté, souligne M. Côté. On attend des confirmations de Québecor, mais c’est sûr qu’ils vont nous soutenir. Peut-être que ce ne sera pas à 100 %, mais on nous a garanti qu’on serait soutenus. »


Selon Alan Côté, le Festival en chanson survivra très bien à l’annulation de l’événement dans sa forme habituelle cet été. Photo : Johanne Fournier

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Le documentaire, présenté en six épisodes et entièrement filmé en noir et blanc, est bien loin de la Gaspésie de cartes postales trop souvent démontrée. D’ailleurs, il n’y a pas une seule image du rocher Percé. « Ça montre la Gaspésie qu’on a tous au fond du coeur, soutient l’un des participants du documentaire, Bilbo Cyr. C’est la vraie, celle-là! Ce n’est pas celle qui se déploie avec un beau décor deux semaines par année pour les vacances de la construction! C’est la Gaspésie qui continue de vivre en plein hiver parce qu’on se ramasse dans les cuisines de chacun. Il y a de la vérité et de la vraie vie qui se passent là. »

Technique du cinéma direct

Le cinéaste, originaire de Saint-Nérée-de-Bellechasse et aujourd’hui résident de Mont-Saint-Pierre, a trimbalé sa caméra pour aller à la rencontre d’hommes et de femmes de tous âges. Un peu à la manière du cinéma direct de Pierre Perrault, sans narration, Moïse Marcoux-Chabot donne la parole à ces gens dans leur quotidien. « On s’est habitués de voir Moïse avec sa caméra, lance Yanik Élément. La technique à Moïse est un peu espiègle parce qu’il est devenu notre ami. Un moment donné, ce n’est plus un caméraman, c’est mon ami qui vient avec une caméra sur l’épaule et qui m’installe un micro dans le cou! »

« Il se faisait oublier. Il a une belle intelligence opérationnelle », dit Marie-Ève Paquette. « Il n’y a jamais eu de surprise à le voir arriver avec sa caméra, continue Maxime Castro. Toujours, il savait qu’il allait se passer quelque chose. »

La démarche, le fil conducteur et la chronologie de la série documentaire sont basés sur les saisons, le temps qui avance, qui s’écoule et qui influence les actions des habitants de ce territoire qu’est la Gaspésie. « J’étais vraiment à l’écoute de ce qui pouvait se passer pour improviser un tournage, fait savoir l’auteur de la série. La veille, on me disait qu’on allait tuer un cochon. Je disais : « Go, on y va! » J’ai essayé de capter des moments vécus un peu partout. Ce n’était pas de suivre une personne ou un projet, mais d’aller chercher des petits fragments de vie un peu partout qui montrent ce à quoi ressemblent les gens, et d’aller chercher des choses qui sont communes dans les gestes saisonniers, dans les valeurs, dans le fait de se retrouver en commun. »

Un mouvement collectif

Moïse estime que pour chaque personne ou chaque moment qu’il a filmé, il y en a dix autres qu’il aurait pu capter. « Je connaissais déjà beaucoup de gens en Gaspésie qui m’avaient inspiré, que je trouvais beaux et belles, que j’avais envie de filmer, spécifie-t-il. J’ai saisi des opportunités au fil de l’année pour essayer de construire une mosaïque, une courtepointe de moments. J’ai beaucoup essayé de dissoudre l’individuel pour faire sortir le collectif. Ce sont des rencontres intimes avec des gens qui sont vraiment eux-mêmes, qui nous parlent d’eux, de leur parcours. On attrape des gens au passage. »

Parmi la trentaine d’artisans, certains participent à un mouvement de relève agricole qui s’enracine en Gaspésie depuis quelques années, notamment grâce à des jeunes qui s’installent dans la péninsule ou qui y reviennent. Ils s’inscrivent dans une démarche d’autonomie alimentaire.

« Tous ces projets-là contribuent à une communauté, décrit Yanik Élément. Dans les années 70, ils venaient en Gaspésie avec un aspect individuel, tandis que la nouvelle mouvance qu’on voit dans le documentaire, ce sont des business, il y a une coop, il y a quelque chose d’économique qui fait rouler la roue. On vient avec une connaissance qu’il ne pouvait pas y avoir dans les années 70 parce que maintenant, tu googles pour savoir comment planter des patates. »

Pour le cinéaste, cette mouvance développe une plus grande résilience communautaire face aux grands défis climatiques qui nous attendent. La série pose d’ailleurs son regard sur le combat de Gaspésiens qui luttent contre l’exploitation des minières et des pétrolières.

