le Dimanche 20 septembre 2026

Le virus et le confinement se sont imposés, en Gaspésie comme ailleurs, au moment précis où bon nombre d’acheteurs reluquaient déjà les propriétés à vendre  en vue d’une prise de possession vers le premier juillet. Lorsque le Québec a été mis sur pause pour plusieurs semaines, en mars, les activités des professionnels de l’immobilier ont d’abord été reléguées à la sphère virtuelle.

Il s’est ainsi avéré tout simplement impossible pour eux d’entrer dans les chaumières, que ce soit pour une visite ou même pour une séance photo. La chaîne transactionnelle perdait au même moment quelques maillons: alors que les déménageurs et les notaires, jugés essentiels, pouvaient encore travailler, d’autres professionnels, dont les inspecteurs en bâtiment et les arpenteurs-géomètres, ont dû s’armer de patience. Comme si ce n’était pas déjà assez, la fermeture de la région aux déplacements jugés non essentiels, du 28 mars au 18mai, a déjoué les plans de plusieurs clients désirant faire de la prospection en vue d’un établissement chez nous.

Ce contexte inédit a donné lieu à certaines situations peu banales pour des clients acculés au pied du mur. Etienne Arsenault, œuvrant sous la bannière Remax dans la Baie-des-Chaleurs, raconte avoir été contacté par des gens de l’extérieur devant à tout prix quitter leur résidence à une date précise et désirant en acheter une nouvelle en région. «Moi-même, je ne pouvais pas entrer dans la maison pour leur faire visiter virtuellement. J’ai dû appeler les vendeurs pour qu’ils organisent une tournée Facetime. Normalement, c’est moi qui suis l’intermédiaire entre les acheteurs et les vendeurs, mais là, on n’avait vraiment pas le choix», relate-t-il, précisant qu’il ne conseille évidemment pas d’acheter une maison à distance.

Alexandra Gagnon, courtière pour Via Capitale Horizon et œuvrant principalement dans le secteur de Gaspé, se souvient aussi d’avoir conclu une transaction dans des circonstances sortant de l’ordinaire. «J’ai eu une promesse d’achat sans condition de visite. Il faut dire que la personne connaissait la maison», nuance-t-elle.

Un acheteur de Grande-Vallée, Louis-Jérôme Cloutier, raconte avoir réussi à conclure la transaction voulue avec une inspection préachat réalisée deux jours seulement avant le confinement. S’avouant extrêmement chanceux, il a également eu le temps d’utiliser des REER via le Régime d’accès à la propriété(RAP) avant que le marché boursier ne s’effondre. Optimiste, celui qui travaille dans le domaine communautaire note que la pandémie a, pour plusieurs, compliqué significativement le processus, mais qu’elle n’a pas eu que des effets négatifs pour les acheteurs. «Ça a fait que les taux d’intérêt ont beaucoup chuté .J’ai obtenu un taux hypothécaire beaucoup plus avantageux que si j’avais acheté ma maison en février», note le trentenaire.

Un marché «de vendeurs»

Si les activités immobilières recommencent pour les transactions jugées prioritaires dès avril, ce n’est que le 11 mai que le secteur reprend véritablement vie. Le départ en est un canon. Alors que M. Arsenault se souvient d’une «course folle», Mme Gagnon parle «d’impact explosif». Qu’importe le terme choisi, la réalité est la même: les demandes d’information et de visites affluent de façon impressionnante, tant et si bien que sept jours dans une semaine ne sont plus suffisants pour répondre aux besoins de tous.


Etienne Arsenault est dans le domaine immobilier depuis 2016; il couvre principalement le secteur compris entre Escuminac et Bonaventure.
Photo : Offerte par Etienne Arsenault

Le marché régional n’est alors plus tout à fait le même: il a littéralement basculé à l’avantage des vendeurs tandis que les inscriptions se font plus rares. «Je pense que tout le monde était un peu sur les freins à cause de la COVID-19et que beaucoup ont reporté leurs projets [de vente]. J’ai l’impression que ceux qui avaient la santé nécessaire pour rester dans leur maison ont choisi de le faire. Ça a paru dans les inscriptions», croit M. Arsenault.

Quoi qu’il en soit, l’équation est facile à faire: moins d’inventaires et plus de demandes ont créé un certain phénomène de rareté. Plusieurs ont ainsi eu du mal à mettre la main sur la maison de leurs rêves. « Il y avait parfois trois acheteurs pour une même maison. Ça faisait beaucoup de monde déçu de ne pas l’avoir», explique celui qui couvre généralement le territoire compris entre Escuminac et Bonaventure.

Ce type de situation, somme toute peu fréquente en Gaspésie, engendre un certain stress chez les acheteurs, qui doivent rapidement prendre d’importantes décisions. C’est ce dont témoigne Joanie Poirier, une jeune maman de Paspébiac. Confrontée à la pénurie de logements, elle a jeté son dévolu sur une petite maison mobile afin de se reloger, avec ses deux enfants, à la suite d’une séparation.

Alors qu’elle s’intéressait depuis deux ou trois semaines à une maison affichée depuis l’automne précédent, les choses se sont bousculées du jour au lendemain en août. Elle a dû faire un choix en 24 heures. «Mon courtier m’a appelée pour me dire que quelqu’un d’autre l’avait visitée et qu’ils allaient déposer une offre d’achat. En même temps, il s’est mis à être dans le jus. Il avait de la difficulté à retourner ses appels. Tout le monde voulait acheter des maisons!» se souvient la jeune femme de 32 ans pour qui l’histoire se termine heureusement bien.

Dépendamment bien sûr du prix de vente de la propriété, il n’est pas rare, en temps normal, que 10 000$ à 15 000$ soient retranchés lors des négociations. Or, les vendeurs avaient cette fois-ci le gros bout du bâton, constate Mme Gagnon, qui œuvre comme courtière depuis 11 ans: «souvent, ils choisissaient la promesse d’achat qui était la mieux pour eux. Ça en était une, la plupart du temps, qui était au prix demandé ou plus haut. Honnêtement, il n’y avait pas de négociation, on ne faisait pas face à des contre-offres».

Celle-ci relate qu’un «temps limite» pour la réception d’offres d’achat, tournant parfois autour d’une seule semaine, a dû être fixé dans le cas de plusieurs propriétés afin d’éviter que le nombre de propositions ne devienne irraisonnable. Même des maisons nécessitant des travaux majeurs, dont la cote de popularité est généralement beaucoup plus basse que celles considérées comme clé en main, ont trouvé preneur au courant de l’été.


Alexandra Gagnon est courtière immobilière depuis 11 ans et elle œuvre surtout dans le secteur de Gaspé.
Photo : Nelson Sergerie

Parole de mousse! mon ABC-mer du québec
Émilie Devoe (abécédaire/jeunesse)

32 pages, paru aux éditions Bayard Canada

L’auteure jeunesse Émilie Devoe est en voyage sur la côte est américaine lorsqu’elle tombe sur de magnifiques abécédaires illustrés et dédiés aux espèces locales. De retour chez elle à Gaspé, elle cherche un équivalent, sans succès. C’est ainsi que débute le voyage à destination de Parole de mousse! Mon ABC-Mer du Québec.

Établie en Gaspésie depuis 14 ans, la dame originaire de Sept-Îles collectionne et note depuis fort longtemps les expressions gaspésiennes qu’elle considère comme de petits trésors. «Se haler» une chaise, élever une «trâlée» d’enfants ou encore cuisiner une «barge» de crêpes: beaucoup d’entre elles sont reliées à l’univers maritime. C’est donc naturellement que celle qui a publié l’album Charlot Tempo en 2016 a choisi de les intégrer à sa nouvelle œuvre. Ces expressions, présentées aux petits et grands par un mousse, cohabiteront ainsi avec différents éléments reliés à la mer. Les poissons qui l’habitent autant que les bateaux qui la naviguent sont répertoriés dans les pages illustrées par l’aquarelliste Marie-Ève Arpin.

Cet ouvrage destiné aux trois à huit ans, déjà disponible en librairie, offre, pour chaque lettre de l’alphabet, un lot de découvertes dont se délecteront aussi leurs parents. Celle qui dit avoir réalisé des recherches aussi amusantes que fascinantes tenait absolument à en partager les résultats avec les tout-petits de chez nous. « Il fallait que ça existe et que ça prenne vie quelque part. Je trouvais ça illogique que nos enfants apprennent à nommer leur milieu de vie avec des mots et des phrases de l’étranger. Je voulais qu’ils se reconnaissent, qu’on leur parle de « barachois », « d’échouerie » et de « barlicoco ». Ce ne sont pas des mots que l’on retrouve dans des dictionnaires français ou belges!», lance l’auteure en riant.


