CARLETON-SUR-MER | Voilà déjà quelques années qu’une lignée de Piché se développe dans la MRC Avignon. Aucun des membres de la famille élargie qui a fait son nid dans la Baie-des-Chaleurs n’est originaire de la région; ils s’y sont tous rejoints au cours des 10 dernières années.
L’arrivée de Mathieu Piché-Larocque, en 2011, est le point de départ de l’aventure familiale. Un ami gaspésien rencontré pendant son parcours universitaire lui fait découvrir son coin de pays et rencontrer plusieurs autres connaissances, ce qui le convainc d’accepter un poste en foresterie en Gaspésie et de s’installer à Carleton-sur-Mer.
Sa soeur, Camille, le suit en 2013 après être tombée sous le charme d’un Gaspésien de souche lors d’un séjour dans la région. « Je n’avais pas vraiment de plan après mon baccalauréat à Québec, mais en venant visiter mon frère plusieurs fois et ayant rencontré Keith, le choix a été simple », explique celle qui pratique désormais à titre d’infirmière clinicienne et infirmière assistante-chef aux soins intensifs.
Le frère et la soeur ont depuis chacun fondé leur petite famille dans des maisons voisines, à Carleton-sur-Mer. Mais ils ne sont pas les seuls membres de la famille à avoir fait le grand saut.
Voyant que leurs enfants s’établissaient loin de la Rive-Nord de Montréal, où ils ont grandi, leurs deux parents, désormais séparés, sont venus l’un après l’autre s’installer dans la Baiedes- Chaleurs. C’est ainsi que s’établissent Suzanne Piché et Pierre Larocque, tous deux retraités, en 2015 et 2016. Ils résident toujours, à ce jour, à Carleton-sur-Mer et Nouvelle.
Leur fils confie à GRAFFICI qu’il n’a pas été surpris de leur décision. « Leur personnalité était vraiment compatible avec la région et je pense que ma mère serait déménagée à Beyrouth si on était déménagés là-bas, même en pleine guerre. L’arrivée des petits-enfants, ça a été la cerise sur le gâteau », s’esclaffe Mathieu.
Mais ce n’est pas tout…
L’histoire, déjà fort étonnante, aurait pu s’arrêter là. Or, un nouveau chapitre s’est écrit en novembre dernier; la cousine de Mathieu et Camille, Sarah Gagnon-Piché, s’est ajoutée au clan avec son conjoint, Charles Moisan-Willis.
Ayant acheté une maison à Nouvelle, le couple demeurait chez Mathieu au moment d’écrire ces lignes, en attendant de pouvoir prendre possession des lieux à la suite de rénovations. Les deux Néo-Gaspésiens en provenance de la métropole ont d’ailleurs accueilli, le 4 mars dernier, le petit Gustave, leur tout premier enfant.
À Montréal, Sarah Gagnon-Piché oeuvrait dans le domaine des communications, tandis que son conjoint travaillait pour le Cirque du Soleil à titre d’ingénieur de structures. « On avait déjà en tête d’atterrir ici à un moment donné, mais on regardait aussi, avant, l’option d’aller travailler à l’étranger avec le cirque. Quand on a été prêts à bouger, on a vu la pandémie arriver et c’est devenu clair qu’on ne partirait pas à l’étranger », relate celle qui était venue de nombreuses fois en visite dans les années précédant le déménagement.
La principale intéressée se dit fort heureuse d’avoir finalement opté pour la Gaspésie. Les deux nouveaux parents sont de véritables amoureux de la nature et M. Moisan-Willis a déjà, à ce jour, effectué plusieurs stages qui le rapprochent de son prochain défi professionnel : démarrer une ferme maraîchère en vue de la prochaine saison estivale. Son projet, qui verra le jour à Carleton-sur-Mer, est baptisé Les jardins de minuit.

Sarah Gagnon-Piché et son conjoint Charles Moisan-Willis, alors qu’ils attendaient encore la venue du petit Gustave, né le mois dernier. Photo : Sarah Lacroix
Une grande différence
Pour Sarah, le fait qu’une partie de sa parenté ait déjà élu domicile dans le coin a certainement pesé dans la balance; les Piché sont tissés serrés. Elle raconte que son cousin est son « pusher de livres, de musique et de bonnes idées de projets », et qu’elle considère sa cousine, avec qui elle a voyagé par le passé, comme une véritable amie. Sa marraine est en quelque sorte, quant à elle, sa deuxième mère.
S’ils ne remplacent pas les membres de sa famille immédiate, ces proches font une énorme différence dans son quotidien. Ils ont notamment fait office de comité d’accueil et sont depuis très présents. « On est déménagés dans une période de notre vie où l’on a beaucoup besoin de notre réseau. S’ils n’étaient pas là, ça changerait beaucoup de choses », explique la maman, qui reçoit une tonne de bons conseils et de coups de pouce.
Cette dernière a aussi pu compter sur du matériel pour bébé généreusement offert par sa cousine, sa référence en matière de grossesse. « On est vraiment choyés et c’est sûr que prochainement, on saura leur rendre la pareille », ajoute-t-elle, précisant que son conjoint a également profité d’un très bel accueil au sein de sa famille.
De nombreuses réactions
La dernière arrivée du clan Piché admet que les migrations successives de plusieurs membres de sa famille suscitent de nombreuses réactions au sein de leur entourage. « Les voisins de Camille rient beaucoup. Ils avaient une maison à louer et se sont tournés vers elle en lui demandant si d’autres membres de notre famille voulaient venir vivre ici. Je pense que c’est en train de devenir un running gag », lance Sarah en riant.
D’autres proches de la famille élargie pourraient-ils éventuellement se greffer à ceux ayant déjà fait de la Gaspésie leur terre d’accueil? Si la cousine de la famille hésite à partager ses hypothèses, elle admet qu’elle n’en serait pas du tout surprise.

Les membres du clan Piché, photographiés quelques années avant l’arrivée de Sarah et Charles. Le petit James, que l’on aperçoit ici, est désormais âgé de quatre ans et demi. Ses parents, Camille Piché-Larocque et Keith Sexton (à gauche), ont également eu une petite fille depuis; elle se nomme Abigaëlle (deux ans). Le couple formé de Mathieu Piché-Laroche et de Sarah Lacroix (à droite) a également accueilli un premier enfant entre temps. Elizabeth est aujourd’hui âgée de quatre ans. Au centre, on aperçoit Suzanne Piché et Pierre Larocque. Photo : Sarah Lacroix
CARLETON-SUR-MER | Une résidente de Carleton-sur-Mer, Aude Buévoz, a décroché, après neuf ans de démarches administratives, sa citoyenneté canadienne le 20 janvier dernier. C’est en direct de son sous-sol, via Zoom, que la Française d’origine a prêté serment à la reine!
Arrivée en Gaspésie en septembre 2011, la jeune femme originaire du petit village de Fréterive, dans le département de Savoie, a rapidement enclenché le processus afin de pouvoir demeurer en sol canadien à long terme. Après avoir obtenu sa résidence permanente en 2015, elle a déposé sa demande en vue de l’obtention de sa citoyenneté en juillet 2019; personne ne s’attendait alors à une pandémie mondiale. C’est plus d’un an plus tard, alors que les restrictions sanitaires se multiplient, qu’elle est convoquée afin de passer le fameux test menant à la citoyenneté. Devant son ordinateur, elle répond le 15 décembre 2020 aux 20 questions réglementaires évaluant ses connaissances générales sur le Canada; elle obtient d’ailleurs la note parfaite. « Tu passes ça chez vous, tout seul, devant une caméra ouverte pour qu’ils puissent vérifier si tu triches […]. Ils t’enregistrent et après, il y a quelqu’un dont le rôle est de te regarder passer ton examen. Moi, j’aimerais vraiment parler à la personne qui fait ça comme travail! », s’esclaffe la Néo-Gaspésienne.
À cinq jours d’avis, elle est ensuite conviée à la cérémonie durant laquelle elle sera appelée à prêter serment. Une trentaine d’autres personnes prennent part, en direct de partout au Canada, à cet événement protocolaire bilingue.
« C’est très drôle, parce qu’une personne lit le serment et tu dois le répéter. Ils doivent entendre que tu le répètes, donc tout le monde doit avoir son micro ouvert. Il y a donc 35 personnes qui parlent en même temps. C’est extrêmement cacophonique! », ajoute-t-elle. Tous ont aussi été appelés à chanter, à micro fermé cette fois, l’hymne national de leur nouveau pays, relate la professionnelle de 34 ans qui s’est prêtée au jeu.
Au terme de cette séance Zoom ayant duré presque deux heures, Mme Buévoz est officiellement devenue Canadienne; elle avoue qu’elle ne s’attendait pas à ce que le tout se concrétise de cette façon. Si le recours à la technologie lui a épargné temps et argent, elle note que l’expérience était néanmoins beaucoup moins humaine qu’elle aurait pu l’être.
« Les gens ne se parlaient pas entre eux dans la salle d’attente Zoom, alors qu’en temps normal, on aurait rencontré ces gens-là, on aurait parlé de nos parcours d’immigration. Probablement que ça aurait pu être beaucoup plus émotif pour des gens qui ont dû fuir leur pays et qui ont fait des démarches pendant je ne sais pas combien d’années, pour finalement obtenir leur citoyenneté », imagine-t-elle, néanmoins heureuse de cet aboutissement administratif.

