La campagne actuelle se déroule sur un fond de guerre commerciale contre les États-Unis qui ne peut être évacué du revers de la main. Frustré par la faiblesse des résultats de ses politiques économiques, le président américain Donald Trump roule des épaules et tente d’intimider le Canada afin de remonter dans les intentions de vote en prévision du scrutin de mi-mandat.
La première ministre québécoise Christine Fréchette se sert de cette fronde américaine et de l’inquiétude que cette attaque génère pour employer une vieille stratégie : exagérer la crise afin que les électeurs se rangent derrière une valeur connue, le gouvernement sortant.
Le truc a fonctionné en avril 2025 pour Mark Carney. Le gouvernement du Parti libéral fédéral montrait tous les signes de l’usure du pouvoir, après neuf ans et demi de règne de Justin Trudeau. L’arrivée d’un nouveau politicien en la personne de M. Carney, et sa fiche comme banquier devant le narcissique pervers qu’est Donald Trump, rassurait suffisamment de Canadiens pour espérer une victoire électorale.
L’invraisemblable entêtement du chef conservateur Pierre Poilièvre à jouer les matamores a fait le reste, considérant la faible tenue du Nouveau parti démocratique.
Est-ce que Christine Fréchette peut répéter l’exploit de Mark Carney ? Elle l’espère profondément, à un tel point qu’elle a changé le nom de son parti pour « l’équipe Christine Fréchette », qu’elle met l’accent sur la menace Trump, qu’elle parle de son expérience du pouvoir, pourtant mince, et qu’elle fait abstraction le plus souvent possible de la fiche de la Coalition avenir Québec depuis 2018, et surtout depuis 2022.
Le contexte général est favorable à la première ministre sortante depuis quelques semaines. Mark Carney était au premier jour de la campagne le politicien le plus populaire au Québec, selon plusieurs sondages. Le premier ministre canadien a également montré une tendance forte à travailler avec Christine Fréchette. Il lui serait difficile de faire autrement. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon, menant par une fraction de point de pourcentage sur la CAQ le 27 août, rêve de sortir le Québec du pays mené par M. Carney.
Un autre parti souverainiste, Québec solidaire, se retrouve sur les bulletins de vote et on peut comprendre Mark Carney de rester loin du chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, qui se lance régulièrement dans des élans oratoires controversés, comme lorsqu’il a lancé le site Web Fermons la Gaspésie.
L’inertie de départ des libéraux
Pendant ce temps, Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, a toutes les peines du monde à s’affirmer sur la scène nationale. Il semble avoir raté sa mission estivale, à savoir se faire connaître davantage, et il a amorcé son premier jour de campagne en promettant de nouvelles études pour déterminer si le troisième lien doit être construit entre Québec et Lévis.
Ce troisième lien constitue l’un des projets les moins populaires à l’extérieur de ces deux villes. M. Milliard risque, s’il est mal conseillé à ce point, d’éliminer son parti de la course et ainsi donner une chance à la CAQ, le parti dont le programme est le plus interchangeable avec le sien.
Lors de la campagne électorale de 2022, c’est la faiblesse des libéraux qui avait conféré une telle marge victorieuse à la CAQ, en plus de la perception que les Québécois entretenaient de la gestion de François Legault lors de la pandémie.
À la décharge de Charles Milliard, il faut dire que le Parti libéral n’a jamais rétabli d’atomes crochus avec les régions rurales du Québec, à la suite de la déconnexion dévastatrice survenue entre 2014 et 2018 sous le règne de Philippe Couillard. Cette disette risque de se prolonger, d’autant plus que les libéraux, et c’est là leur deuxième handicap, n’arrivent pas à obtenir la faveur du vote francophone.
Les enjeux régionaux pratiquement inchangés
Après quatre autres années de règne caquiste, les enjeux de 2022 restent en grande majorité bien vivants en 2026.
Sans ordre particulier d’importance, il y a toujours une pénurie de logements en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. On a bien assisté à de nouvelles constructions depuis quatre ans, mais l’accessibilité à du logement abordable, pour les jeunes familles et les personnes âgées désireuses de vendre leur maison, reste faible.
La situation des places en service de garde éducatif est pire qu’en 2022. Selon des données venant de l’État québécois, le nombre de places offertes a augmenté entre 2023 et 2025, de 1125 à 1342. Toutefois, il y a moins de places occupées en 2026 qu’en 2023, c’est-à-dire 760 il y a un an, comparativement à 1027 il y a trois ans. Le taux d’occupation a donc fléchi de 91,3 % à 56,6 % entre 2023 et 2025 !
Cette chute vertigineuse, attribuable aux faibles conditions de travail des éducatrices, un problème de longue date, survient au moment où 361 enfants attendent une place. Les données de 2026 ne sont pas encore disponibles.
La question des transports interrégionaux demeure entière. Les services d’autocar n’ont, d’une part, pas la fréquence voulue pour satisfaire la population, et le gouvernement caquiste vient, d’autre part, à peine de verser à la RéGIM sa subvention de l’année financière précédente. Cette situation s’est traduite par des réductions de parcours, ce qui est déplorable en 2026.
En matière ferroviaire, Transports Québec a finalement fait aboutir la réouverture de l’axe New Richmond-Port-Daniel, une distance de 80 kilomètres dont les réparations auraient pu être complétées cinq à six ans plus tôt !
Le gouvernement caquiste a en outre remis en planification la réfection de l’axe Port-Daniel–Gaspé, en raison de soumissions trop élevées. Mais ces montants auraient été significativement plus abordables si les appels d’offres avaient été publiés plus tôt et en fonction de devis réalistes, alignés sur des compétences que Transports Québec n’a pas développées par sa propre faute.
L’accessibilité au transport aérien dans les régions demeure un problème. Le prix des billets reste exorbitant, et si on entend moins parler de cet enjeu, c’est parce que ses défenseurs ont souvent l’impression de prêcher dans le désert.
Au début de septembre 2022, l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, avait tenu une conférence de presse à Carleton-sur-Mer pour parler en priorité du remplacement éventuel de l’hôpital de Maria. Quatre ans plus tard, ce dossier avance à pas de tortue. Globalement, peu de Gaspésiens ont l’impression que les services de santé sont meilleurs en 2026.
L’éducation demeure aussi une préoccupation majeure, tant pour l’état des écoles que pour l’appréciation des enseignants, alors que 25 % d’entre eux ne passent pas cinq ans en classe.
Christine Fréchette arriverait-elle à se dissocier de toutes ces casseroles risquant de rester accrochées à son autocar de campagne ? Ce sera peut-être la question de l’urne.