Émilie Devoe, photographiée avec son œuvre alors qu’elle venait tout juste de la recevoir.
Photo : Offerte par Émilie Devoe

D’autres ouvrages parus en 2020 à ne pas manquer (en ordre chronologique)
1. Sylvain Rivière, L’Acadie de A à Z(jeunesse), Éditions La Grande Marée, février 2020
2.Nadine Poirier, Amour interdit(jeunesse), Éditions de Mortagne, juin 2020
3.Sylvain Rivière, Les joueries du vent sur la mer(roman), Éditions La Grande Marée, juillet 2020
4.Orbie et Guylaine Guay, Clovis a peur des nuages(jeunesse), Éditions de la Bagnole, août 2020
5.Rhéa Dufresne et Thierry Manes, Le petit problème de Victor(jeunesse), Éditions Les 400 coups, août 2020
6.Marie-André Fallu, Cœur policier(biographie), Éditions de l’homme, septembre 2020
7.Anik Jean et François Thisdale, Nathan au pays des pirates(jeunesse), Éditions Édito, octobre 202

 

Les jardins de linge sale
Laurence Gagné (poésie)

72 pages, paru aux éditions Le lézard amoureux

Bien qu’il soit assez bref, trois lieux fort différents sont parvenus à se faire une place dans Les jardins de linge sale, ce petit recueil de poésie signé Laurence Gagné: la ville, la banlieue et la campagne. Les thèmes de l’exil, de l’éviction et du départ traversent ainsi ce recueil coup de poing lancé en septembre dernier à Québec.

«Les poèmes sont surtout composés d’un « je » et d’un « tu », représentant une conversation que l’on aurait avec soi-même. C’est comme si celle qui parle se demandait toujours si elle devait rester ou partir de là où elle se trouve. C’est une question qui hante le livre », explique la poétesse originaire de Carleton-sur-Mer. La Gaspésienne désormais expatriée à Montréal admet avoir elle-même mené une réflexion personnelle sur le sujet.

Avec son tout premier ouvrage, l’auteure de 25 ans dévoile au public le fruit de plusieurs années de travail: de la poésie complètement libre et inspirée de sa réalité présentée avec des textes concis. Son envie d’écrire de la poésie s’est imposée, explique-t-elle, au fil de ses nombreuses lectures. « C’est aussi devenu un peu naturel pour moi de noter des trucs entendus dans la vie de tous les jours, des choses que les gens disent. J’ai commencé à assembler ça en vers », résume celle qui œuvre notamment pour le compte des éditions Omri, à Montréal.

Selon la jeune femme, Les jardins de linge sale, qui frôle de près l’oralité, se veut « à la fois accessible et exigeant ». « Il y a quand même des trous à boucher pour le lecteur, je pense, sauf que linguistiquement, c’est super simple », mentionne-t-elle.


Laurence Gagné, photographiée lors du lancement de son recueil Les jardins de linge sale.
Photo : Gilles Gagné

La conquête du béluga
Maryse Goudreau (hybride)

100 pages, paru aux Éditions Escuminac

Examiner environ 17000 entrées d’archives, c’est le travail de moine qu’a effectué l’artiste multidisciplinaire Maryse Goudreau pour en arriver à La conquête du béluga, une œuvre hors du commun et inclassable se penchant sur 150 ans de discours parlementaires reliés à ce mammifère marin emblématique.

Pendant deux ans, la jeune femme résidant à Escuminac a littéralement «débroussaillé» tout ce qui s’est dit à la Chambre des communes relativement à la baleine blanche, devenue à la fois un emblème social, politique et écologique. «C’est tellement théâtral que je n’ai pas eu beaucoup de travail à faire. Ce sont déjà des acteurs nés, les gens qui prennent la parole en chambre!», commente l’artiste en riant.

Celle qui dit ressentir une sorte de magnétisme pour le a ainsi imbriqué les extraits choisis pour en faire une pièce de théâtre politique. Certains commentaires, lus en 2020, dépassent littéralement la fiction et témoignent d’une réelle évolution quant au sort réservé à ce spécimen. Les répliques sont entrecoupées de clichés d’allaitement de bélugas; la créatrice voulait ainsi faire un clin d’œil à la pouponnière de bélugas menacée par un projet de port industriel à Cacouna.

Maryse Goudreau, qui crée une archive dédiée au mammifère depuis2012, admet que son livre, lancé en juin dernier, peut créer une sorte de «choc culturel» en raison de sa singularité. Elle croit néanmoins que l’histoire du béluga, fort symbole pour elle de la cohabitation et du vivre ensemble, saura toucher la corde sensible de plusieurs.


Maryse Goudreau a récemment été sacrée artiste de l’année par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).
Photo : Anne-Marie Proulx

Lire la partie 2 de l’article par Roxanne Langlois

Lire la partie 3 de l’article par Olivier Béland-Côté

Mon corps, mes droitS!
Espace Gaspésie-Les Îles (jeunesse)

Mauvais secrets, touchers indésirables, surnoms ou gestes inappropriés: il peut s’avérer fort délicat et complexe pour un enseignant ou un parent d’aborder la question de la violence sexuelle avec un enfant. C’est pour répondre à ce besoin précis que l’équipe d’Espace Gaspésie-Les Îles a conçu et tout récemment lancé Mon corps, mes droits!

Le bouquin est autoédité par l’organisme communautaire, qui œuvre notamment en sensibilisation dans les établissements scolaires francophones et anglophones du territoire. Bien qu’il soit destiné aux trois à neuf ans, il se veut aussi un outil pour ceux appelés à devenir leurs alliés.

Espace Gaspésie-Les Îles espère d’ailleurs que l’œuvre rédigée à l’interne encouragera le jeune lecteur à s’affirmer en réponse à une situation qui le rend triste, mêlé ou en colère. « Si ça peut faire la différence dans la vie d’un seul enfant qui décide d’aller chercher de l’aide parce qu’il en entend parler pour la première fois et qu’il voit que ça peut arriver à d’autres enfants, ce serait déjà merveilleux », fait valoir Gabrielle Neveu, animatrice et intervenante pour l’organisme. Dans l’œuvre illustrée par Valérie Desrochers, quatre élèves bénéficient d’une activité spéciale portant sur leurs corps et leurs droits; ils sont ensuite confrontés à diverses situations fort différentes. Alors que Matéo est gêné par le fait que sa sœur tente de lui retirer sa serviette à la sortie du bain, Evelyn est affublée d’un surnom qu’elle n’apprécie pas. Kim, quant à elle, est confrontée à de l’exhibitionnisme dans un lieu public. Enfin, Charlie est agressée sexuellement par son grand-père. Chacun d’eux parviendra à appliquer les trucs appris et démontre au passage que la violence sexuelle peut prendre diverses formes.

Pour savoir comment vous procurer Mon corps, mes droits! ou en télécharger une version numérique gratuite, visitez le site www.espacesansviolence.org/gaspesielesile


Mon corps, mes droits! est destiné aux enfants de trois à neuf ans.
50 pages, autoédité
Photo : Roxanne Langlois

Cours, Ben, cours!
Philippe Garon (livre dont vous êtes le héros/jeunesse)

284 pages, paru aux Éditions Bouton d’or Acadie

Après avoir signé plusieurs œuvres destinées à un public adulte, voilà que Philippe Garon fait son entrée en littérature jeunesse. Cours, Ben, cours!, un livre dont vous êtes le héros, est déjà disponible en librairie.

Jeune, l’auteur résidant à Bonaventure ne lisait aucune œuvre de fiction jusqu’à ce qu’il découvre, vers 11 ou 12 ans, ces livres où les choix du lecteur ont une incidence sur le déroulement des péripéties. Une trentaine d’années plus tard, l’idée de revenir à ses premières lectures fait son chemin.

Boursier du Conseil des arts du Canada pour ce projet, le Gaspésien organise alors des ateliers d’improvisation en milieu scolaire et s’inspire de l’imaginaire des jeunes. Il jette ensuite les bases de Cours, Ben, cours!, l’histoire d’un petit garçon dont la ville est prise d’assaut par un énorme incendie et à qui les lecteurs devront prêter main-forte. De nombreux personnages étranges seront rencontrés au cours de ses aventures, relatées par une corneille albinos. Il n’y a là aucun hasard, puisque le thème de la différence en est un que l’auteur voulait précisément aborder dans cette œuvre où la fantaisie et le merveilleux prennent leurs aises.

Or, en cours de rédaction, celui qui se considère comme un «généraliste des arts littéraires» manque de carburant; il contacte alors son amie Sonia Cotten, rencontrée au Festival de poésie de Caraquet il y a de nombreuses années. Ils termineront ensemble, à quatre mains, d’écrire ce roman interactif dans lequel plusieurs chemins différents mènent à une même fin. «Sur le plan artistique, ça a été très stimulant pour l’imaginaire. D’un point de vue technique, c’est ce que j’ai eu de plus complexe à écrire jusqu’à maintenant», admet l’auteur.


L’auteur Philippe Garon s’était jusqu’ici exclusivement adressé à un public adulte dans ses œuvres.
Photo : Gracieuseté  de Leonard Jordan

 

Journal de Charles Robin: Son emploi du temps jour après jour 1767-1774
Sylvain Rivière (Essai)


292 pages, publié aux Éditions GID

Charles Robin a laissé sa marque dans l’histoire gaspésienne, voire canadienne, en raison du quasi-monopole qu’il a érigé autour du lucratif commerce de la morue séchée et dont il a installé le cœur des opérations à Paspébiac. On l’a souvent dépeint comme un homme d’affaires rusé et cupide qui n’a pas hésité, pour parvenir à ses fins, à exploiter des générations de pêcheurs.

Si le prolifique auteur Sylvain Rivière a notamment exploré cette vision du Jersiais dans La belle embarquée(2018),c’est une autre facette du personnage qu’il offre cette fois au lecteur avec Journal de Charles Robin: Son emploi du temps jour après jour 1767-1774. En fait, avec cette traduction des réels écrits de l’homme d’affaires, il laisse le soin à celui qui deviendra le dirigeant de la Charles Robin and Company de lui-même se raconter. Le lecteur qui entreprendra un voyage dans le temps aux côtés de Charles Robin aura ainsi l’occasion de découvrir l’homme autrement. « Qu’on le veuille ou non, on se rend compte qu’il était un aventurier », lance l’écrivain qui cumule à ce jour 40 ans de métier.