Aude Buévoz a été photographiée peu après la cérémonie de citoyenneté; on la voit ici arborant un chandail à l’effigie du premier ministre canadien, Justin Trudeau. Photo : Offerte par Aude Buévoz
CARLETON-SUR-MER | Charles (nom fictif) l’admet sans détour : les Alcooliques anonymes (AA) lui ont « sauvé la peau ». Membre de ce mouvement de soutien international depuis plusieurs décennies, ce résident de la Baie-des-Chaleurs avait l’habitude des meetings en personne avant que la pandémie ne vienne tout chambouler. C’est désormais via Zoom que l’homme dans la soixantaine poursuit son combat contre la dépendance.
De deux à trois fois par semaine, l’homme qui désire conserver l’anonymat se joint à des réunions virtuelles aux quatre coins du Québec, de Sept-Îles à Montréal; la liste de toutes les possibilités figure sur le site Web des AA du Québec.
Qu’elles soient dédiées à des partages ou à des discussions thématiques au cours desquelles chaque participant s’exprime à tour de rôle, ces rencontres rassemblent des gens qui savent très bien par où il est passé. « On se sent accepté tel qu’on est, aimé, même si on ne se connait pas. On le sent », souligne-t-il.
Si le Gaspésien n’a pas bu une seule goutte d’alcool depuis qu’il est membre du groupe, il avoue traverser « des déprimes » à travers lesquelles ses confrères et consoeurs, qu’importe leur âge et leur provenance, lui sont d’une grande aide. Ces gens ont, sur son quotidien, un effet inestimable. « Ce qui fait qu’on reste, c’est qu’il y a une solidarité que je n’ai jamais vue ailleurs. Il n’y a pas de mot pour décrire l’entraide qu’on reçoit dans ce mouvement-là. C’est presque inimaginable », explique-t-iI, ému, au bout du fil.
Pour lui, la technologie a permis la continuité de cette solidarité, qui n’est en rien altérée par la distance physique entre les membres. Il est ainsi évident, pour ce bon vivant, que les plateformes comme Zoom devront continuer à être utilisées à long terme. « On ne pourra plus s’en passer. Les réunions physiques vont recommencer un jour et c’est le fun de se voir, mais avec Zoom, le message passe pareil. Même si on ne peut pas se faire de hugs [accolades] ou se donner la main, les échanges se font comme si on était en personne. L’énergie, elle est là quand même! »
Lorsque GRAFFICI l’a invité à témoigner de son expérience, Charles n’a pas hésité une seule seconde. Il souhaite rappeler que la pandémie n’est pas venue à bout du positif et que ceux qui ont besoin de soutien en recevront, quoiqu’il en soit. « Si ça peut contribuer à rejoindre un ou une alcoolique et à l’inciter à se joindre à nous, à trouver une solution à son problème, à sa souffrance, ça aura été utile. Quand tu arrives aux Alcooliques anonymes, ce n’est jamais parce que ça va bien. Au contraire ! C’est parce que tu es au fond du baril », conclut-il.

Si les rencontres en personne sont annulées en raison de la pandémie de COVID-19, les personnes ayant besoin de support pour combattre leur dépendance à l’alcool peuvent encore rejoindre le mouvement via des plateformes comme Zoom. Photo : Pixabay
GASPÉ | Depuis le début de février, une vingtaine de participants se connectent chaque semaine à une séance Zoom, afin de prendre part à divers ateliers de yoga, de méditation et de Pilates. Cette initiative du Cégep de la Gaspésie et des Îles, baptisée Les Mercredis Zen, est d’ailleurs sortie des murs du collège grâce à la technologie.
Voilà deux ans que l’espace zen, accessible tant aux étudiants qu’aux membres du personnel, a fait son nid dans la mezzanine de la salle d’études du campus de Gaspé.
Avec la pandémie de COVID-19 et les diverses restrictions sanitaires en vigueur, il est néanmoins devenu évident qu’aucune programmation ne pourrait s’y tenir. « Quand on a eu la nouvelle, les étudiants et étudiantes étaient à l’aise de faire ça à distance », explique la coordonnatrice de l’espace zen, Anne-Marie Lafortune.
Ainsi, six personnes-ressources, cinq étudiants formés et accompagnés pour le faire ainsi qu’une enseignante, offrent désormais des ateliers virtuels chaque mercredi. « Ce qu’on voulait, c’est d’offrir des moments de repos et de détente, mais aussi, dans un deuxième volet, d’outiller les participants pour leur permettre d’aller chercher des habiletés et des outils pour amener ça, après, dans leur pratique au quotidien », explique Mme Lafortune.
Si les vidéos de ce type se multiplient sur le Web, Mme Lafortune indique que la formule mettant de l’avant de jeunes formateurs motivés et motivants convainc d’autres étudiants de tenter le coup. « Quand c’est leur ami ou quelqu’un qu’ils connaissent qui donne l’atelier et que l’initiative provient d’un endroit qui est aussi leur milieu de vie, il y a soudainement un intérêt plus prononcé », résume celle qui est également enseignante d’anglais, langue seconde, au sein de l’institution collégiale.
Plus de possibilités
Les activités virtuelles, qui offrent notamment une plus grande flexibilité au niveau de l’horaire, ont été proposées gratuitement à ceux et celles qui fréquentent ou travaillent dans l’un des quatre campus collégiaux de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Mais ce n’est pas tout : grâce à la technologie, la programmation est également offerte à monsieur et madame Tout-le-monde. « On a des dames de Barachois qui embarquent et qui sont là. D’ailleurs, il y en a une qui fait tous les ateliers, matin, midi, soir. Elle a vraiment fait du mercredi sa journée zen », mentionne Anne-Marie Lafortune. La dame se réjouit de ce mélange créé grâce à l’utilisation de la plateforme Zoom. « Ça fait de beaux ponts intergénérationnels. »
La coordonnatrice de l’espace zen mentionne par ailleurs que l’ambiance est décontractée et favorable aux apprentissages lors de chaque rendez-vous, et ce, en dépit de l’usage de la technologie.
« On aurait cru que les gens qui se retrouvent à faire des poses de bretzel, des mouvements de yoga ou qui ont les yeux fermés en méditation seraient moins à l’aise. Au contraire, les gens laissent leur caméra allumée. Ça donne un esprit de communauté vraiment beau à voir », précise Anne-Marie Lafortune. De plus, ajoute-t-elle, cette façon de faire permet aux personnes ressources de mieux guider les participants à travers les différents apprentissages ainsi que les mouvements à exécuter.
Une programmation automnale hybride?
La formule actuelle revêt plusieurs avantages. Il n’est pas impossible, souligne Mme Lafortune, que l’activité soit de retour lors de la rentrée automnale, cette fois en version hybride. Ce sera le cas, évidemment, si le contexte sanitaire le permet à ce moment. « Post-pandémie, je crois qu’on va continuer à offrir des ateliers en présentiel, mais avec la possibilité d’être diffusés en simultané », prévoit-elle. Reste à fignoler certains détails, par exemple à déterminer si la portion virtuelle serait offerte en mode synchrone ou asynchrone, donc en direct ou via un enregistrement pouvant être visionné en différé.
L’activité se poursuit via Zoom jusqu’au 12 mai prochain. Les personnes désirant obtenir des détails peuvent s’informer sur la page Facebook Les Mercredis Zen – Cégep de la Gaspésie et des îles.

