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le Mercredi 15 juillet 2026 15:17 | mis à jour le 16 juillet 2026 9:07 Culture

Le temps des refus est terminé pour le cinéaste gaspésien Mathieu Cyr

Le temps des refus est terminé pour le cinéaste gaspésien Mathieu Cyr
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MARIA | « Je n’ai jamais été autant occupé. Je ne me plains pas, mais j’ai hâte de profiter de mes prochaines vacances. » Le réalisateur et scénariste gaspésien Mathieu Cyr prononce cette phrase avec l’air de quelqu’un qui n’en revient pas tout à fait lui-même alors qu’il y a à peine cinq ans, il essuyait refus après refus pour financer sa première série de fiction Bon matin Chuck (ou l’art de réduire les méfaits). Retour sur cette ascension remarquable du réalisateur de 46 ans passionné de hockey, originaire de Maria.

Fort du rayonnement de Bon matin Chuck en 2023 et de son travail sur la comédie romantique Le retour d’Anna Brodeur avec Julie Le Breton, pour lequel il a assuré la réalisation de quatre épisodes en 2024, il est aujourd’hui devenu un réalisateur de confiance vers qui l’industrie se tourne lorsque des productions importantes ont besoin d’être sauvées ou relancées. Ce fut notamment le cas pour Casse-gueule l’été dernier, une série diffusée sur CRAVE depuis février qui plonge dans l’univers frénétique d’un restaurant gastronomique montréalais.

« Quand Casse-gueule est arrivée, comme un cheveu sur la soupe, tout a explosé », se rappelle-t-il en entrevue avec GRAFFICI avant d’entrer en séance de montage intensive pour la saison 2 de Bon matin Chuck, rebaptisée Bonne nuit Chuck. En effet, quand les producteurs ont dû trouver rapidement un nouveau réalisateur pour reprendre les commandes d’une production déjà en marche qui était alors en déroute, leur choix s’est arrêté sur Mathieu Cyr. « J’ai reçu l’appel le jeudi soir pour remplacer à la réalisation et le lundi suivant j’étais sur le plateau. Ça a été tellement rapide pour lire les épisodes, visiter le lieu de tournage et comprendre le show », raconte-t-il.

Cinéaste, ou l’art de prendre son mal en patience

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’idée même de réaliser des séries télévisées d’envergure lui semblait hors de portée. Après Entre la mer et l’écorce, son premier court métrage à bénéficier d’un financement institutionnel — lui évitant d’avoir à investir lui-même dans le projet, contrairement à ses deux premiers courts, souligne-t-il — tourné en Gaspésie en 2016 avec Viviane Audet et Kevin Parent, Mathieu Cyr frappe un mur et ce, malgré le succès du film qui lui permet de voyager dans différents festivals. « J’avais des projets de longs métrages, des projets de télévision, mais je me faisais constamment refuser. Quand ça fait cinq ans que tu te fais dire non, c’est difficile », dit-il.

Le véritable tournant survient seulement en 2023 avec Bon matin Chuck (ou l’art de réduire les méfaits), une comédie dramatique plutôt noire, qu’il a lui-même scénarisée avec de fidèles complices, qui raconte en 10 épisodes la descente aux enfers d’un animateur vedette aux prises avec d’importants problèmes de consommation. « C’est le projet qui a sauvé ma carrière », affirme-t-il sans détour bien que la série aurait pu ne jamais voir le jour.

L’idée imaginée avec ses collaborateurs, le grand improvisateur et acteur Nicolas Pinson ainsi que l’autrice Émilie Lemay-Perreault, mijotait depuis plusieurs années, mais ne recevait aucun retour positif. Mathieu Cyr croyait que le projet était sans issue puisqu’il n’avait dans son baluchon que trois courts métrages à son actif. « Sans expérience en réalisation télé alors que j’approchais de mes 40 ans, c’est difficile de gagner la confiance des diffuseurs quand on n’est pas connu. Je n’avais pas d’autres aspirations que d’en faire une série web », raconte-t-il.

La situation bascule lorsqu’il parvient à attirer l’attention du réalisateur et scénariste Jean-François Rivard, figure incontournable derrière certaines des séries les plus marquantes du Québec, dont Les Invincibles, Série noire et C’est comme ça que je t’aime. Convaincu par le potentiel du projet, ce dernier accepte de s’y joindre à titre de coréalisateur et le présente à Crave.

Tourner en Gaspésie : un rêve ambitieux malheureusement freiné par les coûts

Malgré ce tourbillon montréalais, le fait qu’il y habite et que sa carrière se déroule principalement dans la ville aux 100 clochers, Mathieu Cyr demeure profondément attaché à sa péninsule natale.

Si son dernier court métrage sorti en 2025 Zénith, un drame de science-fiction dystopique qui aborde de plein fouet le réchauffement climatique et la misogynie, ou encore Entre la mer et l’écorce, ont tous deux été tournés en Gaspésie, Mathieu Cyr nourrit toujours l’ambition d’y retourner pour ses projets de fiction d’envergure.

Néanmoins, il révèle que les tournages en Gaspésie sont assez compliqués, synonymes d’obstacles financiers imposants. « On est condamnés à faire nos affaires en ville, sauf si on fait du documentaire qui reste très léger. C’est assez désolant », regrette-t-il.

Le cinéaste voit néanmoins d’un bon oeil les efforts déployés ces dernières années pour attirer davantage de productions dans la péninsule, notamment avec la création du Bureau régional du cinéma et de la télévision de la Gaspésie, l’année dernière. « Je n’abandonne pas l’idée de tourner en Gaspésie. Les choses évoluent. Il reste du chemin à faire, mais je pense qu’il y a une volonté réelle de développer ça », croit-il.

Le scénariste gaspésien développe actuellement deux longs métrages de fiction, dont un qui s’inspire de son ancienne vie de hockeyeur, pour lequel il signe le scénario avec sa productrice Frédérike Labelle. Le film s’intéresse à la masculinité toxique qui peut se développer dans certains environnements sportifs. « C’est un coming-of-age [récit initiatique] sportif sur un goon [un joueur de hockey bagarreur violent et intimidateur]. Je m’inspire de la vie de certains de mes amis rencontrés pendant mon parcours, dont un Gaspésien que je ne veux pas nommer. J’ai aussi connu ce type de jeu, m’étant moi-même battu, et des émotions que ça peut amener », explique celui qui voue un grand amour pour le sport et cite l’ex-attaquant de puissance Shayne Corson comme joueur dont il admire le style de jeu.

À défaut de ne pouvoir y faire des tournages, la Gaspésie demeure un lieu de prédilection chéri pour écrire. « La tranquillité et l’espace retrouvés en Gaspésie m’inspirent beaucoup. La vie pour moi est beaucoup plus simple là-bas. Je ne ressens pas l’anxiété sociale qu’on peut plus facilement ressentir en ville. J’ai plus le besoin de m’isoler qu’avant », confie-t-il.

Le scénariste et réalisateur gaspésien Mathieu Cyr développe actuellement deux longs métrages de fiction, dont un qui s’inspire de son ancienne vie de hockeyeur pour lequel il signe le scénario avec sa productrice Frédérike Labelle.

Photo : OneChuck

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