Ce journal, véritable pièce d’ethnologie consignée avec précision, se veut en quelque sorte le témoin d’un segment de l’histoire moins connu, c’est-à-dire la genèse de ce qui sera ensuite surnommé l’Empire Robin. L’œuvre, qui a été traduite de façon épisodique, «au hasard des ans», a été lancée en septembre dernier et est déjà disponible en librairie.


Après avoir longtemps vécu aux Îles-de-la-Madeleine, Sylvain Rivière réside désormais à Maria.
Photo : Gracieuseté de Réal Bergeron

Lire la partie 1 de l’article par Roxanne Langlois

Lire la partie 3 de l’article par Olivier Béland-Côté

Le 16 mars dernier, mon beau parcours scolaire, mes années d’expérience, mes contacts et ledit CV ont littéralement pris le bord. Comme vous, peut-être, j’ai reçu un appel logé par mon supérieur immédiat: j’étais mise à pied pour une période indéterminée. Les revenus publicitaires de l’hebdomadaire qui m’employait avaient chuté dramatiquement et on ne savait rien de la suite. J’ai été mise sur le banc, et ce, à l’aube de ce qui s’annonçait être une joute historique qui requérait plus que jamais mes compétences. J’aurais dû être essentielle, mais je suis, du jour au lendemain, devenue inutile. Les gradins, où j’ai été reléguée en spectatrice, m’ont attendue dès le jour deux de la pandémie. Ouch !

Si on devait me rappeler au travail en septembre, j’en suis venue, après trois mois d’arrêt, à avoir peur de ne plus jamais être payée pour faire ce que j’aime le plus : écrire. Je me revois d’ailleurs, un jour de mai, à pleurer sur mon sort derrière le volant de mon Accent, stationnée en bordure de la 132 dans un orage terrible. De la grande tragédie covidienne! Et puis, quelques jours plus tard, sans s’annoncer, le déclic s’est opéré : je me suis secouée. La crainte fait parfois surgir de bons plans B. Mieux : elle pousse à se revirer sur un dix cennes.

J’ai dégoté un emploi d’été dans un restaurant de Carleton-sur-Mer. À moi, la jeune femme de 32 ans qui n’avait accueilli personne ni servi quoi que ce soit en dix ans, on a offert un poste d’hôtesse/serveuse dans une immense salle à manger. J’ai saisi l’opportunité, me disant qu’elle m’apporterait quelques mois à l’abri des soucis financiers, en plus des moments complices avec les touristes. J’ai largué mon PCU et j’ai renoué avec Maître D.

J’ai assimilé et joué mon nouveau rôle le mieux possible, sans accroc, jusqu’à ce que, un jour de juillet, je frappe un nœud : le premier ministre du Québec est débarqué dans ma ville, sur la terrasse même du restaurant m’employant. Mes ex-collègues ont afflué, à l’extérieur, leur micro en main; moi, la journaliste devenue hôtesse/serveuse, je les regardais arriver du deuxième… en lavant une table. Je dois vous l’avouer, cette journée-là, j’ai avalé de travers. J’ai eu des larmes aux yeux quand la serveuse du matin, une femme épatante que j’ai adorée dès la première seconde, m’a demandé comment je me sentais. La vérité, c’est que j’étais infiniment triste. Ce matin-là, j’ai serré les dents, j’ai fini mon shift et j’ai dépunché, me répétant que j’étais chanceuse d’être en santé et de travailler. Que la COVID-19
avait bousillé un nombre effarant de vies et de quotidiens, qu’elle n’avait pas seulement mis ma carrière sur pause. Cette anecdote m’a confirmé combien j’aime mon métier et combien j’espérais le pratiquer à nouveau.

L’été 2020, quant à lui, m’aura apporté bien plus qu’un emploi temporaire; il m’aura fait vivre une incursion inattendue dans ce monde extrêmement exigeant qu’est la restauration. Il m’a aussi fait réaliser que ceux qui y travaillent sont des forces de la nature. Moi, l’intello qui passait auparavant ses journées à pianoter sur son clavier, j’avais l’impression de sortir, à quatre pattes, d’une exténuante campagne électorale de 33 jours après chaque service du déjeuner. Mes mains étaient un mélange de Purell et de sirop d’érable qui ne retenait que l’infâme odeur du premier et la texture du second. La nuit, dans mes rêves, je continuais à jongler avec des deux-œufs-tournés-bacon-painblanc-sans-beurre et des crêpes chocobananes.

Tout au long de l’été, j’ai vu des bus-boys et bus-girls aux lunettes protectrices embuées débarrasser des milliers de tables, des hôtesses garder leur calme quand des groupes de dix convives débarquaient sans réservation et des cuisiniers reprendre leur souffle derrière « la passe » sur laquelle s’accumulaient les assiettes. J’y ai rencontré des gens heureux de rentrer au travail après le confinement, en dépit des circonstances et du masque devenu obligatoire. J’ai vu des employés blaguer en essuyant des verres et se raconter leur soirée en roulant les ustensiles dans des napkins après le départ des derniers clients. J’y ai rencontré de beaux êtres humains qui faisaient leur travail de leur mieux. Pour vous. Souvent, malgré vous. Mais ce qui m’aura le plus marqué… ce sont elles.

Ces superwomen

Vous vous êtes déjà dit à quel point les serveuses font la belle vie? Que leur job est facile? Que n’importe qui arriverait à en faire autant ? Oui ? Alors il est peut-être temps de vous détromper… ou mieux, de goûter vous même à l’expérience du rush de la semaine de la construction. Ces femmes, je peux maintenant en témoigner, méritent chaque parcelle du pourboire que vous laissez à regret en quittant et que vous calculez presque au sou près, bien trop souvent.

Être serveuse, c’est définitivement plus que de prendre des commandes et de les apporter aux tables : c’est être autodidacte dans l’art de veiller au bonheur des clients et sur leurs bons moments. C’est gérer perpétuellement la pression, hiérarchiser les priorités, conjuguer avec les mille et une requêtes et demandes spéciales, ne pas broncher quand votre enfant change d’idée pour la cinquième fois, se brûler sur les assiettes, arpenter 1000 fois la salle à manger, débarrasser les tables et les nettoyer à la fin du shift… et ce, tout en gardant le sourire. Même quand certains clients (une minorité, heureusement) regardent leur serveuse comme si elle était Dobby, l’elfe de maison dans Harry Potter. Même si, se clamant pourtant en vacances, ils ne peuvent visiblement pas se payer cet incroyable luxe d’attendre cinq minutes. Ah, oui! Et même quand les mercis et les s’il-vous-plaît semblent ne jamais avoir été
inventés.

Être serveuse, avec la longue liste de tâches connexes que ça implique, c’est bien loin d’être donné à tout le monde. Je ne suis pas gênée de l’admettre: c’est mille fois plus difficile que de couvrir un point de presse de François Legault. C’est une vocation, une profession noble et clairement sous-estimée qui mérite beaucoup plus que 15% de votre gratitude.

J’ai essayé très fort, cet été. J’ai tout donné, vraiment. Malgré cela, je n’ai pas été la meilleure des serveuses. Je peux toutefois vous dire une chose: je suis un meilleur être humain aujourd’hui grâce à cet été 2020 et je serai dorénavant une bien meilleure cliente. Grâce à ces serveuses masquées.

J’ai aussi retiré de cette expérience estivale une leçon qu’il me fait plaisir d’humblement partager avec vous alors que je retourne devant mon clavier: la façon dont vous traitez celle qui vous sert en dira toujours extrêmement long sur la personne que vous êtes. Et ce, pas seulement à table.

L’accomplissement d’un rêve

Normand Canuel était candidat à la maîtrise en histoire, à l’Université Laval, et rêvait déjà de lancer un journal. Étant un amoureux de culture et un lecteur assidu du Mouton Noir et du Voir, il l’imaginait non seulement culturel, mais aussi indépendant. C’est de cette étincelle et d’une conviction inébranlable qu’est né GRAFFICI.

S’il avait à l’époque rencontré le directeur du Voir Québec, qui avait émis un sérieux doute quant à la viabilité d’un média indépendant en Gaspésie, l’homme originaire de la Montérégie ne s’est pas laissé abattre, bien au contraire. Alors qu’il réside en région, plusieurs années plus tard, il partage son idée avec une nouvelle connaissance, comme lui mordue d’histoire : il s’agit de Pascal Alain. La rencontre des deux hommes, supportés par Mélanie Cotnoir, donnera des ailes à l’initiative.

Étant à la base un média culturel, GRAFFICI vise d’abord et avant tout, lors de sa création, à offrir une vitrine aux artistes gaspésiens de tout acabit et à se distinguer de ce que font les médias traditionnels appartenant à de gros groupes de presse. Il naît dans une période où la morosité économique prend toute la place. Si Normand Canuel prend plaisir à mener des entrevues et à rédiger des textes, il aura surtout le mandat de vendre les espaces publicitaires aux potentiels clients, un rôle qu’il a en quelque sorte improvisé. «Moi, je ne suis pas un vendeur né… donc, il a fallu que je le devienne!», lance-t-il en riant en entrevue.

