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7 février 2024 11 h 48

Dossier partie 2/2 : Où en est le hockey gaspésien?

GASPÉ | Comment se porte notre sport national en Gaspésie? Question simple en apparence, mais tout de même complexe dans une région aussi étendue et dont la population est relativement stable, à l’heure où l’Institut de la statistique du Québec prévoit une diminution de population de 1,1 % entre 2026 et 2031.

Bonne nouvelle cependant, les inscriptions n’ont jamais été aussi bonnes en huit ans (voir tableau). Pas moins de 1303 hockeyeurs évoluent cette année dans une ligue dans la péninsule ou sur l’archipel, puisque comme son nom l’indique, Hockey Gaspésie – Les Îles s’occupe également du territoire des Îles-de-la-Madeleine. Il s’agit d’une augmentation de 23,6 % en un an seulement. « On a eu une chute pendant la pandémie, mais là on est repartis du bon côté », lance d’emblée Gabriel Vallée, le directeur général de l’organisation.

Le hockey féminin est particulièrement populaire, avec près d’une cinquantaine d’inscriptions supplémentaires (29,4 %). C’est la deuxième meilleure augmentation dans la province, en pourcentage. Le bassin de joueuses demeure cependant trop faible pour créer une ligue féminine à part entière. Celles-ci évoluent donc avec les garçons en saison régulière.

Sur la glace, en décembre, l’équipe M18A (1), composée de hockeyeuses d’un peu partout sur le territoire, a remporté le tournoi de Québec, comme quoi elles peuvent se frotter aux meilleures. « Il y a beaucoup d’efforts mis sur ce volet », précise Gabriel Vallée, qui était aussi l’un des entraîneurs adjoints. « On essaie d’organiser des événements ponctuels lorsque c’est possible, des entraînements, de leur en donner plus. »

À la Coupe Chevrolet de fin de saison, en avril, la Gaspésie sera représentée par quatre équipes, un record. Une nouvelle identité devrait être dévoilée prochainement, avec logo et chandails neufs.


Les inscriptions au hockey mineur ont été en hausse de 23,6% en un an en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Photo : Jean-Philippe Thibault

En dehors de la glace

En santé donc, le hockey en Gaspésie? « Je dirais oui … et non, analyse le directeur général après quelques secondes d’hésitation. En santé pour ce que les gens paient et ont comme service. Est-ce que ça pourrait être mieux? Oui, évidemment. On pourrait avoir plus de formation pour les jeunes, de soutien pour les coachs », ajoute-t-il. L’éléphant dans la pièce est toutefois la situation dans les estrades. La Gaspésie n’est pas exempte d’adultes prompts aux critiques. Et les commentaires sur les réseaux sociaux peuvent parfois être vindicatifs.

« Les parents sont de plus en plus durs à gérer malgré des campagnes de sensibilisation dans les arénas. Quand l’émotion embarque, ça dérape un peu. Les gens deviennent émotifs. Ce bout-là, c’est clair que ce n’est pas en santé. Il y a une génération de parents difficiles à diriger. Des accusations de parti pris des arbitres, il y en a à chaque semaine. Ça démotive les gens du hockey mineur et les bénévoles … On fait tous de notre mieux. Les gens n’ont pas la vision globale; on n’a pas seulement leur équipe et leur horaire de glace à gérer. Donc, il faut souvent jouer à l’équilibriste. »

Le constat est partagé par Jean-François Plourde. Ce dernier a un regard intéressant sur la question et est bien placé pour en discuter. Sa carrière sur glace a débuté dans le hockey mineur de Gaspé et son cheminement s’est poursuivi jusqu’à ce qui était encore appelé à l’époque le midget CC (l’équivalent du M18 aujourd’hui). Après un an avec le Cégep de Saint-Laurent, il a chaussé les patins pendant quatre saisons avec l’Océanic de Rimouski, avant d’en jouer quatre autres dans la ECHL, la East Coast Hockey League, non sans avoir passé par le camp d’entraînement des Oilers d’Edmonton, dans la LNH. Une fracture à une vertèbre cervicale en 2006 a malheureusement mis fin à sa carrière d’hockeyeur professionnel.

