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15 novembre 2023 13 h 19

Des mots, des notes et des images : Line Richard

Line Richard décroche le prix Robert-Cliche pour La rumeur du ressac

CAPLAN | Difficile de faire mieux comme entrée dans le monde romanesque québécois. Avec La rumeur du ressac, Line Richard, de Caplan, a remporté en août le prix Robert-Cliche du premier roman.

En 180 pages, l’autrice nous plonge dans l’univers de Martin et de sa fille Léa, dont le monde s’est fissuré lorsque Suzanne – conjointe et mère – s’est enlevé la vie. Dans un désir de réparation, une traversée du Canada sera entamée de Montréal jusqu’aux îles Haïda Gwaïi en Colombie-Britannique, avant que les deux ne se déposent, en seconde partie de l’ouvrage, à Saint- André-sur-Mer, un village (fictif) du Bas-Saint-Laurent où Martin y achètera le dépanneur du coin. En parallèle, quelques scènes, pas toujours heureuses, de moments passés à Percé et qui permettront d’explorer les thèmes du deuil, du souvenir et des rites de passage.

C’est d’ailleurs dans sa propre expérience de jeunesse que Line Richard a puisé l’inspiration de ce périple dans l’Ouest canadien, elle qui a fait le trajet quatre fois dans sa vingtaine pour aller y travailler dans des plantations d’arbres et de fruits. « Ce paysage s’est un peu imposé de soi-même », explique-t-elle.

C’est attablée à un café de la métropole en 2016 que la Gaspésienne a eu la première étincelle qui allait plus tard devenir La rumeur du ressac. Une esquisse de 20 pages, littéralement manuscrite, sera couchée sur papier autour du personnage de Suzanne, dont le nom est tiré de la populaire chanson éponyme de Leonard Cohen.

« Une jeune fille interprétait ce succès, ce qui m’a inspiré cette chanteuse à fleur de peau qui finit par se perdre dans ses chimères. Ça commence et elle s’enlève la vie. Alors, la question du deuil est vraiment devenue le fil conducteur. J’avais envie que mes personnages vivent un peu ça à travers une sorte de pèlerinage, dans la lignée des récits initiatiques. »

Line Richard n’a pas elle-même vécu la mort abrupte d’un proche à l’image de ses personnages, mais des membres de son entourage ont dû composer avec des moments difficiles. « J’ai un ami qui a perdu sa mère de cette façon quand il avait 10 ou 11 ans. Ça me touchait beaucoup. Je me demandais comment on pouvait survivre à ça quand on est encore un enfant. Mais l’histoire a pris son envol d’elle-même. Ce n’est pas autobiographique. Autrement, mes sources sont davantage dans des lieux qui m’ont marquée », explique celle qui a terminé en 2015 une attestation d’études collégiales à Gaspé et qui travaille depuis pour la Sépaq, au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé.

Elle avoue au passage que plusieurs traits de sa personnalité se retrouvent chez ses personnages principaux : l’hypersensibilité de Suzanne, l’esprit d’aventure de Léa et le côté protecteur de Martin. L’autrice a laissé mijoter ses idées pendant trois ans, principalement entre 2017 et 2020. Deux mois plus intensifs au début de la pandémie lui ont permis de bien structurer l’histoire.


Le prix Robert-Cliche a valu à Line Richard une bourse de 10 000 $ en plus d’être publié chez VLB Éditeur. Photo : Offerte par Line Richard

Prix Robert-Cliche

Line Richard était perplexe au moment de téléverser son oeuvre et de cliquer sur le bouton « soumettre » pour son dépôt au prix Robert-Cliche. Le style des récipiendaires précédents lui faisait douter de ses chances de se faire remarquer. Et pourtant.

« Je n’avais aucune attente. J’ai envoyé mon document trois jours avant la date de tombée. Les deux dernières années, c’étaient des romans sous une forme beaucoup plus éclatée, comme du réalisme magique. J’avais l’impression que je ne serais jamais rappelée. Quand j’ai reçu le courriel m’annonçant que j’avais gagné, je n’en revenais pas. C’était vraiment inattendu. Je riais et je pleurais en même temps. J’ai été trois semaines à flotter sur un nuage! »

Line Richard savait d’ailleurs depuis un an qu’elle en était récipiendaire. Dans les faits, les auteurs soumettent un manuscrit à un jury et l’heureux élu se voit décerner une bourse de 10 000 $ en plus de voir leur oeuvre être publiée chez VLB Éditeur.

Le prix Robert-Cliche a été un tremplin pour plusieurs auteurs connus, dont Chrystine Brouillet en 1982 pour Chère voisine, Robert Lalonde en 1981 avec La belle épouvante ou plus récemment, en 2005, Roxanne Bouchard avec Whisky et Paraboles. La Gaspésienne suivra-t-elle cette voie?

Chose certaine, un autre projet est déjà bien entamé, avec un premier jet de 80 pages écrit l’hiver dernier, sur lequel elle vient de se replonger et qui se déroule dans sa ville natale, Murdochville, dans les années 1980. Line Richard est née dans l’ex-ville minière et a posé ses valises à Québec à l’âge de 13 ans avant de revenir à Gaspé à la fin de sa vingtaine pour finalement s’installer à Caplan dans la Baie-des-Chaleurs. Elle avait publié en 2018 un recueil de nouvelles baptisé Soudain, le paysage aux Éditions 3 Sista.

Pour le moment, La Rumeur du ressac est disponible dans toutes les bonnes librairies.

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