Convaincu de la valeur de son projet, il se rend à plusieurs occasions à Gaspé, lors des premiers pas du journal. Il multiplie alors les rencontres de représentation auprès des élus et des acteurs économiques de l’époque afin de dénicher de quoi assurer la survie de la publication. M. Canuel profite alors de l’étroite collaboration, dans sa quête, de l’ex-journaliste Thierry Haroun. Si le tandem réussit contre vents et marées à dénicher des montants intéressants et à convaincre ceux qui détiennent les cordons de la bourse de les délier en faveur de GRAFFICI, leur entreprise ne fut pas de tout repos. «On ne nous prenait pas du tout au sérieux. Ils ont été sceptiques assez longtemps», admet sans réserve le cofondateur. Le fait que GRAFFICI ait reçu un prix de l’Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ), en 2002, aura à son avis contribué à faire renverser la vapeur.

Normand Canuel quittera la coopérative après trois ans, mais continue aujourd’hui de suivre le GRAFFICI à distance; d’ailleurs, il se plaît toujours autant à lire les écrits de son frère d’armes, Pascal Alain. Établi à Granby, son patelin d’origine, il est d’ailleurs extrêmement heureux de voir le journal qu’il a cofondé franchir la barre des 20 ans.

«Je n’aurais jamais cru ça! C’est au-delà de mes espérances. C’est fabuleux! Il y a des gens qui se sont intégrés à l’équipe et qui ont adopté le journal au fil des ans et ce sont des gens de conviction. S’ils n’avaient pas été convaincus, le journal serait tombé», estime-t-il. En toute modestie, le sexagénaire admet avoir eu une très grande force qui fut des plus utiles au lancement et à la pérennité du journal: celle de s’entourer de gens talentueux.

Celui qui à l’époque, a œuvré au Conseil de la culture de la Gaspésie et a chapeauté la Braderie de Bonaventure se dit aujourd’hui fier d’avoir réalisé un rêve qui continue de vivre, d’évoluer; un média qui fait toujours rayonner la Gaspésie, et ce, même après son départ de la région.

Merci, Normand, d’avoir eu l’audace d’aller au bout de ton projet!


Photos : archives personnelles de Normand Canuel

 

Un lien qui transcende les décennies

«C’est plus fort que moi»: voilà comment Pascal Alain résume l’attachement qu’il porte au journal. Membre fondateur de ce qui était à l’époque un mensuel, maniaque de culture et de presse indépendante, l’historien bien connu en région prête encore à ce jour fréquemment sa plume à GRAFFICI… Et espérons qu’il n’est pas près de tirer
sa révérence!

Si l’homme originaire de Carleton-sur-Mer avoue avoir grandi avec un crayon dans les mains, c’est à GRAFFICI qu’il fait ses premières armes en presse écrite. Approché par Normand Canuel et ayant déjà en poche un baccalauréat en histoire, le Gaspésien, qui étudiera également à la maîtrise en développement régional, n’hésite pas à s’engager dans le projet de ce dernier. Il vient alors tout juste de revenir en région après ses études et partage son calendrier professionnel entre la Corporation du Mont-Saint-Joseph de Carleton-sur-Mer et le Musée acadien du Québec à Bonaventure.

Si les cofondateurs s’investissent à différents niveaux et n’ont d’autre choix que «d’apprendre sur le tas», c’est à la rédaction que le jeune homme de 25 ans de l’époque fera le plus sa marque. «Dans les premiers temps, je rédigeais la moitié du journal, ou à peu près. Parfois, c’était 60%! Je me souviens d’avoir dit à la gang que les gens allaient devenir tannés de me lire, que ça prenait d’autres plumes», se remémore-t-il.

On compte sur les doigts d’une ou de deux mains, parmi les 225 publiées à ce jour, les éditions auxquelles le chroniqueur n’a pas collaboré. Son inconditionnelle passion pour les mots ne se limite évidemment pas à GRAFFICI, puisque Pascal Alain, devenu également auteur, a notamment signé trois ouvrages entre 2017 et 2019, tous publiés aux Éditions GID.

Des anecdotes et des souvenirs en lien avec GRAFFICI, Pascal Alain en possède à la tonne; il les énumère en entrevue. Si son sourire s’entend sur la ligne téléphonique lorsqu’il les évoque, le cofondateur avoue néanmoins au passage que les balbutiements du média ont été fort exigeants. «Sur les photos, on a l’air cool et relax. On l’était, oui, mais on était surtout, souvent, morts de fatigue! En même temps, je ne me suis rarement senti aussi vivant qu’au GRAFFICI… À bien y penser, c’est peut-être ça, être un mort vivant! », blague l’homme de 46 ans.

À cette époque, il se souvient d’avoir, aux côtés de ses collègues et de valeureux bénévoles, abattu des semaines de travail de 60 à 70 heures. Il a même personnellement défrayé les coûts d’impression d’éditions déficitaires. S’il a contribué à bâtir le GRAFFICI tel qu’on le connaît, M. Alain fait valoir que ce dernier l’a aussi, en retour, « construit ». C’est un peu, révèle-t-il, grâce au journal qu’il a mieux connu la péninsule et qu’il a rapidement souhaité ne plus jamais la quitter.

« J’étais un gars de lettres, je n’étais pas bûcheron, ni pêcheur, ni mineur. Je pensais que ma place n’était pas ici. Quand on a lancé le journal, j’ai réalisé que ça me ressemblait, cette entreprise-là. GRAFFICI m’a sans aucun doute enraciné dans le pays gaspésien. Il m’a fait prendre conscience que ma place était ici, que la Gaspésie avait besoin de moi et que je devais m’impliquer, m’investir. »

M. Alain a quitté la barre du GRAFFICI après trois ans. Il a toutefois ensuite siégé comme administrateur de l’organisme jusqu’en 2010; il était d’ailleurs, au moment d’écrire ces lignes, de retour au sein du conseil d’administration depuis peu. Quoiqu’il advienne, l’historien n’a jamais cessé d’œuvrer pour la pérennité du journal et d’espérer, pour lui, un avenir florissant. «Chaque fois que GRAFFICI a piqué du nez ou a connu des crises, ma plus grande peur, c’était de le voir disparaître. J’angoissais à cette idée-là, même lorsque je n’étais plus concrètement dans l’équipe. »

Celui qui est désormais directeur des loisirs, de la culture et de la vie communautaire pour la Ville de Carleton-sur-Mer juge que GRAFFICI a toujours sa raison d’être 20 ans plus tard. Le média continue de réfléchir la Gaspésie et de proposer un contenu rigoureux et des articles fouillés, ce qui fait la grande fierté de l’écrivain.

Merci, Pascal, de continuer, 20 ans plus tard, à écrire l’histoire de GRAFFICI!


Photos : 1-fournie par Pascal Alain, 2-Roxanne Langlois

 

Une naissance… intense!

Mettre au monde GRAFFICI ne fut pas une tâche facile, Mélanie Cotnoir peut en témoigner. Ayant quitté le navire après la toute première édition, au bout du rouleau, la cofondatrice aborde désormais sereinement et avec humour cette période mouvementée. Elle raconte même des anecdotes avec enthousiasme, admettant avoir appris de cette « immense expérience de vie ».

Celle qui a contribué à mettre sur pied le journal indépendant se connaît désormais beaucoup mieux grâce à celui-ci. Si la quantité de travail abattu et les innombrables heures investies dans le projet ont eu raison de sa santé et de sa participation à ce qui était alors un mensuel, la principale intéressée, extrêmement perfectionniste, aura appris à ralentir par la suite. Chargée du graphisme, celle-ci participait aussi notamment à la rédaction, au démarchage des collaborateurs et à leur gestion. Mélanie Cotnoir n’avait pas à ramener du travail à la maison puisque celui-ci s’y était littéralement fait un nid. « Le quartier général du GRAFFICI, c’était chez moi », se rappelle-telle en riant.

Comme ses compatriotes de l’époque, celle qui œuvrait alors en arts visuels en plus de faire de la musique ne pourra oublier cette intense période qui a précédé le lancement du premier numéro: « J’étais vraiment dedans. Je pouvais passer dix, vingt heures à monter une publicité. Je scannais du papier sablé pour faire un fond de plage à ma pub! Je déjeunais, je dînais et je soupais devant mon ordi. ».

L’artiste, qui a notamment étudié en Arts et lettres, est heureuse de voir qu’autant de personnes apportent désormais de l’eau au moulin de l’organisme sans but lucratif. «Ça prend beaucoup de gens pour porter un projet. Tu as beau avoir les capacités, toute la volonté du monde et la motivation, il faut vraiment s’entourer de nombreux collaborateurs. C’est ce que c’est devenu, GRAFFICI, et c’est génial! Ça ne peut pas reposer sur les épaules de deux ou trois personnes », fait valoir celle qui est désormais en pleine forme.

GRAFFICI ne fut pas la seule cause qu’a épousée la dame originaire de la Rive-Sud de Montréal. Au début des années 2000, elle sera aussi engagée de près dans le mouvement de contestation déployé contre la construction d’un incinérateur de Bennett Environmental à Belledune, au Nouveau-Brunswick. Les demi-mesures n’étant pas la spécialité de Mélanie Cotnoir, elle s’est ainsi « engagée à fond» dans la protestation.

