le Lundi 7 septembre 2026
le Jeudi 4 juin 2026 15:41 Culture

La série Bon cop, bad cop : Patrick Huard voulait comprendre avant d’écrire

Christine Beaulieu, Sarah-Jeanne Labrosse, Patrick Huard et Joshua Odjick lors d'une scène de la série Bon cop, bad cop.
Christine Beaulieu, Sarah-Jeanne Labrosse, Patrick Huard et Joshua Odjick lors d'une scène de la série Bon cop, bad cop.
La série Bon cop, bad cop : Patrick Huard voulait comprendre avant d’écrire
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GESGAPEGIAG | L’acteur et scénariste Patrick Huard a pensé dès le début des années 2010 d’ajouter un volet autochtone à un éventuel Bon cop bad cop 2. Il se trouvait alors entre deux vagues, celle créée en 2006 par la sortie du premier film, et celle, prévisible, du deuxième.

Il y a une quinzaine d’années, lors de ses moments de loisir, Patrick Huard avait déjà les pieds solidement plantés en Gaspésie, paradis d’un amant de la pêche au saumon et pays d’origine de son père, natif de Paspébiac. C’est en commençant à taquiner le saumon qu’il a rencontré le guide et rappeur Quentin Condo, de Gesgapegiag.

« Un moment donné, je me suis rendu compte que les gens de la communauté ont vraiment beaucoup aimé Bon cop, bad cop. Ils l’ont vu et ils ont beaucoup aimé, comme beaucoup de monde. Et là, je me dis : “Tabarouette, après le premier film, tout le monde me reconnaissait dans le coin à cause de ça. Ils ont aimé ça et je les ai complètement oubliés dans l’histoire ». J’avais fait un film canadien. J’avais mis des Francos et des Anglos. Et j’ai fait : « Hein! Je ne les ai pas mis.” »

L’acteur en a parlé à Quentin Condo, lors d’une sortie de pêche avec ce dernier.

« Je lui dis : “Qu’est-ce que tu penses, si dans Bon cop, j’amène un troisième policier, qui est autochtone? Ça se pourrait-tu, tu penses?” Il était content et il a dit : “Ce serait malade!” Et là, on s’est mis à brainstormer ensemble. Et est arrivé le temps de faire le deuxième film, et je ne me sentais pas prêt à écrire là-dessus encore. Ça fait que j’ai fait mon autre histoire, dans le film », raconte Patrick Huard.

Bon cop, bad cop 2 a été lancé en 2017, et le film a connu autant de succès que le premier.

Place à la série

Une fois ce deuxième film terminé, il est revenu à l’écriture de la série diffusée depuis le 7 mai sur la chaîne Crave, six épisodes de Bon cop, bad cop.

Patrick Huard l’a assaisonnée de plusieurs ingrédients, comme la disparition du chef de Gesgapegiag, l’émergence d’un jeune policier autochtone, puis divers chocs, comme celui entre David Bouchard, le rôle interprété par Patrick Huard, et sa fille, devenue policière, le choc des cultures, et le choc entre Bouchard et sa patronne, dans son univers jusque-là masculin. C’est sans compter le passage présumé d’un pipeline sur le territoire jouxtant Gesgapegiag.

L’acteur était quand même encore assailli par des doutes.

« Je me suis dis : « Je ne suis pas encore assez bon pour écrire sur la chose autochtone. » Je ne suis pas un spécialiste. Quand on écrit sur les choses qu’on connaît, c’est plus facile. Je connaissais un peu la communauté, je connais les lieux, je connais les gens. Ça fait que je me suis inspiré de tous les gens que je connais pour créer les personnages », dit-il.

Sa conjointe, Anik Jean, productrice, réalisatrice et compositrice originaire de Bonaventure, où elle garde des racines profondes, fait partie du processus de création depuis le début.

« Quentin était avec nous à partir du jour 1, quand on a commencé à écrire, jusqu’à aujourd’hui […] Dans l’histoire, il nous a proposé plein d’affaires. Il a écrit avec nous […] Il y avait des trucs que j’écrivais et lui, il rebrassait un peu, et dans le langage, et dans les intentions. “Nous [les Mi’gmaq], on aurait fait plutôt ça.” Et il a eu des idées aussi qui sont devenues des épisodes complets. L’épisode 3, c’est à partir d’une histoire que Quentin nous a racontée. Il nous a permis d’aller observer, d’aller rencontrer les 41 chefs des Premières Nations à Québec, lors d’une assemblée, et on a mis cette assemblée dans le film », explique Patrick Huard.

Anik Jean a porté trois chapeaux dans la série Bon cop, bad cop.

« Ça a été beaucoup, beaucoup de travail. C’est le projet qui m’a demandé le plus de travail, d’énergie de ma vie », aborde-t-elle.

Quatre réalisateurs ont contribué aux six épisodes de la série. Patrick Huard voulait que Anik Jean en réalise un. Elle y tenait aussi, malgré un emploi du temps assez particulier.

« Je viens de faire Les hommes de ma mère. On coproduisait ensemble. J’ai fait la musique de Bon cop 2, mais j’ai fait la musique de toute la série aussi. C’est tellement demandant! C’est plus de six heures de stock. Ça m’a pris six mois pour faire la musique. Je joue de tous les instruments », décrit-elle.

Dans la série, l’actrice Christine Beaulieu joue Kim Dupuis, la grande patronne de la Sûreté du Québec à Montréal. Elle n’est pas venue en Gaspésie en juin 2025, lors du tournage à Gesgapegiag, mais elle tenait à assister au lancement du 17 avril, alors que la communauté a été invitée à visionner les deux premiers épisodes.

« C’était vraiment important que le lancement soit ici. Moi, je ne refuse pas une invitation à un lancement dans la communauté. Je suis bien excitée. Aussi, il [Patrick Huard] voulait donner plus de place aux femmes dans Bon cop, bad cop par rapport au film. Donc, le personnage de Sarah-Jeanne Labrosse [fille de David Bouchard dans la série] et le mien sont vraiment très présents. Ce sont des policières avec autant de guts que les gars. Il me fait faire plein d’affaires; je me bataille! », décrit-elle.

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