Habiter le territoire

Pour Moïse Marcoux-Chabot, l’objectif était de dépeindre la vie de ces gens qui ont choisi d’habiter le territoire. N’allez surtout pas dire « occuper » le territoire! Le jeune documentariste a horreur du mot. « Moi, j’aime parler de gens qui habitent le territoire, précise-t-il. Ce sont des gens qui habitent là à l’année, qui ne sont pas juste là l’été, en touristes, dans des Airbnb ou dans des hôtels. Ils connaissent le territoire et la forêt, ils la cultivent. Ils mangent le territoire. Ce n’est pas anodin, les mots qu’on utilise. Pour moi, les mots sont importants. On n’occupe pas la Gaspésie, on l’habite! » Maxime Castro, un Français « tombé par hasard » en Gaspésie, souligne que le fait de pouvoir s’approprier le territoire en l’habitant et en y tirant de quoi y vivre explique son choix d’y rester depuis cinq ans.

Marie-Ève Paquette, qui travaille à promouvoir le concept d’autonomie alimentaire, croit que la série donnera le goût aux gens de venir vivre en Gaspésie. « Je pense qu’il y a beaucoup de fierté et d’enthousiasme dans ce qu’on fait, estime la Néo-Gaspésienne native de Québec. Il y a un engouement. On sait qu’on fait partie de quelque chose de beau. Il y a de l’espoir. Qui peut chialer là-dessus? C’est juste super simple. […] On n’est pas des illuminés qui sont en train de proposer quelque chose d’impossible! Pourtant, on est tous du monde un peu marginal ou marginalisé. […] Moi, je suis tellement fière qu’on soit en train de construire ça pour nos enfants! »

Que signifie le mot « ramaillages »?

Le titre du documentaire Ramaillages est inspiré d’un ancien mot français qui définit l’action de réparer un filet brisé par les pêcheurs. « Ramailler, c’est refaire les mailles d’un filet », ajoute l’auteur de la série. Pour lui, le mot décrit aussi bien le renforcement ou la réparation des liens sociaux, la création de liens à l’intérieur des communautés locales et la passation de savoir-faire entre les générations.

« L’idée est bien simple : c’est de se rassembler pour être plus forts collectivement », résume Moïse Marcoux-Chabot. « Chacun est une maille, illustre Bilbo Cyr. C’est le fil qui nous tient ensemble, qui fait un tissu social qui donne de la cohésion et de la force. »

Bilbo Cyr, Yanik Élément, Marie-Ève Paquette et Maxime Castro sont des Gaspésiens qui, dans Ramaillages, décrivent leur façon d’habiter la péninsule.

Websérie gratuite

Après une tournée gaspésienne en présence du réalisateur Moïse Marcoux-Chabot qui a fait salle comble partout, la première de Ramaillages a été présentée à guichet fermé le 7 mars aux Rendez-vous Québec Cinéma à Montréal. Ramaillages représente la première série documentaire financée à 100 % par l’Office national du film. Produite par Colette Loumède, la série est présentée en six épisodes de 30 minutes chacun, accessible gratuitement sur le site Web de l’ONF.

Après avoir été chansonnier pendant une vingtaine d’années, Jacques Mimeault explore une nouvelle façon de jouer de la guitare. « Je la présente comme une guitare modale ou dulcimer, décrit le musicien amateur de La Martre. Le dulcimer est un instrument traditionnel accordé différemment. C’était l’instrument des ménestrels. »

« Il y a mille et une façons d’accorder un instrument, continue M. Mimeault. Mais celle-ci permet de jouer une mélodie, tout en ayant un accord en même temps. Sa couleur est unique […]. Parfois, on a l’impression d’être au Moyen-Âge. J’ai présenté des pièces en public et on me dit que c’est très beau. C’est devenu, pour moi, la seule façon de jouer. On peut y interpréter du rock, du folklore, du classique et même du disco. Mon créneau est le rock classique. »