Celle-ci parle encore à ce jour avec émotion du projet, plus tard abandonné par l’entreprise. « Ça aurait vraiment détruit la baie des Chaleurs. Ça n’avait aucun bon sens! Belledune était déjà, si je me souviens bien, la septième ville la plus polluée au Canada. On aurait dit qu’ils (les responsables du projet) visaient la première place! », se remémore-t-elle.

Âgée de 43 ans, Mme Cotnoir réside désormais à Québec, où elle entamera cet automne une nouvelle étape déterminante pour elle : une formation en dessin de bâtiment. Si elle a quitté la Gaspésie il y a environ 15 ans, elle y est revenue à de nombreuses occasions depuis, notamment pour y offrir des prestations musicales. Celle qui a d’ailleurs produit un album se réjouit à l’idée de voir le journal indépendant toujours aussi vivant: «C’est fou! Je suis à la fois fière et admirative du bébé que l’on a mis au monde, mais aussi de la Gaspésie et de la gang qui a su par la suite porter le projet. Ça veut dire qu’on ne s’était pas trompés, que ça prenait vraiment un journal comme celui-là».

Merci, Mélanie, d’avoir mis tout ton cœur et ton énergie dans les balbutiements de GRAFFICI!


Photos : archives personnelles de Mélanie Cotnoir

 

Apprendre à rebondir

Françoise Leblanc Perreault débarque dans le paysage de GRAFFICI tout juste après le lancement du premier numéro, en remplacement de Mélanie Cotnoir. La jeune femme était avide de défis et avait un talent indéniable pour la résolution de casse-têtes : elle avait absolument la tête de l’emploi!

Déjà détentrice d’un baccalauréat en science politique, l’étudiante est candidate à la maîtrise en relations internationales, en 2000, lorsqu’elle revient dans sa Gaspésie natale, le temps d’un été. Elle rentre alors d’un éreintant voyage de six mois en Israël et en Palestine, dont le conflit est le sujet du mémoire qu’elle rédige à ce moment.

Si elle admet que revenir s’installer sur la péninsule sur une base permanente ne faisait alors pas du tout partie de ses plans, son conjoint, né à Paris, tombe sous le charme de la mer et de l’endroit: l’idée fait donc son chemin dans la tête de l’universitaire originaire de Carletonsur-Mer. Au même moment, une place est vacante au sein du noyau de base du GRAFFICI; le mandat du poste est plutôt large et… très peu défini! « Je me souviens, Normand et Pascal m’avaient convoquée en entrevue chez Pascal, autour de sa table de cuisine avec sa nappe fleurie. Ils buvaient une bière ! », raconte Mme Leblanc Perreault en riant.

Cet épisode loufoque constituera le point de départ d’une riche contribution qui durera environ six ans. Principalement responsable de l’administration, la nouvelle venue, charmée par le projet et la cause, sera également amenée à effectuer la mise en page de plusieurs numéros. Aux côtés de ses deux collègues, la recrue s’investira sans compter, allant même jusqu’à prendre la direction du journal après leur départ. « Les trois, on était là-dedans à fond. C’était notre vie… au grand désespoir de mon chum, des fois ! Je passais beaucoup plus de temps avec Pascal qu’avec lui! », se remémore-t-elle avant de s’esclaffer.

Françoise Leblanc Perreault passera finalement le flambeau en 2006; elle met alors le cap vers la Fondation communautaire Gaspésie-Les Îles, dont elle devient la directrice. Elle œuvre depuis 2009 pour le Cégep de la Gaspésie et des Îles, où elle assure actuellement le poste de directrice adjointe des études. Avec du recul, la gestionnaire estime avoir appris à rebondir au sein de l’équipe de GRAFFICI. « J’ai toujours aimé les affaires un peu
compliquées et difficiles et j’ai été bien servie à GRAFFICI. […] J’ai développé des compétences dans toutes sortes de choses, mais ce qui me sert le plus aujourd’hui dans mon travail, c’est ma capacité à résoudre des problèmes », explique la dame désormais âgée de 44 ans.

GRAFFICI a surmonté bon nombre de difficultés; chaque année a en effet, selon Mme Leblanc Perreault, comporté sa part d’obstacles à contourner et de solutions à inventer. Si le mensuel d’alors a su garder la tête hors de l’eau malgré tout, son ex-directrice est bien loin d’en prendre le crédit. GRAFFICI a bel et bien été sauvé, en 2001, mais c’est à ses yeux par un tout nouveau bénévole qu’il l’a été. Sa distribution constitue alors un problème qui compromet sa survie.

«On n’avait plus de solution! On n’avait pas d’argent pour faire la distribution, on avait brûlé plein de bénévoles et même scrapé des chars pour la faire. […] Dans ma tête, moi, j’étais prête à ce que le journal cesse ses activités, parce qu’on était devant un mur », relate-t-elle.

L’inattendu survient toutefois lors d’une assemblée générale annuelle durant laquelle est exposée la problématique. L’auditoire ne compte alors qu’un seul étranger parmi les collaborateurs et partenaires qui gravitent autour du journal: il s’appelle Camille Leduc. « Il a levé la main en disant qu’il allait le distribuer, le journal. Et il l’a fait! À ses frais et avec son char! Je ne pourrais pas dire pendant combien d’années ça a duré, mais il n’a pas manqué un seul mois», souligne Mme Leblanc Perreault.

Merci, Françoise, pour ta résilience et les innombrables solutions apportées au fil des ans !

Photos : archives personnelles de Françoise Perreault

Lire la partie 2: Des faits intéressants

Lire la partie 3: Quelques anecdotes

Lire d’autres anecdotes

Possibilité d’appel

L’une ou l’autre des parties jugeant que le tribunal a commis une erreur peut, selon certaines dispositions de la loi, s’adresser à un tribunal d’instance supérieure pour porter la cause en appel. Ce nouveau processus portera exclusivement sur ce qui a été présenté au premier juge. Si l’une des parties juge ensuite qu’une erreur persiste, elle pourra déposer une requête afin d’être entendue par la Cour suprême du Canada; celle-ci accepte néanmoins d’entendre un nombre très limité de causes.

Combien de temps?

Combien de temps le processus judiciaire est-il appelé à durer ? En matière criminelle, les délais dépendent, entre autres, du district judiciaire dans lequel vous portez plainte. « Les districts de Bonaventure et de Gaspé sont des districts qui sont reconnus, au Québec, comme ayant des délais relativement courts. Ce ne sont pas des districts qui s’apparentent à ceux de Montréal dans lesquels, par exemple, on a eu des problématiques avec l’arrêt Jordan », résume Me Frappier-Routhier. La procureure fait ainsi référence à une décision de 2016 qui fixe le délai maximal pouvant s’écouler entre le dépôt d’une accusation et la tenue d’un procès. Avant la pandémie, cette dernière estimait que ce délai pouvait s’étendre de six à 15 mois dans le district de Bonaventure, et ce, à partir du dépôt des accusations. « Ce sont des estimations qui sont excessivement difficiles à chiffrer parce que toutes sortes de choses peuvent survenir dans le processus », tient néanmoins à préciser la procureure.

Qu’est-ce qu’une agression à caractère sexuel?

Si vous croyez qu’une agression sexuelle se limite à un viol ou à de l’inceste, sachez que vous faites fausse route. Ce qu’il convient d’appeler une agression à caractère sexuel constitue en fait, beaucoup plus largement, un acte de domination ou d’obligation de nature sexuelle posé contre la volonté d’une personne. En plus d’un rapport sexuel sans consentement, on peut aussi, par exemple, parler de…

-Harcèlement sexuel, incluant celui effectué sur le Web
-Frotteurisme
-Attouchements
-Appels obscènes
-Voyeurisme

Source : CALACS La Bôme Gaspésie

Trois degrés de gravité

Le Code criminel dicte quant à lui qu’une infraction d’agression sexuelle comporte trois degrés de gravité.

1. Agression sexuelle simple (Art. 271)

Tout contact physique de nature sexuelle posé sans le consentement préalable de la personne, des attouchements à la relation sexuelle complète.

2. Agression sexuelle armée (Art. 272)

À ce deuxième niveau, « l’agresseur porte, utilise ou menace d’utiliser une arme ou une imitation d’arme; menace d’infliger des blessures à une personne autre que la victime; inflige des blessures (lésions) corporelles à la victime ». Il peut aussi s’agit de « plusieurs personnes (qui) commettent une agression sexuelle sur la même personne».

3. Agression sexuelle grave (Art. 273)

À ce troisième niveau, la victime a été, lors de l’agression sexuelle, « blessée, mutilée, défigurée ou encore sa vie a été mise en danger par l’agresseur »

Source : Institut national de santé publique du Québec.

Lire le premier article

Obtenir justice en portant plainte contre son agresseur: ABC du processus

1. Plainte aux policiers

La première étape est de déposer une plainte à la police. Le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) La Bôme Gaspésie peut vous accompagner si vous ne souhaitez pas rencontrer seul(e) un membre de la brigade. Le corps policier peut également s’adapter à différents niveaux afin de mieux répondre à vos besoins, par exemple en vous rencontrant à votre domicile ou dans un lieu de votre choix. Un terrain neutre peut également être proposé, par exemple le palais de justice ou le bureau du CALACS. « Si la victime demande de rencontrer une policière, ce sera une policière. Les gens qui vont la rencontrer, ce sont la plupart du temps des spécialistes, des gens qui sont formés au niveau des agressions sexuelles », fait valoir le sergent Benoit Richard, chef d’équipe à la prévention pour la Sûreté du Québec (SQ).