Les participants, qui n’ont pas à faire partie des membres du personnel ou de la communauté étudiante du Cégep de la Gaspésie et des Îles, peuvent suivre les ateliers gratuits des Mercredis Zen en direct du lieu de leur choix. Photo : Freepik
GASPÉ | Trouver l’amour en Gaspésie, qui plus est en pleine pandémie de COVID-19, peut s’avérer ardu. Une jeune femme de Gaspé, Émilie Gagné, a tenté de jouer les Cupidon; c’est par le biais de Zoom qu’elle est parvenue à réunir des dizaines de célibataires le 5 février dernier. Son but? Forcer la main du destin.
Activités annulées, couvre-feu en vigueur, lieux de rassemblements fermés : la Gaspésienne d’adoption a rapidement compris que ses amies célibataires peinaient à rencontrer de nouvelles personnes. « Je me suis dit qu’elles n’étaient probablement pas les seules », relate celle qui avait déjà animé virtuellement des fêtes corporatives par le passé.
À l’approche de la Saint-Valentin, l’animatrice et directrice de la programmation pour Radio-Gaspésie a décidé de s’improviser marieuse. C’est par le biais d’une activité de rencontres intitulée « Blind date Gaspésie » et ouverte à tous les Gaspésiens et Gaspésiennes majeurs qu’elle a choisi d’agir.
L’instigatrice a volontairement opté pour un déroulement à l’aveugle; dissimulés derrière un pseudonyme, les participants se connectaient ainsi à la séance Zoom au moment convenu, et ce, sans caméra ni photo. « Je trouve que les gens recherchent beaucoup l’amour en regardant seulement le physique. Souvent, on peut passer à côté de personnes fantastiques avec qui on pourrait avoir beaucoup d’affinités simplement parce que leur apparence nous plaît un peu moins », explique-t-elle.
Après avoir débuté la promotion de son événement sur les médias sociaux, l’organisatrice a profité d’un rayonnement significatif dans les différents médias de la région et d’ailleurs. Mme Gagné a d’ailleurs été fort étonnée de l’engouement suscité par son projet et croit que la population avait en quelque sorte besoin, en pleine crise sanitaire, d’un peu de positif. « J’ai eu de la demande en Outaouais et au Bas-Saint-Laurent », se réjouit par ailleurs l’organisatrice.
Et finalement?
Au total, 86 personnes, des hommes et des femmes âgés d‘environ 20 à 60 ans, étaient inscrites en vue de cette première en région. Les participants ont au préalable rempli un formulaire contenant plusieurs questions. Des jumelages prenant en compte les affinités potentielles entre les différents candidats ont ainsi pu être effectués par Mme Gagné.
Plusieurs désistements ont eu lieu, compliquant à la dernière minute la logistique de l’activité; Émilie Gagné ne cache d’ailleurs pas sa déception à ce chapitre. Néanmoins, 72 personnes étaient du rendez-vous virtuel. Alors que des activités de groupe conçues pour briser la glace ont d’abord été proposées, les duos formés par l’animatrice ont pu se retrouver dans des salons privés virtuels et échanger.
Si des ajustements ont dû être apportés à la dernière minute en raison des absences, la responsable se dit fort satisfaite de l’expérience. Selon Mme Gagné, plusieurs participants ont mutuellement demandé à être mis en contact à la suite de l’activité, signe qu’elle pourrait bien avoir atteint son objectif : former au moins un couple. « Il y a quelques duos pour lesquels j’ai de l’espoir […]. J’ai l’impression, à tout le moins, que des gens voudront garder contact pour conserver une relation d’amitié », lance-t-elle.
Un grand potentiel
Cette toute première tentative démontre clairement, selon la principale intéressée, tout le potentiel d’une plateforme telle que Zoom. Selon Émilie Gagné, cette technologie, notamment utilisée à des fins professionnelles par de nombreux télétravailleurs, propose quelques options moins connues du grand public. Par exemple, Zoom offre la possibilité d’envoyer des sondages.
« J’imagine que ça va aussi être appelé à évoluer au fil du temps et que la plateforme n’a pas atteint son plein potentiel de développement. On devrait encore avoir droit à des innovations intéressantes », croit celle qui s’était entourée, lors de la soirée, de deux assistants chargés de gérer les différents enjeux technologiques.
Ayant récemment acquis un nom de domaine [identifiant d’un site Internet], Émilie Gagné compte bien récidiver, cette fois à l’aide d’un site Web spécialement dédié à son nouveau passe-temps. Elle compte d’ailleurs agrémenter cette page de contenu rédactionnel portant sur la réalité du célibat et destiné « au vrai monde ».
Roxanne Langlois

Émilie Gagné, l’instigatrice de « Blind date Gaspésie ». Photo : Offerte par Émilie Gagné
BONAVENTURE | Marie-Pascale Larocque et Marc-Antoine Bujold se sont dit oui en pleine pandémie de COVID-19, le 20 juin 2020, entourés de quelque-uns de leurs proches. Sur Zoom, une centaine d’invités des quatre coins du Québec, dont plusieurs vêtus de leurs plus beaux apparats, suivent alors avec attention la cérémonie.
Les deux tourtereaux se rencontrent en décembre 2015 lors d’un covoiturage entre Sherbrooke – où ils étudient tous les deux à cette époque – et la Gaspésie, d’où ils sont natifs. « On n’a jamais douté. Ça a toujours été clair, à partir du moment où l’on a commencé à se fréquenter, que c’était sérieux », confie le jeune homme de 26 ans.
À l’été 2018, fébrile, Marc-Antoine fait la grande demande à celle avec qui il souhaite passer sa vie. Il complète alors une randonnée de 36 jours le long du Sentier international des Appalaches; il pose la grande question à sa copine à son arrivée. Le Gaspésien reçoit, dans le magnifique décor de Forillon, la réponse tant espérée. « C’était un vrai oui, mais je suis restée bête. Il a dû me reposer la question une deuxième fois », relate Marie-Pascale en riant.
L’année 2020 est rapidement dans la mire des amoureux, qui comptent rassembler environ 230 invités à l’église de Bonaventure, puis au centre Bonne Aventure pour la réception. Les préparatifs vont déjà bon train en vue de cette journée fort importante lorsque la pandémie vient ruiner les plans, causant une certaine déception.
« On a commencé par se dire qu’on allait reporter le mariage et le faire en 2021. Après coup, on s’est dit que ça ne nous ressemblait pas, qu’on était plus du genre à profiter du moment présent. Et ça ne nous tentait pas d’attendre encore un an de plus », explique M. Bujold.
Un mois pour tout prévoir
Dès que la décision d’aller de l’avant en dépit des circonstances est prise, les futurs mariés disposent de seulement un mois pour repenser une myriade d’éléments, du lieu de la célébration en passant par le gâteau.
La quête d’un célébrant constitue notamment une course contre la montre en raison des délais administratifs qui doivent être respectés pour cet aspect formel de la cérémonie. C’est finalement le maire de Bonaventure, Roch Audet, déjà habilité à célébrer des mariages qui vient à leur rescousse. « Il a sauvé la situation », admet Mme Larocque en riant.
Or, on réalise rapidement que l’élu ne peut officialiser leur mariage en dehors de sa municipalité alors que celui-ci est plutôt prévu à Carleton-sur-Mer. « Il nous a offert de nous marier deux fois, une fois officieuse et une fois officielle », explique Marc-Antoine en s’esclaffant. C’est effectivement le plan qui sera retenu.
Alors que les grands-parents des mariés sont présents à la cérémonie de Bonaventure en fin d’après-midi le 20 juin 2020, les parents et la fratrie assistent quant à eux à celle de Carleton-sur-Mer, sur l’heure du souper. Afin de respecter la limite maximale de personnes présentes au rassemblement extérieur, tous les autres invités sont connectés à Zoom et suivent à distance, grâce à une caméra, ce moment marquant. « Le monde était content qu’on fasse ça comme ça », mentionne le nouveau marié.
Heureux de leur choix
En bout de course, le couple dans la vingtaine n’a pas regretté son choix, bien au contraire. « C’est un mariage qui nous ressemblait. Notre vie de couple a toujours été spontanée, simple », lance Marie-Pascale. « Finalement, on a préféré cette formule-là », renchérit son conjoint des cinq dernières années.
Le couple qui demeure à Bonaventure a pu réécouter l’enregistrement Zoom capté pendant la cérémonie afin de voir les réactions de leurs proches; ils confirment que les émotions étaient au rendez-vous, et ce, en dépit de la barrière technologique. Questionnés par GRAFFICI, les jeunes époux se disent heureux d’avoir fait preuve de créativité et de ne pas avoir laissé la pandémie miner le plus beau jour de leur vie.
Roxanne Langlois

Voici l’envers du décor du mariage de Marie-Pascale Larocque et Marc-Antoine Bujold. Photo : Geneviève Smith
GASPÉ | Dernières à rouvrir à la suite des confinements mis en place par le gouvernement du Québec, les salles d’entraînement ont dû faire preuve d’ingéniosité afin de garder la tête hors de l’eau… et de permettre à leurs membres de conserver la forme, loin des haltères, ballons lestés et modules d’entraînement. Dans l’attente de la réouverture, certains de ces établissements, dont le GYM LeGarage, se sont tournés vers leurs plateformes en ligne.
« Ça n’a pas été long, ça a pris une journée, raconte Marie-Helen Chouinard, fondatrice et propriétaire du GYM LeGarage, une salle d’entraînement multifonction établie à Gaspé. Dès qu’on a annoncé qu’on allait peut-être devoir fermer, on s’est dit tout de suite,“va falloir qu’on fasse quelque chose si on veut continuer à offrir le même service”. On a finalement décidé qu’on allait continuer à faire les WODs, mais en virtuel ».
Pour le non-initié, les WODs (acronyme de Workout Of the Day) sont ces entraînements quotidiens éphémères souvent associés au CrossFit, méthode basée sur le couplage d’exercices cardio-vasculaires et de mouvements d’haltérophilie et de gymnastique.
Normalement dispensés sur place, huit athlètes à la fois, les entraînements se sont donc transportés à domicile, par l’entremise des réseaux sociaux de l’entreprise. À tous les matins, une nouvelle liste d’exercices s’offrait aux abonnées de l’application Instagram du GYM LeGarage. Au total, Marie-Helen Chouinard et son partenaire, Jean-Philippe Hogan, créeront un peu plus de 80 entraînements.
Un arrêt plus long que prévu
Le prolongement du premier confinement [les salles d’entraînement n’ont pu rouvrir, et ce de manière partielle, qu’à la fin du mois de juin] forcera la main du couple d’entraîneurs. « Quand ils ont annoncé que ça allait être plus long, là c’est sûr qu’on s’est dit qu’il y allait avoir un côté financier là-dedans, qu’on aurait des pertes, souligne la femme de 26 ans. Donc pour essayer de combler ce manque-là, au moins minimalement, on a fait une compétition en ligne », expose-t-elle.
Sur une période de six semaines, une quarantaine de membres [l’entreprise en compte un peu plus de 80 réguliers à l’année] se sont livrés à un concours amical. « Les gens formaient des équipes, et chaque semaine, elles devaient envoyer un de leurs coéquipiers faire un workout maison, se filmer et envoyer ça au jury, Jean-Philippe et moi », raconte celle qui, en parallèle, complète une maîtrise en architecture.
Ultimement, la jeune entrepreneure croit que l’initiative aura été bénéfique. « Je pense que ça a gardé le monde motivé, que ça a gardé le côté esprit de communauté, mais virtuellement ».
Depuis le 8 février dernier, l’entreprise a repris ses activités régulières, lesquelles sont toujours modulées aux règlements de la santé publique en vigueur.
Olivier Béland-Côté