Jacques Mimeault est né à Marsoui. À l’âge de cinq ans, sa famille est déménagée à Montréal, où il a grandi. Le goût de la musique s’est développé à l’adolescence. C’est à ce moment qu’il a eu sa première guitare et qu’il a commencé à apprendre à en jouer à l’oreille. « Au secondaire, je trouvais ça rassembleur, raconte-t-il. À l’âge de 20 ans, j’ai commencé à écrire mes premiers textes et à 24 ans, j’ai commencé à les interpréter. »

M. Mimeault a été chansonnier dans les bars et les restaurants de Shawinigan et parfois aussi dans des écoles et des bibliothèques, tout en travaillant dans le monde de la construction. À l’occasion, il prêtait sa voix et sa musique dans des noces et des résidences pour aînés.

Il y a 17 ans, Jacques Mimeault est revenu dans sa région natale. Simultanément, l’homme alors âgé de 37 ans a décidé de changer de carrière. Du travailleur de la construction qu’il était, il a complété une formation collégiale en éducation spécialisée.

« Avant de quitter la Mauricie, j’ai écrit un opéra rock […] », relate-t-il. Son titre : La vie en 13 tableaux. « Pour l’obtention de mon diplôme, La vie en 13 tableaux est devenu un projet en éducation spécialisée, décrit-il. J’étais en stage à la Maison des jeunes de Cap-Chat et, avec les jeunes, je l’ai produite à la Maison de la culture [de Sainte-Anne-des-Monts]. On a gardé les chansons, mais j’ai laissé aux jeunes le soin de réécrire les textes. Ce fut très émouvant! »

Jacques Mimeault a formé un duo avec un ami de Marsoui, Steve Berger. Le duo Allée simple a participé à plusieurs soirées dans des villages de la Haute-Gaspésie. « J’ai un répertoire d’environ 250 chansons québécoises », précise-t-il. Dans son milieu professionnel, au CLSC de Sainte-Anne-des-Monts, il a organisé quatre boîtes à chansons avec ses collègues.

Il y a quelques années, l’auteur-compositeur-interprète a gagné un concours amateur propulsé par la station CHNC de New Carlisle pour sa chanson Danser sous la pluie. Le prix consistait en une journée d’enregistrement avec des professionnels au studio de la Vieille Usine de l’Anse-à-Beaufils.

Aujourd’hui, le cinquantenaire se produit rarement en public. Sa dernière présence sur scène remonte en août lors du Show d’gars, présenté à Sainte-Anne-des-Monts. Avec près de 100 compositions francophones, le chanteur et musicien possède l’équivalent de 10 albums qui dorment dans ses tiroirs. « J’aimerais me payer le luxe de faire au moins un CD, rêve-t-il. J’aimerais aussi écrire pour les autres. »

Le Groupement forestier Shick Shock de Sainte-Anne-des-Monts est actuellement à l’oeuvre afin de cibler ces terres qui n’ont pas été exploitées pour l’agriculture depuis plusieurs années. « Les opérations visant à préparer les sites ont commencé cette année, précise le directeur général de la coopérative forestière, Michel Marin. Le programme est sur trois ans. Est-ce qu’il va être reconduit par la suite? Je ne le sais pas. Mais à un moment donné, il va y avoir une limite à reboiser des anciennes friches parce qu’on va avoir pas mal fait le tour, après quelques années, de ces friches abandonnées. »

Par ailleurs, la forêt de la Haute-Gaspésie n’a pas échappé à l’épidémie de tordeuse du bourgeon de l’épinette. « Ça fait en sorte que les récoltes de certains secteurs forestiers sont un peu en accélération depuis les dernières années et vont sûrement s’accélérer davantage dans les prochaines années, prévoit M. Marin. Ça fait aussi en sorte qu’on va reboiser plus. »

Selon le directeur général de l’organisme qui compte 300 membres, la Haute-Gaspésie a, au cours des dernières années, connu une nette amélioration au chapitre du reboisement. « Les pépinières ont eu des augmentations de commandes significatives, mais ce n’était pas nécessairement en lien avec un projet spécifique, nuance Michel Marin. Ça faisait partie de la stratégie d’aménagement qui prévoit une plus grande production de jeunes arbres. »

L’un des objectifs visés par le FEFEC est l’amélioration des puits de carbone et la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur forestier, puisque ces arbres absorbent et emmagasinent du CO2 provenant de l’atmosphère. Ce fonds fédéral permet aussi aux acteurs de l’aménagement durable des forêts de participer à l’amélioration de la régénération forestière.