Les policiers feront à ce moment les premières constatations, c’est-à-dire que le rapport sera entamé. On vérifiera que vous avez autour de vous des gens pour vous soutenir. Les autorités s’assureront aussi, si les événements sont récents et commandent des soins, de vous rediriger vers des professionnels de la santé. «Dans le cas d’une agression sexuelle où il y a eu pénétration ou des attouchements plus soutenus qui ont mené à des blessures physiques visibles, on va aussi demander qu’un médecin procède au prélèvement de la trousse médico-légale dans le but d’aller chercher une preuve supplémentaire », explique M. Richard, précisant qu’il peut, par exemple, s’agir d’ADN. Règle générale, il est commun qu’au moins une deuxième rencontre ait lieu avec les policiers; celle-ci peut d’ailleurs être filmée, afin d’éviter que vous ayez à témoigner à plusieurs reprises dans le cadre de l’enquête.

2. Enquête policière

En fonction de divers éléments, l’enquête policière peut durer plusieurs semaines, mais également des mois, voire des années; durant celle-ci, les enquêteurs chercheront à corroborer les faits que vous avez mis de l’avant. Afin d’appuyer vos dires, ils tenteront de récolter tous les éléments leur permettant de prouver hors de tout doute raisonnable que les gestes reprochés ont bien été commis. S’ils sont en mesure d’identifier votre agresseur, celui-ci sera rencontré. Celui-ci pourra, s’il le désire, effectuer une déclaration. « Souvent, les avocats vont dire à leur client de ne pas en faire, mais ils ont le droit d’en faire une. Ça peut arriver qu’on ait un aveu spontané […] », mentionne Benoit Richard. «On a beau faire une enquête, parfois, il peut arriver qu’on ne retrouve pas l’agresseur. Ça peut arriver, aussi, qu’il soit décédé », nuance-t-il néanmoins.

Aucun délai de prescription n’est en vigueur dans un cas d’agression sexuelle. Si les autorités policières n’obtiennent pas de quoi procéder dans votre dossier, par exemple si l’ADN décelé ne possède aucune concordance dans la banque de données génétiques utilisée par la SQ, cela ne signifie pas qu’aucun dénouement ne surviendra. « Si un jour cet ADN-là apparaît, le dossier va se réactiver automatiquement. Un dossier demeure actif tant qu’il n’est pas réglé », rappelle le sergent Richard.

3. Rencontre avec un procureur

Votre dossier sera ensuite acheminé au bureau des procureurs de votre district judiciaire; ceux-ci prendront alors connaissance de l’ensemble des documents et des preuves s’y retrouvant. Avant d’autoriser la judiciarisation de l’affaire, ceux-ci prendront le temps de vous rencontrer; on vous expliquera, entre autres, le processus qui suivra. «C’est une priorité qui découle notamment du contexte de #MoiAussi. Il y a eu une prise de conscience et c’est quelque chose que l’on fait spécifiquement avec les victimes d’actes sexuels », explique d’emblée la aux poursuites criminelles et pénales au bureau de New Carlisle du district de Bonaventure, Me Florence Frappier-Routhier. Celle-ci précise que ces cas sont empreints d’une grande charge émotive; ce ou ces rendez-vous auront ainsi lieu, au besoin, en présence de personnes en mesure de vous supporter, que l’on parle de policiers, d’un représentant du CALACS ou du Centre d’aide aux victimes d’acte criminel (CAVAC)

4. Autorisation de dénonciation, arrestation et comparution

Si la Direction des poursuites criminelles et pénales n’autorise pas la dénonciation, le dossier sera fermé. Si elle va de l’avant, des accusations formelles seront portées contre votre agresseur et celui-ci pourrait être arrêté; c’est lors de sa comparution en cour qu’on exposera les accusations. Ce qui est appelé le dossier de divulgation, c’est-à-dire les preuves détenues contre lui, lui sera remis afin qu’il puisse préparer sa défense avec son propre avocat. Il devra également, lors de sa comparution ou ultérieurement, inscrire son plaidoyer, c’est-à-dire plaider coupable ou non-coupable. S’il plaide coupable, sa peine sera divulguée immédiatement ou lors d’une autre séance; aucun procès n’aura donc lieu. S’il plaide non coupable, le processus menant à un procès s’enclenchera. Celui-ci pourrait se tenir devant un juge et jury en Cour supérieure ou devant un juge seul de la Cour du Québec.

Une audience de remise en liberté peut aussi avoir lieu, par exemple si l’accusé demeure détenu et que la poursuite ne veut pas qu’il soit libéré avant le procès et pendant celui-ci. La sécurité de la victime sera prise en compte par le juge au moment de rendre cette décision; des mesures sont d’ailleurs prévues à cet effet. «On peut émettre une ordonnance pour s’assurer que l’accusé ne puisse pas entrer en contact avec la victime pendant l’ensemble du processus si la victime a peur d’une récidive ou si elle craint la personne », précise Me Frappier-Routhier.

5. Enquête préliminaire (si applicable)

En vertu d’une disposition du projet de loi fédéral C-75, seules les infractions par voie d’acte criminel passibles d’une peine d’emprisonnement maximale de 14 ans et plus font désormais l’objet d’une enquête préliminaire, c’est-à-dire une audience visant à déterminer s’il y a matière à poursuite. Celle-ci vise généralement à éviter qu’un procès soit entamé si les preuves sont insuffisantes; en pareil cas, les accusations pourraient être rejetées à cette étape.

L’enquête préliminaire est devenue de nos jours beaucoup moins fréquente pour des crimes de nature sexuelle puisque la peine maximale reliée à une agression sexuelle simple (voir l’encadré Trois degrés de gravité) est de dix ans. «Toutefois, si l’agression sexuelle est incluse avec une introduction par effraction dans une maison d’habitation, là, on pourrait avoir une enquête préliminaire parce que ce crime-là est passible d’une peine maximale d’emprisonnement de 14 ans », nuance la procureure gaspésienne. Si une enquête préliminaire est tenue et que les preuves sont jugées suffisantes lors de cette étape, l’accusé sera cité à procès.

6. Procès

Dans le cas où votre version des faits et celle de votre agresseur seraient contradictoires, le juge devra déterminer si l’accusé est cru; sinon, il cherchera à vérifier si sa défense soulève un doute. Enfin, il devra statuer à savoir si la poursuite a, oui ou non, prouvé l’infraction alléguée, et ce, hors de tout doute raisonnable. «Ce n’est pas parce qu’on a un dossier avec des versions contradictoires que ce sera un échec. Ce n’est pas une fin de non-recevoir », fait valoir Me Frappier-Routhier, qui assure que les victimes sont traitées avec un grand respect par la cour.

Vous serez appelé(e) à témoigner contre votre agresseur au tribunal lors du procès; vous ne serez toutefois pas laissé(e) à vous-même, renchérit-elle: «On tente, nous les procureurs, d’alléger le fardeau des victimes. Notre travail, c’est de faire en sorte que leur histoire, avec tous ses détails, soit entendue. La victime est donc préparée et soutenue en vue de cette étape par le procureur, mais aussi par le CAVAC, un organisme clé». Il est également possible que l’avocat de l’accusé vous contre-interroge.

Précisons par ailleurs qu’une victime mineure racontera son histoire par télé-témoignage à partir d’une autre pièce du palais de justice. «Elle ne sera jamais en contact avec son agresseur », ajoute la juriste. Suivant certains paramètres, la cour peut également autoriser l’utilisation d’un paravent afin d’éviter un contact visuel entre vous et votre agresseur. Des dispositions sont aussi prises afin de garantir votre anonymat dans les médias, et ce, même si vous êtes majeur(e). «Les procureurs demandent d’office que le nom et tout renseignement qui pourrait mener à l’identification de la victime soient frappés d’un interdit de publication et ce, tout au long du processus », vulgarise Me Frappier-Routhier.

7. Verdict de culpabilité et sentence

Au terme du procès, le juge (ou le jury) rendra sa décision quant à la culpabilité de l’accusé. S’il est déclaré non-coupable, le processus judiciaire prendra fin. Si celui-ci est déclaré coupable, le magistrat devra alors se prononcer sur la peine d’incarcération de votre agresseur. Celle-ci sera la plupart du temps rendue dans le cadre d’une séance ultérieure afin qu’un rapport présentenciel puisse être préparé. Selon les cas, une évaluation sexologique peut aussi être effectuée. Ces documents guideront la décision du magistrat. Plusieurs mois peuvent s’écouler; des plaidoiries sur sentence auront lieu afin que la poursuite et la défense de l’accusé puissent débattre de la peine. Mentionnons que la victime peut également être entendue à ce stade des démarches, que ce soit en personne ou via une déclaration écrite.

«Advenant qu’il y ait une peine de détention fédérale, qui est de plus de deux ans, à ce moment-là, on ne peut pas émettre d’ordonnance de probation qui serait en vigueur après la sortie de l’accusé. Pour ce qui des autres peines, les juges vont avoir tendance à émettre des ordonnances de probation contenant des interdits de contact divers », résume Me Frappier-Routhier. Ceux-ci sont modulés en fonction du dossier; on peut parler, notamment, d’une interdiction de communiquer directement ou indirectement avec vous, d’être en votre présence physique, de vous harceler, de vous intimider ou même de faire référence à vous sur les médias sociaux.