Marie-Helen Chouinard, fondatrice et propriétaire du GYM LeGarage, à Gaspé. Photo : Offerte par Marie-Helen Chouinard
Après avoir plongé dans l’univers des compositions originales avec Dedans, dehors (2017), Les Fins Renards persistent et signent. Le duo offre depuis le 29 janvier un deuxième album de son cru, Les amours molles, dans lequel il s’est donné une plus grande liberté.
Résidant respectivement à Caplan et Bonaventure, Francis Plourde (guitare et voix) et Benoît Gauthier (contrebasse et voix) se sont d’abord fait connaître du public avec des reprises festives. L’énorme succès récolté par leur premier opus, notamment sur les radios satellites, a mis la table à un deuxième enregistrement dans les studios de La Vieille Usine de l’Anse-à-Beaufils; le nouvel album de 12 titres folk rock, coréalisé par Martin Hogan, y a majoritairement été conçu au cours de 2020. « Quand on est rentrés en studio, on savait déjà qu’on voulait quelque chose de plus étoffé, entre autres au niveau des arrangements », explique Benoît Gauthier. Ainsi, des musiciens (Pat Dugas et Dominic Potvin), se sont joints à l’aventure. Des cuivres figurent également sur trois pistes.
Les textes ont aussi été poussés un peu plus loin. « On a souvent reçu la critique positive selon laquelle nos textes étaient bons, qu’ils étaient recherchés. […] Avec Les amours molles, on s’en est permis un peu plus, en rentrant davantage dans les critiques sociales », ajoute le contrebassiste, citant en exemple la pièce J’ai peur Daniel, qui porte sur la cimenterie de Port-Daniel.
Disponible en CD via Les Fins Renards et sur les plateformes numériques. Info : www.lesfinsrenards.com.

Les deux artistes Francis Plourde (à gauche) et Benoît Gauthier s’amusent ferme à jouer ensemble depuis désormais neuf ans. Photo : Offerte par Geneviève Smith.
Le 28 février 2020, Lily of the Valley, qui répond désormais au patronyme Marguerite Oaks, lançait son deuxième album complet. Intitulé Heart of the Country, il est un lumineux et heureux mélange de Gaspésie, de nature et d’amour, des thèmes qui s’entendent et se ressentent d’un bout à l’autre du disque.
Le trio folk, composé de Véronic Parker (voix), de son conjoint Kevin Litalien (guitare) et de leur ami de longue date Julien Cyr (batterie) est extrêmement fier des 11 titres enregistrés au compte-gouttes. Ces chansons créées « au rythme des saisons et des enfants » ont d’ailleurs reçu un très bel accueil. « On s’en est fait beaucoup parler et on a même eu droit à une superbe critique dans Le Devoir. Ça nous a agréablement surpris! On a récolté quatre étoiles, on était vraiment sur un nuage », se souvient le guitariste, qui fait ainsi référence à une critique signée par Sylvain Cormier.
La pandémie de COVID-19 a néanmoins coupé l’herbe sous le pied du groupe, qui comptait officiellement lancer le fruit de son travail en avril dernier. Puisque l’écriture d’un troisième album est en cours, les trois complices ont songé à un compromis. « Vu qu’on n’a pas pu vraiment bien lancer Heart of the Country, on s’est dit que notre prochain album inclurait probablement celui-là. On ferait donc un album double », résume la chanteuse du groupe.
Disponible via les plateformes de téléchargement. Facebook : Marguerite Oaks.

La formation musicale gaspésienne Lily of the Valley est devenue Marguerite Oaks en août dernier afin de mettre fin à une certaine confusion; d’autres musiciens utilisaient eux aussi ce nom. Photo : Offerte par Marguerite Oaks.
Marie-Lou Brière-Berthelot, de son nom d’artiste MLou, présentait au public, le 5 mars dernier, un deuxième mini-album intitulé Trajectoires. Musicalement et vocalement plus assumé et témoignant du chemin parcouru par l’autrice-compositrice-interprète originaire de Caplan, l’opus de cinq titres à saveur pop devait constituer une véritable carte de visite pour l’artiste.
Celle-ci espérait en effet, grâce à cet opus, accéder à des séries de spectacles ainsi qu’à différents festivals; or, la pandémie de COVID-19 a joué les trouble-fête. N’empêche, la Gaspésienne se dit choyée par l’engouement qu’ont suscité ses chansons, notamment habitées par le thème des relations. « C’est certain que j’aspirais à faire vivre les chansons en personne, sauf que les chansons ont quand même bien vécu dans les radios. Je suis vraiment contente, parce que les extraits que j’ai sortis depuis mars ont tourné un petit peu partout au Québec, même à l’extérieur. […] Il y a eu une très belle vague après mon lancement », se réjouit-elle.
Celle qui travaille déjà sur du nouveau matériel aux côtés des membres de l’équipe de La Vieille Usine de l’Anse-à-Beaufils admet s’ennuyer de la scène, sur laquelle elle n’a pu grimper que deux ou trois fois en 2020. Même si ses plus récentes compositions n’y ont pas été jouées autant qu’elle l’aurait souhaité, MLou ressent toujours une immense fierté pour ce EP. « Je sens vraiment une maturité quand j’écoute Trajectoires. Mon idée de ce que je veux, musicalement, avait déjà fait son chemin. »
Disponible via BandCamp. Info : www.mloumusique.ca.

Pochette de Trajectoires, lancé à la microbrasserie Le Naufrageur de Carleton-sur-Mer le 5 mars 2020. Photo : Offerte par MLou.
Olivia St-Laurent Lemerle, de Maria, est la voix féminine du duo Normand et le merle, qu’elle forme avec Daniel Normand, originaire de Mont-Joli. Le tandem a lancé Le jardin en novembre dernier, une oeuvre revisitant tout en douceur l’oeuvre de Georges Moustaki.
« Avec nos voix douces, on n’est pas dans le soul ou le rock. Ça prenait quelque chose d’assez feutré. On voulait que ce soit axé sur les paroles, de la poésie, et bien sûr que ce soit en français. On a aussi pensé à Moustaki parce que ça se prêtait bien à des duos », explique d’emblée la Gaspésienne.
C’est à distance et lors de week-ends intensifs que les deux artistes, qui vivent respectivement à New Richmond et Québec, ont créé Le Jardin. Comprenant 14 chansons pigées dans l’immense répertoire du chanteur, l’album enregistré en 2019 rassemble des morceaux populaires (Le métèque, Ma solitude, Les eaux de mars), mais aussi d’autres un peu moins connus (Il n’y a plus d’amandes et J’ai vu des rois serviles).
Le Jardin se veut avant tout enveloppant. « C’est presque un album de relaxation! Ce n’est pas qu’on le voulait comme ça, mais depuis qu’on l’a lancé auprès de nos proches, les gens nous disent beaucoup que c’est apaisant, qu’ils l’écoutent en travaillant ou qu’ils le font jouer pour endormir leur enfant », relate celle qui oeuvre comme médecin de famille.
Disponible via Bandcamp ou auprès d’Olivia St-Laurent Lemerle (olivia.stl.lemerle@gmail.com). Facebook : Normand et le merle.

La pochette de l’album est l’oeuvre de l’artiste La Fée Couleur (Caroline Dugas). Photo : Offerte par Normand et le merle.
Cliquez ici pour lire la partie 1/3 ; Albums lancés au courant de 2020
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En plein confinement printanier, les membres d’Adieu Epsilon décident de se replonger dans la création, d’abord à distance. Ce contexte fort singulier dans lequel Outrage prend son envol, a sans surprise, donné le ton à ce deuxième album lancé le 5 janvier dernier.
À l’image des groupes de rock progressif, dont ils sont de réels fervents, l’artiste Philippe Garon (voix et clarinette) et l’ingénieur de son Richard Dunn (guitare, basse, clavier et batterie) ont choisi d’opter pour un album thématique. En pleine crise sanitaire, la ligne directrice du deuxième opus du duo de Bonaventure s’est rapidement imposée. « Je regardais les choses aller, à quel point l’imbécillité humaine m’étonnera toujours. Ça a beaucoup été ça, le moteur du projet », explique d’emblée M. Garon. Destruction de l’environnement, paradis fiscaux, individualisme, surconsommation et guerre se côtoient ainsi au sein des dix chansons de l’album, davantage lues que chantées. L’oeuvre jette ainsi un regard pour le moins critique sur le monde, particulièrement sur l’Homme. Si Philippe Garon admet que le résultat s’éloigne considérablement de la musique commerciale, il croit qu’Outrage ainsi que les constats qu’il dresse se veulent en quelque sorte nécessaires dans le paysage artistique québécois. « Oui, c’est bien qu’il y ait des artistes qui fassent danser, rire et voir le bon côté des choses, mais je crois que ça prend aussi des artistes qui demeurent critiques, qui nous font voir que tout n’est pas rose. »
Disponible via les plateformes numériques. Facebook : Adieu Epsilon.