La tordeuse

Dans le cas des forêts infestées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, il importe, selon M. Marin, de récolter les arbres avant qu’ils ne soient perdus par la maladie. « S’ils sont perdus et qu’ils meurent sur le site, ils se dégradent et réémettent leur carbone dans l’atmosphère, mentionne-t-il. S’ils sont récoltés, ils sont utilisés pour faire des matériaux de construction qui se retrouvent dans des bâtiments. Donc, le carbone demeure séquestré pour une centaine d’années […]. Puis, le nouvel arbre qu’on plante recommence à capter le carbone. Un jeune arbre, au prorata de sa masse foliaire, capte plus de carbone qu’un vieil arbre. »

Un autre outil de captation de CO2 ou de diminution des émissions de GES est l’usage d’énergies renouvelables, au lieu des énergies fossiles. Une bonne façon, selon Michel Marin, réside dans l’utilisation de la biomasse forestière pour le chauffage de bâtiments publics, tels que les hôpitaux, les écoles et les édifices municipaux. « Le chauffage à la biomasse devrait, dans une région comme la Gaspésie, être beaucoup plus présent qu’il l’est actuellement parce qu’on a une économie qui vire beaucoup autour de l’industrie forestière et c’est une énergie renouvelable, bien développée, estime Michel Marin. Ça créerait de nombreux emplois. […] Je pense qu’il y aurait de beaux projets à faire avec ça pour améliorer l’économie et le bilan carbone de la région. »

Consultez les autres articles du dossier La Gaspésie à l’ère de la captation de carbone :

«J ‘aime l’hiver, mentionne la photographe animalière originaire de Meaux, dans la banlieue parisienne. C’est ma saison préférée. J’aime la lumière, même si tout est blanc. L’hiver me rejoint parce que c’est difficile d’arriver à survivre l’hiver. J’aime les tempêtes; il y a quelque chose de grisant!»

Véronique Amiard capte des images d’animaux en forêt par temps très froid et parfois dans le blizzard. «La faune ici se laisse assez approcher, se réjouit-elle. Mais, je ne fais pas de photos à tout prix. Je sens quand l’animal est nerveux. J’ai toujours pensé que les animaux sont des êtres sensibles. Ils vivent à notre contact. Ils sont conscients. Les animaux ont une intelligence, une émotion, des sentiments. Chaque animal a son caractère. C’est ce que je veux mettre en boîte.»

Si Mme Amiard aime autant se retrouver dans le silence de la forêt, elle croit que c’est parce qu’elle n’a pas d’effort à faire. «Quand je suis en société, ça me demande toujours des efforts », considère la dame qui communique en lisant sur les lèvres de ses interlocuteurs et grâce à un appareil auditif qui lui permet d’entendre un peu, bien que faiblement.

Sa passion pour la photo s’est révélée à l’âge de huit ans lorsque ses parents lui ont offert son premier appareil photo automatique. Les premiers rudiments lui ont été enseignés par son père qui était un adepte de la photographie. Sa fascination pour le huitième art ne s’est jamais estompée. «Quand j’étais jeune, je voulais gagner ma vie avec la photo, mais mes parents ne voulaient pas », raconte-t-elle.

Véronique Amiard a développé son art de façon autodidacte. Elle a lu beaucoup de livres sur le sujet. Elle a aussi appris par Internet et par ses rencontres avec d’autres photographes. Elle possède également un équipement qui lui permet d’optimiser son talent.

