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Concours
23 mars 2021 21 h 02

Concours d’écriture GRAFFICI ; texte gagnant de la catégorie « Adultes »

GRAFFICI a récemment tenu la deuxième édition de son concours d’écriture sous l’inspirant thème « Portrait de famille ». L’activité se déroulait d’ailleurs sous la présidence d’honneur de la récipiendaire régionale du prix Artiste de l’année du Conseil des arts et des lettres du Québec 2020, Maryse Goudreau. Le concours d’écriture, organisé en collaboration avec la Ville de Paspébiac, le Centre culturel de Paspébiac ainsi que le Réseau Biblio de la Gaspésie-Îles-de-la- Madeleine, a été fort populaire. Le journal GRAFFICI est fier de vous présenter l’un des quatre textes ayant obtenu la faveur du jury cette année. Félicitations à la gagnante, Françoise Luttgen, et merci à tous les participants!

LETTRE À MAXENCE

 de Françoise Luttgen

 

27 janvier 2021. Une journée comme une autre dans le calendrier d’une année pas comme les autres.

Au jardin, l’étendue neigeuse miroite de milliers de paillettes sous l’effet d’un soleil qui se veut ardent. On pourrait penser que le ciel a déposé toutes les étoiles de la nuit précédente sur le drap blanc et froid qui recouvre la terre, tel un manteau hivernal.

27 janvier 2021. Une journée comme une autre? Pas tout à fait!

13 h 30. On m’apprend ta venue imminente.

14 h 05. Tu es là… Petit Bonhomme vagissant faiblement, semblable à un chaton qu’on vient de déranger dans son sommeil, battant l’air du vide spatial dans lequel tu viens d’être éjecté, fermant les yeux tout à coup aveuglés par une lumière trop vive, toi qui as vécu dans la pénombre et l’exiguïté du ventre de ta mère durant neuf mois.

Je ne suis pas présente pour t’accueillir, mais le monde virtuel dans lequel tu viens d’accoster me permet de te voir la binette à quelques minutes de tes premiers souffles de vie.

Je me penche vers l’écran de la même manière que je me pencherais vers toi pour te donner un premier bisou, tout doux, sur le bout du nez. Bisou que je n’aurais pas eu droit de te donner en personne!

Tu amorces ta vie en pleine pandémie. Tu n’auras droit qu’aux caresses, aux étreintes de ton papa et de ta maman. À travers le masque qui recouvre leur visage pour te protéger d’une éventuelle contagion, ils te souffleront, tout bas, les petits mots d’amour que tous les membres de notre famille t’auraient murmurés en allant t’accueillir, en file indienne, dans la chambre d’hôpital.

Le temps d’écrire ces quelques mots et voilà que tu as déjà une heure de vie.

Dieu que le temps passe vite! Tu t’en apercevras toi-même un jour.

L’envie me vient de te dire là, tout de suite, la joie que j’éprouve à ta venue.

La vie est ainsi. Pleine de joies, des petites et des grandes. Il s’agit d’être attentif, réceptif et voilà que le cœur et l’âme s’emballent au moindre petit cadeau qu’elle nous fait. C’est ce que j’appelle le bonheur. Ce bonheur se cache en toi, en chacun de nous. Ne perds pas ton temps, Petit Bonhomme, à le chercher ailleurs!

C’est toi, en cette journée frileuse, le cadeau que la vie m’offre. Le bonheur en moi se manifeste.

Mmmm! Elle est si bonne cette indescriptible joie qui envahit tout mon être. C’est une joie porteuse de nouveaux rêves, de nouveaux idéaux, d’un nouvel amour.

Bien sûr, je ne te cacherai pas que la vie est aussi un canal de peines et de grandes souffrances. Elles peuvent rendre l’humain meilleur ou pire que ce qu’il est déjà. J’espère que ce qui te fera pleurer fera de toi un être meilleur. La façon d’absorber les événements te revient. Cela fait partie de ta liberté d’être.

Tu t’inscris aujourd’hui dans un monde en mouvance, apeuré par la menace d’un virus qui se répand de frontière en frontière, contraint de ne plus fréquenter ses amis, de ne plus embrasser ceux et celles que l’on aime, de rester confiné dans une bulle imaginaire. Depuis un an, bien avant ta naissance, la vie a changé nos habitudes, nos priorités. Les peuples, en général, se conforment aux directives sanitaires, mais malgré les grincements de dents de tout un chacun, nous acceptons de nous éloigner de ceux et celles que l’on aime, de nous sevrer de tendresse pour ton avenir et celui de tous les enfants à venir. Les Hommes gardent l’espoir d’un retour à l’amour partagé, tout en souhaitant que ces sacrifices laissent une trace de profonde réflexion sur une humanité où l’essentiel prendra la place de la convoitise, de l’appât du gain, de l’indifférence, de l’exploitation, de l’exclusion, de la destruction et de la surconsommation.

Perdre espoir, c’est s’éteindre avec tout son bagage de rêves. Ce sont ces rêves, Petit Bonhomme, qui font de chacun d’entre nous des êtres uniques et irremplaçables. Les rêves alimentent la créativité. Sans créativité, sans rêves, l’humain n’est que « fantôme », déambulant dans ce vaste monde à la recherche et en attente que quelque chose d’extérieur à lui se produise, et ainsi avoir l’illusion qu’il est vivant.

Tes rêves, tes idéaux, Petit Bonhomme, n’ont pas besoin d’être grandioses, mais ils sont terriblement importants. Ils seront ton trésor, celui que tu partageras avec ta communauté. Toute ta vie passera à travers cette richesse. Ce sont eux, ces rêves, ces idéaux, qui filtreront les joies et les peines, l’espoir et l’abdication, l’abondance et le vide, l’amour et la haine, la solidarité et la délation, l’égalité et l’iniquité, le pouvoir et la servitude, la pluralité et l’isolement, le courage et la peur, etc.

Ah! Petit Bonhomme, si tu savais comme la vie est passionnante! Comme elle est belle! C’est un grand, un immense jeu où tu seras totalement libre de tes choix, libre de tes attitudes face aux choix des autres. À toi de faire éclater ton bonheur comme du « pop-corn ». Toute ta famille : oncles, tantes, cousins, cousines, parents et grands-parents, nous serons toujours à tes côtés pour rire avec toi, pleurer tes peines, appuyer tes projets. Tous ensemble nous sommes ton noyau. Le socle sur lequel tu pourras toujours compter.

Moi, ton arrière-grand-mère, j’ai dans un coffre, gardé précieusement, des correspondances et des photos-souvenirs de tous les membres de notre famille. Elles sont pour toi, Petit Bonhomme. Pour que tu puisses voir derrière toi, que tu saches d’où tu viens, que tu connaisses les diverses origines de tes prédécesseurs et que tu découvres l’histoire de chacun et chacune, pour que tu ailles à la rencontre des traceurs du sentier que tu t’apprêtes à fouler.

Heureuse que tu sois là!

Sois le bienvenu en ce monde et amuse-toi. Je t’envoie en pensée toute la lumière de mon amour.

Gros câlins à toi, mon tout-petit.

Françoise, ton arrière-grand-mère.