Les deux membres d’Adieu Epsilon : Richard Dunn (à gauche) et Philippe Garon. Photo : Colin Paquette-Garon et Leonard Jordaan
Après le vif succès récolté par sa chanson titre Parce qu’il m’arrive, lancée en octobre dernier, l’auteur-compositeur-interprète Benny Jones s’apprête désormais à dévoiler l’entièreté de son tout premier album.
C’est le 26 mars prochain que l’opus de 11 chansons, enregistré à Mascouche dans les studios de Michel Francoeur, sera disponible. Le Gaspésien s’est notamment fait connaître en 2019 dans le cadre du concours Prix Étoiles Stingray, ce qui a de son propre aveu, contribué à lui accoler l’étiquette d’artiste country. Or, les compositions de l’artiste de 33 ans versent davantage dans le folk pop. « C’est un son qui va se situer entre Les 2Frères et Mumford & Sons », illustre l’artiste de Grande-Rivière qui est établi depuis juillet aux Îles-de-la-Madeleine.
Les chansons, sur lesquelles s’entremêlent le passage du temps et les enjeux du quotidien, ont été conçues pour tourner sur les ondes radiophoniques. Celui qui a coproduit son album avec Productions Dynamite est d’ailleurs fort satisfait du chemin tracé par Parce qu’il m’arrive, qui a énormément tourné dans les stations de la région et de l’extérieur. Le principal intéressé est désormais fébrile de connaître l’accueil qui sera réservé à son album. « Ce que j’espère, c’est que les gens vont l’acheter, l’écouter et l’apprécier. Faire les palmarès, j’aime ça, mais rien ne me fera jamais plus plaisir que de recevoir un message de quelqu’un que je ne connais pas qui a aimé ma chanson », lance-t-il.
Disponible en magasin dès le 26 mars et sur les plateformes numériques. Facebook : Benny Jones Musique.

Pochette de Parce qu’il m’arrive, le tout premier album signé Benny Jones. Photo : Isaac Leblanc
Pour son troisième album lancé le 29 janvier dernier, Dans l’Shed a emprunté la stratégie déployée par Bob Dylan pour son mythique album Bringing it all back home, lancé en 1965. Vallée embrumée est ainsi composé… d’une face A et d’une face B! Alors que les cinq premières chansons revêtent des arrangements inspirés du folk indie, s’approchant ainsi des Barr Brothers, de Fred Fortin et de Plants and Animals, les cinq morceaux suivants sont davantage dans le sillage du folk americana qui a fait connaître le duo gaspésien. « Il y a des gens qui nous suivent depuis le début et on ne voulait pas trop les déboussoler dans ce processus-là, d’où l’idée de faire un concept Face A/Face B », explique le chanteur et guitariste Éric Dion, qui forme Dans l’Shed depuis 2014 avec son complice musical des 20 dernières années, André Lavergne (guitares, lap steel et voix).
Alors que l’écriture des pièces de Vallée embrumée a débuté en 2018, la majorité des pistes de l’album paru chez Le Grenier musique ont été enregistrées au courant de l’automne dernier à Québec. Le groupe s’est cette fois-ci allié, à la coréalisation, à l’auteur-compositeur-interprète Benoit Pinette (Tire le Coyote). « C’était un critère pour moi d’opter pour un auteur qui pourrait retravailler les textes avec moi. C’est indéniable que Benoit, c’est tout un auteur! », lance M. Dion, fort satisfait du résultat final.
Disponible en version numérique, CD et vinyle (commandes via Bandcamp). Facebook : Dans l’Shed

Dans l’Shed est composé des Gaspésiens Éric Dion (à gauche) et André Lavergne. Photo : Marilou Levasseur et Fleurdelise Dumais
La muse orpheline, c’est l’exutoire pop d’un jeune homme se délestant de son passé de victime, la trame sonore d’un chemin menant à la dignité. Bref, un cri du coeur assumé, lancé par Jean-Pascal Langlois, de son nom d’artiste Ji-Py Langlois.
Le 20 mars 2020, l’artiste de Percé renaît, livrant au public, en pleine pandémie de COVID-19, une autobiographie musicale libératrice. Il a atteint cette destination grâce à un exil de neuf mois à Montréal entre 2018 et 2019 : c’est dans la métropole, baignant dans la diversité et l’effervescence artistique, que l’artiste désormais âgé de 21 ans a fignolé son projet. Les six titres de l’album, enregistrés à La Vieille Usine de l’Anse-à-Beaufils, abordent sans détour la grossophobie et l’homophobie qui ont teinté ses années sur les bancs d’école.
« J’ai vécu beaucoup d’intimidation et je me suis souvent senti ostracisé. J’étais vraiment différent : un gros gai assumé qui aime Marie-Mai et qui est super artistique dans un monde où la plupart des petits gars sont blancs, minces et jouent au soccer », admet-il sans détour. Sa démarche artistique se veut d’ailleurs des plus transparentes. « J’ai essayé de faire un album qu’on pouvait aimer, qu’on pouvait ne pas aimer, mais auquel on ne pouvait pas rester indifférent. Je voulais être honnête, authentique », explique Ji-Py Langlois, qui espère que La muse orpheline, dont les arrangements sont signés Martin Hogan, portera un message d’acceptation.
Disponible via les plateformes numériques. Facebook et Instagram : Ji-Py Langlois.