De la région parisienne à la Haute-Gaspésie

Elle a fait des études à l’Université de Savoie, à Chamberry, afin de devenir enseignante spécialisée auprès des enfants sourds. Une fois ses diplômes obtenus, elle a enseigné les mathématiques, le français, la biologie et les sciences naturelles en langage des signes au primaire. Elle a pratiqué sa profession pendant 12 ans, jusqu’à ce qu’elle parte d’Argenteuil, à environ 20 km de Paris, pour venir vivre en Haute-Gaspésie. «Je me suis installée directement à Sainte-Anne-des-Monts, précise Véronique Amiard. C’est l’amour qui m’a amenée ici. Mais, ça me disait de partir. J’ai toujours aimé la nature et je n’y avais pas accès comme ça chez moi.»

Son histoire d’amour avec la région dure depuis 15 ans. Cependant, la quadragénaire n’arrive pas à vivre de son art. Après avoir tenu un gîte du passant pendant 12 ans, la Néo-Gaspésienne travaille maintenant au Restaurant du Quai de Sainte-Anne-des-Monts, où elle gère l’accueil, l’inventaire et un peu de tout. «J’ai toujours aimé travailler avec le public, souligne-t-elle. Comme c’est saisonnier, ça me permet d’aller en France deux mois par année.» De plus, elle dispose de ses journées d’hiver pour aller faire de la photographie.

Découvrir et apprivoiser la solitude

Après s’être familiarisée avec le Parc de la Gaspésie et avoir appris à faire un feu sans allumette ainsi qu’un abri sous la neige, l’artiste n’a plus peur d’aller seule en forêt. «C’est là que j’ai découvert et apprivoisé la solitude, mentionne Mme Amiard. J’aime être seule parce que j’apprends à me connaître. Du fait que je sois sourde, on ne me recommandait pas d’aller seule en forêt. Mais quand on a peur, c’est parce qu’on ne connaît pas. Je me suis aperçue que ce n’était pas dangereux. »

Une rencontre marquante

En 2009, pendant qu’elle arpentait le mont Ernest-Laforce, la photographe a rencontré Philippe Henry. Avec le cinéaste français établi au Québec depuis 25 ans, Véronique Amiard s’est prêtée au tournage d’un film sur son travail de photo en forêt, pendant quatre mois à l’hiver 2018. C’est là qu’elle a fait la rencontre exceptionnelle d’un jeune orignal qu’elle a surnommé Poney.

En mars 2018, le veau et sa mère sont demeurés pendant deux semaines près de la rivière Sainte-Anne. La photographe et le cinéaste les ont observés à cet endroit pendant autant de temps. Curieux, Poney s’est avancé vers Véronique, sous l’oeil attentif de sa mère. «Au début, j’ai cru que c’était une coïncidence, raconte-t-elle. Mais au bout de quelques jours, il s’est approché, me sentait et est resté là, à côté de moi, pendant une demi-heure. Quelle était sa motivation? Je ne le nourrissais pas, je ne faisais rien. Je ne le dérangeais pas. Sa mère le surveillait et elle ne faisait rien. Mais, il avait une communication visuelle avec elle. Il continuait, comme s’il avait son approbation. Il avait confiance en moi et j’avais confiance en lui.» Ces moments uniques gravés sur DVD se retrouvent dans le film Boréale au coeur de l’hiver de Philippe Henry.

Les images du film d’environ une heure reflètent admirablement bien l’essence du travail de l’artiste. «Je fais de la photo pour passer des émotions, décrit-elle. La nature est belle. Il faut la protéger. De plus en plus, on s’échappe de la nature. C’est pour ça que j’aimerais aller loin dans le Grand Nord. Le climat change très, très vite. Ça m’interpelle.»

Son chouchou : le cerf de Virginie

Si elle adore photographier le plus grand des cervidés, de même que le harfang des neiges, les oiseaux de proie et l’arlequin plongeur, elle préfère par-dessous tout immortaliser en image le cerf de Virginie. «C’est parce qu’il est toujours en mode de survie, explique-t-elle. Il est plus difficile à photographier. Il est beau et gracieux.»

Véronique Amiard souhaite pouvoir intégrer des agences de photos et, comme elle aime aussi filmer, elle rêve de réaliser un longmétrage, seule, sur les différentes saisons, qui serait adapté pour les enfants sourds. «Ce serait pour les petits, spécifie-t’elle. On me verrait faire le langage des signes. J’aimerais aussi sortir un vrai livre de photos.»

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