Ayant étudié au baccalauréat en enseignement primaire et préscolaire de l’Université Laval, il a aussi notamment été entraîneur adjoint des Albatros du Collège Notre-Dame de Rivière-du-Loup au niveau midget AAA, en plus de mettre sur pied différents programmes en loisirs éducatifs dans les écoles d’Amqui à Rivière-au-Renard, en parallèle du hockey civil. Il habite aujourd’hui à Maria et est derrière l’organisme Bouge pour que ça Bouge, sans lien direct avec le monde du hockey.

« Je suis régulièrement mal à l’aise à l’aréna, avec les propos que j’entends d’un parent qui applaudit un adversaire qui manque un but; la discorde, ça me rentre dedans. C’est pas toujours présent, mais parfois j’ai moins de plaisir […] Le parent, sa job c’est de demander au jeune s’il a eu du fun. Si oui, il peut lui demander comment il pourrait améliorer sa game. Si c’est non, il doit lui demander pourquoi. Il ne doit pas propager du négatif. C’est ça, l’accompagnement dans un sport pour que le jeune se développe. »

Nombreux défis

Hockey Gaspésie – Les Îles doit en plus jongler avec les mêmes défis que plusieurs autres organisations sportives, comme le recrutement des entraîneurs et l’implication bénévole, tout en devant composer avec la gestion de ces parents plus « investis » que la moyenne.

Que faire lorsqu’une équipe a dans ses rangs trois gardiens de but? Qu’il y a trop de joueurs pour former une seule équipe, mais pas assez pour deux? Qu’un aréna ferme pour des rénovations? Qu’il manque un arbitre? Qu’un entraîneur se fait enguirlander? Qu’un parent est un peu trop insistant? Quelle est la meilleure voie de passage pour que tous y trouvent leur compte? Sans oublier les changements de catégories imposés par Hockey Québec d’une année à l’autre, ce qui rend parfois difficile la parité et la classification.

« Des situations comme ça à gérer, c’est plate. Ça crée des frustrations, on le comprend. Ça fait partie de nos réalités. Mais il faut comprendre que tout est réfléchi et qu’on fait pour le mieux pour nos joueurs », assure Gabriel Vallée. Toutes les dérogations passent d’ailleurs par une table réunissant les présidents de chacun des conseils d’administration des associations locales de hockey mineur de la Gaspésie et toutes les décisions sont prises démocratiquement.

« Les parents doivent faire confiance au processus. Les gens critiquent, mais ils doivent avoir toutes les informations pour voir le grand portrait d’ensemble. Ils peuvent aussi nous apporter leur solution, et pas juste pour leur ville, mais pour toute la région. »

Réduire à deux le nombre d’équipes AA en Gaspésie (contrairement à trois ou quatre auparavant) a également permis de stabiliser les équipes simple lettre, une classe moins compétitive. « Ça permet de leur offrir une plus belle saison, avec plus d’équipes, à moindre coût, analyse Jean-François Plourde. Depuis, le simple lettre, qui est la base du hockey mineur, se porte beaucoup mieux. On a des ligues de 8 à 10 équipes, avec moins de déplacements. Ç’a été une belle vision de Hockey Gaspésie pour s’ajuster avec les contraintes de Hockey Québec sur le nombre de joueurs par association. »
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1. Depuis la saison 2020-21, les noms des divisions réfèrent à l’âge des joueurs. Les M18 par exemple regroupent ceux de moins de 18 ans, donc de 15 à 17 ans. Les appellations pré-novice (M7), novice (M9), atome (M11), pee-wee (M13), bantam (M15) et midget (M18) sont encore largement utilisées dans le langage courant et les noms des tournois. Les lettres C, B, A, CC, BB et AA réfèrent à la classe, soit la force d’une équipe selon le bassin de population.

 

Lire le DOSSIER PARTIE 1/2 :
DU HOCKEY SCOLAIRE EN GASPÉSIE