La pochette a été conçue par le photographe Alexandre Cotton, qui a également réalisé un documentaire dressant le portrait de Ji-Py Langlois. Photo : Offerte par Alexandre Cotton.
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CARLETON-SUR-MER | S’il importe de porter attention à certains éléments afin de vous assurer que le télétravail ne nuit pas à votre santé physique, il est également nécessaire de garder l’oeil ouvert afin que celui-ci n’affecte pas votre santé mentale.
La psychologue du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, Ève Préfontaine, l’admet d’emblée : comme la pandémie, le télétravail touchera différemment les individus. « Notre capacité à nous y adapter va dépendre de différents facteurs, par exemple le contexte familial, le climat à la maison, l’environnement physique, les problèmes de santé mentale préexistants, la nature de l’emploi et l’âge de la personne. Ça fait beaucoup de disparités dans la possibilité de s’adapter. »
Si certains voient de nombreux avantages dans le fait de travailler de la maison, par exemple la diminution des frais de transport, l’économie de temps générée ou une meilleure souplesse de l’horaire de travail, d’autres en subiront davantage les effets négatifs. Pour Mme Préfontaine, les plus grands perdants de ce mouvement massif des travailleurs vers leur domicile, constaté depuis le début de la pandémie de COVID-19, sont clairement ceux et celles qui composaient déjà au préalable avec des troubles anxieux.
« Ceux qui ont plus besoin de se faire rassurer par un encadrement plus formel vont moins bien s’adapter au télétravail », confirme la professionnelle . « Les gens n’ont pas nécessairement fait le choix de se retrouver dans cette situation-là et ce n’est pas quelque chose, dans bien des cas, qui a pu être planifié à l’avance », rappelle également la psychologue.
Deux conséquences psychologiques peuvent principalement découler du télétravail, prévient celle qui oeuvre au CLSC de Paspébiac.
Sans surprise, télétravail et isolement vont de pair pour plusieurs personnes qui ne bénéficient plus d’un milieu de travail à proprement parler. La démotivation et la perte du sentiment d’appartenance s’inviteront ainsi dans le quotidien de plusieurs. « Certaines personnes peuvent vivre une espèce de
sentiment d’exclusion et vont avoir peur, d’une certaine façon, d’être oubliées par leur employeur », explique Ève Préfontaine. Cette distance qui s’immisce au sein des membres d’une même équipe tend à rendre les communications plus ardues. Ainsi, il sera plus difficile d’obtenir de l’aide ou des précisions, ce qui tend à accentuer ce sentiment d’isolement.
Plusieurs travailleurs vivront également une certaine confusion quant à l’atteinte ou non de leurs objectifs professionnels. « En étant aussi coupés de leurs collègues et de leurs supérieurs, les gens ont de la difficulté à savoir s’ils en font suffisamment et vont avoir plus de difficulté à évaluer les résultats de leur travail », constate la psychologue. Alors que certains seront écrasés sous une charge de
travail trop lourde, d’autres réaliseront qu’ils peinent à maintenir le rythme de croisière qui
était le leur auparavant. « Ça crée de la détresse chez certaines personnes et de la culpabilité », affirme Mme Préfontaine. Par ailleurs, la difficulté d’adaptation à certains outils technologiques, rendus nécessaires par le télétravail, peut jouer le même rôle, souligne-t-elle.
Le déplacement entre la maison et le bureau fait office, pour plusieurs, de moment tampon délimitant de façon claire les sphères personnelle et professionnelle de leur vie. Pour d’autres, le simple fait d’attribuer à ses activités professionnelles un endroit situé à l’extérieur de la maison, ainsi qu’un horaire déterminé, contribue à ériger une certaine frontière qui peut s’avérer fort bénéfique.
Si certaines personnes n’y voient aucun inconvénient, la perte de cette ligne distinctement tracée peut entraîner des conséquences difficiles à concilier pour d’autres : on parle notamment d’une mauvaise gestion du temps et d’une augmentation de la charge mentale. « Les proches, en étant à proximité de la personne qui travaille, vont souvent se permettre de formuler des
demandes de disponibilité qu’ils n’auraient pas formulées si la personne était absente. Ça augmente beaucoup le stress des gens qui travaillent de la maison et qui doivent tenter de rétablir les frontières de différentes façons », fait valoir l’experte.
Si la situation actuellement vécue par de nombreux travailleurs s’avère beaucoup moins draconienne que celle à laquelle beaucoup de familles ont été confrontées lors du confinement du printemps dernier, il n’en reste pas moins qu’il importe de prêter une attention particulière à cette délimitation,
mentionne Ève Préfontaine.
Fixez-vous un horaire et expliquez-le clairement aux personnes résidant sous le même toit que vous; au besoin, apposez une affiche sur la porte de votre bureau.
Attribuez à vos activités professionnelles un lieu précis dans la maison, à l’extérieur des aires communes.
Maintenez la routine matinale que vous aviez auparavant ou établissez-en une nouvelle. Évitez de travailler en pyjama.
Conservez un lien étroit avec vos collègues et vos supérieurs en utilisant, par exemple, les moyens technologiques disponibles.
Clarifiez les attentes de votre employeur.
Mettez-vous des limites et respectez-les, par exemple en évitant de répondre aux appels ou courriels non urgents en dehors d’heures préétablies.
Cliquez ici pour le début de l’article : Le télétravail, une pratique à ne pas prendre à la légère
Marie-Claude Alain est ergothérapeute et cofondatrice de la clinique d’ergothérapie L’Équilibre, située à New Richmond. Que ce soit au bureau ou à la maison, elle conseille très fortement à ceux et celles qui doivent passer de longues heures devant leur écran de porter une attention particulière à leurs installations.
«Les télétravailleurs doivent être doublement vigilants. Souvent, quand on est en télétravail à la maison, on n’a pas les mêmes équipements qu’au bureau. Les risques peuvent donc encore être augmentés, parce que les gens peuvent avoir tendance à travailler assis sur un divan ou dans leur lit, par exemple, où la posture neutre, le fameux 90 degrés que l’on recherche [voir photo], sera encore moins possible », résume la spécialiste.
Nul besoin de travailler pendant de longues heures à la chaîne dans une usine ou de transporter d’importantes charges pour développer des problèmes physiques dans le cadre de vos fonctions. Postures contraignantes, gestes répétitifs, effort et force appliqués : plusieurs facteurs souvent peu considérés par monsieur et madame Tout-le-Monde peuvent engendrer des troubles musculosquelettiques, et ce, dans le cadre de tâches
en apparence inoffensives. « Le simple fait d’être statique, c’est en soi une contrainte à cause de la contraction musculaire continue. Il y a également des micromouvements que l’on fait, qui même s’ils ne sont pas d’une grande amplitude, sont répétitifs, par exemple au niveau du clic de la souris », mentionne Mme Alain.
La tendinite, la bursite, le syndrome du tunnel carpien ou les douleurs lombaires ne sont que quelques-uns des problèmes qui peuvent en résulter. « Bien souvent, quand on les développe à long terme, ça fragilise les structures et on se retrouve avec une problématique qui peut devenir de nature chronique. Même sans être chronique, si elle est assez sévère, elle peut avoir des effets sur les autres aspects du quotidien, sur nos loisirs ou sur ce qu’on fait à la maison : préparer les repas, s’occuper des enfants, etc. », énumère l’ergothérapeute. Mener à bien vos activités professionnelles pourrait ainsi, à plus long terme, s’avérer ardu. « Ce n’est pas rare qu’on voit des gens qui sont en arrêt de travail à cause de ça. […] Ça

Voici la posture neutre que vous devriez rechercher lorsque vous faites du travail de bureau. Photo : offerte par la clinique d’ergothérapie L’Équilibre
À la clinique de physiothérapie Amplitude, qui possède des points de services à Carleton-sur-Mer, New Richmond et Bonaventure, on a récemment vu une différence concrète dans les motifs menant à des consultations. Physiothérapeute depuis 17 ans, Stéphanie Bourdages est catégorique en mentionnant que de 15 à 20 % des patients éprouvent des problèmes reliés au télétravail.
« On parle de problèmes de tension dans les épaules, tension dans les trapèzes, des maux de tête, des problèmes de cou et dans le bas du dos. On a vu beaucoup de gens qui avaient ces problèmes-là dans les derniers mois », confirme-t-elle, ajoutant que ces problématiques peuvent s’avérer plus difficiles à traiter si le patient tarde à consulter un spécialiste. Mme Bourdages mentionne d’ailleurs que ceux et celles qui occupent des fonctions statiques auront davantage tendance à développer des problèmes que des travailleurs qui doivent fréquemment bouger; ainsi, elle conseille aux travailleurs utilisant un poste de travail informatisé de se lever toutes les 20 minutes.
Alexandre Bernard a graduellement démarré les activités de la Clinique du Grand Dorsal dès décembre 2019. Formé par l’Académie de massage scientifique, le professionnel qui oeuvre lui aussi à New Richmond répondait surtout, avant l’arrivée de la pandémie, à une demande de massages de détente. Le massothérapeute a néanmoins vu le vent tourner dès la reprise des activités suivant le confinement du printemps dernier.
À ce jour, 75 % de sa clientèle a recours à ses services en raison d’un stress trop important ou des conséquences du télétravail. Ses clients ont des problèmes similaires à ceux qui font appel à Stéphanie Bourdages. « Tout ça, c’est principalement dû à des ordinateurs portables mal adaptés ou mal installés et au stress. Les deux combinés ensemble font vraiment du ravage au niveau du dos au sein de ma clientèle », résume le massothérapeute.