Selon l’infraction commise, la procureure rappelle que votre agresseur pourrait aussi devoir s’enregistrer annuellement et lors de tout déménagement au registre des délinquants sexuels, un outil qui permet de savoir exactement où résident les gens qui ont commis des crimes de cette nature.


Selon le CALACS La Bôme Gaspésie, environ 10% des victimes d’agression à caractère sexuel porteront plainte aux autorités de façon formelle. Dans la grande majorité des cas, les victimes choisiront plutôt de se taire, composant avec la honte, la peur et un sentiment de culpabilité.   Photo : Gilles Gagné

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Développer pour contrer la COVID-19

PERCÉ | «Transformer le citron pourri de la COVID-19 en limonade sucrée.» Voilà comment Jean-François Tapp, propriétaire avec sa conjointe Pascale Deschamps du Camp de Base Coin-du-Banc, à Percé, illustre les derniers mois. Les entrepreneurs ont su brillamment tirer leur épingle du jeu, notamment en développant, au plus fort de l’achalandage estival, de nouveaux services. Les yeux rivés sur l’automne, ils prévoient désormais courtiser une toute nouvelle clientèle : celle qui œuvre en télétravail.

Depuis l’été 2018, le couple ouvre les portes de la légendaire auberge en offrant « couette, fourchette et aventure » aux touristes de passage. En effet, une programmation d’activités de plein air s’ajoute à la restauration et à l’hébergement. Si leur plan de match estival n’était pas encore au point lorsqu’il s’est finalement avéré évident qu’une saison touristique aurait lieu en dépit du contexte sanitaire, le duo n’a fait ni une ni deux en adaptant les lieux et la programmation.

Quand Percé et les environs ont été littéralement submergés par une vague de touristes jusque-là sans précédent, les aubergistes ont saisi l’opportunité de mettre en branle des projets qu’ils caressaient déjà. Un camping offrant de l’intimité et pouvant accueillir douze tentes, fourgonnettes ou Wesfalia chaque soir a ainsi été aménagé dès la mi-juillet. «On a réalisé ça en trois heures, un matin. On s’est levés, on n’avait pas de camping et rendu à midi, on en avait un qui était plein pour trois semaines», relate M. Tapp en s’esclaffant. Un dortoir de huit lits, destiné jusqu’à nouvel ordre à un groupe ou une grande famille voyageant ensemble, a aussi été aménagé au sous-sol. «On accueille beaucoup de gens qui voyagent en moto ou en vélo. Beaucoup d’entre eux n’ont besoin que d’un lit pour dormir et ne
recherchent pas nécessairement une expérience d’hébergement», explique l’entrepreneur.

Miser sur les télétravailleurs

L’automne 2020 aura aussi sa part de nouveautés au camp de base. Alors que cette saison est généralement dévolue à une clientèle corporative, notamment avec la tenue, sur place, de réunions stratégiques ou de lacs-à-l’épaule, il sera ardu pour l’entreprise de compter sur cet achalandage usuel cette année. L’idée d’offrir des forfaits pour un séjour alliant boulot et plein air aux télétravailleurs de partout en province s’est ainsi imposée.

«Le package deal, en fait, c’est de pouvoir travailler au paradis. C’est vivre la vie que l’on vit, nous. On offre l’hébergement, la restauration gaspésienne simple et efficace et le terrain de jeu pour jouer en dehors des heures de clavier», résume M. Tapp. Cette clientèle spécifique, qui a pris des proportions exceptionnelles avec la pandémie, constitue selon lui un «marché à créer». Ces travailleurs auront ainsi accès à tout le nécessaire pour pouvoir poursuivre leurs activités professionnelles à deux pas de la plage et de la nature. « Si notre réseau Internet a tenu le coup cet été, il va tenir le coup cet automne », conclut le copropriétaire en riant.

Un été profitable… malgré tout

L’été 2020, sur le point de se conclure au moment d’écrire ces lignes, aura contre toute attente été plus qu’intéressant pour les affaires, confirme Jean-François Tapp, qui s’attendait à un taux d’occupation entre 40 et 60%. «Finalement, ça a été un taux de 175% d’occupation et on a embauché, en plus de moi, deux guides à temps plein pour les activités. Ça a été complètement sauté, l’été de toutes les croissances!»

En entrevue avec GRAFFICI, celui-ci se dit fier que son entreprise, comme plusieurs autres, soit parvenue à faire preuve de créativité. Sachant qu’une deuxième vague ou qu’une contamination locale pouvait tout faire basculer du jour au lendemain, il précise avoir grandement apprécié chaque journée durant laquelle le site a accueilli ses clients estivaux.


Jean-François Tapp et sa conjointe, Pascale Deschamps.
Photo : fournie par Jean-François Tapp

 

Construire sa maison… en pleine pandémie

CARLETON-SUR-MER | Ils s’apprêtaient à lancer tout un projet lorsque la pandémie a éclaté: Zaolie Tessier et son conjoint Dali Leclair étaient fins prêts à démolir leur résidence pour en construire une toute nouvelle, plus spacieuse, sur leur terrain de Saint-Louis-de-Gonzague, dans l’arrière-pays de Carleton-sur-Mer. En pleine incertitude, ils ont choisi, envers et contre tous, de ne pas laisser la COVID-19 ruiner leurs ambitions.

La famille, qui compte deux enfants, Oli, huit ans, et Lily, presque quatre ans, était à l’étroit dans sa petite chaumière. Il faut dire que les installations, qui devaient d’abord être temporaires, sont en quelque sorte devenues permanentes avec le temps. «Ça faisait cinq ans qu’on dormait, Zaolie et moi, sur le divan-lit avec le frigo et le lave-vaisselle qui nous chantent des chansons pour s’endormir», illustre M. Leclair avant de s’esclaffer.

Si les aléas de la vie et d’autres priorités ont contribué à retarder les travaux, ceux-ci se sont avérés urgents lorsqu’un dégât d’eau est survenu. Quand la pandémie se pointe le bout du nez, ils font face à un réel dilemme. «On n’avait pas simplement pris quelques petites affaires pour s’installer ailleurs, on avait vraiment vidé les lieux. Il n’y avait plus rien sur place », se remémore Mme Tessier, artiste en arts textiles et agente d’accueil au Carrefour jeunesse-emploi Avignon-Bonaventure. «On ne pouvait pas reculer tant que ça», renchérit son conjoint, qui œuvre quant à lui comme employé municipal pour la Ville de Carleton-sur-Mer.

En dépit d’un contexte bien loin d’être idéal, ils persistent et signent; il faut dire qu’ils ont déjà en main, à ce moment, le financement qui leur permettra de mettre en branle le chantier de quelque 50 000$ et que les matériaux nécessaires à la concrétisation de leur rêve les attendent dans la cour de la quincaillerie. «On s’est demandé comment ça allait tourner, toute cette histoire-là de pandémie. Au début, ça faisait pas mal peur », se souvient l’homme originaire de Caplan.

Dali, qui a œuvré pendant 19 ans pour le compte des Industries Leblanc, à Carleton-sur-Mer, est chargé de construire lui-même la nouvelle résidence, tandis que toute la famille est installée dans une maison louée. Or, le retour imprévu en région de la propriétaire des lieux les forcera à mettre le cap sur un deuxième repère temporaire. Ce second déménagement en très peu de temps contribue à miner le moral des troupes, admet la maman de 40 ans: «Je voyais tout le monde confiné dans leur maison, dans leurs affaires. J’avais l’impression que ça faisait une différence pour eux d’être chez eux, que ça devait leur donner une certaine sécurité.»

Le projet suit néanmoins son cours: alors que la maman veille à dispenser l’école à la maison tout en faisant du télétravail, le papa, lui, se concentre sur sa mission. Il le fait d’abord à mi-temps, question de pouvoir prendre le relais avec les enfants. Lorsque l’école et le service de garde reprennent du service, il met les bouchées doubles pour faire avancer le projet. «On était vraiment dans notre bulle. Nous, on avait un projet à faire. On se disait pour s’encourager que lorsque la pandémie finirait, on aurait une maison», explique Zaolie Tessier, originaire de Chibougamau.

La déconstruction de la grande majorité des infrastructures, qui durera au total deux mois, débute dès le début avril. S’ensuivent les travaux de construction. Lorsque GRAFFICI se rend sur le chantier, vers la fin août, la structure est
déjà fermée et divisée; l’électricité ainsi que la plomberie constituent les prochaines étapes à franchir.

La concrétisation d’un projet aussi majeur, qui plus est dans un contexte de crise sanitaire, aura comporté son lot de difficultés, en plus d’engendrer une dose considérable de stress. Si le couple des 13 dernières années a douté, en cours de route, d’avoir pris la bonne décision en donnant le feu vert à l’initiative, il se dit, au final, heureux d’être allé de l’avant. «Le point positif, c’est qu’on n’avait pas le choix d’être focus. […] On ne pouvait pas voir nos amis ni aller nulle part. Tout était arrêté », fait valoir Mme Tessier. «Je suis content de l’avoir fait. C’est sûr que ça va rendre notre vie pas mal plus facile», ajoute son conjoint, tout sourire…malgré la fatigue


Les Leclair-Tessier, réunis devant leur future maison. Ils espèrent y déménager dès le début octobre et achever la finition des lieux au courant de l’année 2021.
Photo : Roxanne Langlois

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Un hommage rarissime

La collection du parc national de Miguasha compte près de 20 000 fossiles; plusieurs ont d’ailleurs été découverts par Jason Willett, qui a l’œil pour les déceler. S’il ne tient pas un palmarès exhaustif de ses trouvailles, il y en a une qui revêt une importance singulière pour le technicien de laboratoire. En effet, M. Willett a mis la main, en octobre 2003, sur un nouvel animal terrestre. C’est lors d’une simple patrouille que l’employé, alors dans la jeune vingtaine, a repéré un millipède fossilisé de 44 millimètres très bien conservé. En dépit de ses connaissances déjà vastes en la matière, celui-ci se rappelle très bien avoir été incapable de l’identifier. «Quand je trouve quelque chose que je ne comprends pas ou que je n’ai jamais vu, c’est généralement quelque chose de très intéressant », confie-t-il sans la moindre prétention.