Marie-Claude Alain a offert une formation le 4 décembre 2020 à une douzaine d’employés de la Municipalité de Carleton-sur-Mer. Après leur avoir transmis les rudiments de l’ergonomie afin qu’ils puissent eux-mêmes améliorer leurs installations, l’ergothérapeute a fait la tournée des employés. On la voit ici en pleine analyse du poste occupé par Audrey Harrisson, agente de bureau.
Photo : Roxanne Langlois
Réglez votre chaise afin que vos cuisses soient parallèles au sol, que vos pieds soient en appui par terre ou sur un repose-pied et que l’arrière de vos genoux soit dégagé. Votre dos devrait être positionné dans un angle de 90 à 110 degrés.
Vos bras devraient être soutenus par un appui-bras (ou par votre table de travail) et vos épaules, détendues.
Vos coudes devraient être près de votre corps et au même niveau que votre clavier. La souris de votre ordinateur devrait se trouver au même niveau que celui-ci.
Votre écran devrait être à environ 70 cm de vous, c’est-à-dire la longueur approximative d’un bras. Le haut du moniteur devrait être à la hauteur de vos yeux (pour une personne qui n’a pas de troubles visuels ou qui fait de la myopie).
Placez les documents et équipements que vous utilisez fréquemment près de vous.
Si vous utilisez un téléphone fixe de façon fréquente, disposez-le du côté de votre main non dominante.
Ayez recours à un professionnel pour plus de renseignements ou pour des besoins plus précis.
Varier votre posture de façon périodique;
Prévoir des pauses d’environ cinq minutes chaque heure, selon
l’intensité de l’utilisation du clavier et de la souris (privilégier les pauses plus courtes, mais plus fréquentes);
Entrecouper le travail à l’écran par d’autres tâches;
Détourner les yeux à l’occasion de l’écran et regarder au loin;
Étirer régulièrement vos muscles.
Cliquez ici pour la suite de l’article / Télétravail : attention aux impacts psychologiques
Le 6 décembre 2010, Christian Fraser part en croisade, cognant aux portes des différentes maisons érigées sur la rue des Tournepierres, à Maria; elles seront peu après inondées de plein fouet. Bienveillant, il met en garde les résidents, leur suggérant de quitter les lieux tandis qu’il leur est encore possible de le faire. Le géomorphologue sait trop bien que la marée, déjà extrêmement haute bien avant l’heure, fera des ravages.
Ce matin-là, le Marien d’adoption quitte son domicile de la route de Saint-Jules afin de prendre la direction de Gaspé, où il est attendu pour effectuer différents relevés sur le terrain. « J’ai vu, à l’oeil, au loin, la hauteur de l’eau. Il était 11 h, midi. Je savais que la marée haute était prévue à 15 h 30, qu’il y avait encore au moins trois heures de marée montante qui s’en venaient. Je suis retourné chez nous, j’ai appelé le collègue que je devais aller rejoindre. Je lui ai dit de s’en venir tout de suite », raconte-t-il.
Celui qui gardera en mémoire chaque minute de cette journée se lance alors à pieds joints dans une opération de sensibilisation dans le secteur qui sera le plus durement touché; il y croise, chemin faisant, le directeur de l’urbanisme de l’époque, Serge Normandeau. Convaincant, M. Fraser recommande vivement au fonctionnaire municipal de faire évacuer les lieux. « Il me croyait plus ou moins », se rappelle le principal intéressé en riant. Les différentes mesures de sécurité publique se mettent rapidement en branle et les heures suivantes donneront raison au chercheur. Le reste appartient à l’histoire : 3 commerces et 37 résidences seront inondés, dont une devra être complètement démolie et deux autres, déménagées.
Assis à la table d’un restaurant de la municipalité, 10 ans plus tard, l’homme désormais âgé de 46 ans laisse son regard errer en direction de la mer. L’expert originaire de Cap-Rouge relate au GRAFFICI ces tempêtes historiques, des étoiles dans les yeux. Non pas parce qu’elles lui rappellent de bons souvenirs, mais plutôt parce qu’il est un réel passionné des côtes et de leur histoire. « C’est la compréhension du paysage que j’aime, pas juste la côte ou l’érosion. Toutes les formes de relief m’attirent. Une chose que j’aime faire, c’est d’imaginer à quoi ça ressemblait, ici, à la fin de la glaciation il y a 12 500 ans et comment ça va être dans le futur », confie-t-il.
Ce n’est pas un coup de chance si Christian Fraser a prédit avec une avance de quelques heures les déferlements de décembre 2010. Son parcours et ses vastes connaissances lui permettent de comprendre ce qui échappe à beaucoup d’autres. Et il sait pertinemment bien que cet épisode marquant, « survenu en raison d’une pression barométrique très basse jumelée à de forts vents de l’est en conjoncture avec une marée haute », n’est qu’un début.
« Ça va se reproduire, d’abord avec les mêmes types de météo. Mais probablement que dans 30, 40, 50 ans, on va atteindre le même niveau d’eau, mais avec des conditions moins fortes. […] Le niveau marin monte, et il monte vite. Présentement, ce n’est pas pareil partout, mais selon nos calculs, c’est autour de quatre millimètres par année », souligne celui qui a photographié les berges sous toutes leurs coutures et pris d’innombrables mesures le jour même et le lendemain des événements.
La cartographie qui a pu être tirée de la tempête de 2010 grâce à son travail et à celui de ses collègues demeure encore utile à ce jour. « À défaut de pouvoir prédire précisément où sera le niveau de l’eau dans 30 ans, on peut au moins, par exemple, prévoir les résultats et les inondations entraînées par un événement d’une telle ampleur combiné à un niveau marin X », illustre-t-il.

Le géomorphologue Christian Fraser, photographié sur les berges du parc municipal de la Pointe-Verte, à Maria. Ce secteur a été grandement
touché par les événements de décembre 2010, qui ont été surnommés par les différents médias « les grandes marées ». Photo : Roxanne Langlois
Christian Fraser se découvre une passion dès l’adolescence pour la géographie, notamment grâce à ses professeurs des troisième et cinquième secondaire, Jean et Daniel. « Ils m’ont fait triper sur la géo! J’ai suivi tous les cours d’option en géo au Cégep Garneau, à Québec. C’était clair que j’irais en géo à l’université », se souvient-il, pensif. Il décroche effectivement un baccalauréat dans cette discipline à l’Université de Sherbrooke et effectuera ensuite une maîtrise en océanographie à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski. S’il participe à des missions visant à étudier les fonds marins, son intérêt se portera rapidement sur les côtes; l’étudiant se spécialisera sans surprise en géomorphologie du littoral.
Alors qu’il débarque sur la péninsule en 2002 après plusieurs années passées dans les Maritimes, le Néo-Gaspésien travaille d’abord dans le milieu de la concertation. Après avoir assuré des charges de cours pour le compte de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), il intègre la très vaste équipe du Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières en 2006. Financé pour ce faire par le gouvernement du Québec, le laboratoire
mène différentes études permettant de mieux faire comprendre aux décideurs les différents phénomènes, et ce, dans le but d’optimiser leur gestion des côtes.
Depuis, le professionnel de recherche a été impliqué dans de nombreux projets relatifs à la problématique de l’érosion côtière en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord; il s’impose au fil des ans comme un expert, ainsi que comme l’un des vulgarisateurs phares en la matière dans l’Est-du-Québec. La cueillette de données, leur analyse, leur interprétation et les conclusions publiées dans des revues scientifiques ou des rapports d’études sont de multiples étapes qui servent toutes, à ses yeux, une cause qui lui tient particulièrement à coeur : démocratiser l’information et la
mettre au service des meilleures décisions, que ce soit en matière de préservation ou de développement.
« Ici, je travaille concrètement dans l’analyse de risques; il y a beaucoup de monde qui vit sur le bord de la mer, le ministère des Transports est présent et il y a les écosystèmes qui mangent des volées. Ça m’interpelle beaucoup de travailler à la science et de faire en sorte qu’elle soit directement utile », explique-il, tout sourire.

Depuis deux ans, Christian Fraser a délaissé le terrain pour se consacrer à la coordination, avec sa collègue Susan Drejza, du projet Résilience côtière. On l’aperçoit, ici, à son poste de travail, aménagé dans son domicile de Maria. Photo : Roxanne Langlois
Depuis environ deux ans, l’homme de terrain revêt surtout des habits de gestionnaire; avec sa collègue Susan Drejza, il coordonne le projet Résilience côtière, lancé en 2017 par l’UQAR. L’un des volets de cette vaste initiative, le Système intégré de gestion de l’environnement côtier (SIGEC), vise à répondre aux besoins exprimés par les 24 MRC et les 121 municipalités touchées par les différents enjeux du littoral. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une plateforme Web de cartographie interactive.
« C’est comme un Google Earth, mais appliqué à la côte, sur lequel toutes nos données vont se retrouver. C’est assez user friendly (convivial), mais ce n’est pas qu’une plateforme de consultation, ça en est aussi une d’analyse. On peut, par exemple, zoomer sur la zone de Maria, sélectionner des données, faire une moyenne de recul de côtes », énumère-t-il. Le projet, qui sera officiellement lancé en mars, a été divisé en 12 chantiers; une trentaine de personnes y oeuvrent activement.
Ultimement, le professionnel est convaincu que l’outil, dont une partie sera accessible au grand public, pourra significativement simplifier la vie des gouvernements et des administrations municipales, lorsque confrontés à des choix qui peuvent s’avérer épineux. « Par exemple, si un entrepreneur local a une bonne idée pour un projet à développer à un endroit, il va se demander si c’est dans un secteur à risque, s’il va y avoir des problèmes à cet endroit-là dans 10, 20 ou 30 ans, s’il devrait y investir. C’est majeur, pour faire des choix! Il pourrait suffire, par exemple, d’implanter un projet 50 mètres plus haut dans les terres pour n’avoir aucun problème d’ici 200 ans », illustre-t-il.
Le SIGEQ résultera d’un véritable travail de moine et couvrira quelque 4000 kilomètres de côtes : des côtes que Christian Fraser a, au cours de sa carrière, marchées, examinées et même photographiées, du haut des airs… de la porte ouverte d’un hélicoptère en marche! Aujourd’hui papa de trois enfants, le professionnel de recherche parcourt beaucoup moins qu’avant les berges du Québec en quête de réponses et de données. En effet, il se
dédie désormais à sa mission professionnelle plus souvent qu’autrement de son bureau, au deuxième étage de la résidence familiale. N’empêche, il ne suffit que de quelques minutes passées avec Christian Fraser pour comprendre qu’on peut sortir l’expert du terrain… mais pas le terrain de l’expert.

Le travail effectué par Christian Fraser et son équipe pendant et après la tempête du 6 décembre 2010 a permis de dresser une cartographie qui sert encore, à ce jour, de référence. Photo : Roxanne Langlois
Mme Hautcoeur, une jeune femme de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, explique au journal, entre deux quarts de travail, avoir mis le cap sur une toute nouvelle carrière en raison de la pandémie. Ayant terminé une formation en soins esthétiques et s’étant spécialisée en soins de pieds, la podologue était fin prête, le1eravril dernier, à lancer les activités de son entreprise baptisée Le pied marin.
Le contexte force évidemment la dame de32 ans à se raviser, puisque son plan d’affaires repose notamment sur des services dispensés à domicile; elle se remet alors en question. «J’aime prendre soin des gens», explique-t-elle. Vanessa Hautcoeur décide alors de soumettre sa candidature pour prêter main-forte en résidence de soins longue durée, mais elle n’est pas retenue à ce moment. Qu’à cela ne tienne, elle choisira de s’inscrire à la nouvelle formation accélérée de préposée aux bénéficiaires en CHSLD mise de l’avant par le gouvernement Legault; elle obtient d’ailleurs son diplôme à la mi-septembre.
Si elle n’abandonne pas complètement l’idée de se lancer en affaires une fois la pandémie résorbée, la Gaspésienne, qui estime avoir beaucoup à apporter aux bénéficiaires auprès de qui elle œuvre chaque jour, a choisi de faire confiance à la vie. «La pandémie m’a enlevé un plan, mais m’en a donné un autre. C’est quelque chose que je n’aurais pas pensé faire, mais qu’au final, j’adore!» mentionne celle qui travaille désormais à la Villa Pabos, à Chandler.