Le mille-pattes, qui rappelle le millipède actuel Polydesmus, a d’ailleurs été baptisé Zanclodesmus willetti en l’honneur du Gaspésien. « Je me sens privilégié que le nom de Willlett soit associé à un fossile. C’est une chance que peu de gens ont. Même les grands paléontologues ont rarement cet honneur et la personne qui fait la découverte du fossile sur le terrain est rarement récompensée de cette façon», précise-t-il. Le fossile du millipède en question est à ce jour affiché bien en vue à l’entrée de la salle d’exposition du parc national.

Une passion partagée

Environ 35 ans après lui, les enfants de Jason Willett marchent dans ses traces: ses deux filles et son garçon, âgés de quatre à neuf ans, sont «devenus des trouveurs d’agates et de fossiles exceptionnels ». Le trio arpente en effet les plages et s’émerveille de ce dont elles recèlent; leur mère étant archéologue, le sens de la découverte semble inné chez eux. « Ils fouillent dans la boue, ils trouvent des roches, des morceaux de poterie et des vieilles affaires. Des choses comme ça, à la maison, on en trouve dans la laveuse ! », lance le papa en riant.

Jason Willett sait pertinemment que ces petits moments peuvent donner lieu à de réelles passions, de celles qui forgent un destin. Mais, il n’est pas du genre à forcer quoi que ce soit, sachant trop bien que les plus belles carrières
se dessinent parfois sans plan.


Voici Jason Willett à l’œuvre, devant son binoculaire. Il a en main un burin à air comprimé, l’outil qui lui permet d’extraire les fossiles de leurs sédiments. Son travail en est un extrêmement précis et méticuleux : chaque geste posé est en effet définitif.  Photo : Roxanne Langlois

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NOUVELLE | À cinq ou six ans, Jason Willett sillonnait déjà avec ses parents les plages Anderson et Rotary, les abords de la rivière Cascapédia ainsi que le banc de Maria, en quête d’agates, de géodes et de petits fossiles. «Ça doit sûrement partir de là», lance d’emblée celui qui est devenu l’un des seuls préparateurs de fossiles au pays et qui participe à l’avancement de la science, en direct de sa Gaspésie natale, dans son laboratoire du parc national de Miguasha.

L’homme humble et réservé que rencontre GRAFFICI a étudié en sciences humaines au cégep et a débuté deux diplômes d’études professionnelles (DEP) sans réellement trouver sa voie. C’est finalement un emploi d’été de guide-interprète au parc national de Miguasha, au début des années 2000, puis un autre de garde-parc patrouilleur sur ce même site, tout juste après, qui le mèneront devant son binoculaire. Car non, il n’existe aucun parcours scolaire formel menant au travail méticuleux qu’effectue chaque jour le principal intéressé.

C’est plutôt grâce aux connaissances généreusement léguées pendant plusieurs années par son mentor Norman Parent, qui a occupé ces fonctions jusqu’à sa retraite en 2016, qu’il a pu prendre la relève et les rênes du laboratoire. «Norman a travaillé ici pendant plus d’une trentaine d’années. Il était un pilier. La grande majorité de tout ce que je connais, surtout ce qui concerne la falaise et l’emplacement des fossiles, c’est à lui que je le dois », souligne Jason Willett. Un séjour formateur de plusieurs mois au Muséum d’histoire naturelle de Paris lui permettra aussi d’assimiler les différentes facettes de son métier. Il pourra ainsi mettre en valeur des morceaux d’histoire vieux de 380 millions d’années, datant de ce qu’il convient d’appeler l’époque du Dévonien supérieur.

En plus de découvrir et cueillir lui-même des fossiles de plantes et de poissons issus de la prolifique falaise fossilifère, l’homme originaire de New Richmond examine les centaines de pièces retrouvées sur place chaque saison. Il est alors chargé, avec l’équipe de recherche en poste, de sélectionner les plus significatives et les plus rares. Il les extrait ensuite de leur gange sédimentaire pour exposer le matériel osseux : tout cela sans abîmer le tout, évidemment. C’est à l’aide d’un burin à air comprimé, un outil semblable à celui utilisé en dentisterie, qu’il s’exécute méticuleusement.

Alors que sous son microscope passent des vestiges d’une tout autre époque, le technicien à la patience infinie pose des gestes définitifs qui exigent un excellent sens de l’observation ainsi qu’une dextérité sans faille. Fasciné par les spécimens sous sa loupe, il passe de longues heures coupé du monde, en tête-à-tête avec le passé. « J’aime beaucoup, beaucoup mon travail, mais je ne pense pas que ce soit fait pour tout le monde. Quand je m’applique vraiment et que je me concentre uniquement sur la préparation de fossiles, je peux faire une trentaine d’heures de binoculaire par semaine, assis et seul. Ça prend de bonnes playlists et de bons podcasts », admet-il.

Bien que singulier, ce travail semble avoir été fait sur mesure pour l’homme désormais âgé de 41 ans, heureux de contribuer à faire avancer les connaissances scientifiques. « J’aime beaucoup l’acte de préparer, mais ce qui me plaît le plus, c’est l’idée que mon travail soit concrètement utilisé et qu’il permette d’améliorer la compréhension que l’on a de cette période. Ça peut mener à des publications scientifiques », se réjouit le passionné. Qui plus est, celui qui réside à Pointe-Fleurant, à Escuminac, se considère privilégié de pouvoir mener une carrière stimulante à deux pas de la maison.


Jason Willett connaît très bien la plage du site du parc national de Miguasha; il s’y promène et y cueille des fossiles depuis son entrée en poste à titre de guide-interprète, au début des années 2000.  Photo : Roxanne Langlois

Préparer le roi Elpi

Jason Willett est en congé, le 4 août 2010, lorsque l’un de ses collègues, le garde-parc patrouilleur Benoît Cantin, déniche le fossile d’un Elpistostege watsoni de 1,6 mètre sur la plage de Miguasha; c’est la toute première fois de l’histoire qu’un spécimen complet de cette espèce est retrouvé. Ce trésor révélé par la marée et l’érosion naturelle constitue aussi, sans contredit, la découverte la plus importante faite en 135 ans de recherche à Miguasha, dont le site fait partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999. «Ça me rend vraiment heureux que quelqu’un l’ait trouvé. On aurait pu passer à côté. Des milliers de personnes, pendant de très nombreuses années, ont marché dessus sans savoir qu’il était là », souligne M. Willett.

Si cette trouvaille extraordinaire qui enthousiasmera les experts du monde entier n’est pas la sienne, Jason Willett y est néanmoins fortement lié, puisque en fait, il en a consigné le tout premier segment. «Une fois qu’il a été extrait de ses sédiments et qu’il a été préparé, on a réalisé qu’il manquait l’extrémité de la queue du fossile. La préposée aux collections, Johanne Kerr, a fouillé partout pour savoir s’il avait déjà été identifié ou répertorié. On a réalisé que je l’avais déjà trouvé, en 2007 », relate-t-il, tout sourire.

Précisons que le roi Elpi, tel qu’il sera surnommé, aura préalablement été précieusement emballé et expédié à l’Université du Texas afin d’être scanné grâce à une technologie de pointe, la tomodensitométrie axiale (CT-scan); cette étape aura permis de lever le voile sur les différentes strates de sédiments l’entourant. Lorsqu’Elpi est de
retour dans la Baie-des-Chaleurs, c’est nul autre que Jason Willett qui est chargé de le préparer. Alors qu’il travaille habituellement à l’aveugle, il sera cette fois-ci guidé par l’imagerie numérique réalisée aux États-Unis. Le technicien abattra un travail de moine de quelque 2700 heures. « J’ai de la poussière d’Elpi dans les poumons. J’ai passé beaucoup, beaucoup de temps avec lui! », blague-t-il.

Ce dernier était d’ailleurs, tout au long de ce minutieux marathon, tout à fait conscient de l’importance scientifique du fossile qui lui avait été confié : « en toute honnêteté, j’ai été stressé presque tout le long de la préparation. […] J’étais capable de la faire et de bien la faire, mais j’en étais à mes débuts ». L’Elpistostege watsoni retrouvé à Miguasha est en effet un témoin clé de l’évolution des vertébrés, notamment de leur passage de l’eau à la terre ferme.


Voici la station de travail du préparateur de fossiles, située dans un laboratoire, au sous-sol du bâtiment. Le technicien y passe de très nombreuses heures à déterrer l’histoire, souvent accompagné d’une trame musicale ou de podcasts. Il a été initié à ce poste par son prédécesseur et « deuxième papa», Norman Parent.
Photo : Roxanne Langlois

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