Vanessa Hautcoeur a dû faire une croix sur ses projets entrepreneuriaux, mais a ajouté une corde à son arc en suivant une nouvelle formation professionnelle et en pratiquant une nouvelle profession qu’elle juge enrichissante.
Photo : Offerte par Vanessa Hautcoeur
Du domaine minier…à l’enseignement!
Au bout du fil, Rémy Desbiens, qui travaillait encore ce printemps pour le compte d’Environmental Resources Management(ERM), une multinationale œuvrant dans le domaine minier et décrochant notamment des contrats en Afrique, explique avoir dû lui aussi modifier son plan de match. De retour au Québec après avoir effectué un mandat en République démocratique du Congo et profité d’un voyage de deux mois à l’étranger, le Gaspésien originaire de Sainte-Anne-des-Monts constate rapidement qu’il lui sera, à court terme, impossible de décrocher un nouveau contrat.
«Quand la pandémie a commencé à la mi-mars, ça a rendu les choses très compliquées. Les avions ne volaient plus. Nos clients, les compagnies minières, ne voulaient plus embaucher de personnel expatrié pour éviter la transmission du coronavirus. Ça ajoutait beaucoup d’obstacles», relate celui qui travaillait alors comme consultant en réinstallation auprès de ces compagnies.
Alors que son employeur lui laisse d’abord entrevoir qu’il pourra repartir en octobre, la situation ne semble pas sur le point de se régler. Après un été à profiter de la vie et à prendre soin de sa mère, il se met à la recherche d’une alternative et achemine son curriculum vitae au centre de services scolaire des Chic-Chocs. Celui qui avait déjà effectué un contrat en2017 lors d’un ralentissement de ses activités professionnelles se voit rapidement offrir un contrat de remplacement en géographie en première et deuxième années du secondaire à l’école Gabriel-Le Courtois de Sainte-Anne-des-Monts. Le suppléant venait d’ailleurs tout juste de compléter ce contrat au moment d’écrire ces mots et était toujours sur la liste de rappels du centre de services scolaire. L’homme de 39 ans a apprécié l’expérience et espère décrocher de nouvelles opportunités dans le domaine de l’éducation.

Rémy Desbiens travaille dans l’industrie minière. L’homme de Sainte-Anne-des-Monts a vite réalisé, à la mi-mars, qu’il lui serait impossible de poursuivre ses activités professionnelles en Afrique.
Photo : Offerte par Rémy Desbiens
La conseillère en orientation Judith Bujold œuvre dans le domaine depuis 25 ans. Celle qui travaille pour le compte du Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Avignon-Bonaventure depuis les débuts de l’organisme perçoit une hausse d’au moins 20% des demandes formulées depuis l’été, comparativement à l’an dernier. Selon ce qu’elle a pu observer, ceux et celles qui sollicitent ses lumières afin d’envisager un nouveau départ avaient pour la plupart déjà amorcé une réflexion avant que le virus ne vienne jouer les trouble-fêtes. «Pour plusieurs, la pandémie a joué un rôle qui ressemble à celui d’une bougie d’allumage», illustre-t-elle.
La professionnelle dresse par ailleurs un constat très clair. Si plusieurs travailleurs de la santé songeaient à quitter le réseau régional depuis la réforme opérée par l’ex-ministre libéral Gaétan Barrette, ils sont encore plus nombreux à lorgner la porte dans le contexte actuel. La crise sanitaire, en plus d’ajouter une ambiance anxiogène dans certains lieux de travail, est aussi venue accentuer un problème présent bien avant le virus : le manque de main-d’œuvre.
Infirmières cliniciennes, infirmières auxiliaires, ergothérapeutes, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie: plusieurs de ces professionnels qui «éteignent des feux» au quotidien ont sollicité l’aide du CJE pour trouver une nouvelle voie ou une alternative. «En ce moment, le CISSS est le plus gros employeur de la région et c’est celui qui, je trouve, considère le moins le bonheur au travail de ses employés. Je le dis sans gêne. Des filles qui pleurent dans mon bureau, il n’y a pas une semaine sans [qu’il n’y en ait]», fait valoir Mme Bujold, qui souligne que la pandémie n’a fait qu’accentuer la situation.
Un désir d’aider
Richard Jolin, conseiller d’orientation et en emploi pour le Service d’aide à l’emploi (SAE)Transit, à Sainte-Anne-des-Monts, est lui aussi plus en demande depuis quelques mois. Alors que ses objectifs annuels prévoient quelque20 accompagnements du début juillet à la fin juin, il en avait déjà entamé une douzaine à la fin du mois d’octobre.
Le professionnel qui compte 22 ans d’expérience a, quant à lui, remarqué que la pandémie s’est ajoutée parmi les raisons motivant des jeunes et moins jeunes à rebattre les cartes. Plusieurs personnes rencontrées depuis mars dernier, que ce soit en personne ou par Zoom, désiraient notamment quitter le service à la clientèle, la restauration ou l’hôtellerie, des domaines fortement éprouvés par la pandémie. Selon lui, le confinement du printemps vécu par ces travailleurs leur aura en quelque sorte donné la latitude nécessaire à une certaine introspection.
«La raison principale derrière tout ça, c’est que leur emploi ne leur plaisait pas vraiment. Une fois rendus à la maison, ils ont amorcé une démarche de réflexion à savoir de quelle façon ils pourraient réorienter pas juste leur carrière, mais aussi leur vie», résume celui quia lui-même changé de carrière.
Selon lui, nombreux sont ceux qui ont aussi réalisé, avec la pandémie, leur volonté de prêter main-forte à leurs concitoyens. Cette prise de conscience en pousse plusieurs, constate-t-il, à entrevoir une nouvelle vocation dans l’accompagnement aux personnes. Ainsi, des professions et formations reliées à l’éducation spécialisée et au travail social sont souvent évoquées lors de ses rendez-vous.
Mme Bujold et M. Jolin rappellent tous deux, en entrevue, que les conseillers en orientation ne possèdent pas de baguette magique et que la réponse que beaucoup recherchent en passant la porte pour une toute première fois peut parfois n’être dénichée qu’après plusieurs rencontres. D’ailleurs, Richard Jolin n’encourage pas les gens à envisager un changement professionnel majeur sur un coup de tête. «Je les invite à prendre le temps de mieux se connaître, à s’attarder à leurs intérêts, à leurs aptitudes, à leurs talents, à leurs exigences personnelles face à un emploi et aux facteurs de réalité. […] L’idée, c’est de prendre le temps nécessaire pour gagner du temps par la suite», fait-il valoir.
Et du côté de la formation?
Des changements sont aussi remarqués dans les classes. Stéphanie Joly-Lavoie, qui œuvre comme professionnelle en soutien à l’organisation scolaire pour le centre l’Envol de Carleton-sur-Mer, explique que chaque élève admis à la formation générale des adultes rencontre dès son entrée un conseiller en orientation. Cet automne, certains ont indiqué, lors de ce rendez-vous, avoir dû faire une croix sur leur plan de match initial en raison du contexte pandémique.
Celle qui est conseillère en orientation de formation mentionne également que plusieurs ont vu, avec la crise, une opportunité supplémentaire de rehausser leur niveau de compétence. Sans pouvoir dire avec certitude si cette situation est entièrement causée parla COVID-19, Mme Joly-Lavoie note aussi que le contexte semble avoir créé un certain engouement pour des études relatives au domaine de la santé. Une augmentation des inscriptions à la formation Santé, assistance et soins infirmiers est, par exemple, remarquée à l’Envol.
Le programme accéléré lancé l’été dernier par le gouvernement Legault afin de former de nouveaux préposés aux bénéficiaires pour répondre spécifiquement aux besoins des CHSLD a également été populaire. La formation, qui s’est terminée à la mi-septembre, a permis à 44 personnes inscrites à Gaspé, Sainte-Anne-des-Monts, Chandler et Carleton-sur-Mer d’intégrer les équipes des résidences de soins longue durée de la région.
«Sinon, dans les autres domaines, on a eu des augmentations en mécanique auto et en mécanique d’engins de chantier(à Carleton-sur-Mer). Au centre Bonaventure/Chandler, on a eu des hausses en électricité et en coiffure. Est-ce que ça a un lien avec la COVID-19? C’est difficile à dire», nuance néanmoins Stéphanie Joly-Lavoie, qui précise que certaines variations sont constatées chaque année.

Se réorienter professionnellement n’est pas un choix que l’on doit laisser au hasard, rappelle Richard Jolin, conseiller d’orientation et en emploi pour le Service d’aide à l’emploi Transit, à Sainte-Anne-des-Monts. Il n’est pas rare qu’il rencontre une même personne sept à huit fois avant que celle-ci n’entame les actions concrètes suivant la prise d’une décision.
Photo : PixaBay
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